CHAPITRE IV
De la famille et du genre des Mormyres (Mormyrus, Linn.).
La lecture de différents passages des œuvres de Linné, me fait croire que ce grand naturaliste a eu connaissance des poissons dont il a fait le genre Mormyre, par les recherches de son élève, Frédéric Hasselquist : celui-ci publia, dans son Voyage en Palestine, une description très-détaillée de lune des espèces de mormyres à museau allongé , confondue avec d'autres plus tard sous le nom de Mormyrus oxyrhynchus. Dans cette description , si détaillée et si exacte à tant d'égards, le voyageur parle de l'opercule comme étant composé d'une seule feuille irrégulière, terminée en dessous par un bord membraneux. Il mentionne aussi la membrane branchiostège nue , adhérente d'un côté à l'isthme de la gorge , et de l'autre au bord de l'opercule , et il la dit soutenue par un seul rayon : voilà ce que Hasselquist nous apprenait en 17^7.
Mais ce voyageur avait probablement recueilli des notes sur deux autres espèces, qu'il avait communiquées à son célèbre maître,
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en lui envoyant peut-être aussi les poissons en nature : ces mormyres ont paru dans la dixième édition du Sjstema naturœ en 1758 sous le nom de Morm. cyprinoides pt Morm. anguilloides. En les publiant, Linr . commit plusieurs fautes; car en plaçant les Mormyres dans ses branchiostegi, il les considéra comme des poissons privés d'opercules , faute que le texte positif d'Hasselquist aurait dû lui éviter; secondement, il confondit avec une espèce, dont la dorsale n'a que vingt-six rayons, le Caschive d'Hasselquist , qui en a quatre-vingts. Linné ajouta encore à ces inexactitudes, dans le prodrome du second volume de la description du Musée du prince Adolphe-Frédéric. Il refusa, dans cet ouvrage, à ces deux Mormyres toute espèce de membrane branchiostège.
Dans la douzième édition, l'illustre auteur du Sjstema naturœ retira les Mormyres du groupe de ses poissons branchiostèges , pour les placer parmi les abdominaux à côté des dupées. Tout en continuant à méconnaître leur opercule, il leur accorde une membrane branchiostège soutenue par un seul rayon. Ces erreurs de Linné restèrent longtemps en ichthyologie : ainsi on les voit reproduites dans le Tableau élémentaire du Règne animal
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de Cuvier et dans l'Histoire naturelle des poissons de Lacépède. Ce n'est qu'après le retour de l'expédition d'Egypte que M. Geoffroy Saint- Hilaire rapporta un nombre assez considérable de mormyres pour qu'il pût s'assurer par la dissection, et de la composition de l'opercule, semblable à celui des autres poissons , et du nombre des rayons de la membrane branchiostège , et qu'il fit représenter ces organes dans les grandes et belles planches de l'ouvrage d'Egypte.
Sept à huit ans après Hasselquist, Forskal observait des mormyres dans le Nil; mais on n'a de lui qu'une simple note , qui se rapporte certainement à l'un des oxyrhynques, et sans aucune observation tendant à relever les erreurs de Linné.
Un peu avant M. Geoffroy, Sonnini avait visité l'Egypte. On trouve dans son ouvrage deux figures assez mauvaises, cependant reconnaissables de deux mormyres $ mais dans son texte aucune observation* pour rétablir ce que Linné avait laissé d'incomplet sur ces poissons. C'est donc à M. Geoffroy d'abord, et ensuite aux publications de M. Cuvier, dans la première édition du Règne animal, que l'on doit l'expression vraie des caractères de ces poissons. L'on verra cependant dans la suite
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de cette monographie que, si M. Geoffroy a contribué à en rétablir les caractères génériques, il n'a pas déterminé avec une critique assez judicieuse les espèces qu'il aurait pu trouver au moins indiquées d'une manière reconnaissable dans les travaux de ses prédécesseurs. Ces observations s'appliquent aussi à la publication que M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a faite des riches matériaux que lui confiait son père , et qui étaient encore augmentés de ceux accumulés dans la collection du Muséum d'histoire naturelle. Depuis que l'ichthyologie a fixé d'une manière plus spéciale l'attention des voyageurs et des naturalistes, des hommes instruits et zélés ont rapporté en Europe une assez grande quantité de mormyres. M. Ruppell, entre autres, a commencé à les étudier avec soin.
Il me paraît résulter de toutes ces recherches et de celles que je viens de faire, que les espèces de mormyres sont peut-être encore plus nombreuses dans le Nil et dans les autres fleuves de l'Afrique, que nous ne le croyons aujourd'hui; mais il en sera d'elles comme des différentes sortes de cyprins. Elles seront très-difficiles à distinguer les unes des autres ; elles se fondront entre elles par des nuances si difficiles à apprécier, que , pour
les déterminer, il faudra toujours un travail attentif et minutieux.
Lorsque dans le genre des Ables, parmi les cyprinoïdes, on est parvenu à reconnaître les caractères, en apparence légers et de petite valeur assignés à chacun d'eux dans l'ordre de la nature, on ne tarde pas à reconnaître que cette haute et infinie puissance a cependant tout combiné pour maintenir ces espèces en éloignant, soit l'époque du frai, soit en limitant le séjour des petits après leur naissance, et en leur donnant à tous une trèsgrande activité de développement pendant les premiers temps de leur vie. Les voyageurs qui étudieront les mormyres, découvriront, sans aucun doute , des caractères de détail semblables , mais que nous sommes dans l'impossibilité d'énumérer aujourd'hui.
Nous pourrons encore faire un autre rapprochement entre les mormyres et les différentes espèces d'ables : malgré que je sois en dissentiment avec plusieurs ichthyologistes distingués de l'Europe, je n'ai pas hésité à considérer les ables comme un genre unique , depuis les Brèmes jusqu'au Cyprinus cultratus. On pourrait aussi subdiviser les mormyres, si on les étudiait avec les idées de ces savants naturalistes. En effet, rien ne paraîtrait
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plus naturel et plus nécessaire que de séparer génériquement le Mormyrus oxyrhynchus du Mormyrus bane. J'avoue que cela a été une des grandes préoccupations de mon esprit pendant que je faisais ce travail; mais la difficulté consiste à trouver, des caractères distinctifs. Nous voyons bien, en effet, plusieurs espèces de la forme des oxyrhynques remarquables par la dorsale étendue sur toute la longueur du dos et par le prolongement de son museau , que je me garderai toujours de comparer à celui des mammifères fourmiliers, malgré l'autorité des noms illustres qui ont pensé à faire cette comparaison. Si on en faisait un genre opposé à celui du Bané et des espèces voisines , qui ont toutes la bouche aussi reculée en arrière , que les oxyrhynques l'ont projetée en avant, on ne pourrait trouver de caractère générique que dans ces différences de forme. Entre ces deux extrêmes la nature reproduit tant de combinaisons diverses avec les mêmes éléments, que l'on ne saurait où placer les espèces intermédiaires : ainsi, nous voyons à côté des oxyrhynques à longue dorsale le mormyre d'Hasselquist conserver sa dorsale étendue sur tout le dos, en prenant un museau qui se grossit et se raccourcit un peu. Cette structure de la tête
se conserve dans le morm. anguilloides , dont la dorsale se raccourcit. Cette espèce nous conduit aux variétés de forme du morm. cyprinoides , et celle-ci nous amène vers le morm. bane. L'étude ostéologique du crâne de ces divers mormyres ne peut que confirmer dans cette opinion.
Cet article était entièrement composé, lorsque j'ai eu connaissance du travail de M. Muller, sur la classe des poissons, dans son beau mémoire sur les ganoïdes. Il sépare les mormyres en deux genres : 1 .° les mormyres proprement dits, dans lequel il place le morm. cyprinoides, le morm. oxyrhynchus, le morm. dor salis et le morm. longipinnis, et qu'il caractérise par une rangée de dents comprimées et écliancrées, tandis qu'il sépare, sous le nom de Mormyrops, les morm. anguilloides et morm. labiatus, qui ont les dents coniques. L'on verra que ces deux formes de dents se retrouvent à côté l'une de l'autre sur les mâchoires d'un même individu. Je suis entré dans ce détail pour prouver à mes lecteurs que je me suis adressé la question de la division du genre des Mormyres, et que l'étude des espèces m'a démontré l'impossibilité d'y arriver.
Il résulte donc de ces observations que les espèces de mormyres, malgré la variété de leur
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forme, ne constituent qu'un seul et même genre , dont les caractères sont les suivants : un corps plus ou moins allongé, couvert d'écaillés oblongues , qui méritent une attention toute particulière; elles sont en général plus petites sur le dos et sur la poitrine que sur la queue ; la tète entière , c'est-à-dire , non-seulement tous les os du crâne et de la face, mais encore les opercules et la membrane branchiostège, enveloppée dans une peau épaisse muqueuse sans aucunes écailles et criblée d'un nombre considérable de cryptes et de pores; une bouche petite, percée le plus souvent à l'extrémité du museau, mais quelquefois en dessous; les deux intermaxillaires réunis en une arcade commune, à pédicule fort court, se mouvant par un mouvement de bascule dans l'échancrure de l'ethmoïde; une mâchoire inférieure à branches assez longues , mais presque entièrement cachées sous l'épaisseur de la peau; les intermaxillaires et la mâchoire inférieure portant des dents; les maxillaires, peu mobiles, entièrement retirés sous la peau et tout à fait lisses : d'ailleurs la bouche, malgré sa petitesse, est assez bien armée, car les dents ont la couronne comprimée et échancrée et elles sont sur un seul rang; une plaque oblongue de dents pointues sur l'os lingual, correspondante
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à une autre plaque de même forme attachée le long du vomer; les palatins et les pharyngiens n'en ont d'aucune espèce; la langue est assez longue, charnue sur le devant, creusée en gouttière : c'est un des genres de poissons qui me paraît avoir la langue la plus libre. La peau, très - épaisse , étendue sur la tête et sur toutes ses parties, ne laisse derrière l'opercule et au-dessus de la pectorale qu'une fente linéaire presque verticale, peu longue, pour la sortie de l'eau qui a traversé les quatre feuillets branchiaux, absolument semblables à ceux des autres poissons. En soulevant cette peau on trouve un appareil operculaire composé comme celui des autres malacoptérygiens, c'est-à-dire, qu'un opercule et un préopercule assez grand cache un interopercule et un sous- opercule, petit et adhérent au bord interne : l'épaisseur de la langue est probablement cause de la largeur de l'isthme de la gorge. La membrane branchiostège, confondue, comme cela a lieu dans tous les poissons à isthme large , avec la peau de la gorge , est soutenue par six rayons, dont les quatre premiers sont grêles et styloïdes , et les deux externes sont plus larges et comprimés en une lame un peu courbe, qui suit le contour de l'opercule. A ces caractères extérieurs nous
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ajouterons, que le canal alimentaire se compose d'un estomac court et globuleux, d'un intestin peu replié; qu'auprès du pylore il y a, du côté gauche, deux appendices cœcales; que le foie, réduit à une seule masse, située en travers au-dessous de l'œsophage , est mince et échancré du côté gauche, tandis qu'il est épais et presque quadrilatère au côté droit; la vésicule du fiel est petite et globuleuse au-dessus et vers la pointe de l'estomac, et entre elle et les appendices ccecales , j'ai vu très -distinctement dans le morm. caschive, une rate oblongue; mais je n'en ai vu qu'une seule. Les organes génitaux sont allongés et occupent presque toute la longueur de la partie supérieure de la cavité abdominale; ils sont pairs, comme dans tous les autres poissons ; mais il m'a paru que le plus souvent l'organe du côté gauche se développe et grossit beaucoup plus que celui de droite; au-dessus du repli d'un péritoine très-mince, on trouve une longue vessie natatoire pointue aux deux extrémités , et qui communique avec le canal digestif par un petit conduit pneumatique étroit et court , ouvert dans le haut de l'œsophage. Les reins sont oblongs et étendus tout le long des vertèbres abdominales.
Tous les mormyres sont remarquables par l'extrême abondance de graisse qui remplit leurs épiploons; il y en a quelquefois une telle quantité, qua l'ouverture de l'abdomen on n'aperçoit rien autre chose.
J'ai essayé l'injection des artères de ces mormyres; je n'ai rien trouvé de remarquable dans la disposition de ces vaisseaux, aucune anomalie qui puisse m'expliquer ce que M. de Lacépède aurait extrait des notes envoyées d'Egypte relatives à un vaisseau sanguin régnant de chaque côté de la colonne vertébrale, renfermé entre deux muscles rouges et dont les contractions produiraient des pulsations dans le vaisseau sanguin. Il n'y a rien chez ces poissons qui m'ait paru différent de ce qu'on observe généralement, quant à la couleur des muscles de la ligne latérale.
En comparant l'ensemble de ces caractères à ceux des genres qui composent la famille des brochets, il n'est pas difficile de se convaincre que les mormyres constituent un genre qui ne peut entrer dans cette famille telle que nous l'avons considérée; la forme de leur crâne et la présence de leurs ccecums les en éloignent certainement. Ces organes sembleraient devoir les rapprocher de la famille des dupées; mais comme ils n'ont pas de dents
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aux maxillaires, ils ne peuvent non plus appartenir à ce groupe. Les plaques de dents observées par moi sur le vomer, et avant moi sur la langue, m'ont fait sentir l'affinité qui existe entre les mormyres que M. Cuvier laissait en dehors de ses clupéoïdes , et les butirins que cet illustre zoologiste y plaçait, quoique ceux-ci n'aient pas de dents aux maxillaires : cette affinité reconnue, j'ai dû compléter ce que l'auteur du Règne animal avait déjà indiqué dans son ouvrage, en disant qu'il plaçait à la suite de la famille des ésoces un genre qui en diffère peu, et qui donnera lieu probablement à une famille particulière. En plaçant les Mormyres dans un groupe distinct et voisin des Butirins, on reconnaîtra que je ne suis pas ici copiste des naturalistes qui ont fait une famille sous le nom de Mormyridœ , ou une sous -famille sous celui de Mormyrii , qui se trouve placée, par des affinités que je suis inhabile à saisir, entre les Echénéis et les Epinoches. M. Muller, dans ses Essais sur la classification des poissons, les établit entre les cyprinodons, qui ne sont pour moi que des cyprins, et les ésoces. Je ne fais aucune observation sur le rang que cet habile anatomiste leur assigne ; car ils sont bien dans le voisinage de leur 19. i5
affinité naturelle. Ce sont des physostomes abdominaux, puisqu'ils ont une vessie natatoire pourvue d'un canal aérien.
J'ai dit plus haut, que les espèces de mormyres étaient probablement plus abondantes dans le Nil que les descriptions des naturalistes ne sembleraient le faire croire. Nous savons maintenant que ce genre se trouve représenté par des espèces distinctes dans les grands fleuves de l'Afrique; nous en connaissons dans le Sénégal et dans la rivière Zaïre au Congo. Nous n'avons encore aucun exemple que les espèces de ce genre africain aient été observées dans d'autres parties du monde. Tous les voyageurs s'accordent à regarder leur chair comme délicate.
M. Geoffroy, qui a étudié avec beaucoup d'attention ces poissons , dit qu'ils se tiennent dans le fond du fleuve sur les fonds rocailleux 5 ce qui rend leur pêche au filet assez difficile : il ajoute qu'ils sont nocturnes et très - craintifs ; ce n'est donc qu'avec grande peine que l'industrie de l'homme parvient à les attirer et à s'en emparer , et sans le prix assez élevé auquel ils se vendent en Egypte à cause de l'excellent goût de leur chair, personne, dit-il, ne voudrait se livrer à une pêche qui donne toujours de faibles résultats et
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qui exige à la fois beaucoup de précaution, d'adresse et de patience. M. Geoffroy assure qu'elle est faite au moyen de lignes armées de plusieurs hameçons amorcés avec des vers. Cette sorte de pêche paraît assez singulière; car on ne peut nier, que la petitesse de la bouche des mormyres et la forme de leurs dents, ne semblent s'opposer à mordre à l'hameçon; la pêche d'ailleurs est si peu profitable, que douze pêcheurs ne prennent communément dans une nuit qu'une trentaine d'individus.
Le nom de Mormyrus, que Linné a assigné à ce genre, n'est certainement pas celui sous lequel les anciens désignaient ces poissons, bien qu'il soit incontestable qu'ils aient connu ces poissons du Nil. Ce que l'on retrouve dans Oppien ou dans Ovide , montre que le mormyrus était un poisson de mer, peint de couleurs assez variées. '
Après ces observations prélimimaires , passons à la description détaillée des nombreuses espèces que j'ai sous les yeux.
Le MORMYRE CASCHIVE.
{Mormyrus caschwe, Hasselq.) Je commence la description des nombreuses
1. Voy. Cuv. et Val., Hisl. nat. des poiss. , t. VI, p. .">oo.
espèces de mormyres par celle qui a été décrite la première par Hasselquist. Ce savant élève de Linné en a laissé une description détaillée sous le nom de Caschwe : ce mot arabe est celui que les pécheurs du Nil donnent à presque toutes les espèces.
Ce poisson a le corps comprimé, plus aminci vers le dos que près du ventre, qui est un peu arrondi; l'épaisseur fait un peu moins du tiers de la plus grande hauteur du tronc, qu'il faut mesurer sous l'insertion du premier rayon de la dorsale. Cette hauteur est du quart de la longueur du corps , sans y comprendre la caudale. La ligne du profil supérieur descend par une courbe régulière et convexe depuis la dorsale jusqu'à l'extrémité du museau; il n'y a pas, sur le front et au-devant de l'œil, de dépression appréciable. A partir de la dorsale, la ligne du profil se porte vers l'extrémité du corps par une courbure convexe, très-peu sensible; une légère sinuosité concave marque la queue; la ligne se redresse au delà, en suivant le bord de la caudale. La ligne du profil inférieur est légèrement convexe sous la mâchoire inférieure; elle s'abaisse au delà de la tête pour devenir concave jusqu'à l'anale, où cette ligne se redresse très -légèrement jusqu'à la caudale. Le museau est, par suite de cette disposition, incliné vers le bas; il forme une sorte de bec arrondi, un peu moins prolongé que dans les espèces suivantes; la lèvre inférieure dépasse un peu la supérieure. L'œil est petit, sur le haut de la joue, mais étant
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encore loin d'entamer la ligne du profil; car il y a encore au-dessus du bord de l'orbite une fois le diamètre de l'œil.
Je compte au moins sept de ces diamètres dans la longueur de la joue. Le bord postérieur de l'orbite répond à la moitié de cette longueur; au-devant de l'œil, à peu près à un diamètre de distance, se trouvent les narines; les deux ouvertures sont fort petites; l'antérieure est au-dessus de la postérieure, qui est en même temps reculée un peu obliquement. Le front et la nuque sont convexes ; la plus grande largeur entre les deux tempes surpasse de très -peu l'épaisseur du tronc. Sous la peau, épaisse et sans écailles, qui recouvre toute la tête, on n'aperçoit point de sous-orbitaire; mais on peut suivre le bord du préopercule et l'os du nez. Le dessous de la gorge ou l'isthme branchial est assez large, arrondi, mais tellement épais et uni à la peau, qui passe sur les opercules, que l'on ne peut distinguer la membrane branchiostège confondue avec les autres téguments généraux, et que l'on ne voit rien de rayons. Ces organes, ainsi que tout ce qui dépend de l'appareil operculaire, ne peuvent être vus et décrits qu'après une dissection. Quant à la fente de l'ouïe, elle est linéaire et en partie cachée sur le poisson frais par le bord membraneux de l'opercule.
La bouche est très- petite, parce que l'ouverture est bordée supérieurement par de très -petits intermaxillaires, seuls dentés; les maxillaires, cachés dans l'épaisseur du museau, sont sur les côtés de la joue et près de l'angle de la commissure; ces os ne
portent aucunes dents. La peau embrasse aussi les branches de la mâchoire inférieure, de manière à les cacher et à rendre l'ouverture de la bouche fort étroite; mais les branches s'articulent sur le préopercule à la hauteur de la narine ; elles sont , par conséquent, assez longues pour que la bouche fût large et bien fendue, sans l'obstacle de la peau adipeuse qui les embrasse. La lèvre, et surtout l'inférieure, est assez épaisse. Les dents sont petites, peu nombreuses, mobiles sur la mâchoire; ces dents, comprimées, ont la couronne entaillée, de sorte que chaque dent porte deux petites pointes latérales : c'est la structure que nous avons déjà observée dans plusieurs autres poissons, et entre autres, dans le Spams crenidens, un des poissons les plus abondants à Suez. Les palatins n'ont aucunes dents; le vomer seul en porte un groupe, disposé sur une bandelette ovoïde, étroite et pointue en avant, se terminant un peu en pointe en arrière et n'occupant guère que la moitié de la longueur du palais. L'os lingual en porte aussi une bandelette plus étroite, et les dents me paraissent un peu plus pointues; elle répond à la plaque vomérienne. La muqueuse, qui recouvre toutes les parties, est garnie de nombreuses papilles; elle s'étend jusque sur les pharyngiens, entièrement édentés. La langue est assez libre en avant, charnue, creusée en gouttière et semblable à celle de plusieurs oiseaux palmipèdes. La ceinture numérale, entièrement cachée par le bord membraneux de l'opercule et par la peau qui passe au-dessus d'elle, ne se voit pas non plus assez à l'extérieur pour être
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décrite sans le secours du scalpel. La pectorale qui y est attachée s'écarte horizontalement de chaque côté du corps; l'aisselle est grande et sans écailles. Cette nageoire, d'ailleurs, peu pointue, est comprise huit fois dans la longueur totale; les ventrales sont attachées en avant de la moitié du corps ; elles sont petites : la dorsale commence au tiers de la longueur totale, et son étendue fait la moitié de cette même longueur; elle est basse et diminue très- peu à ses derniers rayons; l'anale, qui est courte, trapézoïdale, commence à la moitié de l'intervalle, entre le bord du préopercule et l'extrémité de la caudale. B. 6; D. 85; A. 19; C. 33; P. 14; V. 6.
Le corps est couvert de petites écailles très-fortement enfoncées dans la peau. Nous en comptons cent soixante à cent «soixante-dix rangées entre l'ouïe et la caudale.
La ligne latérale est assez fine, un peu concave; elle commence sur le haut du scapulaire et se rend à la caudale en suivant un tracé un peu concave.
La couleur des poissons conservés dans l'eau-de-vie, est roussâtre sur le dos et argenté sous le ventre. D'après Hasselquist, on doit dire que le poisson frais a le dos glauque et le ventre d'une couleur de chair pâle. Le sommet de sa tête est d'une belle couleur dorée. Suivant M. Geoffroy, la base des nageoires est rouge.
L'examen des viscères de ce poisson m'a montré un foie peu volumineux , composé d'un grand lobe plié sur lui-même, embrassant, comme à l'ordinaire, l'œsophage et même l'estomac dans sa gouttière
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supérieure. La portion gauche du foie esl étroite et donne en arrière, et de sa partie supérieure, une pointe trièdre qui recouvre l'extrémité de la vessie natatoire. Vers le bas, le foie se porte un peu audessous de l'estomac, de manière à former une grande échancrure entre la pointe supérieure dont je viens de parler et le bord inférieur de l'estomac, et dans laquelle nous verrons tout à l'heure le pylore et ses dépendances. Le foie, dans l'hypocondre droit, est beaucoup plus large et recouvre presque en entier l'estomac. Ce viscère est arrondi et petit j sa pointe se porte peu au delà du foie et n'atteint guère qu'un quart de la longueur de la cavité abdominale. Deux gros faisceaux musculaires , revêtus d'une aponévrose , assez semblable par son épaisseur à un petit ligament, vont s'insérer sur la seconde ou la troisième vertèbre, et donnent un puissant soutien à l'estomac. Le pylore est vers le haut et du côté gauche. On trouve au commencement de l'intestin deux appendices cœcales, réunies par un épiploon graisseux, très-épais, qui les recouvre presque entièrement. Ces deux cœcums sont droits et se portent au delà de l'estomac. L'intestin, placé au-dessus des deux appendices, descend le long de la vessie natatoire, sans atteindre tout à fait la moitié de la longueur de la cavité abdominale; là il se plie de manière à s'appuyer sur les parois inférieures, et à former une anse dans laquelle sont arrêtées les deux extrémités des cœcums. Avant d'avoir atteint l'estomac, l'intestin se plie de nouveau pour descendre droit jusqu'à l'anus. La rate est étroite, assez longue, repliée sur
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elle-même autour du second pli de l'intestin, et placée entre lui et l'estomac. Dans l'individu que j'ai disséqué , j'ai trouvé l'ovaire du côté gauche formant un tube assez long, rempli de très -petits œufs. Cette portion de l'organe génital était très -facile à observer; mais je ne puis mettre en doute qu'il n'y ait dans l'hypocondre droit un second sac ovarien, à la vérité moins développé. Je ne saurais dire si c'est une disposition organique, ou s'il ne pourrait pas arriver que cet ovaire droit ne vînt à une autre saison du frai se développer de préférence à celui du côté gauche. Quoi qu'il en soit, j'ai cru devoir insister sur cette duplicité de l'ovaire parce qu'on lit dans l'ouvrage de M. de Lacépède que les mormyres n'auraient qu'un seul ovaire.
La vessie natatoire est simple, grande et étendue dans toule la longueur de la cavité abdominale. Ses deux extrémités sont pointues. Les reins, placés audessus d'elle, comme c'est l'ordinaire dans tous les poissons, forment deux bandelettes étroites.
L'aorte m'a paru rester plus longtemps libre dans la partie antérieure de la cavité abdominale que dans les autres poissons; cependant, je ne présente cette observation qu'avec doute, parce qu'il faudrait la répéter sur des poissons frais.
Quant au squelette, ce que j'en ai pu étudier sur ces individus m'a montré des frontaux se portant en avant de l'orbite et contribuant à former la base du cône, qui caractérise l'extrémité pointue de la face de ces animaux. Au-devant d'eux est un ethmo'ide long et étroit, constituant l'extrémité
antérieure du museau- il est échancré en avant pour recevoir les deux petits tubercules des intermaxillaires , qui n'ont que très - peu de mouvements. Sur les côtés on voit les deux maxillaires placés en arc de cercle, et dont l'extrémité est élargie en une petite palette oblongue, à bord arrondi. La mâchoire inférieure est remarquable par l'allongement des apophyses de l'angulaire; c'est à cela que cet os doit sa longueur, et par conséquent la mobilité nécessaire pour l'ouverture de la bouche ; ouverture qui reste toujours fort étroite, puisque tous ces os sont enveloppés dans une peau épaisse. En arrière des frontaux nous voyons deux petits pariétaux se toucher comme dans les carpes et comme dans les aloses, pour former une espèce de plaque impaire sur la voûte du crâne; en arrière, on trouve l'interpariétal surmonté de sa petite crête impaire. Il n'y a pas au-devant de la base de cette crête le trou que nous avons décrit dans les carpes; mais, comme dans celles-ci, l'interpariétal commence à former la face postérieure et verticale de l'occiput. De chaque côté je vois les occipitaux supérieurs qui viennent se placer aux angles de cette face occipitale ; ils donnent en arrière une petite saillie, au-dessous de laquelle l'os se plie pour descendre verticalement et pour s'articuler avec les occipitaux latéraux; ceux-ci sont très-grands dans le mormyre; ils se réunissent par une suture verticale au-dessus du trou occipital; puis une suture oblique les unit à l'interpariétal, et une autre aux occipitaux supérieurs; mais une seconde portion de ces occipitaux latéraux part du basilaire
ei s'étend sur les côtés pour former le plancher inférieur du crâne, et va se réunir au mastoïdien. La face postérieure des occipitaux latéraux est percée d'un petit trou qui correspond au grand que nous avons signalé dans les carpes. Le mastoïdien est également assez grand dans les mormyres; il s'avance, comme à l'ordinaire, vers le frontal postérieur; mais au-dessus de la seconde crête du crâne il se porte en avant pour s'articuler avec le frontal principal, et en dessus, pour aller rejoindre le petit pariétal, d'où il résulte que cette lame du mastoïdien occupe une assez large surface sur les côtés du crâne à la suite des frontaux. Nous venons de voir que les grands trous des occipitaux latéraux de la carpe sont devenus très-petits dans les mormyres. Dans ces poissons nous trouvons des trous latéraux extrêmement grands, formés par l'échancrure du mastoïdien en avant, en dessous et en arrière par l'occipital latéral. Ces trous laissent donc sur les côtés du crâne deux très-larges ouvertures , proportionnellement beaucoup plus grandes que les trous de la carpe. Nous verrons, dans les aloses, des trous latéraux; mais qui ne sont pas cernés par les mêmes os. Les trous latéraux des mormyres sont fermés par une petite plaque osseuse, fournie par le surtemporal, et dont nous parlerons tout à l'heure.
Le basilaire est petit dans ce poisson. Un sphénoïde court donne sur les côtés deux ailes assez larges, ou les grandes ailes sphénoïdales. Le vomer est étroit; les palatins sont petits; ils sont sans dents, ainsi que les ptérygoïdiens et les deux autres os de la face qui
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complètent les systèmes palatin, ptérygoidien et temporal des poissons.
La ceinture numérale se compose, comme à l'ordinaire, d'un scapulaire et d'un surscapulaire; celui-ci fournissant une apophyse styloide grêle qui remonte sur l'occiput pour se perdre dans les muscles de cette région du cou, le long de la crête pariétale et mastoïdienne. Au-devant de ce surscapulaire il existe, dans tous les mormyres, un surtemporal, qui est ici très-remarquable par son grand développement : c'est un os mince, comme une membrane ou comme une très-fine écaille , triangulaire et appliqué sur les côtés du crâne, immédiatement sous la peau, pour fermer le grand trou latéral.
En le soulevant, on trouve dans ce grand trou latéral le sac membraneux de l'oreille interne, lequel est divisé en deux parties : l'une, plus grande et antérieure; l'autre, petite et profonde, et qui contient un petit osselet de l'oreille. Au-devant du sac il y a, comme à l'ordinaire, les trois canaux semi- circulaires de l'oreille interne des poissons. Dans le mormyre caschive l'otolilhe est ovoïde, pointu en avant et mousse en arrière. Cette disposition de l'oreille des mormyres est une des plus remarquables que je connaisse dans les poissons ; elle est toutefois très -différente de ce que l'on observe dans le lepidohprus ; aussi je trouve que M. Mûller n'a pas assez nettement distingué, dans sa physiologie, l'observation de M. Otto de celle de M. Heusinger.
Les autres parties de la ceinture numérale, ainsi
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que les os pelviens, ne m'ont offert aucune autre particularité importante à signaler. La colonne vertébrale est composée de cinquante-deux vertèbres, dont les vingt et une premières portent des côtes. Les interépineux de la dorsale répondent à la huitième vertèbre, et les deux dernières n'en ont pas. Il y a donc, à cause du grand nombre des rayons, un certain nombre de ces interépineux qui ne touchent pas aux vertèbres. Les deux premières vertèbres caudales soutiennent seules les interépineux et l'anale. Je ne possède que trois individus de cette espèce , longs de sept pouces. Ils se rapportent parfaitement à la description d'Hasselquist. Ils ont été pris dans le Nil par M. Geoffroy Saint-Hilaire. Je les regarde comme le mormyrus caschive du voyageur suédois , à cause des quatre-vingts rayons de la dorsale. La forme de leur museau a été convenablement exprimée dans la phrase suivante : Rostrum admodum déclive ante verticem capitis acutiusculum cylindricum. On ne peut s'expliquer la singulière association que Linné a faite de la description de son élève avec le morm. anguilloides décrit dans le Musée du prince Adolphe-Frédéric, qu'en admettant une erreur typographique de la dixième édition ; faute qui a été reproduite dans les éditions suivantes, et qui n'a pas manqué d'être ensuite copiée par tous les successeurs de ce grand
homme. Il indique, en effet, vingt rayons à la dorsale, au lieu de quatre-vingts. Quoique le premier de ces nombres se rapprochât un peu de celui de la dorsale de son anguilloïde , qui en a vingt-six, ceux de l'anale de chacun de ces poissons sont trop éloignés l'un de l'autre pour que je ne me demande pas encore comment ils n'ont pas frappé l'attention de Linné, et comment ils ne lui ont pas fait éviter le rapprochement de deux espèces si distinctes; car l'une n'a que dix -neuf rayons à l'anale, tandis que l'autre en a quarante et un. Il n'en est pas moins vrai que , faute de remonter aux sources originales , c'est-à-dire à la description d'Hasselquist, le mormyrus cascïiwe a été tout à fait méconnu. Ainsi, M. Geoffroy la donné comme synonyme d'une espèce nouvelle qu'il découvrit dans le Nil. Elle n'a que soixante-dix rayons à la dorsale, et elle en diffère par plusieurs autres caractères.
Si dans une note du Règne animal M. Cuvier fait observer que la description d'Hasselquist ne se rapporte pas au poisson figuré par M. Geoffroy sous le nom de mormyre d'Hasselquist, mon illustre maître ne détermine pas l'espèce anciennement décrite.
Je ne saurais admettre avec M. Geoffroy, que les expressions caractéristiques d'Hassel-
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quist puissent être appliquées à l'espèce que ce savant naturaliste a dédiée au disciple de Linné, et qu'il a figurée sous ce nom dans le grand ouvrage d'Egypte. C'est une espèce nouvelle, certainement différente de celle dont nous traitons ici. M. Isidore Geoffroy Saint- Hilaire a paru croire 1 que le morm. kannume de Forskal était de la même espèce; mais on verra dans la description suivante, que nonseulement le nombre des rayons de la dorsale diffère beaucoup trop pour admettre une identité spécifique, mais les différences que j'y reconnais sont encore fondées sur des proportions et des formes assez distinctes.
Dans ces derniers temps M. Ruppell2 a retrouvé l'espèce décrite dans cet article, et il l'a appelée Mormyrus longipinnis, parce qu'il l'a tout simplement comparée à l'oxyrhynque de M. Geoffroy, dont la dorsale est, en effet, beaucoup plus courte. Cet habile zoologiste a observé ce poisson sur les marchés du Caire pendant le mois de mars. Il en a vu des individus de trente pouces. Il écrit leur nom arabe un peu autrement et de la manière suivante : Kisch-Oue. Il ne regarde pas leur chair comme très-délicate.