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sur tout le dos, et les ventrales, un peu plus rapprochées de la tête que dans le précédent, répondent au quatrième ou au cinquième rayon de cette dorsale. La pectorale, large et courte, atteint à l'insertion des nageoires paires abdominales. On voit donc ici une répétition des proportions que nous avons déjà observées entre le M. caschive et le M. kannumè. La couleur de cette espèce est jaune verdâtre, marbré ou teinté de fauve. La tête est pointillée de noirâtre; ses lèvres sont roses; les nageoires, grises, sont lavées de nuances rosées; les lobes de la caudale me paraissent plus pointus que ceux des espèces précédentes.
Ce poisson porte pour nom vulgaire Mese- Nacra.
Le MORMYRE DE DENDERAH.
(Mormjrus anguilloides , Linn.)
Voici l'une des deux espèces connue de Linné, et dont il a laissé une description fort abrégée dans le Muséum Adolphi-Frederici : toute courte quelle est , on la reconnaît à plusieurs traits que Linné a saisis avec une grande sagacité; c'est bien certainement la seule espèce dont on puisse comparer le museau à celui de l'anguille ; et comme les nombres des rayons de la dorsale et de l'anale sont aussi indiqués d'une manière très-précise,
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il ne peut rester de doutes sur la détermination de cette espèce ; c'est bien elle qui a été la première conception du mormyrus anguilloides. Outre la forme particulière du museau, celui-ci se distingue de tous les précédents par la brièveté de sa dorsale.
Le corps de ce poisson est allongé. La plus grande hauteur se mesure aux ventrales et est comprise cinq fois et trois quarts dans la longueur totale. La tête est longue; le museau est arrondi; la mâchoire supérieure plus longue que l'inférieure; l'œil est placé à la fin du premier tiers de la longueur de la joue; le bord de l'orbite n'entame pas la ligne du profil; l'organe, couvert d'une peau épaisse, est petit; les deux ouvertures de la narine sont rapprochées l'une de l'autre et du bout du museau, et répondent audessus au maxillaire, lequel est sur les côtés de la bouche, et ne porte aucunes dents, comme tous ses congénères; celles qui bordent les deux mâchoires sont aplaties , et ont leur couronne échancrée. Quand elles ne sont pas usées, on remarque surtout l'échancrure de la couronne sur les dents latérales. Je la vois aussi sur quelques-unes des dents mitoyennes dans les différents exemplaires que je puis étudier; mais il faut y regarder avec soin ; car , après un premier examen rapide, il arriverait très-aisément de dire que les dents de cette espèce sont coniques. La plaque des dents vomériennes est petite, ainsi que celle de la langue. La nuque est légèrement soutenue et se redresse tout doucement vers la ligne du dos, de
sorte que ce profil est concave dans la région supraoculaire.
La peau qui recouvre la tète est épaisse, criblée de pores, et va s'attacher sur la ceinture humérale, de manière à ne laisser qu'une fente oblique, étroite pour l'ouverture de l'ouïe, que Linné aurait mieux fait, suivant moi, de comparer à celle des anguilles qu'à l'ouverture branchiale des ostraciens. La dorsale est non-seulement reculée sur l'arrière du dos, mais même au-dessus de la ventrale, de manière à à ce que son premier rayon ne corresponde qu'au quatorzième de cette nageoire. La nageoire du dos se termine aussi avant la fin de celle de l'anus, de manière que ce dernier rayon correspond au trentequatrième ou au trente-sixième de celle-ci. La caudale a les deux lobes fourchues et assez nettement séparés ; les ventrales sont insérées en avant de la moitié du corps; elles sont petites; les pectorales courtes, arrondies et loin de les atteindre.
B. 6; D. 26 à 28; A. 39 à 42, etc.
Les écailles sont plus grandes que celles des espèces précédentes; il n'y en a que quatre-vingt-dix rangées entre l'ouïe et la caudale. La ligne latérale, tracée par le milieu du côté , est un peu convexe.
Les couleurs sont plombées, verdâtre sur le dos, en passant au bleu sur la queue et sur le dessous du corps. La tête est irisée de verdâtre, de bleu, de rose et de jaune. Les nageoires sont vertes et d'une teinte uniforme. Suivant Sonnini, les teintes seraient plus noires. Nous jugeons de ces couleurs par une belle peinture, faite en Egypte par M. Redouté, et
C1IAP. IV. MORMYRES. 201
qui se rapporte tout à fait aux notes conservées par M. Geoffroy, et publiées par son fils.
Les plus longs exemplaires de cette espèce ont un pied dix pouces de longueur. Outre ceux rapportés par M. Geoffroy , nous en avons encore d'autres, dus aux recherches de M. Joannis et aux expéditions dans le haut Nil de M. Darnaud.
La description détaillée que je viens de donner, prouve que nous retrouvons ici le mormyrus anguilloides du Musée d'Adolphe- Fréderic. L'on voit que Linné, dès la dixième édition du Systema naturce, l'a confondu à tort avec le morm. caschive de Hasselquist. Cette erreur a été copiée par Gmelin, et aussi par Bonnaterre dans l'Encyclopédie méthodique : c'est là ce qui explique comment on trouve dans M. de Lacépède un mormyrus caschive de Daubenton et de l'Encyclopédie parmi les synonymies du morm. denderah de M. Geoffroy, en même temps que l'on voit plus bas dans cette même ichthyologie le mormyrus caschive de Hasselquist comme synonyme du mormyrus Hasselquistii.
Sonnini nous a fait connaître le mormyrus anguilloides sous le nom de Hersé', la figure , quoique médiocre, est encore reconnaissable, et la description vient confirmer ce que la
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faiblesse du trait pourrait laisser d'incertain. Il dit que le nom de Hersé signifie belette, nom qui lui est donné par les Arabes à cause du prolongement de son museau. M. Ehrenberg a observé et dessiné cette même espèce de mormyre à Dongola. Il m'en a communiqué un dessin parfaitement reconnaissable.
Je trouve aussi dans les dessins de M. Riffault une figure que je rapporte à notre poisson , quoique les couleurs soient indiquées d'une manière assez différente de celles que nous ont assignées jusqu'à présent les autres naturalistes : le dos est peint en vert olivâtre assez foncé, éclairé par des teintes rougeâtres disposées par bandes ; les flancs et le ventre, blanchâtres , portent de grandes marbrures rougeâtres; la dorsale et l'anale, toutes deux grises mêlées de verdâtre, ont l'une le bord rougeâtre, l'autre, c'est-à-dire la dorsale, le bord rosé ; les nageoires paires sont rougeâtres, et le dessus de la tête est vert olive avec de petites taches brunes; le dessous est rougeâtre. Le nom arabe est Gamour ou Maus. Je ne m'étonnerais pas que le poisson de M. Riffault ne devînt un jour le type d'une espèce particulière. Si l'on se rappelle maintenant ce que nous avons dit du morm. nacra, d'après le dessin fait par M. Riffault, on verra comment
CHAP. VI. MORMYRES. 265
cette dernière espèce à dorsale étendue sur toute la longueur du dos et à museau gros et court, concave sur la tête, lie les groupes des morm. oxyrhynques à celui de l'anguilloïde, et comment nous arrivons par ce dernier aux espèces à dorsale courte.
Le MORMYRE DE TuCKEY.
(Mormjrus Tuckeji, nob.)
Le docteur Leach a indiqué dans l'appendice de la relation de la malheureuse expédition anglaise sur le Zaïre, désigné plus communément sous le nom de fleuve du Congo, un mormyre très -voisin de l'anguilloïde, et que j'ai eu occasion d'examiner et de dessiner dans le Musée britannique , grâce aux libérales communications que m'en a faites M. Grayj je ne pourrais sans cela parler d'une espèce, dont le docteur Leach n'a laissé qu'une notice beaucoup trop courte, sans caractères, et sous le nom <S.Oxyrliynchus deliciosus.
La tête de ce poisson fait le quart de la longueur du corps, la caudale non comprise. L'œil est au quart de la longueur de la tête. J'ai compté vingt-six dents à chaque mâchoire; la dorsale n'a guère que la moitié de l'étendue de l'anale; elle a moins de rayons que l'espèce précédente, et l'anale en a davantage.
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La dorsale est plus haute de l'avant et plus pointue de l'arrière que celle du M. angnilloides. L'anale est plus haute et plus arrondie de l'avant. Les écailles du dos sont beaucoup plus petites que celles des côtés. J'ai compté quatre-vingt-quinze rangées de celles-ci dans la longueur, et dix-neuf dans la hauteur. La couleur est verdàtre sur le dos, avec une vingtaine de traits longitudinaux fins et noirs sur chaque flanc.
L'individu que j'ai décrit et dessiné à Londres est long de vingt-huit pouces.
Le docteur Leach avait eu, comme moi, Fidée de distinguer ce poisson du morm. anguilloides. Les notes de l'expédition lui ont fait savoir que ce poisson est commun dans la rivière, et que sa chair est d'une saveur des plus exquises : c'est là ce qui lui a fait désigner cette espèce sous le nom dHOocyrliynchus deliciosiis; mais je ne sais vraiment où ce savant Anglais a trouvé un genre Qxyrhynclins dans les Œuvres d'Athénée; d'ailleurs, tous les mormyres ont la chair savoureuse. En rétablissant ce poisson dans le genre sous lequel il doit être décrit, j'ai cru plus juste de lui donner le nom du chef courageux de l'expédition qui nous la fait connaître.
CHAP. IV. MOHMYRES. 205
Le MûRMYRE DE SaLEHEYEH.
(Mormjrus cjprinoides , Linn.)
Il est évident que nous avons ici sous les yeux le morm. cjprinoides de Linné. La description du Musée du prince Adolphe - Frédéric ne peut laisser aucun doute à ce sujet; c'est la seule espèce dont Linné ait pu dire : Corpus facie rutili ovatum , dentés nonnulli acuti, etc. Cest, en effet, le seul de nos mormyres qui ressemble à nos gardons, et le seul qui ait un très-petit nombre de dents pointues. Comme Linné travaillait avec les notes ou avec les individus qu'il tenait probablement de Hasselquist, et qu'il avait, ainsi que son élève, remarqué les dents échancrées de îanguilloïde et du caschive, il opposait avec raison à ce caractère celui quil puisait dans la forme conique des dents de notre mormyre actuel, le seul qui les ait ainsi. Ajoutons que les nombres de rayons de la dorsale et de l'anale ont été indiqués avec la plus sévère exactitude.
Le mormyrus cyprinoides a donc le corps en ovale assez régulier, depuis la tête jusquà la naissance de la queue, qui sort étroite en arrière de cet ovale. La hauteur du tronc fait le quart de la longueur totale; celle de la tête est les deux tiers de cette hauteur. La courbure monte régulièrement et
insensiblement depuis le bout du museau jusqu'à la dorsale, et une courbure concave symétrique à la première dessine le contour inférieur. Il y a une légère saillie du front au-devant des yeux ou des deux ouvertures de la narine, lesquelles sont petites et très- rapprochées l'une de l'autre. L'œil est placé sur le devant de la face, éloigné du bout du museau seulement du quart de la longueur de la tête. L'ouverture de la bouche est très -petite, la lèvre inférieure fait une saillie épaisse et papilleuse au-devant de cette ouverture; c'est ce que M. Redouté a trèsbien fait sentir dans son dessin gravé dans l'ouvrage d'Egypte, et M. Geoffroy avait parfaitement saisi ce caractère remarquable en désignant l'espèce sous le nom de M. labiaius.
Les mâchoires ne portent qu'un très-petit nombre de dents. Je n'en vois que quatre à la mâchoire supérieure et six à l'inférieure; mais ces nombres doivent être variables, car ces organes tombent facilement. J'ai des exemplaires qui n'en ont plus conservé une seule. La plaque vomérienne est oblongue, pointue en avant et arrondie en arrière; celle de la langue, un peu plus étroite, lui correspond parfaitement.
La dorsale, reculée sur l'arrière du dos, commence très-peu en arrière de l'anale. Son premier rayon répond au dixième rayon de cette nageoire. La dorsale est, d'ailleurs, assez haute de l'avant, et le dernier rayon est un peu plus long que ceux qui précèdent ; l'anale est beaucoup plus étendue que la dorsale; les ventrales sont un peu en avant du second tiers
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du corps; les pectorales, assez pointues, touchent
ou même dépassent l'insertion des autres nageoires
paires.
D. 26; A. 32, etc.
Les écailles sont beaucoup plus égales que celles des précédentes espèces. Nous en comptons de quatrevingt-quatre à quatre-vingt-huit rangées entre l'ouïe et la caudale. La couleur ressemble à celle des autres mormyres : c'est un plombé plus ou moins bleuâtre et rayé sur le dos. Les nageoires sont verdâtres.
Dans ce mormyre on trouve des frontaux beaucoup moins prolongés sur le devant, des os du nez plus larges et plus courts, des sacs orbitaires caverneux ; entre ces os s'avance encore l'ethmoide , qui forme toujours, comme dans les précédents, l'extrémité du museau, et qui reçoit les intermaxillaires. Le raccourcissement de la tête est donc dû ici en partie à celui des os du crâne. Je ne vois plus de trous dans les occipitaux supérieurs. Quant aux grands trous latéraux, ils sont ici plus larges, triangulaires et recouverts par un surtemporal naturellement plus haut, mais moins long. Le raccourcissement du corps se trouve ici en rapport avec la diminution dans le nombre des vertèbres; car il n'y en a plus que quarante -cinq, dont seize seulement portent des côtes. Le premier interépineux de la dorsale répond à la dix -septième vertèbre. Nos plus grands exemplaires ont environ dix pouces de long; mais le dessin gravé dans M. Geoffroy en a jusqu'à treize. Puisque je crois pouvoir établir que l'espèce dont il
s'agit ici est le morm. cjprinoides de Linné, j'en conclus qu'elle a été deux fois citée dans M. de Lacépède : une première sous le nom linnéen, et l'autre sous le nom de Mormyre saleheyeh, que M. Geoffroy lui avait envoyé d'Egypte; ce savant zoologiste, ayant rapporté la dénomination linnéenne à une tout autre espèce , qui restera une de ses découvertes.
M. Ehrenberg a retrouvé récemment cette espèce dans le Nil, et il a bien voulu en céder un exemplaire pour le Cabinet du Roi. Peu après , M. Ruppell a donné une figure de la même espèce sous le nom qui lui avait été consacré par M. Geoffroy.
M. Riffault a aussi dessiné cette espèce. Sa figure porte pour nom arabe Abouéfuéfé: le corps y est nuancé de jaunâtre et de roux; les nageoires sont roussâtres : l'opercule seul est teinté de verdâtre.
Le nom de Saleheyeh, que M. Geoffroy a donné à ce poisson, vient de l'endroit où il l'a d'abord observé. Il en a trouvé aussi un grand nombre d'individus desséchés et morts sur le sable du désert après le retrait du Nil. Cette observation a été heureusement consignée par M. Geoffroy ; car il y a lieu de croire que des fouilles exécutées dans ce bassin de l'Egypte, inondé régulièrement par la crue du
Nil, feront découvrir un nombre assez considérable de poissons fossiles, disposés par couches aussi régulières que dans le célèbre gisement du Monte-Bolca.
Le MORMYRE ALLONGÉ.
(Mormyrus elongatus, Rupp.)
Je trouve dans les collections faites dans le Nil par M. de Joannis une espèce dont le corps est proportionnellement beaucoup plus long que celui qui vient d'être décrit d'après l'exemplaire observé par M. Geoffroy.
Les nombres des rayons diffèrent aussi très-peu, car nous les avons comptés de la manière suivante : D. 27 ; A. 33, etc.
Les couleurs, comme on s'y attend, et Tes autres parties ressemblent tout à fait à celles du précédent; mais comme les nombres des rayons de l'anale, et ce qui est plus important encore, les proportions s'accordent parfaitement avec les observations faites par M. Ruppell,
nous croyons pouvoir considérer ces poissons comme représentant le mormyrus elongatus de ce savant et habile voyageur; je ferai seulement remarquer que les derniers rayons des deux nageoires impaires sont un peu plus longs que les autres dans le mormyrus
cyprinoides , tout aussi bien que dans celui sujet de cet article \ par conséquent ce caractère ne peut convenir à une espèce en particulier.
Le MORMYRE RACCOURCI.
(Mormjrus abbreviatus s nob.)
Des raisons tout à fait inverses de celles qui ont engagé M. Ruppell à distinguer son elongatus du morm. cyprinoides Linn. , me conduisent à distinguer le poisson que j'ai sous les yeux des deux précédents.
Celui-ci, comparé à un individu de même taille, a
le corps plus haut et plus court; la tête un peu plus
large et plus renflée d'un œil à l'autre.
D. 26; A. 32, etc.
Les couleurs me paraissent un peu plus plombées,
et celles de la dorsale et de l'anale plus rembrunies.
La longueur de l'individu est de huit pouces. Nous l'avons observé parmi les collections de M. de Joannis, qui a rapporté en même temps un individu du morm. cyprinoides tout à fait semblable à celui de M. Geoffroy.
Nous remarquerons que ces espèces ne sont peut-être que des variétés l'une de l'autre. Cependant nous avons déjà exprimé la pensée que ces mormyres peuvent offrir dans le Nil les mêmes variations que nos cyprins présen-
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tent dans nos rivières. Or, si les espèces de notre pays nous venaient de fleuves éloignés, et que nous ne les connussions que par l'examen de quelques individus isolés, si nombreux même qu'ils nous paraîtraient dans nos collections, nous confondrions ensemble les différentes espèces de leucisques, dont nous établissons la distinction spécifique non-seulement par les légères différences que nous offrent les formes, mais par les observations que nous sommes en état de faire sur la diversité de leurs mœurs, les époques plus ou moins éloignées de la ponte et du frai. C'est aux voyageurs qui se rendront de nouveau sur les bords du Nil, à examiner ces diversités de mormyres, à apprendre des pêcheurs, que l'habitude instruit beaucoup plus que nous , à saisir les caractères réels de ces espèces ou de ces variétés.
Le MORMYRE DE BEHBEYT.
{Mormjrus dorsalis, Geoffroy).
Nous avons maintenant à parler dune espèce qui a été désignée scientifiquement par M. Geoffroy Saint-Hilaire sous le nom de M. dorsalis. Si l'on voulait continuer la comparaison que Linné avait faite du mormjrus cyprinoides avec le gardon , on dirait que
27% LIVUE XX. MALACOPTÉRYGIENS.
celui-ci doit être comparé à la brème ou aux cyprins voisins de celui - ci , tel que la sope (L. sopa), ou à la vimbe (L. vimba), et alors on pourrait dire que les caschives ont la longue dorsale des carpes ; que les oxyrhynques ont le museau pointu de certains barbeaux ; mais il faudrait étendre encore ces comparaisons , et l'on trouverait plus de justesse à rapprocher le denderah des anguilles et les oxyrhynques du silurus longirostris.
Toutes ces comparaisons ne sont qu'une manière de répéter ce que nous avons déjà dit tant de fois dans ce livre, que la nature, d'une fécondité inépuisable dans la variété de ses formes, trouve souvent moyen de les reproduire dans les êtres les plus éloignés en apparence les uns des autres. Quand on analyse sévèrement l'ensemble des caractères qui fixent les affinités naturelles des êtres, on voit bientôt que ces similitudes extérieures ne sont que superficielles. On acquiert aussi la conviction que les organes employés par la nature pour reproduire une forme semblable, dans deux espèces de genres différents, ne sont souvent plus comparables.
Je fais ici cette observation, afin de remarquer que M. de Lacépède, probablement d'après les souvenirs de M. Geoffroy, a comparé
CHAP. IV. MORMYRES. 273
le museau conique et allongé des mormyres oxyrhynques à celui des fourmilliers dans la classe des mammifères. M. Cuvier a lui-même répété, dans le Règne animal, cette comparaison, qui ne peut soutenir en aucune manière l'examen anatomique par la comparaison des pièces. Dans les Mirmécophaga les os de la face sont excessivement allongés; les maxillaires et les os du nez ont pris un accroissement considérable ; dans les mormyres , au contraire , rallongement du museau est dû aux os du crâne; les frontaux antérieurs, qui se portent beaucoup au delà des yeux, forment la base de ce cône, qui est prolongé par un ethmoïde long et saillant, tandis que les os du nez, les maxillaires ou les intermaxillaires sont restés excessivement petits.
Ces remarques prouvent, selon moi, le peu de fondement de ces comparaisons que l'on décore souvent du titre pompeux de philosophie naturelle ou scientifique , qui sont toujours le résultat de comparaisons forcées, et qui sont loin de constituer la véritable science de l'anatomie comparée; celle-ci devant, au contraire, arrêter, dans la sévérité de ses principes, les écarts de l'imagination, à laquelle l'homme se plaît le plus souvent à s'abandonner. Mais revenons à notre poisson.
274 LIVRK XX. (4ALAC0PTÉRYGIENS.
Ce mormyre a le corps allongé et comprimé. La hauteur est comprise quatre fois et demie clans la longueur totale. Le museau est gros , obtus et arrondi ; le dessus de la tête, entre les yeux, est bombé et comme bossu. La ligne du profil du dos se continue ensuite par une ligne courbe, mais très -surbaissée, jusqu'à la caudale; celle du ventre est beaucoup plus concave jusqu'à l'anus, d'où cette ligne se redresse par une ligne droite, servant de base à l'anale jusqu'au tronçon de la queue, dont la hauteur n'est guère que le quart de celle du tronc. L'oeil est petit, près du bout du museau, au quart antérieur de la longueur de la joue, contenue cinq fois et demie dans celle du corps entier. Tout près de l'extrémité du museau on trouve les deux ouvertures de la narine. La bouche est petite, avec des lèvres épaisses, arrondies, égales entre elles et chargées de papilles assez grosses. Les dents, semblables à celles des autres mormyres, sont comprimées et échancrées. La dorsale, qui est ici très-courte, est rejetée sur l'arrière, au commencement du dernier tiers du corps; l'anale, devenue très -longue, commence a peu près à la moitié du corps, et son étendue égale à peu près le tiers de la longueur totale. A ne considérer que ces deux nageoires, on pourrait presque dire que la nature a ici renversé un oxyrhynque. La ventrale est petite et insérée au tiers de la distance, mesurée entre le bout du museau et l'origine de la caudale ; elle est très-petite; la pectorale, étroite et pointue, atteint beaucoup au delà de l'insertion de la nageoire du ventre.
CHAP. IV. MORMYRES. 275
Les nombres des rayons de la dorsale et de l'anale varient un peu dans cette espèce. J'ai examiné les différents individus de la collection, et je ne crois pas que ces légères variations dans les nombres dépendent de différences spécifiques.
D. 14 à 16; A. 56 à 60, etc.1
Les écailles sont petites, assez régulières le long des flancs. J'en compte cent huit rangées entre l'ouie et la caudale. La ligne latérale est tracée par les deux cinquièmes de la hauteur du tronc. La couleur est un plombé varié de reflets rosés, prenant une teinte noirâtre sur le dos, qui est couvert de petites taches noires irrégulières. Les nageoires sont d'un vert jaunâtre.
M. Geoffroy, qui a nommé cette espèce sous le nom de Mormyre de Behbeyt, en avait donné communication à M. de Lacépède qui a altéré cette dénomination dans son ouvrage en la publiant sous le nom de Bébé. La figure gravée dans l'ouvrage d'Egypte est, à cause de sa belle exécution , très-facile à reconnaître. Peu d'années avant, Sonnini2 avait représenté cette même espèce sous le nom de Kaschoué. La figure, petite et dune cliétive exécution à
1. M. Isidore Geoffroy a compté jusqu'à soixante-trois rayons à l'anale d'un de ses exemplaires; mais j'avoue n'avoir pas retrouvé ce nombre, quoique je les ai comptés dans cinq individus.