‹ Histoire naturelle des poissons (volume 4)Chapitre 63 sur 108 · Sonnini, Voyage en Egypte, pi. 21, fig · texte numérisé non relu

Sonnini, Voyage en Egypte, pi. 21, fig

côté de celle de l'ouvrage d'Egypte, n'en est pas moins très-reconnaissable.

M. Riffault a aussi rapporté une peinture de ce poisson faite pendant son voyage en Egypte; elle porte le nom de Çava. Le fond du dos est verdâtre avec des taches noires, et celui du ventre jaunâtre mêlé de roussâtre : la tête et les nageoires sont rousses.

Outre les individus que le Cabinet tient de M. Geoffroy, on en a encore d'autres, qui proviennent des collections faites par M. de Joannis.

Le MORMYRE BANÉ.

(Mormyrus bone; Mormons cjprinoides , Geoffroy, mais non de Linné).

En examinant les nombreux individus rapportés d'Egypte par M. Geoffroy sous le nom de Bané, et en les comparant avec ceux que les différents voyageurs nous ont procurés depuis l'expédition d'Egypte, nous avons remarqué six espèces ou variétés bien tranchées, que l'on a réunies sous le nom de Mormyre bané. Nos observations présentent un caractère de certitude; car nous n'avions pas moins de vingt- cinq exemplaires réunis et placés à coté les uns des autres pour les comparer.

CHAP. IV. MORMYRES. 277

Le trait le plus saillant de la conformation de tous ces Bané est d'avoir le museau saillant au delà de la bouche; mais l'avance du museau, l'éloignement de l'œil et la forme générale du corps, offrent des caractères différentiels que l'on peut assez facilement saisir pour en conserver le souvenir de manière à reconnaître ces différentes espèces.

Pour mettre les naturalistes à même d'apprécier les observations que nous avons faites sur nos différents exemplaires, nous allons commencer par donner la description détaillée de l'espèce que M. Geoffroy a observée et qu'il a parfaitement bien représentée dans l'ouvrage d'Egypte.

Ce poisson a le corps ovalaire. La hauteur , mesurée entre le commencement de la dorsale et de l'anale, est contenue quatre fois dans la longueur totale. A partir de la saillie du museau, le profil monte un peu obliquement jusque sur la crête occipitale, qui est élevée et qui rend la nuque un peu saillante; puis la ligne du profil monte droite, mais un peu obliquement, jusqu'au pied de la dorsale; à partir de là elle descend jusqu'à la queue. La ligne du profil du ventre est plus régulièrement concave, depuis la bouche jusqu'à la queue, au delà de l'anale. La hauteur de cette portion du corps est le cinquième de la hauteur précédente; la longueur de la tête, mesurée depuis la saillie du museau jusqu'au bord

de l'opercule, est à très-peu de chose près, le cinquième de la longueur totale. Le profil inférieur qui se dessine depuis le museau jusqu'à l'ouverture de la bouche, est une ligne droite 5 elle est plus longue que dans aucune autre espèce. L'œil, dont le bord antérieur répond à l'ouverture de la bouche, est éloigné de la tubérosité terminale, d'une longueur égale au cinquième de celle de la tête. Cet œil est petit, car son diamètre n'est guère que du sixième de cette même longueur. Un peu au-dessous de l'œil et près du bord du museau existe la cavité nasale, dont les deux orifices sont très-petits et rapprochés l'un de l'autre. La bouche est une fente presque linéaire et transversale; les lèvres sont moins épaisses et moins garnies de papilles que celles des autres mormyres. Les dents sont d'ailleurs comprimées et à couronne échancrée comme celles de toutes les espèces précédentes. La dorsale de cette espèce est de moyenne grandeur, et, à très-peu de chose près, aussi étendue que l'anale. La hauteur des premiers rayons de la nageoire du dos est un peu plus considérable que les correspondants de la nageoire de l'anus. Les ventrales sont petites; les pectorales touchent à leur insertion.

D. 31; A. 34, etc.

Je suis parfaitement d'accord avec M. Isidore Geoffroy pour cette énumération. Les écailles de celte espèce sont assez égales et plus grandes que dans aucune autre espèce. Je n'en compte que soixantehuit entre l'ouïe et la caudale. La ligne latérale est droite et tracée à peu près par le tiers de la hauteur

du tronc. Quant aux couleurs, le fond est un plombé à reflets bleuâtres, sans aucunes taches sur le corps ou sur les nageoires.

Les viscères du Bané sont semblables à ceux des autres mormyres. Je trouve seulement leurs cœcums plus longs et courbés autour de l'estomac.

Quant au squelette, s'il ne présente pas de différences génériques, on ne peut nier que le crâne ne soit en apparence fort différent de celui des autres mormyres. En effet , dans cette espèce la saillie du museau n'est plus faite par l'ethmoïde; cet os , donnant au contraire la hauteur de cette partie de la face au-dessus de l'ouverture de la bouche. Les os du crâne paraissent , d'ailleurs , comme caverneux. Si j'osais me permettre des comparaisons que je regarde comme forcées, je dirais que les Banés sont en quelque sorte aux autres mormyres ce que les sciènes sont aux perches. Nous avons pour frontaux des os courts, étroits, surmontés d'une crête mitoyenne, donnant naissance, au-dessus de l'orbite, à une petite arcade osseuse qui va se perdre sur les crêtes sourcilières, ce qui laisse un trou ou une sorte de petite caverne au-dessus de l'orbite. Le frontal antérieur s'avance ensuite en un os étroit, ayant une crête moyenne et deux petites latérales. L'ethmoïde s'articule presque à angle droit sous cet os , et vient recevoir dans son échancrure les branches de l'intermaxillaire. De chaque côté de l'ethmoïde sont d'abord les os du nez ; os assez longs, arqués, plies sur eux-mêmes en demi-cornets, et formant ainsi une sorte de goullière , qui se

continue avec celle des frontaux. Les sous-orbitaires sont de même plies en gouttière, de sorte que tous les os de cette partie de la face ont l'apparence caverneuse de plusieurs de nos sciènes. En arrière et au-dessus des frontaux sont deux très -petits pariétaux, dont la ligne moyenne est relevée en une petite crête qui va se continuer avec la grande crête impaire de l'interpariétal, de chaque côté de laquelle on voit s'élever les petites crêtes mastoïdiennes, qui portent vers les bases externes de la région occipitale. Le trou mastoïdien latéral est très -grand, triangulaire et recouvert par un surtemporal oblong, qui est proportionnellement le plus grand de toutes les espèces de mormyres. Je trouve ici les deux trous des occipitaux latéraux de nos autres espèces. Nous n'avons plus que quarante-deux vertèbres, dont onze sont abdominales.

Telle est la description détaillée du mormyre Bané, faite sur un individu long de neuf pouces, qui a également servi au travail de M. Geoffroy. Il s'est trompé, quand il a cru que ce pouvait être le mormyrus cjprinoides de Linné ; car, l'auteur du Systema naturœ compte a la dorsale vingt-six rayons et à l'anale quarante et un 5 nombres que nous avons retrouvés dans une des espèces précédentes. Nous devons regretter aussi que M. Cuvier ait adopté, sans vérification préalable, la détermination de M. Geoffroy.

CHAP. IV. MORMYRES. 281

Le Mormyre Dequesné.

(Mormjrus Dequesné, nob.)

Nous avons un second Bané, dont la hauteur entre la dorsale et l'anale est trois fois et demie dans la longueur totale. Il a donc le corps plus trapu que le précédent. L'extrémité du museau est plus grosse et plus arrondie parce que le profil inférieur de ce museau est plus courbe. Le dos paraît plus régulièrement convexe, et le ventre est plus droit jusqu'à l'anus. L'œil paraît un peu plus grand; la tête est un peu plus courte; la pectorale paraît plus pointue; les écailles un peu plus grandes, car je n'en compte que soixante rangées le long du côté. Les nombres sont un peu différents de ceux du précédent.

D. 32 j A. 36, etc.

Les couleurs sont un plombé uniforme sur le dos, rembruni sur les nageoires, qui sont beaucoup plus foncées que le tronc. Le museau est presque noirâtre, avec des reflets dorés; ces teintes rembrunies s'étendent sous la gorge.

Je possède de cette espèce un exemplaire rapporté par M. Geoffroy : il est long de sept pouces. Un autre, de même taille et très-bien conservé, d'après lequel j'ai fait ma description , provient des collections de M. de Joannis; enfin, j'en ai un troisième, long d'un pied, qui a été pris dans le Nil pendant l'expédition de

M. Daraaud. Je rapporte à cette espèce un dessin fait par M. Rifïault , qui a bien , comme le nôtre, le museau saillant et arrondi; le corps est d'un gris teinté de brun sur le dos et de rose sous le ventre. Il porte le nom que j'ai donné à notre espèce.

Le MORMYRE DE JOANNIS.

(Mormjrus Joannisii, nob.)

Cette troisième espèce de Bané

a le corps beaucoup plus haut que toutes les précédentes; car la hauteur, entre les deux nageoires impaires, est le tiers de la longueur totale. Le museau est gros et arrondi; le dessous est plus large que dans les précédentes. L'œil est plus grand que dans aucune autre espèce.

D. 30; A. 34, etc.

Les écailles sont plus petites, car j'en compte soixante-sept rangées sur un corps beaucoup moins long.

La couleur est plombée sur le dos, argentée sous le ventre et sous le museau. Les nageoires sont grises, à reflets verdâlres très-pâles.

La longueur de l'individu est de sept pouces; il nous vient aussi de M. de Joannis.

CHAP. IV. M0RMYRES. 285

Le Mormyre d'Ehrenberg.

(Mormyrus Ehrenbergii, nob.)

Celui-ci a le corps plus étroit que les précédents ;

la hauteur est comprise quatre fois dans la longueur totale ; sous ce rapport il ressemblerait à notre première espèce; mais il en diffère parce qu'il a le museau plus arrondi, surtout en dessous ; que l'œil est un peu plus avancé, de telle façon que la bouche paraît plus reculée par rapport à cet organe; il est aussi plus grand que dans le Bané de M. Geoffroy. D. 30 ou 32; A. 33 ou 35, etc.

Les couleurs sont plus argentées que dans aucun des précédents. Les nageoires sont pâles. La dorsale seule est teintée de noirâtre sur les premiers rayons. L'individu que j'ai reçu de M. Ehrenberg a cinq pouces de long. J'en ai un second , un peu plus grand et long de six pouces et demi , qui nous vient de M. Darnaud. Enfin, je trouve encore un individu, semblable par ses formes et les nombres de rayons, mais défectueux à cause de son ancienneté, dans les collections de l'expédition d'Egypte.

Le Mormyre de Bové.

(Mormyrus Bovei, nob.) Dans toutes les espèces dont j'ai parlé

jusqu'à présent, les nombres des rayons de la dorsale et de l'anale différaient très-peu; dans celle que je vais décrire

je trouve une dorsale courte , ayant de vingt à vingt- trois rayons, tandis que l'anale reste longue comme dans les précédentes, car je lui compte de trente et un à trente-trois rayons, avec ces différences de nageoires impaires, je trouve un corps étroit et allongé. La hauteur entre les deux nageoires verticales est un peu au-dessous du quart de la longueur totale. La saillie du museau est très-courte, ce qui le rend plus arrondi que chez aucun autre. La fente de la bouche répond au milieu de l'orbite, parce que l'œil est encore plus avancé que dans les précédents. D. 23; A. 31 ou 33.

Les couleurs sont argentées, un peu plombées sur le dos. Les nageoires sont blanches ; la caudale a cependant quelques teintes grises, ainsi que les premiers rayons de la dorsale.

J'ai examiné un grand nombre d'individus de cette espèce rapportés du Nil par M. Geoffroy , qui sont tous de même taille et qui n'ont que quatre pouces et demi. M. Bové en a procuré au Muséum deux exemplaires parfaitement bien conservés et de même taille, qui ont servi à ma description.

CHAP. IV. MORMYRES. 285

Le Mormyre d'Isidore.

(Mormyrus Isidori, nob.)

Je vois dans cette espèce l'anale se raccourcir, ainsi que la dorsale, comme dans l'espèce précédente ;

elle n'a plus que vingt-quatre rayons. Le corps est d'ailleurs plus court, car la hauteur est trois fois et quelque chose dans la longueur totale. La circonscription du corps forme un ovale plus régulier, et le museau, arrondi en dessus comme en dessous, confond son profil dans celui de l'ovale général. La bouche est petite, sa fente répond au bord antérieur de l'œil; celui-ci est donc plus reculé sur la joue que dans les espèces précédentes. La pectorale est pointue, et elle atteint presqu'à la fin de la nageoire

ventrale.

D. 20; A. 24, etc.

Ce poisson, de couleur plombée, a le ventre plus gris et moins brillant que les deux ou trois précédentes espèces. La dorsale et la caudale sont un peu noirâtres; les autres nageoires restent grises.

Ce petit poisson, long de près de quatre pouces , faisait partie des collections de M. Geoffroy, et était considéré comme un jeune du Bané; mais les nombres sont tellement différents, que les deux espèces ne peuvent pas même être rapprochées. Son profil , sa pectorale, sont tout à fait différents de ceux

du petit individu qui a été figuré sur la planche de l'ouvrage d'Egypte, et qui représente effectivement un jeune Bané. Je n'ai pas besoin de dire par quel souvenir j'ai donné à l'espèce le nom qu'elle porte.

CHAP. V. HYODONTES. 287

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