‹ Histoire naturelle des poissons (volume 4)Chapitre 64 sur 108 · DON · texte numérisé non relu

DON

Je réunis dans un même groupe les ostéoglosses, les ischnosomes et les hyodons, qui ont tous trois le corps comprimé , le ventre comprimé sans dentelures, et des cœcums au pylore.

Sans la présence de ces organes ces genres iraient avec les chirocentres ; car ceux-ci ont la joue cuirassée, quoique les sous-orbitaires soient moins gros. Le développement de ces os chez les Osteoglossum a fait penser à quelques naturalistes que ces poissons devaient être réunis aux genres Erythrinus et Suais; mais ceux-ci, comme on le verra à leur article, s'en éloignent par la forme arrondie de leur corps et par d'autres détails anatomiques. Les deux genres dont je traite ont de l'affinité avec les autres familles que je forme pour arriver à les caractériser. De tous ces poissons, ceux dont le canal intestinal ressemble le plus aux Ostéoglosses, sont les mormyres. Les formes extérieures ne m'auraient pas fait songer à ce rapprochement. En joignant à cette similitude

celle qu'ils ont avec les Chirocentres par la forme du corps, on comprend pourquoi je place les Hyodontes à la suite des Mormyres, et que je les éloigne par conséquent des Érythrins.

DES OSTÉOGLOSSES (Osteoglossum).

On doit à un voyageur portugais, M. Fereira, les premières indications de l'existence d'un poisson de l'Amazone, brillant des plus belles couleurs, aussi remarquable par ses formes que par ses caractères; il a été décrit et dessiné avec beaucoup de soins au commencement de ce siècle par ce naturaliste, disciple du professeur Vandelli de Lisbonne. Ce voyageur l'avait observé dans le Rio-Négro du Para, et il avait envoyé ses observations à son maître; celui-ci les publia dans un Recueil scientifique portugais vers 1808, et la gravure qui accompagne cette notice, est certainement une des représentations les plus fidèles qu'un naturaliste puisse demander d'une espèce de poisson. M. Fereira avait joint à l'envoi de ses notes manuscrites la langue osseuse et dentée d'un autre grand poisson, vivant aussi dans les affluents de l'Amazone. Cet os provient d'un Vastrès; mais j'ai tout lieu de penser que le naturaliste

CHAP. V. OSTÉOGLOSSES. 289

portugais a cru que la langue osseuse appartenait à l'espèce qu'il avait dessinée. C'est ce qui lui a fait imaginer le nom générique d'Osteoglossum. Il a aussi observé dans sa note que le poisson est appelé Pyrarucû, parce que la langue est employée à l'extraction de la fécule d'une plante connue des Indiens sous le nom à'urucû. Nous avons déjà remarqué, depuis longtemps, que dans les idiomes de ces peuplades américaines un poisson est appelé Pyra. Nous verrons plus loin que M. Spix et tous les autres voyageurs ont appliqué le nom de Pjrarucû au grand poisson de l'Amazone , désigné par M. Cuvier sous la dénomination de Vastrès géant.

Nous avons eu connaissance des travaux de M. Fereira par la correspondance de M. Vandelli, retrouvée dans les papiers de M. de Lacépède. La planche envoyée à ce savant représente parfaitement le poisson que je vais décrire; elle porte le nom d'Osteoglossum minus. Cela indique-t-il que ce professeur avait distingué, dans son mémoire, une espèce plus grande ? Je n'ai pas pu malheureusement me procurer ce travail.

Les naturalistes de France et d'Allemagne connaissaient à peine ces documents, et n'avaient jamais observé le poisson, lorsque 19. 19

MM. Spix et Martius, de retour de leur grande et savante exploration de l'Amazone, rapportèrent un exemplaire bien conservé d'une espèce très-voisine de YOsteoglossum de M. Fereira : il est conservé dans le cabinet d'histoire naturelle de Munich.

M. Spix, qui avait préparé les planches ichthyologiques de son voyage, en a laissé une grande figure élégamment coloriée. Ne connaissant pas le travail sur ce poisson du professeur de Lisbonne, il avait eu l'idée de faire un genre particulier de ce poisson, que l'on trouve indiqué sur la planche par le nom de Ischnosoma. Après la mort de Spix, M. Martius nous avait envoyé toutes les épreuves de cette belle collection ichthyologique, et nous avons pu lui communiquer nos observations sur leur nomenclature. Ce travail a été fort habilement employé par le célèbre ichthyologiste , à qui M. Martius eut le bonheur de confier la publication de ce travail, quoiqu'il fût encore, pour ainsi dire, élève de l'université de Munich. Tous les naturalistes ont déjà nommé mon ami M. Agassiz. Ce savant a rétabli dans son texte le nom (XOsteoglossum, et a donné à la fin de l'ouvrage , parmi les planches anatomiques, des figures détaillées de la tête et de l'intérieur de la bouche de ce curieux

CHAP. V. OSTÉOGLOSSES. 21M

poisson. Ce travail date de 1829. Toutefois, l'on va voir, par les détails dans lesquels je vais entrer, que le genre Ischnosoma de MM. Spix et Martius peut être conservé, parce qu'il n'est pas parfaitement identique au véritable Osteoglossiwi que j'ai sous les yeux.

Ce genre, découvert en Amérique, vient d'être, dans ces derniers temps, augmenté d'une seconde espèce des eaux douces de Bornéo. La description en a paru dans le grand ouvrage descriptif de l'Histoire naturelle des possessions hollandaises dans l'Inde, publié par ordre du gouvernement des Pays- Bas en i836, par l'influence et sous la direction du célèbre directeur du Musée de Leyde , M. Temmink.

MM. Mùller et Schlegel ont donné une description très-détaillée de cette acquisition, aussi nouvelle qu'inattendue.

Tels sont les matériaux que nous ont fournis nos prédécesseurs pour traiter d'un genre rare dans les collections, curieux par les détails de l'organisation des espèces que nous avons pu étudier nous-mêmes d'après nature sur des individus conservés dans le Cabinet du Roi.

Les caractères consistent dans la forme comprimée et en lame de sabre du corps; la tête, qui partage aussi cette compression

292 LIVP.K XX. MALACOPTÉRYGIENS.

générale , a le dessus du crâne osseux et les joues cuirassées par la grandeur des dernières pièces sous-orbitaires et par celle des pièces de l'appareil operculaire ; la gueule, très-fendue, a de petites dents coniques sur de courts intermaxillaires et sur des maxillaires grêles , étroits, peu mobiles et cachées en partie par les sous-orbitaires; des dents semblables sont à la mâchoire inférieure, qui porte sous la symphyse deux barbillons charnus. Le vomer, les palatins, les ptérygoïdiens,la base du sphénoïde, l'os lingual et le corps de l'hyoïde, sont couverts de petites dents serrées; une rangée de dents coniques, plus longues, suit le bord interne des ptérygoïdiens ; les ouïes, très-largement fendues, sont protégées par un large bord membraneux de l'opercule; la membrane branchiostège est soutenue par dix rayons; la dorsale plus ou moins étendue sur le dos; l'anale longue et séparée d'une petite caudale; les pectorales pointues; les ventrales prolongées en filet; les écailles grandes, minces, réticulées; le ventre, par suite de la compression du corps, est tranchant, mais sans aucunes dentelures. A ces caractères extérieurs nous joignons ceux d'un canal intestinal simple, dont l'estomac arrondi n'a point de cul-desac; il y a deux ccecums au pylore; la vessie

CHAP. V. OSTÉOGLOSSES. 295

aérienne est grande , simple , sans aucunes divisions ni cornes ; les parois sont trèsminces. Elle communique avec le haut de l'œsophage par un canal court dont l'orifice est excessivement étroit.

Les caractères génériques que nous venons d'exposer établissent les rapports nombreux qui lient YOsteoglossum aux différents genres de poissons traités dans ce livre. Il n'est pas sans avoir une ressemblance générale avec le Chirocentre, cauYOsteoglossum de l'Inde confirme cette affinité par la brièveté de sa dorsale. Nous trouvons ces ressemblances dans la forme comprimée du ventre sans dentelures, dans l'insertion des pectorales, dans la longueur de l'anale, et même dans la saillie de la mâchoire inférieure au-devant d'une bouche fendue presque verticalement. D'un autre côté, la grandeur et la solidité des sous-orbitaires lient ce poisson à presque tous les genres de ces diverses familles, et surtout aux Ërythrins et aux V astres; enfin, il n'est pas jusque dans la simplicité du canal intestinal, dans le nombre des cœcums, dans leurs rapports de longueur et d'insertion avec l'intestin , que nous ne trouvions une ressemblance fort notable entre nos ostéoglosses et les mormyres, malgré qu'ici Les différences extérieures soient très-grandes. Il

m'a paru important de signaler les nombreux rapports, qui font mieux apprécier l'ensemble de ces diverses familles.

Z/OSTÉOGLOSSE DE VaNDELLI.

{Osteoglossum Vandellii , Agassiz).

Nous commencerons par traiter de l'espèce américaine , puisque c'est elle qui a été découverte la première; je la trouve indiquée sur la planche de M. Vandelli1 sous un nom que j'ai peine à m'expliquer : il l'a appelée Osteoglossum minus; et je trouve dans le manuscrit de M. Fereira que le poisson atteint à une longueur de six pieds.

Lorsque M. Agassiz eut étudié les notes que nous avions mises sur les planches de Spix , il fit paraître YIscluiosoma bicirrhosum*y en lui conservant l'épithète de son prédécesseur, avec une description détaillée sous le nom d' Osteoglossum bicirrhoswn5 , qu'il changea lui-même, dans les explications des planches anatomiques, où il fit connaître les détails ostéologiques de la tète. Cette déno-

Page 1