Voj. Cuvier, Notes sur Pline, t. II, p. y
L'os impair qui est attaché entre les branches de la mâchoire au-dessous de la membrane branchiale, est aussi un caractère remarquable. Il faut ajouter que les Élopes ont la gueule large et fendue, bordée par des intermaxillaires petits, des maxillaires longs et libres; ce qui constitue. une mâchoire semblable à celle des harengs. Ces os, ceux de la mâchoire inférieure, des palatins , des ptérygoïdiens , du vomer, du sphénoïde, de la langue, de l'hyoïde et des pharyngiens sont couverts de dents si fines, qu'elles ne paraissent que comme une simple rugosité. Le corps est arrondi et allongé; le ventre n'a aucune espèce de dentelures; la dorsale est placée sur le milieu du corps, et le dernier rayon ne se prolonge pas en filament; la caudale est profondément fourchue et une écaille un peu plus dure et un peu plus large que les autres, tant en dessus qu'en dessous de la queue, fait une sorte d'épine au-devant de la nageoire. Un long appendice écailleux se montre dans l'aisselle des pectorales et des ventrales ; la base de la dorsale et de l'anale est enfermée dans une double lame écaiileuse; la tête est nue, recouverte d'une peau assez épaisse; une large et double paupière adipeuse demi-transparente , comme de la cire , pendant la vie, est étendue au-devant
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de l'œil sur presque toute la joue. Les intestins sont simples et consistent en un grand estomac conique, muni d'une branche montante charnue, avec de nombreux ccecums au pylore; la vessie aérienne, grande, communiquant avec le canal digestif. Elle se bifurque antérieurement en deux petites cornes qui, ne dépassant pas la première vertèbre, ne pénètrent certainement ni dans le crâne, ni dans l'organe auditif. La plupart des auteurs disent de l'Élope qu'il est un bon poisson, mais qu'il a trop d'arêtes. Je ne connais encore que deux espèces de ce genre, dont l'une est répandue dans les mers des deux hémisphères, ainsi que la description suivante va le prouver.
De /'Élope saure.
(Elops saurus , Linn.)
Il est naturel de commencer par l'espèce décrite par Linné, et qui a servi à l'établissement du genre. Une autre raison se tire de l'abondance de cette espèce, qui est telle que les ichthyologistes peuvent espérer de la rencontrer dans presque toutes les mers des pays chauds.
Le corps de l'Élope est allongé, à dos épais et arrondi, et devenant comprimé vers la queue. L'épaisseur, aux pectorales, fait les deux tiers de la
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liauteur, qui est contenue sept fois dans la longueur totale.
La tête est longue et comprise quatre fois et quatre cinquièmes dans la longueur totale. La gueule est très -largement fendue. L'œil est grand et en partie recouvert d'une paupière adipeuse, qui s'avance de chaque côté, de manière à entamer un peu le cercle de la pupille. Le diamètre de l'œil mesure un peu moins que le quart de la longueur de la tête; il est éloigné du bout du museau d'une fois ce diamètre. La paupière adipeuse cache presque tout le sousorbitaire. Lorsqu'on la soulève pour mettre à nu cette série de pièces osseuses, on voit qu'elle se compose de six os; savoir: un premier sous-orbitaire triangulaire, situé entre l'œil et l'extrémité du museau, et entièrement caché sous l'épaisseur de la paupière; une seconde lame est étroite et allongée; elle est placée entre la première et la partie concave du maxillaire; une troisième, un peu plus courte et un peu plus étroite, est établie entre l'œil et le bord convexe du maxillaire, et cachée par la jonction des deux paupières; la quatrième est un large trapèze étroit en avant, près du cercle de l'orbite, large et arrondi en arrière, et en partie caché sur le devant par le bas de la paupière postérieure ; la cinquième pièce est plus étroite, quoique encore assez grande, elle approche davantage de la forme rectangulaire, et elle est un peu plus engagée que la précédente dans la paupière; enfin, sous cette membrane, on trouve la sixième pièce, irrégulière et triangulaire. La joue du poisson est donc presque entièrement recouverte
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par de grands écussons osseux; aussi, n'aperçoit-on que très-peu du préopercule: mais, avant de nous éloigner de l'œil, je dois faire remarquer qu'il existe, entre la paupière et au-dessous de la narine, une espèce de petit os surcilier qui s'étend en une lame grêle et très-étroite de l'angle de la paupière a la narine, et s'élargit ensuite en une petite palette qui couvre presque tout le devant du museau : c'est près du bord de cette pièce et au-dessous d'un nasal trèspetit que l'on trouve les deux ouvertures de la narine, rapprochées l'une de l'autre; l'antérieure était un trou rond, et la postérieure un demi-croissant. Le dessus du crâne est assez large, creusé d'une gouttière profonde, très -large, et dont les bords formés par les arêtes mousses des frontaux, offrent des stries fines et divergentes. La région mastoïdienne et temporale est lisse et recouverte par une peau assez épaisse. L'extrémité du museau est en ogive ; le dessus est arrondi et recouvert par la peau qui s'étend sur le crâne. Quand la gueule est ouverte, la mâchoire inférieure dépasse sensiblement la supérieure. Le bord de la bouche est formé par des intermaxillaires courts , peu mobiles , et par des maxillaires grands, libres et composés de trois pièces réunies et soudées ensemble. La mâchoire inférieure a les branches grandes, larges, arquées, creusées en dessous d'une gouttière peu profonde : il n'y a pas de lèvre supérieure; mais l'inférieure est très-épaisse; elle ne part pas de la symphyse , mais elle s'attache environ au tiers de l'intervalle, entre l'extrémité de la branche de la mâchoire et l'angle de la commissure.
J'ai dit que le préopercule était presque entièrement caché par les écussons sous - orbitaires. On n'en voit guère que le limbe qui s'étend en une sorte de plaque mince et comme écailleuse sur les bords antérieurs de l'opercule et du sous-opercule. Ces deux pièces , distinctes l'une de l'autre , sont également minces comme de grandes écailles , et semblent se confondre avec le bord membraneux de l'opercule, L'interopercule est mince, très-étroit, presque entièrement caché sous le bord du préopercule et du sous -opercule. Les ouïes sont trèslargement fendues. La membrane branchiostège est grande, sans être large; celle de gauche recouvre une grande partie de la droite, et celle-là a toujours un rayon de plus que celle-ci. Nous avons compté les rayons sur plus de quinze exemplaires, et nous avons vu le nombre en varier de vingt-neuf à trentecinq. D'ailleurs, pour augmenter la largeur del'isthme et pour lui donner plus de force, je trouve entre les deux branches de la mâchoire un os triangulaire, attaché en avant sous la symphyse, dont la pointe postérieure est libre et soutient une sorte de petite poche, au fond de laquelle s'avancent, en dessus, les premiers rayons de la membrane branchiostège. C'est la première fois que je rencontre une pareille pièce dans les poissons. Je n'ai vu encore aucun os de l'isthme chez un seul. A cause de la liberté des deux branches de la mâchoire inférieure et de celles des maxillaires qui s'ouvrent par un mouvement de bascule sur les intermaxillaires, de la même manière que cela a lieu dans les saumons et aussi
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dans les dupées, l'ouverture de la gueule est trèslarge. Les dents sont nombreuses, mais excessivement petites et comme une lime ou une râpe douce usée. On en voit une bande étroite sur le bord des intermaxillaires, des maxillaires et de la mâchoire inférieure. Sur ces derniers os la bandelette de dents s'élargit un peu au-devant de la lèvre. Nous en observons ensuite deux très-petites plaques sur le chevron du vomer; puis sur un espace ovale, mais échancré en arrière sur chaque palatin. 11 y en a de beaucoup plus fines sur un disque large et ovale des ptérygoïdiens, et une bandelette étroite et linéaire sur le sphénoïde. L'os lingual est aussi couvert presque en entier de ces petites dents; puis il y en a de semblables sur la queue de l'hyoïde et sur les pharyngiens supérieurs et inférieurs. Les arcs branchiaux sont assez grands; les râtelures antérieures des branchies longues et hérissées de petites dents grenues. On trouve ici une longue branchie operculaire. L'Élope est donc un des poissons qui porte le plus de dents sur les nombreuses pièces de l'intérieur de la bouche; mais qui doit être un des plus inoffensifs, à cause de la petitesse de ses organes. L'ossature de l'épaule se compose d'un surscapulaire presque entièrement caché sous un repli adipeux et comme écailleux de la peau qui unit l'opercule au crâne; puis d'un scapulaire oblong et arqué qui s'étend sur un très -large humerai , à bords arrondis et descendant presque jusque sous la ligne du profil inférieur; aussi la pectorale, nageoire triangulaire, est-elle attachée très-bas. La ventrale est de grandeur
médiocre. Il y a dans son aisselle , comme dans celle de la pectorale, un appendice écailleux et pointu, presque aussi long que la nageoire ellemême. La dorsale répond à l'insertion des ventrales; elle est assez haute de l'avant, très-basse de l'arrière, et les rayons peuvent se cacher entre deux larges replis écailleux qui en bordent la base de chaque côté. L'anale qui est petite, offre la même disposition. La caudale est profondément fourchue. On remarque en dessus et en dessous, et au-devant de ses premiers rayons, une assez longue écaille lancéolée, pointue qui n'avait pas échappé à l'observation de Linné.
Les écailles de l'Élope sont de grandeur médiocre, minces, avec de nombreux rayons à l'éventail. J'en compte au moins vingt. Toutes les stries d'accroissement sont parallèles. Il y a de cent à cent quinze rangées d'écaillés entre l'ouïe et la caudale. La ligne latérale est fine, droite, et tracée, à peu de chose près, par le milieu du côté.
La couleur est un gris plus ou moins lavé de bleuâtre ou de verdâtre sur le dos, et argenté sur les flancs et sous le ventre. Les pectorales et les ventrales sont de couleur citron, avec les extrémités noirâtres.
L'œsophage est large , à parois musculaires et épaisses. Il se prolonge en un estomac conique et pointu , qui dépasse les deux premiers tiers de la longueur de la cavité abdominale. La muqueuse n'a de plis sensibles que dans la partie
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œsophagienne. Au tiers de la longueur naît la branche montante , qui est tout à fait inférieure ; elle est épaisse, cylindrique, et revient jusque sous le diaphragme. A cet endroit commence un intestin, muni d'appendices cœcales très-nombreuses, et qui se rend directement à l'anus, en passant à gauche de l'estomac. Un peu avant sa terminaison, le rectum se dilate sensiblement. Le foie se compose d'un lobe unique, situé presque tout entier à droite de l'estomac, et se prolongeant jusqu'à la naissance de la branche montante. La vésicule du fiel est petite et blanche; son canal cholédoque est assez gros à gauche de l'estomac. La rate est logée dans l'anse formée par ce viscère et la branche montante, elle est, par conséquent, assez longue,- son parenchyme est assez résistant et noirâtre. Les organes génitaux commençaient à peu près à la naissance de la branche montante, et formaient de chaque côté delà portion conique de l'estomac deux petits rubans grêles et plats, assez semblables, par leur couleur, à la masse graisseuse des épiploons. Les conduits sécréteurs de ces organes sont grêles et assez longs. Tous ces viscères sont enveloppés dans un repli d'un péritoine excessivement mince et ne faisant qu'une très-faible membrane, au-dessus de laquelle on aperçoit une vessie aérienne, oblongue, à parois fibreuses et argentées, et étendue non -seulement dans toute la longueur de la cavité abdominale, mais qui se porte en avant, au-dessus des pharyngiens, pour se terminer de chaque côté de la première vertèbre, tout près de l'occipital. Dans cette partie, la vessie
se rétrécit; elle se bifurque en deux petites cornes coniques. A partir de la troisième vertèbre, au-dessous de cette bifurcation, on voit une petite cloison fibreuse, triangulaire, qui s'attache en avant à la base du crâne, et donne en arrière, de chaque côté, un ligament grêle, assez long, qui va sur la ceinture numérale. Chaque corne est contenue dans une enveloppe fibreuse. Je les ai suivies jusqu'à leur extrémité, en ayant eu soin de remplir la vessie d'une injection colorée, afin de m'assurer de la forme et de la terminaison de cette partie de l'organe. J'ai acquis ainsi la certitude de la disposition que je viens de décrire, et j'affirme que cet organe, dans l'Élope, n'a pas plus de communication avec l'intérieur du crâne qu'aucune autre vessie aérienne de poisson, malgré les imposantes autorités qui ont avancé le contraire dans l'alose, le hareng et dans beaucoup d'autres. L'Élope, cependant, était, sans contredit, un de ceux chez lesquels l'erreur pouvait être commise avec la plus grande facilité. Cette vessie communique avec le canal digestif par un conduit pneumatophore, excessivement court, qui débouche directement sur la surface dorsale de l'estomac, audessus de l'ouverture de la branche montante. Le péritoine devient beaucoup plus épais en passant sur la vessie, et il y forme une cloison fibreuse et blanche. En la fendant, on trouve les reins qui sont assez gros, très -longs, et se réunissent, à peu près à moitié de la longueur, en une seule masse qui va jusqu'aux dernières vertèbres abdominales. La vessie urinaire est petite et courte.
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J'ai trouvé dans l'estomac de l'Élope des squelettes presque entiers de poissons assez gros, assez forts, que l'animal peut facilement engloutir, à cause de sa large gueule.
Le squelette de l'Élope est non moins curieux à étudier que sa splanchnologie. On conçoit que la grande cannelure du crâne soit formée par les frontaux; les pariétaux qui sont très -petits, n'y concourent pas; l'interpariétal est lui-même fort petit et rejeté à la face occipitale du crâne ; la base de sa très-petite carène, réduite ici aune sorte d'apophyse styloïde, est la seule partie par laquelle il s'avance sur la face supérieure de la tête. Les mastoïdiens occupent plus des deux tiers de la face arrondie des côtes, et ce qu'ils offrent de remarquable, c'est qu'ils forment une large voûte qui recouvre deux trèsgrands trous latéraux, analogues à ceux que l'on trouve dans les Butirins, et qui sont les ouvertures de deux grandes fosses sus-crâniennes, mais qui ne pénètrent pas dans l'intérieur du crâne, comme cela a lieu dans les mormyres. L'Élope présente une autre particularité bien notable, c'est qu'au-dessous du basilaire il y a un grand trou formé par cet os et par le bord postérieur du sphénoïde, et qui pénètre dans la cavité du crâne, de sorte que le cerveau n'est protégé inférieurement que par une lame épaisse et fibreuse, au-dessous de laquelle commence l'œsophage et l'insertion des osselets pharyngiens. On voit de chaque côté de cette ouverture oblongue une gouttière assez large, qui s'étend jusqu'à la base de la première branchie. La colonne
vertébrale est composée de soixante-douze vertèbres, dont quarante -trois abdominales portent des côtes excessivement grêles. Les trente -quatre premières vertèbres ont à la base de leurs apophyses épineuses des apophyses transverses, simulant des petites côtes horizontales, dont la pointe est dirigée vers le haut. La ceinture humérale de ce poisson offre aussi des particularités notables. Son surscapulaire est bifurqué. La branche supérieure ou le corps de l'os va le long de l'occipital supérieur, tout près de l'interpariétal. La branche inférieure s'appuie sur l'occipital latéral, tout près de sa suture avec le mastoïdien. L'huméral et le cubital font une gouttière très- profonde. Le cubital est petit, arrondi, et son trou, par conséquent, est fort étroit.
Cette espèce d'Élope est du petit nombre de poissons cosmopolites que j'ai observés. La description qu'on vient de lire est faite d'après un individu parfaitement bien conservé, long d'un pied dix pouces, qui a été rapporté de Saint-Domingue par M. Ricord. Un autre exemplaire, plus grand et long de deux pieds trois pouces, faisait partie des collections recueillies dans la mer Rouge par M. Botta. Puis nous en avons d'autres exemplaires, plus petits, qui nous sont venus de la Martinique par M. Plée; de la Nouvelle-Orléans par MM. Lesueur et d'Espainville ; du Brésil, par MM. Delalande et Eydoux; de Surinam, par
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Levaillant. Nous retrouvons cette espèce sur la côte africaine de l'Atlantique. M. Heudelot nous en a envoyé de beaux exemplaires du Sénégal, et une peau sèche et conservée en herbier nous donne la preuve que plus anciennement Adanson l'y avait observée : la même espèce nous est venue de différents points de la mer des Indes ; ainsi M. Dussumier l'a rapportée de l'Ile-de-France; M. le capitaine Duperrey en a également pris sur cette île. M. Ehrenberg l'a aussi trouvée dans la mer Rouge; M. Leschenauit se l'est procurée à Pondichéry. Sonnerat avait, dans ses collections faites aussi sur la côte de Coromandel, un Élope long de dix-huit pouces. J'ai examiné et comparé avec le plus grand soin les nombreux exemplaires conservés dans la collection du Cabinet du Roi, et ce n'est qu'après l'examen le plus minutieux que j'ai été forcé d'admettre l'identité spécifique d'individus provenant de localités si diverses et si éloignées; on a pu voir que je regarde toujours comme un fait extraordinaire, et si l'on peut s'exprimer ainsi, en dehors des habitudes de la nature, la dispersion d'une espèce dans le sein des mers.
Nous avons vu dans la discussion générale de ce genre, que Linné a présenté ce poisson
sous les noms (XElops saurus et (YArgentina Carolina, que M. de Lacépède y a ajouté celui de Mugilomore Anne -Caroline. Pour terminer tout de suite ce qui a été dit de l'Étape des côtes d'Amérique, il faut ajouter: que Mitchill1 a vu des exemplaires de cette espèce vendus au marché de New-York vers l'automne sous le nom de Salmon trout. Us étaient longs de vingt-deux pouces et du poids de quarante -deux onces. Il est difficile de concevoir pourquoi ce naturaliste, qui avait bien rapporté son poisson au genre Elops de Linné, composé d'une seule espèce, lui a donné le nouveau nom d'Elops inermis.
M. Dekay2 a cité XElops; il en a publié une figure élégante et correcte, et il y a rapporté avec raison Y Elops inermis de Mitchill, après s'être assuré de l'exactitude de cette synonymie par la comparaison d'un individu qui avait servi à son prédécesseur. Il observe que ce poisson qui ne se montre qu'en automne dans la baie de New-York, paraît peu connu des pêcheurs de la côte qui l'ont nommé à M. Dekay Round Herring.
1. Mitchill, Trans. hist. and FUI. soc., vol. I. Fish. of New- York, p. 445.
% Dekay, Faun. of New-York, t. III, p. 267, pi. 4», %• »3i.
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L'Élope ne se porte pas plus haut vers le Nord, car il n'en est pas fait mention dans la Faune du Massachussets par M. Storer, ni à plus forte raison dans la Faune de l'Amérique septentrionale du docteur Richardson. L'Élope est donc un poisson des mers plus chaudes; le témoignage ancien de Sloane vient d'abord le confirmer. Ce naturaliste l'observait à la Jamaïque, et il nous apprend que les Anglais de cette époque le nommait The Pounder, dénomination que les matelots de l'expédition de Cook reportaient à Otahiti aux Butirins qui ont en effet une ressemblance générale assez grande avec les Ëlopes pour qu'elle ait frappé ces observateurs peu instruits , mais assez habiles souvent à saisir ces rapprochements naturels. Nous trouvons dans les notes que nous a communiquées M. de Poey, une figure parfaitement reconnaissable de XElops saurus et une description non moins fidèle; il l'appelle Lisa Francesa et dit que la chair est molle, ce qui fait que ce poisson est peu estimé, quoiqu'il ne soit pas du nombre de ceux qu'il est dangereux de manger. Nous en avons aussi un dessin très-reconnaissable tiré de la collection des peintures faites au Mexique par M. Mociîio , et que nous avons déjà citée si souvent; il est intitulé la Banane, et c'est
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en effet sous cette dénomination que nous le voyons indiqué dans les catalogues de M. Plée qui lui donne aussi, pour synonyme, le nom de Savale , que nous retrouvons également appliqué aux Mégalopes. Il y a un document beaucoup plus ancien, et qui a été jusqu'à présent négligé par les ichthyologistes, c'est celui que j'ai retrouvé dans la bibliothèque royale de Berlin , dans le recueil nommé Liber Mentzelii. Il contient en effet, à la page 179 et sous le nom brésilien Pirâ-ati-âti, une peinture longue de dix pouces et demi, et qui représente , à n'en pas douter, l'Élope que nous avons reçu plusieurs fois du Brésil. Le dos est peint en bleu foncé, glacé de verdâtre; le ventre est argenté. Il y a seulement dans cette peinture quelques taches roussâtres que je n'ai jamais observées, soit dans la nature, soit dans les auteurs qui ont parlé de l'Élope ; malgré cela il n'est pas douteux que notre poisson n'y soit représenté.
Si nous passons maintenant aux divers auteurs qui ont traité de l'ichthyologie de la mer des Indes, nous devons d'abord rappeler Forskal, qui a reçu ce poisson à Djedda, sous le nom arabe de Machnat, qui a été latinisé pour devenir la dénomination scientifique de Y Argentina machnata. J'ai eu communica-
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tion, pendant mon séjour à Berlin, du trèsbeau dessin dont M. Ehrenberg avait enrichi ses porte -feuilles. Ce naturaliste l'avait vu à Massawah. M. Ruppell cite aussi X Elops dans ses Neue TVirbelthiere, pages 80 et 84, et il l'appelle Elops machnata , croyant probablement, d'après la note de la seconde édition du Règne animal, que l'Élope de la mer des Indes est différent de celui de l'Océan atlantique. Antérieurement Russel1 avait donné une excellente figure de Y Elops saurus; il en a vu des individus longs de vingt pouces. Il dit qu'on le sert sur les tables des Anglais établis à Vizigapatam, sans qu'il y soit cependant estimé ; son nom indien est Inaqow. Enfin, il paraîtrait que M. Richardson9 a reconnu l'Élope dans les collections ichthyologiques faites dans les mers de Chine et du Japon, par M. Reeves. Dans ce rapport fait à l'association britannique pour l'avancement des sciences, l'habile ichthyologiste que je viens de citer, indique deux espèces d'Élope : il voit dans l'une celui dont nous nous occupons maintenant, en le nommant Elops machnata;