‹ Histoire naturelle des poissons (volume 4)Chapitre 86 sur 108 · Val., Poissons, XVII, p. 33o · texte numérisé non relu

Val., Poissons, XVII, p. 33o

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C'est pour éviter à l'avenir toute espèce de confusion que j'ai cru devoir débarrasser l'ichthyologie de ces noms sans aucuns caractères, et qu'en adoptant la dénomination générique de Mégalope , j'appelle l'espèce répandue dans toute la mer des Indes , le Mégalope indien, et que je désigne l'autre, trouvée sur les côtes américaines voisines des Antilles, par le nom de Mégalope de l'Atlantique.

Le caractère du genre Mégalope est facile à préciser : les poissons qui viennent s'y ranger ont le corps allongé, de hauteur moyenne, de forme, en général élégante. La bouche, bordée par de petits intermaxillaires et de grands maxillaires mobiles sur les côtés , a de petites dents en fines scabrosités sur le bord de ces deux os : il y en a aussi sur la mâchoire inférieure, sur les deux palatins, sur les deux ptérygoïdiens , sur le chevron du vomer, sur le sphénoïde, sur l'os lingual, sur l'os hyoïde et sur les pharyngiens. Les ouïes, très-fendues, ont une membrane branchiostège étroite, soutenue par un nombre de rayons considérable, et qui varie, selon les espèces, de vingt-deux à vingt-cinq. Un os sous-maxillaire existe entre les deux branches à la mâchoire inférieure et est soutenu par un repli

de la peau. L'œil est généralement grand, avec une paupière adipeuse épaisse, qui ne s'avance pas cependant beaucoup sur la cornée, mais qui couvre en arrière plusieurs des pièces sous-orbitaires; la dorsale est petite, s'abaisse vers l'arrière; mais le dernier rayon se prolonge en un long filet qui atteint presque à la caudale. L'estomac est assez large, conique; le pylore a de nombreux appendices ccecaux grêles et filiformes. La vessie aérienne est grande, bifurquée en avant; les deux cornes sont très-courtes; un conduit pneumatophore s'ouvre à sa partie antérieure presque dans le pharynx.

Ces caractères montrent la très-grande affinité qui lie les Mégalopes aux Élopes; comme ceux-ci, les poissons du genre dont nous traitons, entrent dans les eaux douces et paraissent même se tenir dans les étangs.

Le Mégalope indien.

(Megalops indiens , nob.)

Je commence la description des espèces de ce genre par celle des Indes, parce qu'elle mérite mieux que l'espèce américaine, à cause de la grandeur de son ceil, le nom générique

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imaginé par Commerson pour désigner ces poissons : c'est aussi l'espèce qui a été décrite et dessinée par ce voyageur.

Le corps du Mégalope ressemble en quelque sorte à un très- grand hareng : son profil supérieur est presque rectiligne ou très -peu soutenu; l'inférieur, au contraire, est arqué; la hauteur du tronc mesure le cinquième de la longueur totale, et est précisément égale à la longueur du lobe supérieur de la caudale ; l'épaisseur est comprise deux fois et pas tout à fait une demie dans cette hauteur; la longueur de la tête surpasse de très-peu la hauteur du corps; le diamètre de l'œil est à très -peu de chose près égal au tiers de la longueur de la joue entière; l'intervalle qui sépare les deux yeux, fait les deux tiers de leur diamètre; une paupière adipeuse, qui s'avance à la vérité peu sur la cornée, en rétrécit le disque : cette paupière se porte en arrière jusque sur le bord montant du préopercule. Sept pièces composent le sous-orbitaire ; une première , presque entièrement cachée sous la paupière adipeuse, est au-devant de l'œil, entre cet organe et le maxillaire; une seconde pièce, très -étroite, longe le dessous de l'orbite; c'est la troisième, grande et quadrilatère, qui dépasse le maxillaire; les trois autres plaques sont rhomboidales comme celle-ci, et enfin la septième remonte sur le cercle de l'orbite , et je ne m'étonnerais pas qu'un ichthyologiste ne la considérât comme un sourcilier : elle me paraît cependant trop reculée pour prendre ce nom. Le préopercule forme en arrière de ces os une très -large plaque arquée,

mince comme une écaille membraneuse, et il vient couvrir une assez grande partie de l'opercule et du sous -opercule; ceux-ci presque confondus, sont aussi minces : au-devant d'eux est un interopercule triangulaire assez large, mais court. Toutes ces parties sont enduites d'un pigment argenté, qui rend la joue des plus brillantes; ces teintes s'étendent sur le maxillaire et sur les branches de la mâchoire inférieure. Mais la symphyse et l'extrémité supérieure du museau sont couvertes d'une peau mince et noire. Les intermaxillaires sont courts et occupent presque à eux seuls tout le travers supérieur de la fente de la bouche. Les maxillaires ont une très-petite branche arquée, qui s'articule derrière l'intermaxillaire; le reste de l'os forme, sur les côtés de la bouche , une grande plaque qui est encore augmentée par deux os maxillaires supplémentaires. Il n'y a pas de lèvre supérieure; la portion cachée de la mâchoire inférieure porte un repli épais de la peau, que l'on peut très-bien considérer comme une lèvre. Les branches sont assez élevées, et la symphyse dépasse de toute son épaisseur la mâchoire supérieure. H y a des dents en scabrosités très- fines aux deux mâchoires, sur une petite plaque au chevron du vomer, sur les deux palatins, sur les deux ptérygoidiens, sur une bande étroite du sphénoïde, sur l'os lingual, sur le corps de l'hyoïde, et, enfin, sur les pharyngiens. La dentition ressemble donc entièrement à celle de l'Élope. On trouve une autre similitude dans le grand nombre des rayons de la membrane branchiostège, et dans l'os sous-maxillaire

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et impair placé entre les deux branches de la ma ckoire inférieure. La membrane branchiostège n'est pas cachée sous le bord de l'appareil operculaire : celle de uauche croise en dessous celle de droite; celle-ci a un rayon de moins que l'autre; le bord membraneux de l'opercule est peu étendu et vient recouvrir presque toute la ceinture humérale. Elle est formée d'un petit surscapulaire caché sous la peau épaisse et squamiforme passant du mastoïdien sur l'opercule; puis vient un scapulaire étroit, et une portion de l'huméral, simple et arquée, visible quand on soulève l'opercule. La pectorale est attachée assez bas: elle est triangulaire et pointue; la ventrale lui ressemble, quand elle est fermée. Dans l'aisselle de chacune de ces nageoires, on voit un long appendice écailleux. La dorsale commence au milieu de la longueur du tronc : sa hauteur fait plus des deux tiers de celle du corps; son bord est échancré; ses derniers rayons s'abaissent de manière que le bord de la nageoire est assez profondément échancré. Le dernier rayon se prolonge en un très-long filament mou, articulé, et assez long pour atteindre le commencement de la caudale : celle-ci est profondément fourchue ; l'anale est longue , haute de l'avant et coupée en lame de faux.

Je compte quarante rangées d'écaillés entre l'ouïe et la caudale : elles sont minces et bordées d'une membrane; le bord radical est beaucoup plus grand que la partie nue; celle-ci, presque rectangulaire, porte

onze rayons à l'éventail, de très-fines et nombreuses stries d'accroissement circulaires, et, de plus, une sorte de réseau à mailles larges, formé par des stries dirigées en tous sens.

La ligne latérale marquée par une série de gros traits interrompus, passe plus près du dos que du ventre : elle est courbe et concave depuis la tempe jusqu'à l'aplomb de la dorsale; au delà elle se rend en ligne droite horizontale jusque par le milieu de la caudale. Toutes les écailles sur lesquelles on la suit, sont marquées de plusieurs petites stries ou veinules naissant du centre de l'écaillé, et dirigées en rayons divergents et inégaux vers l'arc extérieur.

Un plombé verdàtre, ou bleuâtre pendant la vie, colore le haut du dos; tout le reste du corps brille du plus bel éclat de blanc d'argent mat et nacré; une tache noire et caractéristique de cette espèce colore le haut du bord de l'opercule. Je l'ai retrouvée, sans aucune exception, sur vingt-cinq individus que j'ai comparés pour m'assurer des caractères de l'espèce. La dorsale est noirâtre; les autres nageoires sont jaunâtres et transparentes.

La splanchnologie du Mégalope ne diffère que très-peu de celle de l'Élope. En effet, nous y voyons un canal intestinal commençant par un assez large œsophage et continué en un sac stomacal conique , mais beaucoup plus court et moins pointu; il se renfle en dessous pour donner naissance à une branche montante et qui égale à peu près la moitié de la longueur de la distance du pharynx à la pointe ciel' estomac: cette branche est étroite et donne

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naissance à un intesiin entouré auprès du pylore d'une très- grande quantité d'appendices cœcaux, grêles, assez longs et presque filiformes. L'intestin ne fait qu'un petit nombre d'ondulations le long de l'estomac; arrivé près de la pointe, il devient droit et se rend alors directement à l'anus. Le foie est peu épais et forme un petit lobe arrondi qui ne descend pas au delà de la naissance de la branche montante; il passe un peu dans le côté gauche pour recouvrir les premiers appendices pyloriques. La rate est petite, attachée en avant des premières sinuosités intestinales. La vessie natatoire est grande, mince, argentée, bifurquée en avant; son conduit pneumatophore s'ouvre tout près de l'orifice de la gorge, et en quelque sorte derrière les pharyngiens. Le péritoine est mince et argenté; le repli qui sépare les reins est épais et fibreux; ceux-ci sont gros et occupent toute la longueur des vertèbres abdominales.

Cette espèce que Forster a trouvée dans un lac d'eau douce, si voisine de la mer, qu'il semblait hésiter à ne pas la regarder comme un dépôt marin, vit en abondance dans les nombreux canaux qui traversent en tous sens le pays de la côte de Malabar, depuis Cochin jusqu'à Cananor. Elle se tient dans les larges puits du pays 5 mais M. Dussumier remarque que les Indiens, qu'il a questionnés sur ce sujet, lui ont assuré que les Mégalopes ne se rencontrent pas dans leurs rivières.

Ce zélé voyageur dit que leur chair est blanche et d'un goût assez semblable à celle de la carpe.

Nous voyons le Mégalope fort répandu dans la mer des Indes, car le Cabinet du Roi conserve encore les individus observés au fort Dauphin de Madagascar par Commerson. J'ai sous les yeux un exemplaire rapporté de l'Ilede-France par MM. Lesson et Garnot, compagnons du capitaine Duperrey. MM. Quoy et Gaimard l'ont trouvé à l'île Bourou; nous en avons un nombre considérable de la côte de Coromandel, pris à Pondichéry par M. Bélanger; sur la côte de Malabar, par M. Dussumier, qui les a eus dans les eaux douces d'Alipey et de Cananor. MM. Kuhl et Van Hasselt ont envoyé le dessin d'un Mégalope péché par eux dans la rivière de Panimbang à Java. Je remarque que ce dessin représente les sous-orbitaires un peu courts; les écailles un peu petites; que le rayon de la dorsale est peu prolongé : ces légères différences me paraissent dépendre de la jeunesse de l'individu. Forster l'a péché à Otahiti et sur les atterrages de File de Tanna; ces exemples montrent la dispersion de ce poisson dans le grand Océan indien. La longueur de nos plus grands individus est de quinze pouces.

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Les naturalistes n'ont pas eu connaissance de cette espèce avant les célèbres voyages de Bougainville et de Cook. Je trouve que George Forster avait nommé l'espèce, sur son dessin, Cl. setipinna; dans la description reproduite lors de la publication des manuscrits de Reinhold Forster elle se nommée Cl. cjprinoides. Cet auteur dit que le ventre était parsemé, au-dessous de la ligne latérale, de points noirs très -petits, que Bloch, par je ne sais quelle source d'erreur , a placés sur les nageoires autres que la dorsale. Le poisson fut pris à l'hameçon dans un étang d'eau douce de l'ile de Tanna, mais éloigné à peine de vingt pas du rivage de la mer. J'ai déjà fait connaître les observations de Commerson.

Il faut aussi rapporter à notre espèce la figure de Broussonnet, sa description, mais non sa synonymie. G'est cette figure qui a été copiée dans l'Encyclopédie (fig. 3i4)- Russel1 en a donné une bonne figure sous le nom de Kundinga, mais sans rien apprendre sur les habitudes de cette grande espèce de la côte de Coromandel. M. Richardson, dans son rapport sur l'ichthyologie des mers de

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