Eberl, Nnturkhre, W
dont la tète était hérissée de mousse, que l'on prit pour des poils. L'animal avait une forme si hideuse, que personne n'en voulut manger, et il fut abandonné aux chiens.
Je dois une partie de ces documens que j'ai vérifiés, aux notes recueillies par M. Noël de la Morinière, pour la publication de son Histoire naturelle des pèches si malheureusement restée inachevée.
Tous les naturalistes modernes s'accordent à dire que la longévité du brochet est trèsgrande : Reisinger le fait vivre plus de cent ans.
Le brochet multiplie beaucoup j déjà Baldner, dans le manuscrit de la bibliothèque de Strasbourg, a écrit qu'il a compté cent quarante-huit mille œufs dans une femelle : Bloch approche beaucoup de ce nombre. En France on regarde généralement les œufs de ce poisson comme malfaisans, et Reisinger dit même que leur ingestion dans l'estomac cause une sorte de choléra. Cependant on les prépare en Russie comme une sorte de caviar, et Bloch dit, qu'en les mêlant avec des sardines, on compose un mets excellent, connu dans la marche de Brandebourg sous le nom de Netzin.
Quoique le brochet ne puisse pas vivre hors de feau aussi long-temps que la carpe, il a
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cependant la vie très -dure. Il supporte trèsbien, dit-on, l'opération de la castration, et alors il engraisse beaucoup.
La chair de ce poisson est ferme et de bon goût, surtout quand il est hors du frai : pendant ce temps elle est beaucoup moins bonne.
Il nage en serpentant, et souvent avec une grande rapidité; mais il reste aussi pendant fort long-temps dans une complète immobilité, surtout pendant la chaleur. Les pêcheurs disent qu'il dort. Cette habitude lui est souvent nuisible ; car on le prend alors facilement avec des harpons de formes variées, selon les localités. On le pêche aussi avec différents filets, ou à l'hameçon. En général, il se débat moins dans le filet que la carpe; mais il faut bien s'en méfier si on veut le prendre, car il mord souvent cruellement : ses dents coupent comme des rasoirs.
On fait, dans le lac de Cirknitz, en Carniole, une pêche particulière dont nous n'omettrons pas de dire un mot, à cause des circonstances qui l'accompagnent.
On sait que les eaux de ce lac s'écoulent chaque année par des cavités souterraines, et que ce curieux phénomène géologique a lieu vers la première quinzaine de Juillet. Le moment du départ des eaux est une véritable fête pour
les liabitaiis des villages voisins du lac , à cause de la pèche abondante qu'il procure. On s'aperçoit de la diminution des eaux par l'apparition des sommets inégaux de certains rochers, et l'on s'empresse d'en donner un avis général par le son d'une cloche : on voit alors accourir les hommes et les femmes de tous âges, munis d'un filet attaché à une longue perche. On se hâte d'autant plus que la pèche du lac est défendue pendant tout le reste de l'année; il faut donc profiter du départ des eaux. Les pêcheurs savent, par expérience, qu'un retard de quelques heures peut faire manquer la pèche autour des ouvertures par lesquelles les eaux du lac trouvent à s'écouler, attendu que les poissons sont euxmêmes entraînés par la rapidité du courant de l'eau, qui s'engouffre avec fracas dans les entonnoirs par où elle se perd. Presque tous les poissons ont été entraînés quand il n'y a plus que deux brasses de profondeur.
Il n'est pas permis à tout paysan carniolais d'y pêcher. Chacune des dix-huit ouvertures du lac appartient à un concessionnaire qui a le droit d'y prendre du poisson, ou qui le vend à plusieurs autres pêcheurs qui jettent chacun à leur tour le filet. Suivant la rétribution donnée par le pêcheur, le fermier cède le
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droit de tendre plusieurs Fois le filet. Quand tous les locataires de la pêche ont fini, toutes les personnes qui se présentent peuvent indistinctement fouiller le peu d'eau qui reste et même la vase, où l'on prend encore quelquefois des poissons assez gros.
Des paysans se hasardent à descendre dans l'intérieur des cavités pour y continuer la pêche j mais ils sont bientôt forcés de quitter à cause des écrevisses et des sangsues qui viennent attaquer les jambes nues des pêcheurs.
Parmi les poissons du lac de Girknitz, les brochets sont les plus nombreux et les plus gros : on en prend beaucoup du poids de quarante livres.
On rapporte que, vers le milieu du xvii.^ siècle, le lac nourrissait un brochet, devenu si imposant par sa taille, qu'on le remettait à l'eau toutes les fois qu'on le prenait; mais, quand les Chartreux eurent acheté le droit de pêche dans le lac, ce doyen de l'espèce ne trouva plus grâce devant eux, et il fut servi sur la table des religieux. '
Sans attribuer au brochet une très-grande finesse du sens de fouie, je rappellerai ici les