CHAPITRE YI
Des Vandellies {Vandellia, nob.), et en particulier du Kandellia cirrhosa, nob.
Je crois qu'il faut placer dans le voisinage de ces genres un très -singulier poisson, qui est probablement originaire d'Amérique. Le Cabinet du Roi n'en possède que trois exemplaires; encore ne sont-ils pas très-bien conservés : cependant on peut encore reconnaître et décrire les caractères remarquables qu'ils portent, et qui semblent empruntés aux Callyonymes, aux Cobitis et aux espèces de la famille des Ésoces.
Ce petit poisson a le corps alongé, arrondi, aminci sur le devant, a cause de la dépression de la tête et du museau; et sur l'arrière du corps il est comprimé. La plus grande hauteur, égale à la longueur de la tête, est le dixième de la longueur totale. La tête a le museau aplati, proéminent, la nuque un peu soutenue. La largeur de celle-ci est à peu près double de la hauteur , et égale à sa longueur; le dessous est aplati, de sorte que la figure générale est à peu près triangulaire. La bouche est petite et tout-à-fait en- dessous; la mâchoire inférieure est échancrée dans le milieu, arrondie et soutenue sur les côtés. Les lèvres sont assez épaisses. A l'angle de la bouche il y a un barbillon charnu. Je
CHAP. VI. VANDELLIES. 387
ne crois pas qu'il y ait de dents aux mâchoires, mais sur le chevron du vomer, qui avance, comme dans le microstome , jusqu'au bord des intermaxillaires, il y a un petit groupe de cinq dents pointues et en crochets, dont la mitoyenne est la plus longue ; puis viennent les deux latérales, un peu plus courtes, et enfin l'externe, qui est la plus petite. L'oeil est trèspetit, et répond au devant de la bouche. Les ouïes sont très-peu fendues, et en-dessous. Aux deux tiers de la longueur de la joue on voit le bord du préopercule, ou plutôt son angle j qui est armé d'épines , au nombre de six à huit, assez fortes, recourbées en dessous : je n'ai pas pu compter les rayons de la membrane branchiostège. Les pectorales sont aussi comme attachées en dessous , et s'écartent sur les côtés de la poitrine, quand elles ouvrent l'éventail de leurs rayons, à la manière des nageoires des callyonymes. Les ventrales, extrêmement petites, sont rejetées au dernier tiers du tronc ; la dorsale est trapézoïdale et plus reculée que les ventrales. L'anale répond aux derniers rayons de la dorsale j la caudale est petite et tronquée.
Je ne vois aucune trace d'écaillés sur la peau , qui est mouchetée , et ressemble tout-à-fait à celle de notre loche franche.
La longueur de nos exemplaires est de deux pouces neuf ligues.
Je sais que cette description est incomplète , mais telle quelle est, on y trouve la
588 LIVRE XIX. ÉSOCES.
preuve que ce poisson ne rentre dans aucun des genres connus. Sa dorsale, plus avancée que l'anale, est cependant plus en arrière que les ventrales. Comme elle est très-reculée sur le dos , je me suis déterminé à placer les Vandellies provisoirement à la suite de mes lucioides incertains.
Ces petits poissons avaient été envoyés, il y a fort long-temps, à M. de Lacépède par M. Vandelli, professeur d'histoire naturelle à Lisbonne , en 1 808. Ils étaient mêlés aux loricaires et aux hypostomes, dont nous avons parlé en traitant des siluroïdes.
CHAP. VII. ORPHIES. 389