LIVRE XVIII. CYPRINOIDES
poissons. En effet, ceux-ci ont une bouche petite et fendue à l'extrémité d'un museau arrondi et renfle par la saillie de la mâchoire inférieure 5 les dents fines et en crochets; les pharyngiennes en cardes; le dessus du crâne aplati; cinq rayons à la membrane branchiostège; la dorsale reculée au-dessus de l'anale; un canal intestinal simple , replié plusieurs fois sur lui-même, point de cœcum; un seul ovaire, rempli d'ceufs assez gros pour faire supposer qu'ils sont vivipares. Ils se distinguent de tous les genres de la famille dans laquelle je les place, par l'absence de ventrales. Les écailles présentent aussi des caractères exceptionnels remarquables. Celles du dessus de la tête, des joues et de la partie antérieure ou de la région pectorale du tronc, sont de grands boucliers cornés, très-durs, granuleux, quelquefois imbriqués avec irrégularité, quelquefois placés près l'un de l'autre sans se recouvrir ni même se toucher. C'est sur l'arrière de l'abdomen et surtout vers la queue que se trouvent des écailles imbriquées et à stries concentriques, semblables en tous points à celles des autres cyprinoides. Les boucliers du tronc sont assez souvent réunis, de manière à laisser de grands et longs espaces nus sur les côtés du dos , sur les flancs; mais ces espaces nus varient dans
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les différentes espèces et même selon les individus. Toutes ces espèces ont la portion inférieure de l'abdomen constamment nue et sans écailles. La peau du ventre est lisse, luisante et couverte d'un pigment argenté, semblable à du mat métallique. Ce sont les particularités les plus saillantes de ces poissons, qui vivent dans le grand lac Titicaca et autres lacs de la Cordillère des Andes, du Pérou et de la Bolivie, entre le 14.^ et ig.^ degré de latitude australe, par 3goo à 4200 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Dès que M. Pentland, alors Consul Général d'Angleterre dans la Bolivie, et qui savait toute l'importance de faire connaître aux zoologistes les poissons de ces eaux douces, les eut rapportés, je me hâtai de donner à l'Académie des sciences une courte notice sur ces précieux poissons, et je les indiquai sous le nom d'Orestias * , voulant rappeler par cette dénomination que ces poissons habitent les hautes montagnes de l'Amérique. Ces notes fuient recueillies par les journaux scientifiques d'alors.^ Je pensais que ces Orestias étaient tout-à-fait inconnus aux naturalistes d'Europe.