‹ Histoire naturelle des poissons (volume 5)Chapitre 78 sur 149 · CHAP. XXII. OP.ESTIAS · texte numérisé non relu

CHAP. XXII. OP.ESTIAS

dépasse de beaucoup la supérieure , et l'on voit l'extrémité libre, grosse et arrondie de la langue.

Les deux mâchoires sont armées de dents semblables : elles sont coniques, un peu courbées et disposées en corde assez forte sur une bande étroite. Les pharyngiennes sont aussi en carde • le palais et la langue sont lisses; les ouïes sont très-largement fendues; la membrane branchiostège, peu large, a cinq rayons, dont les internes sont grêles, et les trois externes ou operculaires sont larges, courbés et comprimés en lame de sabre.

Il est facile de trouver, par la dissection, les quatre pièces de l'appareil operculaire; mais le sous-opercule est assez intimement uni à l'opercule, à cause des fortes écailles qui les revêtent. L'interopercule dépasse le bord du préopercule, dont l'angle est arrondi.

Les nageoires sont en général peu développées; la dorsale est reculée sur le dernier tiers du corps, la caudale non comprise. Celle-ci ne fait guère que le septième de la longueur totale; elle a deux lobes arrondis, peu profondément divisés. L'anale répond à la dorsale, mais paraît cependant un peu plus reculée. Son premier rayon n'a pas de conduit oviducal, comme les fundules; mais entre lui et l'anus, qui est très -grand, il y a une papille assez grosse qui recouvre l'ouverture de l'ovaire, et que l'on prendrait pour le signe du sexe mâle.

Les pectorales sont arrondies, petites; car la longueur de la nageoire n'est guère que le huitième de la longueur du corps entier. Il n'y a pas de ventrales, ni par conséquent d'os pelviens.

228 LIVRE XVIII. CYl'P.IIVOiDES.

B. 5; D. 14: A. 18; C. 31; P. 18; Y. 0. Le corps est couvert d'écaillés assez fortes , et remarquables par leur forme et par leur distribution sur le corps. Il n'y en a pas sur les deux os du nez, sur les sous-orbitaires, sur le limbe inférieur du préopercule, sur l'interopercule, sur les branches de la mâchoire inférieure , sur toute la peau du ventre, depuis la gorge et l'insertion des pectorales jusques autour de l'anale. Sur le pourtour de cette grande région, quelques écailles éparses semblent lier celte région nue avec la partie écailleuse du tronc. Tout le reste du corps, c'est-à-dire le dessus du crâne, l'opercule, le préopercule et le tronc sont écailleux. Il y a cependant sur le vertex et sur le dos de petites îles nues. Sur les diverses parties de la tête elles se recouvrent si peu qu'elles ont l'air plutôt de compartimens ou de petits boucliers osseux que de véritables pièces imbriquées. Sur la ligne médiane, le long de l'arête du dos, au-devant comme en arrière de la dorsale, les écailles, plus larges, forment une suite de pièces différentes de celles du reste du corps. La structure des écailles est ellemême fort curieuse ; car à l'œil nu ou au faible grossissement d'une bonne loupe, on voit que sur les parties antérieures du tronc et sur la tête elles sont hérissées de gros tubercules coniques. Quand on les examine au microscope, on ne voit que des points pigmentaires jaunâtres éloignés sur une lame relevée d'éminences coniques j mais la structure de la lame de la base ne montre aucunes stries concentriques , et il n'y a pas d'éventail radical.

CHAP. XXII. ORESTIAS. 229

Sur celles du corps on découvre bien la structure à stries concentriques , mais la partie radicale est confuse. On ne reconnaît les rayons que par l'interruption des stries d'accroissement. On conçoit qu'il devient difficile de compter les écailles qui couvrent les flancs, à cause de l'irrégularité de leur distribulion. Les nageoires ne sont pas écailleuses.

En général, les parties nues de la face et tout le ventre sont d'un beau blanc mat; la couleur du dos est un jaune verdâtre plus ou moins doré.

Les viscères sont assez semblables à ceux de nos pœcilies ou de nos fundules. Aucun renflement ne marque l'estomac. L'intestin se porte d'abord dans le côté gauche, en faisant une ou deux sinuosités ; arrivé au bas de l'abdomen il remonte par une large courbure pour venir jusque sous le diaphragme où, par une grande anse, il passe à droite, se courbe en faisant plusieurs sinuosités, mais en restant dans le premier tiers de la cavité abdominale; puis alors il se maintient dans la ligne médiane et se porte vers l'anus. Le plus gros lobe du foie est aussi dans l'hypocondre gauche. D'ailleurs, la plus grande partie de l'abdomen était remplie par un ovaire unique, contenant un nombre considérable d'œufs , ayant au moins deux millimètres de diamètre. Le sac ovarien est d'un brun noirâtre foncé, quoique le repli du péritoine soit blanc. Une grande vessie aérienne simple, à parois très -minces, occupe le haut de l'abdomen.

Un mâle n'avait aussi qu'un seul testicule. Il y a lieu de croire , par analogie avec les poissons des genres précédens , que ces espèces sont vivipares.

250 LIVRE XVm. CYPRINOÏDES.

L'individu femelle que j'ai décrit a huit pouces et un quart.

J'ai un autre exemplaire de la même espèce qui a la joue entièrement nue^ toute la peau du sous-opercule entier n'a ni écailles ni boucliers. Dans cet individu il y a moins de nu sur le crâne; de chaque côté, sur le haut du dos, il y a deux grands espaces également sans écailles, et celles des côtés de la queue sont plus petites.

Nous retrouverons la même variation dans l'implantation des écailles chez plusieurs autres espèces.

M. Pentland nous a remis ce poisson sous le nom de Umantos. C'est le poisson le plus estimé du lac de Titicaca, celui dont la chair est la plus délicate; il ne se rencontre que dans certaines saisons.

La BOGA ou BOGUILLA.

(Orestias Pentlandii, nob.)

Lorsque j'ai donné à la Bogiiilla le nom du voyageur et savant naturaliste auquel nous sommes redevables de ces vertébrés , je croyais que ce poisson des lacs du haut Pérou était une acquisition ichthyologique toute nouvelle. Je ne connaissais pas alors les dessins faits au Pérou par Joseph de Jussieu,

CHAP. XXII. ORESTIAS. 251

l'un des compagnons de La Coudamine; mais, depuis la bienveillante communication de mon collègue, M. Adrien de Jussieu, j'ai retrouvé une figure au trait fort reconnaissable de notre poisson, sous le même nom de Boguilla, encore employé de nos jours par les riverains du lac de Titicaca. Malheureusement ce dessin est resté inédit avec plusieurs autres. Je n'en conserve pas moins a notre espèce le nom déjà imprimé sous lequel je l'ai désignée. Elle se distingue

par son corps plus arrondi, plus alongé, et plus régulier dans ses formes. L'épaisseur fait les uois quarts de la hauteur, qui est comprise six fois dans la longueur totale. La tête y est quatre fois et demie; elle est donc plus courte que dans la précédente espèce. L'œil est beaucoup plus près du bout du museau et plus grand ; car le diamètre fait le quart de la longueur de la tête, et entre l'extrémité et le bord antérieur de l'orbite il n'y a qu'une seule fois le diamètre. Le sous-orbitaire forme un trapèze au-devant de l'œil. Le bord inférieur de l'orbite est nu. Le dessus de la tête est plat, entièrement écailleux. L'os du nez forme une petite palette couchée, dans le plan même du dessus du crâne. Les deux ouvertures de la narine sont écartées l'une de l'autre; l'antérieure, sur le bord même du maxillaire, est très-petite, comme un pore; la seconde, près de l'œil, est plus grande. La joue, l'opercule, le sous -opercule sont écailleux; mais l'interopercule est nu, comme les mâchoires,

232 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES.

rinféiieure dépasse la supérieure, et rend la fenie de la bouche oblique. Les dénis sont très-fines et sur deux rangs. La dorsale est un peu plus reculée que la première moitié du corps; elle est aussi longue que haute et un peu arrondie. L'anale lui répond et lui ressemble. La caudale est coupée carrément. Les pectorales sont ovalaires :

D. 15; A. il; C. 31; P. 20; V. 0.

Les écailles sont plus petites que celles de la précédente. Elles paraissent plus régulièrement disposées. Cependant il y a encore beaucoup de places nues sous la dorsale et sur le tronçon de la queue. D'ailleurs toute la peau du ventre, depuis la ceinture huméraie jusque sur le bord de l'anale, est tout -à -fait sans écailles. Une d'elles a le bord radical droit, avec six à sept rayons peu marqués à l'éventail, et des stries concentriques nombreuses. Il y en a deux rangées sur le dos, plus larges que les autres. Celles de la tête et des joues sont très-finement granuleuses. La couleur est verte, mêlée de gris sur le dos, et d'un blanc pur sous le ventre. Les nageoires sont verdatres.

Nos individus sont longs de sept pouces.

M. Pentland nous apprend que la Boguilla est un des poissons les plus communs dans le lac de Titicaca. La chair, quoique d'un goût inférieur à celle des Umantos [Orestias Cimeri) et à celle des Peje Rey {Oreslias Jlunibolcltî) y est assez bonne. On pèche ce poisson dans toutes les saisons de l'année, dans les baies où l'eau est peu profonde.

CHAP. XXII. ORESTIAS. 235

Le Peje Rey.

(Orestias Hwnholdti, nob.)

L'on connaît et l'on vante beaucoup à Lima, sous le nom de Poisson royal (Peje Piey), une espèce de percoïdes différente de celle dont il va être question dans cet article. Mais il ne faut pas oublier que dans les colonies espagnoles on donne le nom de Peje Rey au meilleur poisson de la localité.

M. de Humboldt m'avait souvent entretenu du poisson royal des lacs de Titicaca , qu'il regrettait de n'avoir pas mieux connu, à cause des particularités qu'il avait entendu rapporter sur ce singulier poisson. Son examen dans les curieuses collections dues à M. Pentland , justifiera tout l'intérêt attaché l\ cette espèce par l'illustre savant auquel je me fais un devoir et un plaisir de dédier cette nouvelle et précieuse richesse ichthyologique.

Le Peje Rey du lac du haut Pérou ne me paraît pas devenir aussi grand que les deux précédens Orestias; le corps est aussi plus grêle et plus alongé; la ligne du profil du dos est droite, c'est à peine si l'insertion de la dorsale fait une légère saillie. Le profil du ventre est aussi presque droit, ou du moins très-peu concave. L'insertion oblique de l'anale le fait remonter presque sous le bord de la queue, dont la hauteur est à peu près de la moitié de celle du tronc, qui est contenue

Page 1