LIVRE XVIII. CYPRINOIDES
six fois dans la longueur totale. La tête est alongée, et mesure le quart de la longueur du corps entier. L'œil est assez grand ; son diamètre est compris quatre fois dans la tête. La distance entre les deux yeux égale une fois leur diamètre. Le dessus du crâne est plan et lisse jusqu'à l'insertion des muscles de la nuque ; il est couvert de grandes écailles. La bouche est bien fendue • la mâchoire inférieure s'abaisse de manière à devenir horizontale. Les dents sont petites et en crochets sur le devant. La dorsale et l'anale sont opposées, et elles sont reculées sur la seconde moitié du dos. La caudale est coupée carrément : les autres nageoires sont arrondies.
Les boucliers du dos et des parties antérieures de la poitrine sont plus petits, plus lisses que ceux des précédentes espèces j ils sont plus semblables aux écailles à stries concentriques, et plus également répartis sur la peau, de sorte qu'il y a moins de partie nue. Tout le ventre cependant est lisse et argenté. Un très- fin sablé pigmentaire, verdâtre, forme de petites taches éparses sur le dos, les flancs, la queue, et même les nageoires. Le fond du corps est un jaune assez clair, un peu argenté, et moins brillant que le ventre.
Telle est la description de ce poisson célèbre, dont les plus grands individus n'ont guère que quatre pouces. M. Pentland a rapporté plus d'individus de cette espèce que de toutes les autres, et cependant il dit
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que c'est une des espèces les plus rares du lac, parce qu'elle ne se trouve que dans des localités très-circonscrites. Ces Peje Rey ressemblent beaucoup à la Boguilla; cependant l'ouverture de la bouche me paraît plus grande, les taches plus nombreuses et plus étendues sur les nageoires. Comme les pêcheurs paraissent distinguer les deux espèces, je suis toujours d'avis d'admettre les distinctions spécifiques reconnues par l'usage de ces hommes pratiques.
Je trouve, dans les notes de M. Pentland, que ce poisson dépasse rarement cinq pouces. On le pèche par des profondeurs de trente brasses, sur fond de roches. C'est surtout pendant les temps froids, vers la fête de la Toussaint , qu'on le prend. Comme il s'altère promptement pendant le transport , on le mange dans les districts où on le pêche , dans les environs de Guaichu, d'Ancoraymès et près du village de Desaguadero.
jL'Orestias de Jussieu.
{Orestias Jussiei, nob.)
Si j'avais connu les dessins de la Boguilla ou du Carache faits par Joseph de Jussieu, j'aurais appelé l'une de ces deux espèces de
ce nom illustre en histoire naturelle, et qui a su se transmettre de génération en génération dans cette honorable famille sans perdre de son éclat. M. de Lacépède a déjà dédié à son confrère, M. Antoine -Laurent de Jussieu, plusieurs espèces nouvelles; c'était une preuve des sentiments de bienveillance que ces savants avaient l'un pour Fautre. Mais en traitant des poissons décrits dans ce chapitre, j'ai un devoir plus impérieux à remplir : je dois essayer de faire reprendre à Joseph de Jussieu l'antériorité de ses travaux; aussi je dédierai à sa mémoire une des plus intéressantes espèces de ce genre, quoique ce célèbre voyageur n'ait connu que deux congénères de celle qui va recevoir son nom.
Le profil de l'Orestias de Jussieu suit une courbe soutenue au-dessus de la nuque; il descend ensuite en ligne droite jusqu'à la queue, où la hauteur n'est pas même la moitié de celle prise à la fin de la tête. A cet endroit du tronc la hauteur mesure le tiers de la longueur du corps, la caudale non comprise. Celleci est contenue cinq fois et un tiers dans la longueur totale : la tête y entre pour quatre fois et un quart. Le dessus du crâne est méplat en avant, un peu convexe sur le front, ce qui place l'œil un peu plus bas. La bouche est fendue en dessus, et ressemble beaucoup, par sa direction et par la saillie de la mandibule, à celle d'un uranoscope. Les deux ouvertures de chaque
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narine sont sur le dessus du crâne et près du bord externe. Les yeux sont latéraux sur le haut de la joue, sans que cependant le cercle de l'orbite entame la ligne du profil. L'angle postérieur de l'œil est au milieu de la longueur de la tête, de sorte qu'il y a deux fois le diamètre de l'œil entre le bout du museau et le bord antérieur de l'orbite, et trois fois ce même diamètre entre cet organe et l'angle postérieur de l'opercule. Le sous-orbitaire est une pièce unique trapézoïdale au-devant de l'œil: le maxillaire se retire en partie sous son bord. Les intermaxillaires ont des branches montantes assez longues, et sont protractiles. La mâchoire inférieure peut s'abaisser jusqu'à prendre une direction horizontale. La fente de la bouche est presque verticale, tant cette mâchoire inférieure est redressée. Les dents sont petites et crochues. Entre le sous-orbitaire et le nasal, placés l'un sur le dessus du nmseau, et l'autre sur le côté, et qui se touchent par un de leurs angles, on trouve l'ouverture antérieure de la narine, et en arrière est la postérieure. Tout le sous-orbitaire, la joue et l'opercule entier sont couverts de grandes et grosses écailles semblables à celles du corps. Il y a des compartimens sur le dessus du crâne; mais aucune de ces écailles n'est granuleuse : c'est un des caractères remarquables de cette espèce. Les nageoires sont petites.
Les écailles sont très-épaisses^; elles me paraissent plus nombreuses et couvrent tout le corps. Il y en a cependant d'un peu plus petites et d'éparses sur le
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commencement du dos- une ligne impaire est tracée le long de la ligne médiane, et de chaque côté une bande longitudinale de plus grandes s'étend jusque vers la dorsale. Il faut avoir soin de remarquer que les premières écailles, lisses et sans granulations , n'offrent aucune strie concentrique ni ravon sur la partie radicale. Elles ont cependant le bord festonné. C'est vers la septième ou la huitième rangée que l'on commence à trouver des écailles minces à stries concentriques avec six ou sept rayons à l'éventail. Ils sont bien nets, et leur pointe dépasse le bord radical. Le dessous du ventre est nu. La couleur est un vert doré assez vif; les nageoires sont pâles.
Nos individus ont quatre pouces.
Ce poisson, appelé Ispis par les Indiens, est assez commun dans les rivières qui se rendent dans le lac de Titicaca. Les échantillons rapportés par M. Pentland viennent de ce lac, de la rivière de Guasacona et du lac Chinchero près Gusco.
Z/'Orestias d'Agassiz.
(Orestias Agassii ^ nob.)
La forme de cette espèce est plus régulière que celle des précédentes. A cause de la voûte de la tête, ce poisson ressemble assez bien à un petit meunier [cjprinus dohulci).
La ligne du profil du dos s'élève, par une courbe régulière, depuis le bout du museau jusqu'à la dor-
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sale, et s'infléchit très-peu vers la queue. La ligne du profil infe'rieur est peu différente de celle du dos, quoiqu'en sens inverse. La hauteur est le quart de la longueur totale, elle est un peu moindre que le double de l'épaisseur. La longueur de la tête est comprise quatre fois et demie dans la longueur totale; le diamètre de l'œil est trois fois et demie dans la tête. Comme cette partie est bombée entre les yeux, le profil du dessus du crâne dépasse le bord de l'orbite. La lèvre supérieure avance un peu plus que dans les précédens, ce qui rend la fente de la bouche moins verticale. Le dessus du crâne et l'abdomen sont nus. Les boucliers antérieurs ou écailles sans stries d'accroissement, sont moins nombreux. D'ailleurs, les véritables écailles imbriquées sont disposées plus régulièrement.
Le corps est vert, plus ou moins doré, couvert d'un fin sablé de points pigmentaires ; les nageoires sont pâles; la caudale seule a des taches rousses.
Nos individus ont près de quatre pouces . ils viennent du ruisseau de Corocoro. M. Pentland a entendu appeler cette espèce du nom de Pur us.
Je regarde comme une variété de la même espèce les individus rapportés du lac Chinchero, et ceux du lac Antonio à l'est de Cusco , par quatorze mille cinq cents pieds au-dessus du niveau de la mer.
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Z'Orestias de Muller.
{Ores lias Mulleri, nob.)
Un de ces poissons se fait remarquer par la largeur de son crâne aplati, et offre dans l'intérieur de sa bouche un caractère des plus remarquables par la longueur des papilles élevées sur la muqueuse du palais ou de la langue.
L'œil esl grand, et le cercle de l'orbite entame fortement la ligne du profil. L'extrémité du museau est arrondie. La mâchoire inférieure fait sailHe audevant de la supérieure : elles sont toutes deux garnies de dents pomtues et serrées en carde. Il n'y a pas de dents au palais et sur la langue, comme c'est l'ordinaire des poissons de celte famille; mais dans cette espèce la muqueuse de la langue et de tout le palais est hérissée de papilles charnues rigides, qui ressemblent tout- à -fait à de petites dents. La longueur de la tête est contenue trois fois dans celle du tronc, en n'y comprenant pas la caudale, qui mesure le sixième du corps entier. Elle est coupée carrément. L'anale et la dorsale, opposées l'une à l'autre, sont portées sur une faible saiUie de la ligne du profil, ce qui les fait paraître comme pédonculées.
Le ventre est nu ; le corps est plus régulièrement ëcailleux ; la couleur est vert doré; la caudale a des taches roussâtres.
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La longueur est de trois pouces trois lignes.
M. Pentland donne ceux-ci comme propres au lac seul de Tilicaca. Ils se rencontrent dans les endroits les plus profonds, sur les cotes rocheuses de ses bords orientaux , près du village indien de Guaichu. Lat. i5° 82' S.; long. 7 1 7 37 Ouest.
/y'ORESTIAS d'OwEN.
(Orestias Owenii, nob.)
Enfin, j'ai encore une petite espèce que l'on prendrait pour un jeune cyprin voisin de nos ables ou de nos gardons.
La hauteur de leur tronc égale la longueur de la tête, et le quart de celle du corps tout entier. Le museau est assez gros et arrondi. Les nageoires res- • semblent à celles des précédens Orestias.
Dans celui-ci on voit une bandelette étroite ou un gros trait le long du corps. Sur les plus grands individus le trait noir est pâle, mais tracé sur une bande argentée.
Ces poissons paraissent toujours petits ; je les trouve indiqués par treize mille pieds audessus du niveau de la mer, dans le lac Urcos au sud de Gusco.
. Je me fais un vrai plaisir de dédier cette i8. i6
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espèce à mon célèlDie ami M. R. Owen, compatriote de M. Pentland.
L'Orestias blanc.
{Orestias albus j, nob.)
Un de <:es Orestias, le plus éloigné en apparence des autres espèces, est le Carache, dont les riverains du lac Titicaca distinguent deux espèces, en ajoutant à leur nom les épithètes de blanc et de jaune.
Joseph de Jussieu a laissé le dessin d'un Carache, mais il est difficile de dire laquelle des deux variétés a été représentée.
Celle qui porte parliculièrement le nom de blanc, a le corps court, ramassé, trapu, assez gros; sa plus grande hauteur est égale à la longueur de la tête, et comprise trois fois dans la longueur du tronc, la caudale exceptée : cette nageoire a la moitié de la hauteur. L'aplatissement et la largeur du crâne, le redressement de la mâchoire inférieure, la brièveté du museau rappellent les formes des synancées. C'est à peine si l'on aperçoit quelques dents à la bouche. Le diamètre de l'œil est du cinquième de la tête, et il y a deux fois ce diamètre entre l'extrémité du museau et le bord de l'orbite.
Des plaques grenues couvrent la tête, les joues, et sont éparses sur les parties nues du crâne ou de la face. La ligne du profil est très-bombée près de la nuque : elle passe près de la dorsale , se relève
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SOUS la nageoire, et s'infléchit ensuite beaucoup sur le dos de la queue. La ligne du ventre est trèscourbée. Une rangée de boucliers impairs non imbriqués, est inégalement espacée et fixée sur le dos. Au-dessous de chaque côté est un large espace nu, noir. Des boucliers grenus reparaissent sur la poitrine, puis viennent les écailles ordinaires du corps. Le ventre est nu.
Les nageoires sont peu grandes et arrondies.
La couleur du poisson, conservé dans l'alcool, est verte dorée, et les nageoires d'un vert grisâtre rembruni sur la dorsale. Il y a lieu de croire que pendant la vie ils paraissent plus blancs.
Nos individus sont longs de six à sept
pouces.
Z^'Orestias jaune.
{Or es lias luteus , nob.)
La seconde espèce de Carache, ou le jaune,
a le corps encore plus court que le précédent; la tête plus courte, plus large d'un opercule à l'autre, renflée à la région operculaire, plus étroite entre les yeux. Le dessus du crâne est moins plat, la bouche est plus petite. Il n'y a pas de nu sur les côtés du dos, mais le dessous du ventre n'a pas d'écaillés. La hauteur du tronc est contenue trois fois et un cinquième dans la longueur totale, la caudale comprise. La tête égale la hauteur du tronc ; l'épaisseur transversale d'une bosse operculaire à l'autre , mesure
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moins des irois quarts, mais un peu plus des deux tiers de la longueur de la tête. Le diamètre de l'œil est le quart de la tête, et il y a un diamètre entre le bout du museau et le bord antérieur de l'orbite. Il y a quelques petites dents sur les mâchoires. Des boucliers grenus couvrent le dessus de la tête , le préopercule, l'opercule, le sous-orbitaire. Les boucliers s'imbriquent comme les écailles sur la ligne moyenne du dos et sur la région de la poitrine, mais les vraies écailles à stries d'accroissement concentriques ne commencent que vers la sixième rangée. C'est derrière la nuque que la ligne du profil s'élève le plus fortement.
La coloration de ce poisson est plus uniforme et plus pâle par la macération dans l'alcool que celle du précédent. Toutefois il y a évidemment un fond jaunâtre qui démontre que le poisson frais a dû être plus jaune que l'autre carache.
M. Pentland nous a donné cette espèce sous le nom de Carache jaune, et il Ta vu prendre avec les prëcëdens dans le lac Titicaca.
Ce savant voyageur dit en général des Caraches que ce sont les poissons les plus abondans et les moins estimés du grand lac de Titicaca; qu'ils abondent dans les endroits peu profonds et couverts de plantes aquatiques.
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