CHAPITRE XXIII
Des Anahleps.
Tous les auteurs, depuis Artedi jusqu'à M. Cuvier, ont parlé de 1 Auableps, et cependant ce poisson et le genre dont il est le type, sont encore fort mal décrits et nullemeut caractérisés.
C'est dans le cabinet de Seba qu'Artedi le vit pour la première fois. Selon sa coutume, comme dit l'éditeur du Thésaurus rerum naturalium^ , cet ichthyologiste lui donna le nom que le poisson a conservé depuis, malgré l'autorité de Linné, et le genre Anableps prit rang dans le gênera ou le species piscium ^, mais à une place où on est étonné de le voir. Il fut placé après les muj^œna ou les anguilles, entre le genre -Ophidion et celui des Gymnotus.
Artedi écrit qu'il en a fait donner une figure soignée dans le grand ouvrage de Seba. Cependant cette gravure est si peu correcte, qu'il me paraît impossible de dire si le n.° 7 de cette planche 34 représente notre première ou notre seconde espèce. J'incline pour la première, à cause des lignes tracées le long du corps. La
1. Thés, rerum nat. , n i , pi. 34> %• 7. "2. iSy«., p. 43, n." 1.
246 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES.
tête, vue de face F, me parait aussi avoir été faite d'après l'espèce à yeux écarlés^ mais alors, dans le u.° 7 , la saillie du museau est trop grande, les orbites sont trop hauts et trop près : on voit donc que la détermination spécifique de cette figure est difficile , incertaine; et cependant elle a été choisie pour être copiée dans l'Encyclopédie afin de représenter l'Anableps. Quant à la description, il est aisé de reconnaître qu'elle n'est pas du nombre de celles rédigées par Artedi ; on y remarque beaucoup d'inexactitudes 5 et ce qu'il y a d'exact, est présenté sans méthode et d'une manière obscure. L'auteur dit que les lèvres peuvent se retirer sous la partie antérieure du palais : il désigne ainsi la saillie des branches horizontales des maxillaires; les narines antérieures et tubuleuses sont appelées des petits filamens pendans, qui, examinés de près, ne sont autre chose que les plis relâchés de la membrane réunissant les deux lèvres entre elles. On ne compte que trois rayons à l'anale; les viscères étaient en mauvais état, et l'auteur n'a pu déterminer si l'appendice anale est le caractère du sexe mâle ou femelle. La description anatomique de cette verge, oii l'on a trouvé des