‹ Histoire naturelle des poissonsChapitre 105 sur 158 · CHAP. XXV. SERRAS ALMES · texte numérisé non relu

CHAP. XXV. SERRAS ALMES

demie dans la plus grande élévation du tronc. La hauteur est deux fois et un neuvième dans la longueur totale. La longueur de la tête, mesurée depuis la saillie de la mâchoire inférieure jusqu'au bord membraneux de l'opercule, est trois fois et un tiers dans la longueur du corps. Il y a une fois le diamètre de l'orbite entre l'œil et l'extrémité de la mâchoire supérieure, et une fois et demie jusqu'au bout du museau. D'un œil à l'autre, l'intervalle comprend deux diamètres et un tiers. Il y a bien près de cinq fois le diamètre de l'œil dans la longueur de la tète, et quatre fois dans la hauteur, mesurée par le travers du globe. Le bord inférieur de l'orbite répond à la moitié de la hauteur de la joue. Cette grande élévation de la face dépend de la hauteur de la branche de la mâchoire inférieure qui, mesurée à la symphyse, est égale au diamètre de l'orbite, et qui, près de l'articulation, la surpasse d'un quart. Le premier sous-orbitaire est une grande pièce triangulaire, dont l'angle inférieur serait tronqué et dont le bord postérieur, presque vertical, atteint au delà de l'orbite. La seconde couvre tout le bas de la joue, car son contour suit le bord du préopercule sur lequel elle s'appuie. Le troisième, encore plus grand, complète toute la cuirasse jusque sur le préopercule; il remonte beaucoup au-dessus de l'œil et près de l'os mastoïdien. Au-devant de ce bord et tout à fait au-dessus de l'œil se trouve, à peu près perdu dans l'épaisseur de la peau adipeuse du dessus de la tète, le quatrième sous-orbitaire. Il y a, enfin, un sourcilier très -épais, caché dans

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l'épaisseur de la peau, et d'ailleurs très-peu mobile. Le limbe du préopercule ne descend guère qu'aux deux tiers de la hauteur de la mâchoire. L'autre tiers est couvert par l'inieropercule. L'opercule est très-étroit et le sous-opercule est un demi-arc triangulaire, assez large , qui complète à peu près le bord vertical et arrondi de la fente de l'ouïe. L'opercule est si étroit qu'il n'a guère que les deux tiers du diamètre de l'orbite. Tous ces os, ainsi que les quatre rayons de la membrane branchiostège, le dessous de la mâchoire inférieure et la portion externe de la grande ceinture numérale ont leur surface grenue et comme chagrinée. Leurs bords ont des arêtes vives et tranchantes. La fente des ouïes est très-lar«e. L'isthme de la mâchoire a aussi une grande largeur; ce qui était nécessaire pour loger à l'intérieur la grosse langue, libre et charnue de ces poissons. J'ai déjà dit que la mâchoire inférieure est un peu plus saillante que la supérieure. L'arc de celle-ci est formé par un inter maxillaire, qui a une petite branche montante, au-devant de laquelle on reconnaît, par sa mobilité dans l'épaisseur de la peau, un très -petit nasal. Un peu sur le coté existe la narine avec ses deux ouvertures. Au delà de l'échancrure nous voyons à l'intermaxillaire une forte tubérosité qui s'articule par des ligaments fibreux très -résistantes, avec une grosse apophyse obtuse de l'os palatin. C'est aussi sur ce point que vient s'appuyer l'angle antérieur du premier sous-orbitaire, et en dessous de lui, dans l'étroite rainure que laissent les deux os, se trouve logé le maxillaire.

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Or, comme celui-ci n'a pas de mouvement, à cause de son articulation palatine et de sa réunion avec son congénère au-devant de l'ethmoïde par des ligaments fibreux très-résistants , on conçoit la presque entière immobilité du maxillaire, dont on ne peut voir qu'une très -petite partie quand on n'a point disséqué l'ostéologie très -curieuse de ces poissons. Cet intermaxillaire, si robuste et si haut, est armé de six larges dents triangulaires, hautes de trois lignes; la dernière en a même un peu plus de quatre, l'arête est très- finement dentelée; elle porte un talon qui a tantôt une, tantôt deux pointes; j'en vois même plusieurs à la dernière dent. La mâchoire inférieure a sept dents, de même forme, mais plus hautes et plus couchées que les supérieures. Il n'y a pas de dents aux palatins; cependant, le bourrelet de cet os est couvert de très-fines granulations, qui le rendent rude au toucher, et que l'on pourrait facilement désigner comme des dents. Tout le reste de la surface palatine est protégé par une large plaque osseuse et mince, fournie par le ptérygoïdien ; celle-là, recouverte par une muqueuse mince et lisse, n'a aucune trace de dentition. J'ai déjà eu occasion de signaler la force des os de l'épaule. Cette ceinture numérale est, en effet, formée d'un surscapulaire pointu, portant à son bord externe un petit scapulaire ; puis , vient un très-large humerai et ayant au-dessous de lui deux petites plaques mobiles, dont l'une me paraît appartenir au cubital , et l'autre au styléal. C'est dans leur fossette que joue l'articulation de la pectorale, nageoire à peu près faite comme dans la Carpe, et

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dont la longueur dépasse un peu le tiers de la hauteur. La ventrale est très-petite; l'anale est basse; ses premiers rayons sont courts ; elle est en partie engagée dans une peau écailleuse. La dorsale est peu élevée et plus libre ; mais l'adipeuse est presque entièrement couverte de petites écailles. La caudale a des rayons très-épais, et le lobe inférieur est un peu plus gros que le supérieur.

Les écailles sont petites, assez fermes. Il y en a cent cinq le long de la ligne latérale. Les stries entre-croisées de leur surface sont extrêmement jolies à voir au microscope sous un grossissement peu considérable; elles semblent couvertes de caractères chinois. La couleur est un vert olivâtre uniforme, rembruni sur le corps et sur les nageoires.

C'est, suivant M. Schomburgk, un des poissons les plus voraces des rivières de la Guyane. Il dit que les mâchoires sont assez fortes pour couper le doigt d'un homme; que des poissons d'un poids considérable sont promptement dépecés par la dent carnassière duPygocentre; qu'aucune espèce d'animal n'est à l'abri de ses attaques; les plus grands crocodiles sont souvent blessés à la queue ou perdent leurs doigts par la morsure de ces dangereux poissons. Ainsi que Linné l'a déjà dit, M. Schomburgk assure que les pieds des Palmipèdes, ou les

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jeunes de ces oiseaux, sontdévorés par les Pirais. Il dit qu'il a vu , en remontant la rivière de Cabaraba, un des affluents du Korentyn, un grand Cabiai [Cahia capïbard) perdre trois de ses petits, sur cinq, que la mère conduisait pour traverser la rivière; ils ont été pris et dépecés parles Pirais. Une autre fois, sur la rivière de Korentyn, il vit un grand mouvement autour d'un corps desséché flottant sur le milieu du fleuve, il reconnut bientôt la tête d'un trèsgrand Luganani (Cychla ocellaris) dévoré par une troupe de Pirais. Le poisson avait de vingt à vingt -six pouces, et on pouvait voir qu'il avait été mangé peu à peu depuis la queue jusqu'aux nageoires pectorales. Les Pirais font entendre une sorte de grognement sous l'eau, ils sont très-vivaces et peuvent rester des heures entières hors de l'eau. Leur chair est ferme, blanche et de bon goût.

Du Pi raya de Marcgrave.

{Pygocenlrus Piraja3 Mull.)

L'espèce la plus anciennement connue, puisque nous la trouvons déjà dans Marcgrave, est celle qui est devenue le Serrasalmus piraja de M. Cuvier. Je ne l'ai pas décrite la première, malgré son ancienneté, à cause des documents curieux que M. Schomburgk nous a donnés sur

les habitudes de la précédente, et parce que celle-ci ne me paraît pas devoir être aussi dangereuse que le Huma, attendu qu'elle a les dents de la mâchoire supérieure plus courtes. Ce Piraya diffère encore par plusieurs autres caractères.

En effet, il a la mâchoire inférieure un peu plus saillante. L'œil plus petit, plus rapproché du bout du museau. Le dessus de la tête est convexe, et l'intervalle entre les yeux contient trois fois le diamètre. Le premier sous-orbiiaire descend plus bas ; le second et le troisième sont un peu plus larges. Le limbe du préopercule a des ciselures beaucoup plus profondes. Le sous-opercule est plus large , et tous ces os sont plus profondément sculptés.

Je possède six individus de toute taille de celte espèce : ils ont tous la seconde dorsale ou l'adipeuse formée de rayons irréguliers, osseux et rapprochés. Ce caractère est exprimé, non -seulement dans la figure de Spix, mais dans la peinture du livre de Mentzel. Enfin, les deux lobes de la caudale sont plus égaux , et le premier rayon de l'anale est beaucoup plus haut, ce qui fait paraître la nageoire proportionnellement plus courte, quoiqu'elle n'ait que deux rayons de moins; la pectorale est aussi plus longue et plus pointue.

Il y a vingt-cinq ou vingt-six épines sous le ventre. La couleur est bleue, à reflets irisés et dorés sur le dos. Le ventre et les opercules sont jaunes. La

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dorsale et la caudale ont quelques teintes bleuâtres , et les autres nageoires tirent plus au jaunâtre. Dans le livre de Mentzel *, j'ai vu les nageoires paires d'un assez joli jaune rougeâtre; l'anale jaune et le ventre brillant et doré.

Le plus grand exemplaire conservé dans les collections du Muséum est long de dix -sept pouces environ. Il a été rapporté du Rio San- Francisco par M. Auguste de Saint -Hilaire, et c'est d'après lui que M. Cuvier9 a donné la figure de son Piraya. C'est aussi, sans aucun doute, le Serrasalmo piranha de Spix3 et d'Agassiz.

M. Auguste de Saint -Hilaire, qui nous a envoyé ce poisson, a publié4 des observations curieuses sur ses habitudes. Voici l'extrait du passage où il parle de ce Pygocentre :

« Ils (les habitants) se servent de ces frêles nacelles pour aller à la recherche des bêtes à cornes qui, étant restés sur de petites collines, finiraient par être submergées \ ils forcent ces animaux à se jeter à la nage, et ils leur font gagner la terre ferme. Dans ces voyages, les bestiaux sont exposés à la rencontre d'un ennemi

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