IT. MACHOIRES
Les pièces du squelette qui sont en rapport médiat avec les dents portent le nom de cartilages dentaires. Bien différents des os des mâchoires auxquels, chez les autres animaux, elles adhèrent, ces cartilages servent seulement de support aux téguments dont elles sont une dépendance. |
30 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.
Rien de plus simple que l'arc dentaire inférieur : il se compose de deux cartilages réunis sur la ligne médiane. Tantôt, comme dans les Raies, ils constituent une pièce presque transversale, dont la jonction disparaît complètement sous les dents qui la recouvrent. Tantôt, au contraire, comme chez les Squales, ils ont une forme plus ou moins parabolique, et sont munis ou privés de dents sur la ligne médiane, selon les genres ou même selon les espèces. Cet arc dentaire est suspendu au crâne, de chaque côté, par un cartilage comparable, jusqu’à un certain point, à cette dépendance du temporal nommée os jugal chez les poissons osseux. On le désigne simplement par la dénomination de suspensorium. Toujours unique chez les Squales, ce cartilage est, au contraire, quelquefois composé chez les Raiïes, suivant les groupes, de pièces placées bout à bout.
Quant à l'arc dentaire supérieur, résultant de la réunion de deux cartilages plus ou moins élargis, 1l ne peut être considéré que comme la simplification la plus absolue des pièces diverses (maxillaires, intermaxillaires, palatins et ptérygoïdiens) qui, chez les animaux à squelette osseux, constituent la mâchoire supérieure.
Je dois faire observer que chez les Torpilles proprement dites, il y a, de plus que chez les autres Plagiostomes, trois petites pièces cartilagineuses séparées et distinctes qu'il n’est pas inadmissible de comparer aux ptérygoïdiens (1).
Il résulte de la présence, chez la Narcine brasil., de cartilages ptérygoïdiens et palatins bien distincts, et, en même temps, de ceux tout-à-fait antérieurs et dits labiaux, que les cartlages dentaires ne correspondent pas aux palatins eux-mêmes. Telle n'était cependant pas l'opinion de Cuvier (Leç. anat. comp., 2° édit., t. IL, p. 667). Dans la description des arcades buccales de la Squatine, dont je donne une représentation (Arzas, pl. 6, fig. 1), il nomme, 1° palatins, les cartilages qui portent les dents supérieures (a); 2 intermaxillaires (b) et maxillaires (c), les deux cartilages antérieurs placés l’un au devant de l’autre et posés obliquement sur la face externe des cartilages dentaires, mais qui, dans le langage actuel, sont nommés labiaux supérieurs. Le troisième, ou labial inférieur (d) qui, par une de ses
(1) Un fait qui paraît unique jusqu’à ce jour, a été constaté par M. Henle sur le squelette de la Narcine brasiliensis, où une autre paire de cartilages distincts semble pouvoir être assimilée aux palatins (Ueber Narcine, 1834, p. 10, pl. IV, fig. 2 et 34,4). — Voyez, en outre, sur la même planche, fig. 5, à, t, 4", la représentation de cette chaine cartilagineuse.
extrémités s'articule avec le second labial supérieur ou maxillaire proprement dit de Cuvier (c), et se fixe par son autre extrémité sur la face externe de la mâchoire inférieure (e), n’est, selon cet anatomiste, qu'une subdivision du maxillaire inférieur. Quant à la portion dentée elle n’est, d'après sa manière de voir, que la partie articulaire de la mâchoire inférieure.
€ Leurs palatins et leurs post-mandibulaires seuls armés de
dents (R. an. 9 édit, t. II, p. 383, Sélaciens) leur tiennent lieu de am et les os ordinaires des mâchoires n'existent qu'en vestiges. »
Kuhl (Beitr. sur Zool. und verge. Anat., 1820, 1" partie, p- 184, tab. VIIT, fig. 1), en représentant la tête de la Squatine, admet les mêmes dénominations que CGuvier, pour les cartilages labiaux supérieurs, qui sont également pour lui les maxillaires et inter-maxillaires. Quant au labial inférieur, il le considère, non comme une partie de la mâchoire inférieure, mais comme une pièce accessoire. J. Müller surtout (Vergleich. Anat. myxin.; Ost., etc., Mém. de Berlin, 1834, p. 208 et 221) a combattu cette interprétation, et l’on doit admettre, en effet, que les cartilages dentaires sont les analogues : 1° les supérieurs (a), des vrais maxillaires et des intermaxillaires confondus; 2% les inférieurs (e), des portions articulaire et dentaire également confondues des branches du sous-maxillaire. Enfin, les prétendus cartilages intermaxillaires (b) et maxillaires (c) dont la présence n’est pas constante où manque chez certaines espèces, presque complètement, sont, comme je l'ai dit, les cartilages labiaux supérieurs. L'inférieur consiste en cette pièce cartilagineuse (d) assimilée par Cuvier à une portion du sousmatos Notons enfin que les cartilages à et e portent des dents sur presque toute leur longueur.
Il y a tout-à-fait lieu d'admettre ces homologies, car si l’on adoptait celles de Cuvier, il faudrait supposer, comme M. Rich. Owen le fait observer avec raison (Odontogr., t. I, p. 25) que, contrairement à ce qui a lieu chez tous les autres vertébrés, la portion post-mandibulaire ou articulaire est dentée.
De plus, chez le Cestracion où les cartilages labiaux ont disparu, et que M. Owen a pris aussi comme exemple à opposer à l’opimion de Cuvier, je constate que sur le maxillaire inférieur, qui ressemble beaucoup par sa forme à celui des vertébrés osseux, on peut parfaitement distinguer une portion dentaire allongée et une autre postérieure, l’articulaire, privée de dents, réunie à la précédente sous un angle très-prononcé. :
32 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.
Quant aux dents, elles sont l’objet d’une étude spéciale dans le chapitre relatif à la fonction de la digestion ; je n'ai donc point à en parler 101.