‹ Histoire naturelle des poissons, ou, Ichthyologie générale (volume 2)Chapitre 18 sur 216 · IV. SENS DE LA VUE · texte numérisé non relu

IV. SENS DE LA VUE

Aucun Plagiostome n'est aveugle, comme le sont certains poissons osseux, et aucun non plus, contrairement à ce qui se remarque dans quelques-uns de ces derniers, le Pomatome télescope, par exemple, n’a des yeux énormes.

La situation des yeux offre une différence très-notable suivant la conformation du corps. Chez les Raiïes, où la tête se confond avec le disque, et même chez les Pristides, les yeux occupent la région supérieure. Leur axe n’est cependant pas vertical, il est oblique de dedans en dehors, en sorte que ces poissons peuvent voir en haut et de côté. Les yeux sont placés sur les faces latérales chez les Myliobatides, où la tête est dégagée du disque, et chez les Céphaloptères où ils occupent la base des prolongements antérieurs. Geux des Squales sont également latéraux; on doit néanmoins excepter les Squatines

et la Roussette dite Crossorkinus barbatus. Dans les Zygènes, enfin, ils occupent chacune des extrémités de la longue branche iransversale de la tête.

Les dimensions des yeux sont généralement plus considérables chez les Squales que chez les Raïes, et en particulier que chez les Torpédiniens, où ils sont très-petits. Parmi les Squales, les Galéens occupent le premier rang pour la grandeur de ces organes, mais aucun ne les a plus volumineux mi plus arrondis que l'espèce de cette famille nommée Loxodon macrorhinus, inconnue au Musée de Paris et figurée par Müller et Henle (Plag., pl. 95). L'œil de l'énorme Squale pélerin disséqué par Blainville, était extrèmement petit comparativement à la grandeur de l'animal (Ann. Mus., t. XVII, p. 429, pl. VI, fig. 4, demi-grand. nat.).

Comme les autres poissons, les Squales n’ont pas de véritables paupières supérieure et inférieure. Un simple repli cutané circulaire, ou le plus souvent ovalaire, selon la forme de l’ouverture de la cavité qui loge l'organe, en protège un peu le pourtour, mais sans le recouvrir. L’œil du Cestracionte est abrité par une sorte de rebord que forme la peau de la région suscéphalique.

Chez les Raies, mais il faut excepter les Myliobatides, les yeux, quoique placés à la région supérieure, étant tournés en dehors, il y a sur leur face interne qui, par suite même de cette position, devient supérieure, un prolongement de la peau. Il constitue une sorte de paupière supérieure qui ne dépasse pas l'œil, si ce n’est, par exception, dans les genres Rhinobate et Platyrhine parmi les Squatinoraies, où elle présente une petite avance médiane. Elle est, au contraire, en forme de croissant dans le Trygonorhine.

Un certain nombre de Squales, cependant, est muni d'un voile vraiment protecteur. Il consiste en un repli de la peau qui, pouvant venir se placer au-devant de l'œil, représente une sorte de paupière clignotante ou nictitante un peu analogue à celle des oiseaux, mais non transparente. Le caractère fourni par cette parücularité est constant, de sorte qu'il est utile de le prendre comme l’un des points de départ pour la division du sous-ordre des Squales, ou Pleurotrèmes, en quatre Tribus. (Voy. en tête de la partie descriptive de ce volume le tableau synoptique de leur répartition, qui comprend 17 familles.) Aïnsi, dans la deuxième Tribu, à laquelle on peut en rapporter 11 (2 à 12), cette paupière ne manque jamais; elle fait défaut, au contraire,

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dans les trois autres Tribus. Tantôt elle ne recouvre l'œil qu'en partie, c'est ce qui a lieu pour les Emissoles et pour les Milandres, où elle occupe la région inférieure, derrière le bord cutané dont elle est, en quelque sorte, un repli, et où elle s'étend d’un angle de l'ouverture orbitaire à l’autre angle. Son mouvement d'élévation, peu considérable d’ailleurs, est dû à la contraction d’un muscle qui, de la région latérale du crâne, se porte d’arrière en avant et un peu de haut en bas, vers l'angle postérieur, et se fixe à l'extrémité de la paupière. Tantôt, au contraire, comme on le voit chez les Carcharias, elle peut recouvrir presque complètement l'œil. Sa direction, d’ailleurs, n’est pas la même : au lieu d’être horizontale, elle occupe l’angle antérieur de l'œil. À son extrémité inférieure et en même temps postérieure, par suite de son obliquité, elle reçoit l'insertion d’un long muscle oblique de haut en bas et d’arrière en avant, destiné à la tirer en haut, et dont l’action est assurée par le passage du tendon à travers un anneau musculaire attaché à la face interne des téguments, un peu au-dessus de l'angle postérieur de l'œil. Au moyen de cette poulie de renvoi, contractile elle-même, ce n’est plus seulement en arrière, mais vers le bord supérieur de l’œil que la paupière est entraînée. Cette remarquable disposition a été démontrée par J. Müller; après l'avoir fait connaître en 1839 (Monatsbericht der Akad. Berlin), il en a donné plus tard une description accompagnée de figures (Untersuch. Eingeweide Fische : Anat. Myxin., 1845, p. 12-14, tab. V, fig. 1 et2) (1).

Il faut ajouter, comme M. Rich. Owen le fait observer (Lect,

(1) Rondelet a mentionné la présence de cette membrane chez le Galeus canis (De piscibus, lib. XIIT, p. 377) et chez le Galeus (Carcharias) giaucus (id., p. 378); mais, s'appuyant sur l'autorité d’Aristote, qui a dit que les poissons manquent de paupières et que les vraies paupières sont formées par la peau, il se refuse à désigner ainsi ce voile protecteur : Hæœc autem membrana est duntaæat, quam Elinius nubem appellari tradit, quæ inter dimicanduin plurimum obest, oculos obteaendo (p. 377). Cette distinction, comme nous l’avons vu, n’est pas fondée, puisque la paupière nictitante est un simple repli du tégument extérieur.

Claude Perrault a donné sur cet organe un détail bien plus précis (Essais de Physique, 1680, t. III, p. 40). Il y est question du Galeus glaucus (dénomination d’une valeur incertaine qui ne saurait s'appliquer à l'espèce nommée ainsi par Rondelet, c'est-à-dire au Carcharias glaucus, à en juger par le dessin (pl. I, fig. V), où la paupière est représentée. La disposition anatomique simple, sans poulie de renvoi, indiquée et dessinée par ce célèbre anatomiste, est celle qui appartient au Galeus canis. Il a donc, le premier, signalé le muscle relcveur, mais il n’a pas vu la poulie musculaire des vrais Carchariens décrite et figurée par J. Müller.

etc., fish., p. 206), que chez les Squales à paupière très-mobile, la protection de l'œil devient plus parfaite encore par un léger abaissement de la portion supérieure du repli cutané circulaire dû à la contraction du muscle en forme de poulie inséré à la face interne de cette portion des téguments.

3. Müller a fait connaître (1d., fig. 3) le long trajet que suit ce muscle releveur dans les Zygènes : attaché comme chez les vrais Carchariens, au crâne, il prend son insertion derrière la base du prolongement latéral, à l’extrémité externe duquel l'œil est situé, contourne, en formant un are, la base de ce prolongement, puis vient ainsi se porter à sa face inférieure, qu'il longe en allant gagner la paupière nictitante. Les quatre muscles droits, qui s'insèrent à la sclérotique, ont aussi beaucoup de longueur.

Les deux muscles obliques se fixent aux parois de la cavité orbitaire; mais, quoique destinés à faire exécuter à l'œil des mouvements de rotation, ils ne traversent ni l’un ni l’autre un anneau ligamenteux servant de poulie de renvoi.

Parmi les parties extérieures de l'organe de la vision, et qui facilitent son jeu dans la cavité orbitaire, reste à mentionner le pédicule cartilagineux destiné à le supporter.

Ici encore, revient à Cl. Perrault l'honneur d’avoir, le premier, appelé l'attention des anatomistes sur une intéressante particularité : « Le poisson Ange, dit-il (Essais de Physique, 1680, t. ITE, p. 40), a l'œil fait avec une méchanique particulière et très-propre à rendre ses mouvements extraordinairement prompts. Elle consiste en ce que l'œil est articulé et comme posé sur un pied ou genou, qui est un long stylet qui pose par un bout sur le fond de l'orbite, et par l’autre bout, élargi et aplati, soutient le fond du globe de l'œil, qui est osseux en cet endroit et articulé avec le stylet, qui est osseux aussi. L'effet de cette articulation est que l'œil étant ainsi affermi, il arrive que, pour peu qu'un des museles tire d’un côté, il y fait tourner l'œil bien plus promptement à cause qu'il est posé sur le stylet qui n'obéit point, que s’il était posé sur des membranes ou sur de la graisse comme à tous les autres animaux. » Ce pédicule et les museles de l'œil sont représentés par Perrault, pl. I, fig. IV de ses Essais; voyez aussi J. Couch (Hist. fish. brit. islands, t. [, p. 102). Il ne manque à aucun Plagiostome.

- Sur une Raïe bouclée de taille assez considérable, je constate très-bien la disposition que montre la préparation n° 1672 du Catal. du collége des Chirurg. à Londres (Physiolog. series

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of comparat. Anat., t. II, part. I, p. 148), faite sur une espèce du même genre et destinée à mettre en évidence le mode d’union avec la selérotique, dont la surface articulaire correspondante consiste en une saillie sur laquelle s'applique la base très-élargie et un peu concave du support. Les mouvements assez étendus de cette articulation sont facilités par une membrane synoviale. Le pédicule est plus long et plus étroit dans les Squales que dans les Raies, et l'extrême mobilité des yeux, résultant de. cette disposition anatomique, doit être fort utile aux Requins, comme M. G. Bennett le fait observer (Note on Sharks, etc., captured in Port Jackson : Proceed. x001. Soc., 1859, p. 293). Ils peuvent ainsi voir autour d'eux et s'emparer plus aisément de leur proie.

C'est à la base de la proéminence postérieure de la scléroti-= que et en arrière, que le nerf optique la traverse pour pénétrer dans l'œil.

La sclérotique a pour élément principal, du tissu cartilagineux qui, ne recevant jamais de dépôt calcaire, est formé par le cartilage hyalin dont j'ai parlé dans la description du squelette (p. 47). La coque de l'œil a, par là même, une force de résistance qui, si elle est un peu moindre que chez les poissons où du tissu osseux donne une grande solidité à la membrane, est cependant suffisante pour s'opposer aux effets nuisibles de l'énorme pression à laquelle les animaux aquatiques sont soumis. Du tissu conjonctif forme la couche externe de la sclérotique, dont l'épaisseur varie suivant les groupes, mais, en général, n’est pas considérable, car elle a une teinte noirâtre due à ce qu'on aperçoit, à travers sa substance, la couche pigmentale de la choroïde.

Dans le Squale pélerin, ainsi que le montre la préparation n° 1670 (p. 147 du Catal. de la Collection du collège des chirurgiens, déjà cité), les bords de la sclérotique, loin. d’être, comme chez d’autres Squales, amincis ou sillonnés pour recevoir la cornée transparente, sont, au contraire, un peu épaissis et arrondis. Cette cornée présente une surface plane à cause du peu d'abondance de l'humeur aqueuse qui est presque sans utilité, surtout pour les espèces marines, en raison de la densité du milieu ambiant. Elle est une dépendance du derme aminci et devenu transparent, que recouvre une lame fort ténue et également translucide d'épithélium, provenant de la conjonctive. Gelle-ci résulte de la modification que subit à sa face interne le repli cutané, devenu véritable membrane mu-

queuse. Elle se réfléchit sur le globe oculaire en formant, à son pourtour, un cul-de-sac peu profond.

La cornée est opaque et colorée à sa circonférence externe : là, elle est munie de ramifications vasculaires et nerveuses qui ne s'étendent pas sur la portion destinée à laisser passer la lumière. M. Leydig s’en est assuré (Beïtr. mikrosk., etc., Rochen und Haie, p.20) sur la Raja batis et sur les Zygæna et Scymnus de nos mers. C’est un contraste frappant avec la structure de la cornée d’un grand nombre de poissons osseux. Chez le Gobius fluviatilis et l'Orthragoriseus mola, il a trouvé beaucoup de fibrilles nerveuses et une vascularisation très-abondante.

En dedans de la sclérotique, entre elle et la choroïde, des Plagiostomes en assez grand nombre, de même que beaucoup de poissons osseux, ont une membrane à reflet métallique, argentée ou dorée. En raison de son analogie avec la lame d’aspeët semblable qu'on trouve dans l'œil des mammifères, on l’a nommée Tapis. Dès la 1'° édition des Lec. anat. comp. (t. I, p. 402), Cuvier avait appelé l'attention sur l'éclat de l'œil de la Raïe, comme faisant exception à ce qui, suivant lui, était la règle, savoir : l'absence du tapis dans l'œil des oiseaux et des poissons. « La Raïe, dit-il, a le fond de l'œil d’une belle couleur d'argent, produite par la transparence de sa Ruyschienne qui laisse voir la couleur de sa choroïde; » mais il y a là une lame distincte, que Delle Chiaje a, le premier, signalée. Il à consacré à ce sujet quelque lignes seulement dans une 4° Lettre anatom.-physiol. adressée à von Olfers (17 progresso delle scienxe lettere ed arti, nuova serie, 1840, ann. IX, quaderno 49, p. 10, $ IT). La comparant au tapis des mammifères, il dit qu’elle a été considérée à tort comme une dépendance de la choroïde, et que c’est une membrane argentée particulière, en connexion avec la choroïde, mais indépendante de cette dernière. Il l’a vue chez la Torpille, la Raiïe, le Squale et la Chimère (1).

La structure de ce tapis a été surtout étudiée par M. E. Brücke, dans un travail consacré à l'examen de la membrane resplendissante de l'œil des vertébrés (Muller’s Arch., 1845), où il traite longuement (p. 402-406) de celle des poissons. Les Plagiostomes qui ont servi à ses recherches sont les suivants :

(1) En 1836, Hassenstein, se rattachant à l'opinion de Cuvier, avait dit, dans sa dissertation : De luce ex quorumdam animalium oculis prodeunte (p. 28), qu’on ne peut pas considérer comme un véritable tapis la portion resplendissante de la choroïde des poissons.

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Scyllium catulus, Charcharias, sans désignation d'espèce, Zygænamalleus, Galeus canis, Lamna cornubica, Hexanchusgriseus, Centrophorus squamosus, Squatina vulgaris. M. Leydig (Beitr. mikr.. etc. Roch. und Haïe, p. 22), de son côté, en 1852, a examiné le tapis des espèces dites Scymnus lichia, Acanthias vulqaris, Zygæna malleus et Raja batis (4).

L'aspect brillant de cette membrane est dû, ainsi que l’observation microscopique le démontre, à la présence de petites écailles un peu allongées, irrégulières, se recouvrant mutuellement en partie comme les tuiles d’un toit. M. Leydig les a représentées (Beitr. mikr., etc., tab. IT, fig. 1 a). Ge sont des cellules dont le noyau est quelquefois visible.

La figure 1 b en montre une avec son noyau et son contenu, qui consiste en une accumulation de petits cristaux aciculaires représentant des bâtonnets plais. Delle Chiaje, dans le passage de sa Lettre à von Olfers, citée plus haut, propose de les nommer ophthalmolithes (oftulmoliti). Ge sont, dit-1l, de petits corps triangulaires (#rigoni) pointus (2), d’un aspect perlé, jetant un éclat métallique et disposés symétriquement. Aucun anatomiste, ajoute-til, n'en a fait mention, car ils ne doivent pas être confondus avec les cristaux en aiguille (acicolari) découverts par M. Ehrenberg sur la face externe de l'iris. Or, la différence supposée par Delle Chiaje n’est pas réelle, et la découverte de ces corps microscopiques est due à l’anatomiste prussien, qui les a signalés (Poggendorffs Annal. Phys. und Chemie, 1838, t. XX VII) dans un supplément à un Mémoire sur la structure et l'analyse chimique du système nerveux. Ge supplément a pour objet l'étude de la formation normale des cristaux chez les animaux vivants. Dans la revue que M. Ehrenberg fait des différentes cristallisations qu'on y rencontre, 1l décrit celles qui donnent au péritoine de certains poissons des reflets argentins, et il leur compare, comme étant touià-fait analogues, mais un peu moins petits et beaucoup moins nombreux, ceux d’où résulte l'apparence métallique de la choroïde des poissons et de la face antérieure de l'iris qui est le prolongement de cette dernière (p. 469) (3). Il y a bien,

(1) Aux différents poissons qui ont été étudiés sous ce rapport, sans parler des poissons osseux, il faut ajouter le genre Acipenser (Stannius, Handbuch Zoot., 2° édit., Fische, p. 175, note 14.)

(2) Un an auparavant, en 1839 (Osserv. anat. su l’occhio umans, p. 33), il les avait décrits comme terminés par trois pointes d’inégale grandeur; mais il est probable qu'il avait été trompé par une illusion d’optique.

(3) M. Ehrenberg a discuté et résolu négativement la question de savoir

en effet, identité entre les cristaux de la choroïde et ceux de l'iris (1).

La membrane choroïde proprement dite, est située à la face interne de la précédente. Elle est richement vasculaire et supporte du pigment, mais elle a une certaine transparence, et constitue une véritable Ruyschienne où Uvée.

Les procès ciliaires vus par Cuvier chez le Milandre (Lec. anat. comp., 1° dit., t. EE, p.399, puis, 2° édit. t. IT, p. 416), et qui semblaient constituer une exception rare, ont été trouvés, depuis cette époque, chez d’autres Plagiostomes où ils vont, comme à l'ordinaire, se fixer à la capsule du cristallin. On les voit sur les préparations n° 1670 et 1670 À du Catal. coll. of Surg.; series comp. anat., t. HU, part. [, p. 147). Is ont été étu-

si les cristaux dont il s’agit sont produits par la glande choroïdienne. Il a tiré son principal argument de l’absence de ce corps glandulaire chez les reptiles, dont les yeux offrent souvent aussi une teinte argentée, et chez les mammifères dont le tapis est si remarquable. Il aurait pu ajouter que les Plagiostomes sont privés de cette glande.

(1) Je dois réparer ici un oubli fait par ceux qui ont étudié le tapis des poissons. Drummond, en effet, qu'on n’a point cité, a vu les éléments dont ce tapis se compose, c’est-à-dire les cristaux aciculaires à reflet métallique (On certain appearences observ. in the dissect. ofthe eyes of fishes, in : Transacf. roy. Soc. Edinburgh, 1815, t. VIT, p. 317-385). Il les a décrits comme de petits aiguillons (spicula) aplatis, étroits et argentés. Les observant au microscope, dans l’eau, il fut frappé de l'agitation continuelle des corpuscules roulant sur leur axe. Aussi, ne s'attacha-t-il, en quelque sorte, qu'à la description de leurs mouvements, ainsi qu’à la démonstration de ce fait parfaitement vrai, qu'il n'avait pas sous les yeux des animalcules. Les nombreuses et curieuses observations microscopiques de Robert Brown sur la singulière mobilité de molécules très-ténues provenant des corps les plus différents, quandelles sont plongées dans l’eau, vinrent, en 1827, jeter un jour inattendu sur un phénomène vraiment étrange. Le titre même du mémoire de l’illustre botaniste, tel qu'il a été traduit dans les Ann. sc. nat. t. XIV, p. 341-362, exprime l'opinion qu'il s'était formée sur ce sujet : Exposé somm. des observ. microsc. faites dans les mois de juin, juill. et août 1827 sur les particules contenues dans le polien des plantes et sur l'exist. génér. de molécules actives dans les corps organisés. et inorgan. Les recherches ultérieures ont appris que ce mouvement sans progression, et auquel le mot de titubation convient fort bien, appartient à toutes les particules des corps solides ou fluides insolubles très-divisés, ou aux molécules qui ont moins de 1/500 de millimètre de diamètre, quand. on les examine dans un liquide. Ce phénomène purement physique, propre à tous les corps réduits à un état d’extrême division, de quelque nature qu'ils soient, et dont l’explication n’est pas trouvée, est connu maintenant sous le nom de mouvement brownien. C’est sous ce titre que Dujardin, dans son Manuel de l’'Ovservateur au mierosc., 1843, livre I, sect. 2e, chap. INT, p. 58-60, a donné un résumé précis des remarques faites par les micrographes sur les mouvements moléculaires. :

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diés, en particulier, sur le Scymnus lichia et le Zygæna malleus par M. Leydig, qui n’a pas trouvé de fibres musculaires dans le bourrelet choroïdien, dit corps ou anneau ciliatre.

L'iris offre des différences. Il n’est pas toujours argenté ou doré. Entre les fibres de son tissu se trouve un pigment d’un jaune sale chez le Trygon pastinaca, d'un noir foncé chez le Zygæna malleus, jaune avec de petites lignes noires chez diverses Raïes, brun chez le Scymnus lichia, où cette teinte est relevée par l'éclat métallique, d'un jaune d’ocre chez les Torpilles. J'ai vérifié sur quelques espèces l'exactitude de ces indications données par M. Leydig, mais l’action de l'alcool altérant les couleurs, il est souvent difficile de déterminer la teinte que la membrane iridienne devait présenter pendant la vie.

Une disposition anatomique propre non-seulement aux Raïies, mais aux Pleuronectes et aux Uranoscopes dont les yeux sont, par suite de la conformation du corps, exposés également à l’action plus ou moins directe de la lumière, consiste en un prolongement de l'iris formant un opercule pupillaire, qui descend horizontalement derrière la pupille. Cette palmette, comme la nomme Blainville, a été figurée par Monro (Struct. and physiol. fish., pl. VIT, fig. 3), par Delle Chiaje (Osserv. anat. su l’occhio umano, tab. VIT, fig. 10; p. 11) et par J. Couch (Hist. fish. brit. islands, t. I, p. 81). Elle est formée par une membrane à bords dentelés. Elle est douée de contractilité et protège certainement l'organe contre l’action trop vive des rayons lumineux. Peut-être, dit avec raison Monro, les Raies laissent-elles tomber ce voile pendant le sommeil (1d., p. 58), de la même manière que les animaux munis de paupières les rapprochent l’une de l’autre dès que l’état de veille vient à cesser. Il serait digne d'intérêt, ajoute-t-1l, de chercher à constater si, chez les Raïes, indépendamment de l’action de la lumière, la volonté peut, comme chez le perroquet, dont la pupille se contracte quand il est agité, exercer une influence sur les mouvements de ce diaphragme protecteur. Les mouvements alternatifs de la pupille, considérés comme ne se produisant chez aucun poisson, ont été vus cependant par M. Leydig, sur ui Scyllium canicula, quand les rayons lumineux venaient frapper la rétine ; mais l'examen microscopique ne lui a pas démontré, non plus qu'aux autres observateurs, la présence de fibres musculaires dans l'iris.

Quant à la forme de la pupille, elle varie suivant les genres. Souvent, elle est circulaire (Zygæna, Mustelus, Loxodon que

j'ai déjà cité pour la grandeur de ses yeux, et d’autres). Arrondie à son bord supérieur, elle devient assez souvent anguleuse sur son autre bord. Comme exemples, je citerai la A bouclée, les Milandres, le Galeocerdo, etc. Chez différents Carchariens, et le Thalassorhinus vulpecula, elle est perpendiculaire à l’axe du corps et ovalaire; ou bien, enfin, elle est horizontale (Sc. canicula). On ignore à quelles particularités physiologiques se rattachent ces différences dont l'explication se trouve, d'ordinaire, dans les habitudes et le genre de vie des animaux, selon qu’ils sont diurnes ou nocturnes.

Chez les Plagiostomes, comme chez les autres poissons, les milieux réfringents offrent Les propriétés optiques les plus favorables à une concentration puissante des rayons lumineux, rendue nécessaire par la densité du milieu dans lequel ils vivent.

J'ai déjà parlé de l'aplatissement de la cornée transparente, par suite de la petite quantité d'humeur aqueuse. Il n’y a, en quelque sorte, pas de chambre antérieure, et la chambre postérieure a une capacité proportionnelle au volume du cristallin qui proëmine, en s’engageant dans l'ouverture pupillaire, vers la cornée avec laquelle il entre presque en contact, et s'appuie sur le corps vitré qu'il déprime un peu. Comme dans tous les poissons, cette lentille est sphérique (1). 6

Les fibrilles qui forment les couches concentriques et dont la parfaite régularité présente, sous le microscope, le plus bel aspect, sont creuses, selon M. Koelliker (Elém. histol. hum. tr. fr., p. 688), et remplies par un liquide; de sorte, dit-il, qu'il serait plus convenable de donner le nom de tubes aux éléments du cristallin. Leurs bords sont dentelés en scie et l'union de ces fibres résulte de leur engrenure réciproque. Les détails les plus circonstanciés sur cette structure sont dus à M. Brewster, qui les a accompagnés de figures simples et très-claires (On the anatom. and optic. structure crystall. lenses Anim., etc., in : Philos. Trans. roy. Soc. Lond., 1833, part. Il, p. 393, pl. VIII,

(1) Il n’est pas sans intérêt pour l’histoire de la science, de rappeler ici que c’est l'étude du Squale qui a permis à Sténon de reconnaître les trois substances dont le cristallin se compose (Decane Carcharia, in : Blasii anatome animalium, 1681, p. 266) : le noyau et la substance corticale; et le liquide qui les sépare, Je rappelle ici, mais sans m’y arrêter, parce qu'elles portent sur l'étude du cristallin de l’homme et des animaux aériens, les belles recherches de Morgagni (Adversaria anat. Advers. VI, 8 LXXI, et Æpist. anat. quæ ad scripta pertinent Valsalvæ, Ep XVII, $ 32).

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et 1836, part. 1, p. 35, pl. IV-VI). La fig. 2 de la pl. VITT, 1835, montre les dentelures sur la Morue (1).

Il les a trouvées moins prononcées chez la Raie bouclée et même excessivement petites dans une autre espèce de Raie non désignée, et chez un Squale, qu'il nomme simplement Squale aux yeux bleus. Je ne pourrais pas, sans m’éloigner du but que je me propose, présenter, même sous une forme résumée, les remarquables résultats auxquels M. Brewster a été conduit par ses études sur l'arrangement mutuel des fibres, qui offre une régularité parfaite, mais variable suivant les groupes, et avec des degrés de complication fort différents. Ainsi, pour ne parler que des Plagiostomes, 1l y en a, et tel est l'Hexanche, où les fibres, de même que celles de la Morue, à laquelle la pl. VHI, 1833, est consacrée, sont disposées comme les méridiens d’une sphère, car elles viennent de deux centres situés aux deux extrémités de l'axe, pour les plus superficielles, et des divers points de cet axe pour celles des couches concentriques. Cuvier (Lec. Anat. comp., 1" édit, t. II, p. 429) avait déjà signalé ce mode particulier de groupement des fibres; mais M. Brewster a poussé beaucoup plus loin qu'on ne l'avait fait avant lui l'examen des dissemblances caractéristiques des cristallins, suivant les espèces. Il a décrit, en outre, deux autres dispositions beaucoup plus compliquées, pour l'intelligence desquelles il est indispensable de recourir aux figures qui accompagnent son texte.

Les recherches chimiques de M. Frémy, consignées dans le résumé d'un travail qui lui est commun avec M. Valenciennes (C. rend. Ac. Sc., 1857, t. XLIV, p..1129 et suivantes), montrent que le cristallin des poissons (p. 1130) « s'éloigne entièrement, par sa composition chimique, des cles appartenant aux autres animaux vertébrés. »

Le centre, ou noyau, est formé par une matière solide, d'une transparence complète, non troublée par l’action prolongée de l'eau bouillante. Elle est insoluble dans l’eau, l’éther, l'alcool et les acides ordinaires ; ceux-ci ne la transforment pas en gélatine. Comme l'albumine des fibres du cristallin des mammifè-

(1) Un calcul simple, mais trop long à reproduire, l'amène à conclure que dans le cristallin d’une petite morue, composé de couches concentriques comprenant chacune un même nombre de fibres d'autant plus ténues qu’elles s’approchent davantage du centre, il y a cinq millions de ces fibres et soixante-deux mille cinq cents millions de dentelures. Une semblable structure, dans une lentille transparente, ne doit-elle pas, comme le dit M. Brewster, exciter notre étonnement et notre admiration ?

res, elle se dissout lentement dans l'acide acétique, et avec difficulié dans les alcalis. Malgré des propriétés si différentes de celles de l’albumine ordinaire, elle a la même composition et, par conséquent, elle lui est isomérique. En raison de ces dissemblances, la matière centrale du cristallin des poissons a reçu un nom spécial : c'est la phaconine (ganée, lentille).

Les couches extérieures, semblables à celles des animaux vertébrés aériens, constituent l’exophacine; elle est formée par une albumine particulière, la métalbumine, qui, se dissolvant en grande partie dans l’eau, ne se trouble pas par l’ébullition. L'analyse a démontré, comme pour la phaconine, son isomérie avec l’albumine ordinaire. Cest donc l’exophacine qui forme la portion périphérique du cristallin dans les quatre premières classes des animaux vertébrés où la portion centrale nommée endophacine est, contrairement à ce qui se voit chez les poissons, de l’albumine proprement dite, identique à celle du blanc de l'œuf ou du sérum du sang.

Le cristallin est-il véritablement entouré pendant la vie par une capsule? Telle est la question que se pose M. Stanmius (Handbuch der Zoot. 2° édit., Fische, p. 171) et qui n’a pas encore, dit-il, reçu une solution satisfaisante. Cependant, M. Leydig, par suite de ses recherches sur le cristallin d’une jeune Torpille et d'un fœtus de Scymnus lichia long de 0".16, admet la présence non-seulement de la capsule, mais aussi, à sa face interne, de cellules épithéliales (Beitr., etc. Roch. und Haie, p- 25, $ 17) analogues à celles qui se voient sur le même point chez l’homme (Kôlliker, Elém. hist. hum. tr. fr., 1856, p. 687).

Je n'ai point à parler duprocessus falcifor me de la choroïde, qui traverse la rétine et se porte jusqu'au cristallin, dont il forme l'enveloppe dite Campanula Halleri. On ne trouve, en effet, rien de semblable sur les Plagiostomes. Cependant, en raison de la présence des fibres rose pes lisses découvertes dans la campanule, sur laquelle M. Leydig (Beitr. mikr., etc., p. 26-29, $ 20) et M. W. Manz (Ueber wahrscheinlichen Accomodat. = Apparat des Fischauges, 1857) (1) ont donné de longs détails, veut-on la considérer comme un organe propre à permettre l’accommodation de l'œil à la vision distincte, suivant la distance des objets? On s'explique alors difficilement son absence chez les Plagiostomes. Il faut donc admettré, ou que ces poissons obtiennent le même résultat par quelque moyen qui nous

. (1) Voyez aussi un mémoire de Dalrymple ne nat. hist. conduct. Ass Charleworth, 1838, t. I, p. 136.

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échappe, ou bien qu'ils sont privés du pouvoir d'adaptation, ce qui ne semble pas probable. C’est là, au reste, une des questions les plus difficiles que présente l’étude de la vision dans la série animale (1).

L'humeur vitrée est d'une extrême limpidité pendant la vie. On en a la preuve quand on l’examine avant qu'il soit survenu aucune altération dans les liquides de l’économie. Sir John Herschell en a acquis la certitude, comme on le sait par une communication qu'il fit à l'Association britannique pour l’avancement des sciences, en 1838 (l’Institut, 1839, n° 288, p. 230). Ayant examiné, à bord du navire qui le ramenait du cap de Bonne-Espérance, les yeux très-volumineux d’un Requin dont il n'indique pas l'espèce, et qui venait d’être harponné, il a constaté que l’humeur vitrée n'offre un aspect comme gélatineux que parce qu'elle est contenue dans les cellules à parois tout-à-fait transparentes de la membrane hyaloïde destinées à s'opposer au mouvement libre du fluide. Celui-ci est un liquide aqueux et parfaitement limpide (2).

Quelques mots sur la rétine suffisent, car il n'y a dans sa structure, chez les Plagiostomes, rien qui soit notablement différent de ce que démontre l'examen de cette même membrane chez les autres poissons et même dans les divers groupes d’animaux vertébrés. On trouve en effet ici, dans son épaisseur, comme à l'ordinaire, plusieurs couches; pendant la vie, ainsi qu'on s’en assure par l'examen des yeux immédiatement après la mort, elles tiennent les unes aux autres de la manière la plus intime. Les particularités de structure que le microscope y fait découvrir ont été signalées par M. Leydig (Beitr. mikr., etc. Roch. und Haie, p. 24, $ 18, pl. II, fig. 1 d). Je me borne à cette indication, que, sur aucun Plagiostome, il n’a vu les cônes géminés qui, chez les poissons osseux (Stannius, Handbuch Zoot., 9 édit., Fische, p. 171), constituent, avec les trabécules perpendiculaires, de mème que chez les autres vertébrés, la membrane de Jacob ou couche de bâtonnets.

Les nerfs optiques proviennent des tubercules bijumeaux, ou lobes optiques (Voy. p. 69, et Arras, pl. 2, fig. 2 et 5 B).

(1) On en trouve une savante discussion dans le Traité de Physiologie de M. Longet (t. IL, p. 56-71), qui conclut à la nécessité de l’adaptation dont le mécanisme, dit-il, reste encore inconnu.

(2) Pour la structure intime du corps vitré, qui n'offre rien de spécial chez les Plagiostomes, il faut citer un travail de M. E. Brücke (Ueber den inner, Bau des Glaskœrpers in : Muller’s Arch. Anat., etc., 1843, p. 345-348).

Les Plagiostomes, contrairement à ce qui a lieu chez les au-

ires poissons, les Ganoïdes exceptés, ont les nerfs optiques complètement entrecroisés, de sorte qu'il y a un véritable chiasma (Arzas, pl. 2, fig. 2, 8 et 5) formé par l'union parfaite de la substance des deux cordons nerveux, presque aussitôt après leur sortie de l’encéphale.

… Arrivé au niveau du globe oculaire, le nerf perfore la sclérotique en dehors et en arrière de la saillie articulée avec l’extrémité élargie du pédicule qui le supporte. C’est en s’épanouissant que le nerf forme la rétine.

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