‹ Histoire naturelle des poissons, ou, Ichthyologie générale (volume 2)Chapitre 19 sur 216 · V. SENS DE L’OUIE · texte numérisé non relu

V. SENS DE L’OUIE

Les poissons, en raison de leur genre de vie, se distinguent des animaux aériens par une grande simplicité de l'organe de l'audition, qui est réduit à ses parties essentielles : ils n’ont que l’oreille interne, la seule nécessaire pour recevoir et transmettre les sons dans un milieu liquide.

J. Müller a cependant signalé, chez certains Plagiostomes (Vergleich. Anat. Myxin. : Gefass-system. Verzeichniss Pseudobranch., p. 19), une disposition curieuse. Il semble, en effet, que les Raies et les diverses espèces des genres Scyllium, Pristiurus, Mustelus, Galeus et Rhinobatus possèdent une sorte de conduit auditif, car un petit canal va dela paroi interne del’évent, où 1l s'ouvre par une ouverture étroite, jusqu'à la paroi latérale du crâne. Son extrémité en cul-de-sac se met en rapport intime avec cette paroi, au-dessus de l'articulation du cartilage dit suspensorium, précisément dans le point correspondant au labyrinthe. Peut-être favorise-t-il l'audition en conduisant, jusqu’au lieu où elles peuvent le mieux être appréciées, les ondes sonores, c’est-à-dire les vibrations de l’eau.

L’oreille est située à la partie la plus reculée du crâne. Elle estindiquée à l'intérieur par la protubérance qui se voit de chaque côté à la région occipitale.

L'appareil se compose d’un labyrinthe membraneux entièrement enveloppé dans un labyrinthe cartilagineux. La séparation complète de l'organe de l’ouïe et de la cavité crânienne, constitue un caractère essentiellement distinctif des Plagiostomes, car Le labyrinthe membraneux des poissons osseux baïgne en partie ou même presque en totalité dans le liquide qui entoure l'encéphale. L'enveloppe est déjà plus étendue chez les Esturgeons, où un ligament établit un cloisonnement imparfait

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qui, dans les Chimères, si voisines des Squales, est à peu près complet.

Le labyrinthe cartilagineux des Plagiostomes est plus remarquable encore par son développement. Il consiste en trois Canaux semi-circulaires, aboutissant à un vestibule commun, et il est, par conséquent, conformé comme le labyrinthe membraneux contenu dans son intérieur, mais ses dimensions sont un peu plus considérables que celles de ce dernier qui, retenu par quelques brides celluleuses, flotte dans un liquide comparable à la lymphe dite de Cotugno, chez les animaux vertébrés aériens, et nommé périlymphe.

Le labyrinthe cartilagineux, outre l'ouverture par laquelle le nerf acoustique pénètre dans son intérieur, en présente d'autres. Lorsqu'on examine la petite fosseite de la région supérieure de l’occiput, on y voit quatre ouvertures, deux de chaque côté, placées l’une au-devant de l'autre, et de dimensions inégales. La postérieure, où la plus considérable, qui, à l’état frais, est fermée par une membrane, conduit dans le vestibule cartilagineux et n’établit donc aucune communication entre le labyrinthe membraneux et l'extérieur. Tantôt ronde, comme chez les Torpilles, tantôt un peu ovalaire, elle a reçu de Scarpa, en raison même de sa forme, qui n’a pas d'importance, le nom de fenêtre ovale (De auditu, etc., p. 9, $ V). Dans l'explication des planches (tab. I, fig. [, e, Raïa clavata, et tab. I, fig. VI, w, Squalus [Scyllium]| catulus), il la nomme simplement fenétre du vestibule. À l'exemple de M. Rich. Owen (Lect., etc., Fish. t. IT, p. 209), il est préférable de se servir de l'expression de fenétre de la capsule. 1 faut cependant reconnaitre que, si l’on voulait employer une dénonunation tirée de la comparaison de l'oreille des poissons avec celle des animaux vertébrés supérieurs, il conviendrait mieux de dire fenétre ronde, puisque, contrairement à ce qui a lieu chez ces derniers, pour la fenêtre ovale, elle ne donne point accès dans la cavité vestibulaire proprement dite, c’est-à-dire dans le vestibule membraneux. Telle est l'opinion exprimée par Cuvier dès 1802 (Lec. d'Anat. comp. t. IL, p. 460), où 1l désigne comme fenêtre ovale le petit orifice dont il est question plus loin, et qui met le labyrinthe membraneux en communication avec l'extérieur (1). Aux mo-

(1) Dans ce même volume, il est vrai, p. 472, on trouve encore la dénomination de fenêtre ovale pour l’orifice du labyrinthe cartilagineux dont il s’agit ici; mais c’est une faute typographique, car la même dénomination est ainsi appliquée à deux ouvertures tout-à-fait différentes. L'erreur

tifs de la détermination donnée par Cuvier, on peut joindre ceux que renferme la note annexée à la p. 492 (t. IIL, 2° édit.) de ses Leçons. Quoique fermée par une membrane, cette solution de continuité de l'enveloppe solide n’est peut-être pas sans influence sur l'intensité des vibrations imprimées à l’organe (1).

… L'ouverture antérieure de la voûte du crâne se voit presque immédiatement au-devant de l’autre, de chaque côté de la fossette occipitale, où elle est quelquefois un peu cachée par le rebord de cette fossette. Elle établit une communication entre l'extérieur et le labyrinthe membraneux au moyen d’un canal nommé par Weber sinus auditorius. Après ce queje viens de dire de l'ouverture postérieure et de son analogie avec la fenêtre ronde, je n’ai pas à insister sur la comparaison à établir entre l’autre orifice et la fenêtre vestibulaire ou ovale.

Quand on examine les téguments de la région sus-céphalique des Raies et des Squales, on y aperçoit à l’œil nu, si le poisson est un peu volumineux, et facilement à la loupe, sur les individus de petite taille, deux pertuis au niveau de la fossette de l’occiput, placés à peu de distance l’un de l’autre.

est corrigée dans la 2e édit., où le texte de la première est conservé, mais où l’orifice du labyrinthe cartilagineux est nommé fenêtre ronde. Comparez, en effet, dans cette 2e édition, t. IIT, l’avant-dernier alinéa de la page 503 aux premières lignes de la page 472 de la 1re. C’est dans le sens de la 2e édit. (t. LI, haut de la page 492 et page 503) que sont rédigés (Hist. des Poiss. t, 1, p. 459 et p. 464) les passages relatifs à ces ouvertures.

E. H. Weber (De aure et audilu, etc., pars I, De aure animal. aquat., 1820, p. 92 et suiv., pl. IX, fig. 74, 8, Raïa miraletus) leur donne la même signification que Cuvier.

Au contraire, Breschet, qui à figuré la fenétre du labyrinthe cartilagineux sur la R. batis dans ses Rech. org. de l’ouïe Poiss. (Mém. Saw. étr. Ac. sc. 1838, t. V, pl. 12, fig. 1, f, fig. 2, &), adoptant l'opinion de Scarpa, la ñomme fenêtre ovale, mais ne donne pas de dénomination particulière à l’autre orifice. J’insiste sur ce sujet à cause de la divergence d'opinion des anatomistes et parce que je considère comme étant seule exacte celle de Cuvier.

(1) Des ouvertures de la voûte du crâne que la peau recouvre et «par lesquelles, comme Cuvier le dit (Hist. Poiss., t. I, p. 462), les trémoussements du liquide ambiant peuvent être médiatement conduits jusqu’au labyrinthe, » existent chez certains poissons de la famille des Silures, chez les Lépidolèpres et autres. M. Stannius (Handbuch Zoot., 2e édit., Fische, p. 170) donne des détails anatomiques et bibliographiques sur cette particularité, que je me borne à signaler, comme la curieuse découverte, faite par E. H. Weber, d’une communication établie, au moyen d’osselets, entre l’oreillé et la vessie natatoire chez certains poissons (De aure et auditu, etc. Pars I, De aure animal. aguatil. 1820, p. 40 et suiv.).

4118 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.

Quelquefois, cependant, il y en a davantage. Aïnsi, le Myliobate aigle porte, de chaque côté, trois orifices de petits embranchements du canal dont il est question plus bas; E. H. Weber les a représentés (De aure et auditu, etc., tab. TK, fig. 75-79 et 86). Le nombre et l’arrangement de ces trous présentent certaines irrégularités : dans une espèce de la famille des Pastenagues, le Tœæniura Meyeni, il y a, de chaque côté, deux orifices; à droite, ils sont très-rapprochés l’un de l’autre; à gauche, ils sont, au contraire, séparés par un plus grand intervalle, et le plus externe est le moins apparent. Sur le Tœniura lymna, on trouve, d'un côté, deux orifices extrêmement rapprochés et presque confondus en un seul, puis un troisième situé en avant des précédents. À gauche, l’orifice est unique, et, par sa position, il correspond exactement aux deux trous postérieurs de droite.

Chez un Myliobate aigle, où les trois trous sont disposés de la façon indiquée par Weber sur ses planches -.…, j'en trouve un quatrième qui forme l'extrémité d’un tube muqueux. Or, son aspect suffit pour montrer la différence qu'il y a ici, comme chez tous les Plagiostomes, entre les pores muqueux et les ouvertures du sinus auditif externe, qui sont plus profonds et un peu obliques. Les dimensions relatives ne fournissent pas un bon caractère distinctif, car les solutions de continuité du tégument, qui font partie de l'appareil de l’ouie, sont tantôt, mais par exception, comme sur quelques Raies, plus petites que les pores muqueux, tantôt, au contraire, plus grandes. Chez la Chimère, il n’y a qu’un seul orifice médian.

Si, après une incision transversale de la peau, derrière ces trous, et deux incisions latérales, on détache avec précaution le petit lambeau cutané que l’on vient de circonscrire, on voit, en le renversant d’arrière en avant, que chaque trou est l’origine d’un petit canal membraneux. Gelui-ci se dirige obliquement de dehors en dedans et vient, à une très-petite distance, s’accoler à celui du côté opposé; changeant alors de direction et se portant en dehors et en bas, il pénètre à travers l’orifice du crâne jusqu'au vestibule membraneux. Sa portion inférieure peut même être considérée, ainsi que Hunter l’a fait observer, comme formée par la réunion des tubes semi-circulaires verticaux au niveau de leur extrémité commune, au moyen de laquelle ils s'unissent dans ce point au vestibule. Vers le milieu de son trajet, le canal reçoit les fibres terminales d’un petit muscle qui, par son extrémité supérieure et postérieure, est in-

séré sur la fossette occipitale, au-dessus et tout près du bord de la fenêtre du labyrinthe cartilagineux, ou fenêtre ronde : il se dirige en avant et en dedans, avec un peu d’obliquité de haut en bas, pour se fixer dans l'angle que forme le canal au moment où il change de direction.

L'intérieur des deux canaux renferme un liquide auquel du carbonate de chaux pulvérulent, qui y est tenu en suspension, donne une certaine consistance. La présence du liquide semble être un obstacle à la pénétration de l’eau de mer dans l’oreille, et, par là même, tombe une des objections de Scarpa contre la réalité de cette communication du labyrinthe membraneux avec l'extérieur.

On en doit la découverte à J. Hunter {1).

Monro en a donné une représentation exacte dans les figures 1,2 et 3 de ses pl. VIT et VIIT sur la Raïe bouclée. On en voit très-bien la disposition chez la Torpille (figure 72, mais particulièrement fig. 73 de la planche VIIT annexée au Mémoire de E. H. Weber, De aure et auditu, etc.) et sur sa planche IX où est représentée la disposition des diverses parties de l'oreille de la Raïe miralet et du Myliobate. Je dois mentionner aussi, comme propre à bien faire saisir la disposition du canal membraneux, un dessin très-amplifié donné par Breschet (Rech. org. de l’owe, etc., in : Mém. Sav. étr. Ac. sc. 1838, t. V, pl. 10, fig. 2); il faut également citer ses planches 9 et 12.

Scarpa a nié la réalité de la découverte de Hunter et de ses observations, ainsi que de celles de Monro (De auditu, etc., præfatio, p. 1 et 2, et cap. IT, p. 9, notes). Nul anatomiste, aujourd’hui, ne saurait partager l'opinion complètement erronée du professeur de Pavie, dont on doit regretter les paroles sévères, à l'égard de ces deux illustres anatomistes.

(1) Le mémoire où ses observations sont consignées ne fut imprimé qu’en 1782 (Philosoph. Trans. roy. Soc., t. LXXII). On le trouve presque en entier in : Descr. and illustr. Catal. College Surg. London, Series comp. anat., t. UL, part. I, p. 105-108, et il est traduit d’un bout à l’autre dans les CEuvres compl. de Hunter, par Richelot, t. IV, p. 385-391. Cependant, les préparations du célèbre anatomiste anglais, faites avant 1760, montrent, comme il le déclare, que, dès cette époque, il avait constaté les particularités indiquées dans ce travail.

Monro, qui ne connaissait pas les recherches de Hunter, et qui déjà, en 1779, avait vu la disposition dont il s’agit, s’en attribue la découverte (Struct. and physiol. fish., 1785, p. 48). Quoi qu’il en soit, comme Cuvier le fait observer (Hist. Poiss., t. I, p. 460, note), Monro a décrit mieux qu’aucun de ses prédécesseurs et de ses successeurs l'oreille extérieure des Chondroptérygiens. :

490 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.

Si, pour les Raies, aucune incertitude n’est restée sur la présence des canaux de communication entre l'extérieur et le vestibule membraneux, il n’en a pas toujours été de même relativement aux Squales. Monro (Struct. and phystol. fish. pl. XXX VIII) a représenté avec exactitude la disposition qui se voit chez l'Ange de mer (Squatina vulgaris). De même, les pores cutanés avec les canaux qui leur font suite, et dont on aperçoit la trace à travers la peau sur le même Squale, sont dessinés planche XXXIIT, fig. 1 (Descr. and illustr. Catalogue, Coll. Surg., Comparat. anat., t. I, part. I, p. 189). Et cependant, Weber (De aure et auditu, etc., p. 103) dit que les canaux membraneux, qui vont de l'extérieur au vestibule membraneux, manquent chez le Squale, auquel il donne le nom trop vague de Sq. carcharias. Peut-être ce caractère ne se rencontre-t-il pas dans toutes les espèces? Telle était l'opinion de Hunter (Org. de l'ouïe chex les Poiss. in : OŒŒuv. compl. tr. fr., t. IV, p. 388); elle semble aussi être celle de M. Rich. Owen, car, dans le court article consacré à la description de l'oreille des Plagiostomes (Lect., etc., Fish., t. II, p. 209), il ne dit rien des Squales à l’occasion de cette disposition anatomique. M. Stannius (Handbuch Zoot., Fische, 2° éd., p. 168) se borne, dans une note de la page 168, après avoir décrit les ouvertures extérieures et les canaux des Raïes, à rappeler la dénégation de Weber relativement au Sq. carcharias. L'absence exceptionnelle d’une portion de l'appareil auditif ne semble cependant pas probable. D'abord, la présence des deux orifices de l'occiput est un fait presque général, comme jele constate dans la collection du Muséum, et il est facile, ainsi que je l'ai déjà dit, de les distinguer des pores cutanés. En outre, les études ultérieures des anatomistes ont démontré que l’Ange de mer n’est pas le seul Squale qui ait de petits conduits membraneux étendus des parties profondes de l'oreille à la surface externe de la tête. Th. Buchanan a, en effet, décrit en 1895, chez le Squalus canus ou caninus (Galeus canis?), et les trous, et les petits canaux dont ils sont l'orifice extérieur (On the org. of hearing in the genus Sa. in : Mem. Werner. Soc. Edinb., 1932, t. VI, for the years, 1826-31, p. 145). Il en a donné une représentation sur la pl. IV d'un ouvrage spécial (Physiolog. illustrations of the organ of hearing, 1828). On y voit, sur ce même Sq. canus dont il a, dit-il, étudié l'oreille sur plus de cent individus (p.108), 1° les orifices extérieurs; 2° l’un des canaux avec sa double inflexion, dont la seconde, beaucoup plus prononcée,

est telle que, dans le coude qui en résulte, et qui est précisément le point où s’insère l'extrémité inférieure du petit muscle dont j'ai parlé plus haut, une membrane valvulaire, suivant les expressions mêmes de Buchanan, qui la nomme membrana vestibuli, est formée par le reploiement de la seconde portion du tube. La direction oblique du muscle explique comment, par sa contraction, l'animal peut tirer en arrière la paroi posiérieure du tube et en élargir, par conséquent, le diamètre au niveau du rétrécissement là où ce petit canal change de directon pour se porter d'avant en arrière; 3° le dessin en montre l'entrée dans le labyrinthe au-devant de la fenêtre ronde fermée par sa membrane.

Breschet (Rech. org. de l’ouie Poiss. in Mém. Saw. étr., 1838, t. V, p. 655, note 1) dit avoir « examiné l'oreille d’un grand nombre de Squales et y avoir découvert et constamment reconnu l'existence d'ouvertures de communication entre le sinus médian et l'extérieur. » En 1859, M. Leydig (Beitr. mikr. Anat. Roch. etc., p. 30) a également constaté la disposition anatomique dont il s’agit dans les genres Zygæna, Hexanchus, Spinax, Mustelus. Je l'ai moi-même très-bien observée sur le Mustelus vulgaris.

Il est donc positif, d'après ces différents témoignages, qu'il yauneanalogie complète, relativement aux portions extérieures de oder) auditif, entre les Raïies et les Squales. Si, chez quelques-uns de ces derniers, elles manquent, on doit considérer leur absence comme une exception. Il ne faut pas perdre de vue d’ailleurs, selon l'observation de Buchanan (Physiolog. tilustr., etc., hearing, p. 111), que les ouvertures extérieures disparaissent peut-être, car il arrive qu'elles échappent aux recherches faites sur des sujets âgés.

. Le labyrinthe membraneux se compose du vestibule et de trois canaux semi-circulaires qui sont en communication avec lui par cinq ouvertures (1).

(1) Outre les figures de l'oreille de la Raïe, citées par Cuvier (His{. nat. Poiss., t. I, p. 458, note) et dues à Klein, à Geoffroy, à Camper (t. VI des Mém.des Sav. étrang. Ac. des sc., 1774, et non VII, comme il est dit par erreur dans cette note), à Monro, à Scarpa, à Comparettiet à Weber, figures que j'aidéjà plus d’une fois mentionnées, il faut ajouter les dessins qui accompagnent 1° les deux mémoires de Buchanan, l’un sur l'oreille des Squales (Mem. Wern. Soc. t. VI) ; l’autre sur celle de différents animaux, mais où il est également question des Plag. (Physiolog. illustrat. of the organ of hearing); 20les Kech. de Breschet, sur l’org. de l’ouie (Méëm. Saw. élr. Ac. sc., 1835, t.V).

192 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.

Le vestibule représente un petit sac un peu plus large à sa région inférieure qu'à la supérieure. Il est, en quelque sorte, formé de trois loges. La médiane, ou sac proprement dit, est séparée de la postérieure seulement par une faible dépression des parois; il en résulte que cette dernière, à laquelle on pourrait donner le nom de Cysticule proposé par Breschet (Rech., etc., Mém. Sav. étr., t. V, p. 659, pl. 10, fig. 2), n’est qu'une appendice du sac. La loge antérieure, qui est plus distincte que l’autre de la loge du milieu, peut être désignée, avec le même anatomiste, par la dénomination d'Utricule.

Du vestibule partent les canaux semi-circulaires qui y reviennent après avoir décrit une portion de courbe. Ils sont proportionnellement très-considérables dans la plupart des espèces, mais Buchanan à mentionné leurs grandes dimensions chez le Squalus (Scymnus) borealis en particulier, où il leur a trouvé une remarquable analogie avec ceux de l’homme (On the organ of hearing Sq. in : Memoirs Wernerian Society, t. VI, p. 159). Chez les Raies, ils peuvent être distingués en antérieur, postérieur et externe. Le dernier est plus où moins horizontal et les deux autres sont presque verticaux. Ceuxci se réunissent à leur extrémité supérieure en un seul canal ouvert dans le vestibule par un orifice unique; il constitue la portion inférieure du sinus auditif ou tube membraneux qui établit, ainsi que nous venons de le voir, la communication avec l'extérieur. Le canal semi-circulaire externe se termine près de là, mais un peu au-dessous de l’orifice commun. Dans ces deux points, c'est-à-dire là où s’ouvrent les extrémités supérieures des trois canaux, on ne voit pas de renîlement. [ls en présentent un, au contraire, en forme d’ampoule, près de leur autre extrémité, laquelle pénètre isolément dans le sac, de sorte que ces ampoules sont au nombre de trois. Celles des canaux antérieur et externe sont voisines l’une de l’autre et s'ouvrent à la région antérieure et inférieure du vestibule près de l’utricule. Au canal postérieur, l’ampoule reste un peu plus éloignée du point d'insertion que dans les deux autres.

Une très-grande analogie se remarque entre la disposition de ces canaux chez les Squales et celle que je viens d'indiquer. Weber (De aure, etc. p.103 et 104) a signalé certaines différences, mais la plus importante consistant, suivant lui, dans l'indépendance de l'extrémité supérieure des canaux antérieur et postérieur, n’est pas générale, et peut-être même son obser-

vation sur le Sg. carcharias (espèce non déterminée) n’est-elle pas exacte. La réunion de deux canaux peut lui avoir échappé, si, comme Buchanan le dit du Sq. canus ou caninus (Galeus canis?), elle est extrêmement courte (On the org. hearing Sq., eic., in : Mem. Wern. Soc., t. VI, p. 154).

Le labyrinthe membraneux, dont le tissu offre une certaine résistance, et qui est baigné par la périlymphe, contient luimême un liquide semblable au précédent, nommé endolymphe à cause de son siége dans l’intérieur.

De plus, on y trouve de petits corpuscules analogues, par leur situation, aux osselets que renferme l'oreille interne des poissons osseux. En raison de leur consistance comparable à celle de l’empois, on ne peut pas les nommer Otolithes. La dénomination proposée par Breschet (Otoconie, de xovix, sable) leur convient mieux. C’est en effet une poussière de carbonate de chaux suspendue dans une substance comme gélatineuse, sorte de mucus dont Barruel a trouvé 95 parties 0/0 contre 75 de carbonate de chaux.

La principale de ces petites masses est située dans la partie la plus inférieure et médiane du vestibule nommée spécialement sac à pierres. Sa portion postérieure, qui en est quelquefois complètement détachée et offre moins de consistance, occupe Le petit renflement du sac ou cysticule. Dans l’antérieure ou uitricule se trouve une masse beaucoup moins volumineuse que celle du sac. Les otoconies ont été figurées au nombre de trois sur la Raïe bouclée par Scarpa (De auditu, etc., tab. T, fig. VIT, a et b, c, d) et par Breschet d’après la même espèce (Rech., etc., Mém. Saw. étr.., t. V, pl. 10, fig. 3) ; mais au nombre de deux seulement chez le Myliobate aigle par E. H. Weber (De aure, etc., tab. IX, fig. 82-85).

De longs détails sur ces corps sablonneux, comme il les nomme, ont été donnés par Buchanan (On the org. hearing, ete., in : Mem. Wern. Soc., t. VI, p. 167-169).

L'examen microscopique des fines granulations de l’otoconie montre que ce sont de petits cristaux de forme et de grosseur diverses, non-seulement chez des espèces différentes, mais aussi chez une même espèce. M. Leydig a représenté (Beiträge mikroskop. Anat., etc., Rochen und Haïe, pl. EL, fig. T, c, d, e) les cristaux du Scymnus lichia (p. 32, $ 23). Le plus ordinairement, ils avaient la forme de lamelles quadrangulaires; d’autres étaient en aiguilles, et quelques-uns constituaient de petits groupes de cristallisations aciculaires. La configuration

194 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.

en citron n’est pas rare chez les Raiïes, et dans de semblables. cristaux, il a vu, après la dissolution de la matière calcaire par des acides, qu'il reste une cellule avec son noyau. Ici, se retrouve donc la forme cellulaire primitive que j'ai indiquée (p. 108) pour les cristaux du tapis de la choroïde.

Les portions des parois du vestibule, qui correspondent à ces petits amas calcaires, sont très-abondamment pourvues de filets nerveux, Comme les otolithes, les otoconies doivent donc avoir pour but de transmettre des vibrations plus intenses qu'elles ne le seraient si elles étaient simplement communiquées par les liquides de l'oreille.

Les nerfs acoustiques (Arras, pl. 2, fig. 4 et 2F) naissent des parties latérales de la moelle allongée. Leur origine, chez les Plagiostomes, au moment où ils sortent du bulbe rachidien, comme le montrent ce dessin et, sur l'Acanthias vulgaris, la figure 1 de la planche IT, annexée au mémoire de M. Stannius (Das peripher. Nervensyst. Fische, p. 14), est tellement rapprochée de la deuxième branche du trijumeau, que le nerf acoustique a pu être considéré par certains anatomistes, et par Scarpa d’abord (De auditu et olfactu, p.19, $ V), comme une simple division de la 5° paire.

E. H. Weber (De aure et auditu, p. 33-36 et p. 101) a fortement combattu, après Treviranus, cette supposition, encore admise par Breschet (Rech. org. de l'ouie Poiss. in : Mém. Saw. étrAc. sce..t. Ni, p.002 pl. 10: fs4; etexplicat. de dapl., p. 715), mais qui est maintenant rejetée (Stannius, Handbuch Zoot., Fische, 2° édit., p. 163, et Cuvier, Lec. Anat. comp., 2° édit., t. IT, p. 222). Quoique ce nerf semble avoir, chez certaines Raïes, une branche secondaire comparée, mais à tort, au facial, destinée à l’ampoule du canal semi-circulaire postérieur, et dite par Weber Nervus accessorius (De aure, etc., p. 102), il n’est pas nécessaire de la considérer comme distncte. Telle est l'opinion émise par M. Stannius (Das peripher., etc., p. 15), très-justement, d'autant plus que ce prétendu nerf accessoire manque chez différents poissons, et particulièrement, selon l'indication de Weber (De aure, etc., p. 104, dernier alinéa), chez le Squale, qu'il nomme Sg. carcharias.

La distribution des branches du nerf acoustique dans l'oreille a été étudiée et représentée sur la Raie par Monro (Struct. and phys. fish, pl. XXXVIT), par Scarpa (De auditu et olfactu, p. 13-15, $ XIX-XXVII, tab. I), par Weber (De aure, etc.,

p- 10114103, pl. IX, fig. 80), et par Breschet (Rech. org. de l’ouie, ete. Mém. Sav. étr. Ac. sc., t. V, p. 662, pl. 10, fig. 1 et 2). Des détails minutieux sur cette distribution, chez le Sq. canus (Galeus canis?) et chez la Raïe bouclée, sont donnés par Buchanan (On the org. hearing in : Mem. Wern. Soc., t. NI, p-159-165). I1 décrit, sous le nom de sabulous nerve, les nerfs destinés aux points du labyrinthe où sont situés les corps sablonneux ou otoconies, et de sabulous plexus, les nombreuses ramifications plexiformes de ces nerfs. Ses descriptions sont accompagnées de figures (pl. Let pl. IT).

Je dois être très-bref sur ce sujet, car 1l n'y a pas, chez les Plagiostomes, de différences importantes avec ce qui se voit sur les autres poissons. Notons cependant tout d'abord que, par suite de la fermeture complète du vestibule cartilagineux, le nerf, pour parvenir jusqu'aux parois membraneuses auxquelles il sert d’enveloppe, le traverse en se divisant en deux branches. L'une se dirige en avant, va se répandre sur l’utricule où est contenue la petite masse amylacée et sur les ampoules voisines, c'est-à-dire celles des canaux semi-circulaires externe et antérieur. L'autre, beaucoup plus volumineuse, qui pénètre dans le cartilage par un très-grand nombre de filets, et dont la direction est inverse de celle de la précédente, envoie ses ramifications à la région inférieure du vestibule où elles sont fort abondantes et forment, dans le point sur lequel repose l’otoconie, le plexus dont j'ai parlé plus haut; puis un petit tronc, résultant de la réunion de quelques-uns des filets de ce plexus, gagne la portion antérieure du sac dite cysticule et l'ampoule du canal semi-circulaire postérieur. Celle-ci, au contraire, reçoit directement ses filets nerveux de la petite branche dépendante de l’acoustique, comparable au facial, et considérée à tort par Weber comme un nerf auditif accessoire, quand cette branche particulière existe. Les ampoules présentent à l'intérieur de fines cloisons incomplètes sur lesquelles se répandent les filets nerveux qui, là, comme sur les autres portions du labyrinthe membraneux, se divisent en ramifications d'une ténuité telle que le microscope même ne permet pas de constater leur mode de terminaison. M. Leydig n'y a pas vu les anses dont on a souvent parlé comme étant une des formes des derniers ramuscules microscopiques. Je ne crois pas que ces anses appartiennent aux fibres les plus extrêmes des nerfs ; leur bout terminal doit presque toujours échapper à l'observation.

126 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.

On a des preuves nombreuses du pouvoir dont sont doués les poissons d'entendre les bruits. Je me contenterai de citer ici un passage de Othon Fabricius relatif aux Sgq. carcharias, espèce indéterminée, mais qui est, peut-être, comme on peut le supposer avec Müller et Henle (Plagiost., p. 50), la Leiche des mers du Nord (Scymnus borealis). Ge poisson, ditl, a l’ouïe fine: car, dès qu'il entend la voix des hommes, il se montre à la surface pour les attaquer; ils évitent donc de le provoquer à sortir des profondeurs de la mer. Si, pendant la pêche, le silence n'est pas observé, le Carcharias arrive et la rend infructueuse en faisant fuir les poissons (Fauna Groenlandica, 1780, p. 129). Au reste, tout en reconnaissant l’importance du secours que le sens de l’ouïe rend à des animaux appelés à vivre constamment dans l’eau, il ne faut pas perdre de vue les remarques très-justes de Guvier sur limperfection relative de ce sens chez tous les poissons. « Il est probable, dit-il, que le bruit produit en eux une sensation forte, mais qu'ils ne distinguent ni cette infinie variété de tons et de voix, ni ces articulations dont nous voyons tous les jours les quadrupèdes et les oiseaux être si vivement frappés. » (Hist. Poiss., t. I, p. 469).

A l’occasion du sens de l’ouïe, je me trouve naturellement amené à étudier la question de savoir si les Plagiostomes peuvent, comme divers poissons osseux, faire entendre des sons (1). Aristote (Hist. anim., lib. IV, ch. IX, tr. fr. de Camus, t. I, p. 221), après avoir fait remarquer, avec beaucoup de raison, que ces animaux « n'ayant ni poumons, ni trachée, ni pharynx (sic), n'ont point de voix, et que ceux que l’on dit en avoir ne forment autre chose que certains sons et des sifflements, » ajoute : « quelques Sélaques semblent également siffler. »

(4 Des observations très-intéressantes sur les bruits que différents poissons produisent lorsqu'ils sont immergés ou même quand ils sont hors de l’eau, ont été souvent faites pendant les voyages en mer. Je n’ai pas à m'arrêter sur ce point, car c’est chez les poissons osseux que se rencontre presque exclusivement cette singulière faculté de déterminer dans les organes intérieurs des vibrations assez fortes pour qu'elles puissent se communiquer à l’eau, et, de proche en proche, à l'atmosphère, ou directement à l’air lui-même quand ils cessent d'être plongés. Ces poissons bruyants ont été l’objet d’études et de recherches expérimentales dont j'ai présenté un exposé dans une de mes leçons au Muséum que j'ai résumée pour l'Annuaire scientifique de 1862, publié par M. Dehérain. Cet article inséré (p. 238-251) renferme un examen des hypothèses émises sur ce sujet, avec des indications bibliographiques assez nombreuses, et divers récits des concerts étranges entendus par des navigateurs dignes de foi.

Il y a très-peu d'indications à l'égard d’une production de bruits par ces derniers. Je ne trouve même à mentionner, jusqu'à ces dernières années, qu'un fait consigné dans la Are édit. de l'Ichthyologie de Nice, publiée par Risso, qui dit (p.17), en parlant de l’une des Raies à tête cornue de la Méditerranée, le Cephaloptère Massena : « Lorsque la femelle fut jetée dans le bateau, elle y mugit d’une manière douloureuse pour avoir introduit dans ses ouïes le bout de sa queue. »

En 1857, M. Mettenheimer a communiqué à J. Müller, qui l’a insérée dans ses Archiv für Anat., etc., de cette même année, p. 302, une observation qu'il eut occasion de faire sur une Raie bouclée. Elle mérite d'être signalée. Se trouvant dans un bateau de pêche de la mer du Nord, où 1l voulait voir fonctionner une drague pendant la marée, différents Pleuronectes et des Raies volumineuses furent sortis du filet. Ces dernières étaient dans un état mamifeste de fureur que les mauvais traitements des pêcheurs augmentèrent. Elles prenaient une position bizarre, se soutenant sur leurs nageoires pectorales et relevant la tête. Il y en eut qui firent ue claquer l’une contre lautre les mâchoires; en même temps, des bruits courts, vifs, comparables au ronflement d’un homme endormi, se succédaient avec rapidité. Ces bruissements, d’une nature particulière, fort pénétrants, exprimaient évidemment la colère, et, selon M. Meitenheimer, se produisaient dans les évents dont il vit, au moment où les sons se faisaient entendre, les bords membraneux vibrer avec rapidité. Ils seraient donc le résultat du passage et de l'expulsion violente par ces ouvertures, de l'air introduit dans la bouche. De là, résulte la conséquence que les Raïes semblent pouvoir être bruyantes seulement hors de l’eau.

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