IT. ORDRE
CHIMÈRES® ou HOLOCÉPHALES(®
DR D mas
Les caractères des Chondrichies ou Chondroptérygiens (4), compris dans l’ordre des Chimères ou Holocéphales, sont les suivants :
Squelette cartilagineux.
Branchies formant quatre poches incomplètes, dont les parois ne deviennent libres qu'à leur bord externe, et dont les ouvertures profondes sont distinctes, mais s’ouvrant, au dehors, par un seul orifice que protège un repli membraneux qui sert de support, avec un rudiment d'opercule cartilagineux, à la première demi-branchie.
Pas d’évents.
Pas de vessie natatoire.
Arc scapulaire détaché de la tête; pleuropes, ou nageoires paires antérieures, libres en avant comme chez les Squales, c’est-à-dire non réunies aux cartilages de la tête ; nageoires paires postérieures, ou catopes, abdominales.
Première épiptère ou dorsale, au-dessus des pectorales et munie d'un long aiguillon.
(1) Voy. plus haut, p. 5, note 1, l’étymologie de ce mot. (2) Xiuotpa, chimère, animal monstrueux :
Pectus et ora leæ, caudam serpentis habebat.
Ovide, Metam., lih. IX, v. 647.
Linné a, le premier, fait une dénomination générique de ce mot, que l'aspect bizarre du poisson explique: «Chimæram dixi piscem quasi mixtum ex variis animalculis. Vulgus hbunc piscem in littus mortuum ejectum observans credit miraculum, quod ornamenta capitis ostendaf, hominihus luxuricse efficta » Mus. reg. Ad. Frid., p. 54).
(3) “Oo, tout entier, et xp, tête; nom employé par J. Müller (Vergleich. Anat. der Myxin. Ost, und Myol. in : Abhandl. Kôn Akad. Wissensch. Berlin (18341, 1836, p. 74).
(4) Voy. pour LRU de ces mots et pour le sens qu il convient
d'y attacher, p. 5, note 4.
Bouche en dessous. Lèvre supér. profondément échancrée (1).
Mâchoires portant, non des dents séparées, mais des plaques dentaires: 4 en haut, formant deux paires, l’une antérieure, à bord tranchant ou terminée en pointe, l’autre postérieure, beaucoup plus grande, à saillies triturantes, opposées à des surfaces semblables qui occupent une partie de l’étendue des plaques de la paire inférieure.
Intestin à valvule en spirale.
Mâles à appendices génitaux externes, analogues à ceux des Plagiostomes, pourvus de lames épineuses situées au-devant des ventrales, et qui sortent, au moment de l’accouplement, des cavités sous-cutanées dans lesquelles elles sont cachées, ainsi que d’un prolongement sus-céphalique également épineux, et reçu, lorsqu'il s’abaisse, dans un enfoncement où il est exactement emboîté ; femelles fécondées au moyen d’un accouplement, ovipares, à œufs revêtus d’une enveloppe cornée, elliptique, très-longue, bordée de filaments soyeux.
Téguments lisses, nus, quelquefois, cependant, armés d’une double rangée de petites épines sur la tête et à la région dorsale ; à reflets argentés, munis d'un appareil très-développé de canaux cutanés et de pores. — Voy., pour plusieurs de ces caractères, Atlas, pl. 8, fig. 8, et pl. 13 et 14.
Linné, quand il inserivit, pour la première fois, sous le nom générique de Chimæra (Mus. reg. Ad. Frid. 1154, p. 53), le poisson mal connu jusqu'alors, mais considéré comme un Squale (Galeus ou Centrina, voy. les synon. de la Chim. monstrosa), le plaça parmi ses Chondropteryqu.
Pour Lacépède, les Chimères forment le 4° ordre, celui des abdominaux, dans la 2° division de la sous-classe des Poissons cartilagineux.
Cette 2° division qui comprenait, en outre, les Lophies et les Balistes, devint pour mon père, en 1806 (Zoologie analytique, p. 105), la famille des Chismopnés (our, fente, nvéo, qui respire). Réformant plus tard ce groupe, il fit entrer, en 1856 (Ichth. analytique, in : Mém. Ac. sc., t. XXVIT, p. 455), les Chimères dans la famille des Hypostomates (ind, au-dessous, otéua, bouche) caractérisée ainsi: « Poissons fibro-cartilagineux, à branchies operculées, à quatre nageoires paires, à bouche située au-dessous d’un museau avarcé » et comprenant, en outre, les genres Spatulaire, Esturgeon et Pégase.
(4) Labium superius fissum inslar leporis (Linn., Mus. reg. Ad. Frid.;, p.53)
Dans le Règne animal de Cuvier (1°° éd., 4817, t. II, p. 139), les Chimères, placées à la suite des Squales et des Raies, faisaient partie de l’ordre des Sélaciens ou Chondroptérygiens à branchies fixes, mais plus tard (1829, 2° éd., t. IT, p. 381), illes a rapportées à l’ordre des Siurioniens ou Chondroptérygiens à branchies libres.
Latreille, en 1825 (Familles natur. du règne animal, p. A1), les comprenait, dans son énumération, sous le nom de A canthorines (äxovôa, épine, fiv, nez), déplaçant ainsi la dénomination créée par Blainville (Prodr. classif. in : Nouv. Bull. sc. 1816, p. 121), pour les Spinaciens et les Scymniens, mais non adoptée.
J. Müller (premier mémoire sur les Myxinoïdes : Vergleich. Anat. Myxin., etc. Abhandl. Kôn. Akad. Wissensch., Berlin [1834], 1836, p. 73) a considéré les Chimères comme formant, parmi les cartilagineux, un ordre particulier, celui des Holocephala (1), qui se retrouve dans sa classification plus récente que j'ai précédemment analysée {p. 284-290).
Le prince Ch. Bonaparte à d’abord, à l'exemple de Latreille, employé, comme dénomination générale, le nom de Acanthorini (Selachor. tab. analyt. : Mém. soc. sc. nat., Neufchâtel, 1839, p. 12); mais ensuite (Cat. pesc. europ. 1846, et Conspectus system. ichth., 1850), il a fait des Chimères, sous le nom de Holocephala, Müll., et de Chimeræ, le 2° ordre de la section des Plagiostomes dans la sous-classe des Elasmobranches.
M. Vander Hoeven (Handboek der Dierkunde, 3° éd., 1859, t. Il, p. 263) les range parmi les Chondroptérygiens, comme types de l’ordre des Eleutherobranchii, Bonap. ou Holocephali et de la famille des Chimæroidei.
J'ai exposé précédemment (p. 197) les motifs de la réunion des Holocéphales et des Plagiostomes dans la sous-classe des Elasmobranches: ils sont rendus plus évidents encore, par l'étude comparée de leur organisation, dont je présente ci-après les résultats principaux sous une forme abrégée. Je n'ai donc
point à revenir sur la convenance de cet arrangement méthodique.
(1) Voici sa classification de 1834 : CHONDROPTERYGIA. Ord. I. Bran- CHIOSTEGA : I Fam. Cataphracta (Sturiones), IL Fam. Nuda (Spatulariæ). — Ord: IT. HoLocepuaLa, 2 genres : Chimæra, Callorhynchus. — Ord. HE. PLaciosroma : I Fam. Squali, II Fam. Rajæ. — Ord. IV. CYCLOSToMATA : I Fam. Hyperoartia, I Fam. Hyperotreia.
On à vu, plus haut, les modifications que le professeur de Berlin à apportées, en 1844, à son premier mode de classement.
La colonne vertébrale offre une structure beaucoup plus simple que celle des Plagiostomes. Ici, en effet, comme chez les Cyclostomes, la corde dorsale est une tige indivise de substance gélatineuse et transparente, prolongée, sans interruption, dans toute la longueur du rachis (1). Elle est entourée par une enveloppe fibreuse à fibres circulaires, que protège, dans une grande partie de son étendue, une série d'anneaux cartilagineux trèsétroits et réunis par du tissu fibreux qui forme, seul, l’étui protecteur à l'extrémité terminale du tronc et à la queue. Les anneaux sont extrèmement nombreux, car sur un espace de 0.01, j'en compte 12 ou 14(2) : ce sont des rudiments de corps de vertèbres, auxquels viennent s'ajouter des pièces cartilagineuses, tout à fait analogues à celles qui se voient chez les Squales et chez les se mais plus imparfaites. Meckel (Anat. comp., tr. fr., t. IT, p. 254) les a indiquées, sans donner à la description des cartilages dont il s'agit, la précision que J. Müller y a apportée dns ses recherches sur la composition des vertèbres des Plagiostomes. J'ai présenté un résumé du travail de ce dernier (p.16-24, Arzas, pl. 1), lequel, lorsqu'on a sous les yeux un squelette de Chimère, peut guider dans la détermination des parties constitutives de la colonne vertébrale des Holocéphales (3).
A Ia région supérieure, si ce n’est tout à fait en avant, où se trouve une grande pièce non divisée décrite plus loin, on voit des cartilages triangulaires reposant, par leur base, sur 6 ou T anneaux, et dont Àe sommet est dirigé en haut: ce sont Fa cartilages cruraux.
Ils laissent entre eux des espaces triangulaires à — férieur, que remplissent des cartilages intercrurauæ, de forme semblable à celle des précédents, mais plus considérables et placés en sensinverse ; par leur sommet, ils n’atteignent pas Les anneaux, et, par leur base tournée en haut, ils dépassent les
(1) Nous avons vu (p. 17) qu’elle est complètement interrompue au milieu du corps de chaque vertèbre chez les Plagiostomes.
Des différentes comparaisons que l’on a faites entre la corde dorsale et d’autres tissus celluleux, celle qui l’assimile au corps vitré de l’œil, quoique ce dernier aït un peu moins de consistance, est la plus exacte.
(2) Sur le squelette de Chüm. monstr. que j'ai sous les yeux, on voit les anneaux dans une étendue de 0®.38. En multipliant ce nombre par 12, on trouve qu’il y a 456 anneaux.
(3) Voy., en outre, J. Müller Vergleich. Anat. Myæin. : Abhandl. Kün. Akad. Wissensch. Berlin (1834), 1836, pl. V, fig. 1, représentant l'extrémité antér. de la colonne vertébr. de la Chim. monstr. F
cartilages cruraux. Subissant, à une petite distance au-dessus de ces anneaux, une légère inflexion en dedans, les deux rangées latérales tendent à se rapprocher, et à former ainsi le canal où est logée la moelle épinière; ils nele ferment cependant pas, et une série médiane de petits cartilages surcruraux le complète.
A la région inférieure, de chaque côté, il y a une rangée de petits cartilages transverses où parapophyses, qui, restant d’abord fort éloignés les uns des autres, ne se réunissent qu'à la région caudale, pour former le canal des gros vaisseaux.
On ne trouve aucune trace de cartilages costaux.
La région antérieure du rachis offre de l’analogie avec ce qui se voit chez les Raies; elle consiste en une pièce indivise, où ne se distinguent plus ni anneaux, ni cartilages séparés les uns des autres, et qui, sur un squelette long, du bout du museau à l'extrémité du filament caudal, de 0".80, a une étendue de 0.025 représentant 1/32 des dimensions totales.
Sa forme est singulière : elle ressemble un peu à nos anciennes selles, dont le pignon est représenté par l’apophyse antérieure, qui est large à sa base et terminée en pointe; elle est un peu moins élevée que la postérieure; celle-e1 offrant, dans toute sa hauteur, une largeur assez considérable et simulant, en quelque sorte, le dossier de la selle, s’articule, par son bord libre, avec le cartilage qui supporte l’épine de la 1"° dorsale. Les? apophyses sont séparées l’une de l’autre par le bord supérieur qui n’est point, il est vrai, aplati comme le siége du cavalier, mais, au contraire, est tranchant et concave. De ce bord et de la base des apophyses, les deux lames du cartilage représentant les pièces supérieures aux anneaux et précédemment décrites, descendent obliquement de dedans en dehors, jusque sur la tige cylindrique indivise, qui précède les anneaux.
A son extrémité antérieure, la pièce indivise porte deux surfaces articulaires un peu concaves, une de chaque côté, qui, reçues par des saillies crâniennes légèrement convexes, analogues aux condyles occipitaux des animaux supérieurs, et retenues par des capsules ligamenteuses, complètent, avec la surface articulaire médiane, les moyens d'union de la colonne vertébrale et du crâne. Il y a donc la plus grande similitude entre ce mode d'articulation et celui qui se voit chez les Raies, comme je l'ai fait remarquer (p. 8 et 9), en décrivant ce dernier avec des détails qui me dispensent de m’arrêter davantage
sur la curieuse disposition anatomique dont il s’agit, etquiétablit une notable différence, quand onles compare non-seulement aux poissons osseux, mais aux Squales, où la mobilité du crâne sur le rachis, est moindre que chez les Raïes et les Chimères,
Le crâne, comme celui des Plagiostomes, a une structure très-simple. C’est une boîte cartilagineuse qui offre même, entre les cavités orbitaires, une paroi membraneuse où, sur différents points de son pourtour, sont percées des ouvertures pour le passage des nerfs encéphaliques.
La particularité la plus intéressante qu’il présente, consiste dans la réunion intime, avec le reste du crâne, de la portion maxillaire supérieure et des cartilages qui formentle palais, ainsi que de l’apophyse descendante destinée à l'articulation de lamächoire inférieure. Les Chimères, comme J. Müller le fait observer avec raison (Vergleich. Anat. Myxin, 1 Ost. und Myol., in. : Abhandl. Akad. Wissensch. Berlin [1834], 1836, p. 221), sont les seuls poissons où l'os carré, dont cette apophyse est évidemment l’analogue, soit confondue avec le crâne et où la mâchoire inférieure soit fixée, non à un suspensorium distinct du crâne, mais à une véritable apophyse crânienne correspondant à l'os carré (1).
Sur la ligne médiane du crâne, au sommet d’une petite protubérance un peu postérieure aux orbites, se voit une ouverture étroite qui établit, comme chez les Plagiostomes, une communication entre l'extérieur et le vestibule de l'oreille. Il livre, en effet, passage à un canal qui, résultant de la réunion de deux canaux venus de l’un et de l’autre vestibule, se divise de nouveau après avoir franchi l’orifice, pour aller s'ouvrir à l’extérieur par deux pertuis visibles à la région crânienne, derrière l’anastomose transversale des deux lignes latérales chez la Chimère, et sur le même point chez les Callorhynques.
Au devant des cavités orbitaires qui sont considérables, entièrement ouvertes en avant, par suite de l’absence d’un bord antérieur, la région frontale supporte, chez le mâle, le petit cartilage impair caractéristique du sexe; puis elle s’'amincit et
(1) Si l’on adopte les déterminations que Cuvier a données des os qui servent à l'union du crâne avec la mâchoire inférieure, on peut dire, ainsi qu'il l’a fait en parlant de la Chimère (Sur la compos. de la mâch. super. des Poiss., in : Mém. Mus., t. I, p. 128), que le pédicule représente « le temporal et le jugal soudés au crâne et portant, comme à leur ordinaire, la mâchoire inférieure. »
présente la forme d’une carène ou d’une sorte de toit escarpé, suivant l'expression de Meckel.
A son extrémité inférieure, se trouvent les capsules nasales qui sont soudées au crâne, et elle supporte, chez les Callorhynques, les cartilages comparables aux os du groin des animaux vertébrés supérieurs et qui, comme chez le cochon, la taupe, la musaraigne, constituent le prolongement rostral dont j'ai déjà parlé (p. 29), à l’occasion de celui de certains Plagiostomes.
Quant à la portion carüilagineuse à laquelle sont fixées les plaques dentaires supérieures, elle n’est point, contrairement à ce que Cuvier disait (Mém. du Mus., t. 1, p. 197, et Lec. Anat. comp., 2 édit., t. IT, p. 673), l’analogue du vomer, supposition qui l’amenait à comparer les dents à celles que porte cet os, chez un grand nombre de poissons.
Meckel (Anat. comp., traduction fr., t. II, p. 453) n'a pas adopté cette interprétation. J. Müller, surtout, l'a combattue (loc. cit., p. 221), en démontrant pour les Plagiostomes (voy. plus haut, p. 30 et 31), comme pour les Chimères, que les cartilages considérés par Cuvier comme des rudiments des maxillaires et inter-maxillaires, sont simplement des cartilages labiaux. Par conséquent, c’est aux pièces dont se compose, chez les autres animaux, la mâchoire supérieure ou, en d’autres termes, aux maxillaires et inter-maxillaires, qu’il faut assimiler la portion du crâne qu'on peut ici, afin de rappeler son rôle relativement aux plaques dentaires, nommer, avec le professeur de Berlin, limbe alvéolaire, quoique ces dernières ne soient pas reçues dans des alvéoles.
Je reviens aux cartilages labiaux, sans m'arrèêter de nouveau à discuter leur véritable signification {voy. p. 30-32), mais afin de montrer, avec I. Müller, comment le troisième, c’est-à-dire linférieur , chez le Callorhynque, où il constitue la pièce la plus singulière du squelette, et, en même temps, la plus anormale, fournit une preuve convaincante du rôle tout à fait accessoire de ces cartilages.
Prenant ici un développement exceptionnel, le labial inférieur, représenté in : Vergleich. Anat. Myxin., Ost. und Myol. (Abhandlung. Akad. Wissensch. Berlin [1854], 1836, pl. V, fig. 2, a) et décrit p. 202, est, suivant l'expression de l’anatomiste allemand, placé comme une sorte de collier au-dessous du cartilage dentaire dont il égale presque les dimensions, simulant ainsi, jusqu'à un certain point, une seconde mâchoire inférieure. Il est beaucoup plus développé dans ses portions
latérales que dans la portion médiane qui, servant à son union avec celui du côté opposé, forme une bande en arc de cercle dontle bord est à peu près parallèle à celui des dents. Les parties latérales dépassent en arrière, par leur pointe, l’apophyse articulaire qui représente l'os carré. Sur le milleu de son bord supérieur et externe, il reçoit l'extrémité inférieure et horizontale du second cartilage labial où moyen, petite tige cartilagineuse qui, se dirigeant de bas en haut, se réunit, par son bout supérieur, à la portion terminale du premier cartilage, laquelle est formée par la jonction de 2 branches, l’une verticale, l’autre, au contraire, oblique et presque transversale, articulée en avant sur une petite pièce fixée à la capsule nasale et destinée à servir de support, non-seulement à la racine antérieure du labial, mais aussi au cartilage du nez.
Chez la Chim. monstr., il n'y a pas le grand cartilage labial inférieur du Callorhynque, mais on voitsur les parties latérales de la face, et contenue dans l'épaisseur des lèvres, une petite pièce que l’on doit considérer, avec Rosenthal (Ichthyotom. Taf., XX VII, fig. 2), comme un cartilage labial.
Il résulte des indications qui précèdent, que les cartilages des lèvres des Holocéphales, comme chez les espèces de Squales où on les rencontre, car plusieurs de ces derniers, de même que les Raies en manquent, n’entrent pas dans le plan général de la structure des animaux vertébrés, et ne sont les analogues d'aucune des pièces du squelette. La preuve de cette assertion est surtout fournie par la disposition vraiment étrange du grand cartilage labial inférieur des Callorhynques.
Nageotres paires. — Les pleuropes ou nageoires antérieures sont supportées, comme chez les Squales, par une ceinture cartilagineuse incomplète, dont les branches montantes, ou portions scapulaires, comparables aux omoplates, ne sont point fixées à la colonne vertébrale.
Les portions coracoides, plus élargies encore que chez les Plagiostomes, se réunissent pour former une grande pièce oblique, remarquable par les saillies et les enfoncements de ses surfaces antérieure et postérieure, et dont le bord externe supporte un petit cartilage auquel sont fixées deux autres pièces ; l’une d’elles est élargie et se dirige en haut; l’autre, plus allongée, dont la direction est inverse, reçoit, par son bout inférieur, la troisième pièce beaucoup plus petite. Elles servent toutes les trois, mais particulièrement les deux dernières, de point d'appui aux rayons qui, disposés en une seule série,
soutiennent par leur extrémité postérieure, les petites tiges cornées terminales (1).
Les nageoires paires postérieures ou catopes situées, comme chez les Squales et les Raies, à la région anale, n'offrent, chez les femelles, qu'une seule différence importante à noter, quand on les compare à celles des Plagiostomes : les deux pièces latérales de la ceinture pelvienne, au lieu d’être confondues et de former une barre transversale, restent isolées, laissant entre elles un intervalle occupé par un ligament lâche, et sont réunies par une articulation moins serrée que chez les mâles, où la ceinture subit une singulière modification que je décris plus loin en parlant des organes accessoires de la génération chez les mâles.
Nageoires impaires.— La première nageoire du dos, ou épiptère, est située au-dessus des pectorales; elle est courte, et plus ou moins éloignée de la seconde. Sa hauteur diminue rapidement, et elle est beaucoup moins élevée en arrière qu'elle ne l’est en avant, où elle est soutenue par un aiguillon comparable, sous beaucoup de rapports, à celui des Squales (2), mais proportionnellement plus long et à courbure plus prononcée.
Dans le jeune âge, les premiers rayons mous qu'il précède immédiatement, atteignent son extrémité ou même la dépassent un peu, mais chez les sujets plus âgés, ils sont moins longs par suite de l'usure qu'ils subissent et qui se remarque également sur toutes les autres nageoires.
A sa base, entaillée en arrière comme un bec de plume, l’aiguillon reçoit le bord antérieur du grand cartilage de la dorsale qui sert de support aux rayons. Celui-ci, par son angle inférieur élargi et creusé en mortaise transversale, s'articule avec la saillie médiane du bord postérieur de la pièce indivise du rachis et, par son angle supérieur, se prolonge en une tige conique et très-eftilée, logée dans la cavité de l’aiguillon, qu’elle ne remplit pas d'un bout à l’autre, car cette cavité s'étend jusqu'à la pointe. La face postérieure de l’aiguillon est plus ou moins concave, et chacun de ses bords est armé de dentelures
(1) On peut déduire des rapports mutuels de ces divers segments leurs analogies avec les os du membre antérieur (p. 32-33). Il en est de même pour les pièces dés nageoires ventrales et les os des membres abdominaux (p. 37).
(2) Pour tout ce qui concerne la structure des épinés dorsales, je renvoie à ce que j'en ai dit p. 44-47, où j'ai signalé les observations faites sur les aiguillons fossiles ou ichthyodorulithes.
à pointe acérée dirigée en arrière (1). Les faces latérales sont planes et les bords antérieurs lisses. La face antérieure, depuis la base jusqu'à la pointe, est surmontée d’une carène.
La 2 dorsale, de dimensions et de forme variables suivant les genres et les espèces, consiste en une série de courts rayons fixés seulement par une membrane à la région supérieure du rachis, et qui supportent, par leur extrémité supérieure, les très-nombreuses petites tiges d'apparence cornée, contenues dans l'épaisseur de la peau.
La petite nageotre que l'on compare quelquefois à l'anale, mais qui est plutôt le petit lobe de la cuudale, et cette dernière, dans ses portions supérieure et inférieure, ont une structure tout à fait analogue à celle de la 2° dorsale.
Pour con Mes la description sommaire que je viens de donner du squelette des Holocéphales, je dois ajouter que le tissu dont il se compose, de même que celui de la charpente intérieure des Esturgeons, est le cartilage hyalin ou transparent (voyez p. 41). Sur certains points D au crâne et à la région antérieure de la colonne vertébrale, on trouve quelques traces du tissu cartilagineux dit pavimenteux (voy. p- 48), qui se trouve en si grande quantité dans le squelette des Plagiostomes.
Les dou des Holocéphales sont de grandes pièces d'uné forme toute particulière qui, à l'exception des antérieures, ont surlout pour usage de broyer (2), et l’on en a la preuve par la nature même dut contenu des voies digestives, où l'on trouve des débris de coquilles et d’oursins.
{1) Chez l'espèce décrite par Bory St-Vincent (Dict. class. Hist. nat., t.IIT, p. 62) sous le nom de Callorh. Milii et chez le Call. tasmanius, Richardson (Australian fish : Trans. zool. Soc., t. III, p. 174), qui me sont incon-
nues, l’épine dorsale offrirait la singulière exception d’avoir ses bords lisses.
(2) Sans analogues parmi les formes variées du système dentaire des - Squales de l’époque actuelle, les dents des Holocéphales ont pu être, jusqu’à un certain point, comparées par M. Agassiz, à celles de configuration bizarre, d’après lesquelles il établit, dans le vaste groupe des Cestraciontes ou Hétérodontes fossiles, les genres Cochliodus, Ctenodus et Ceratodus. Les Chimères elles-mêmes paraissent avoir été abondantes dans les eaux dont les sédiments ont formé les terrains jurassiques, crétacés et tertiaires. Les dents qui ont appartenu aux espèces de cette famille, offrent cependant des différences telles, qu’elles dénotent des distinctions génériques évidentes (Agassiz, Rech. sur les Poiss. foss., t. III, p. 336-357, pl. 40 et 40 a). Ce n’est pas au groupe des Callorhynques, mais à celui des Chimères qu'il faut rapporter la plupart des espèces éteintes.