APPAREIL DIGESTIF
La cavité buccale a, pour charpente, les différents cartilages qui forment les arcs dentaires supérieur et inférieur, ainsi que le plancher de la boîte crânienne constituant le plafond de la bouche. J'ai indiqué, en décrivant l'extrémité céphalique du squelette, les diverses particularités de l'appareil mandibulaire (p. 29-32).
L'ouverture antérieure de la gueule varie dans a sa forme, b son étendue et € Sa position.
a Tantôt, elle est transversale, presque rectiligne, comme on le voit chez les Raïes et chez quelques Squales ; tantôt, au contraire, arrondie en courbe plus ou moins ouverte.
b C’est sous cette dernière forme que l’orifice a le plus d'amplitude : par exemple, dans les grands Carcharias (Prionodon lamia, glaucus, leucos), le Garcharodon Rondeletii. Dans le Selache maxima, il est énorme, le contour de chaque mâchoire mesurant 1".920. Comme contraste bizarre, il suffit de rappeler ses dimensions exiguës chez certains Spinaciens, tels que l'Humanün (Centrina Salviani), et chez les Raies, où la disproportion de cette ouverture avec leur taille parfois considérable étonne à cause du peu de volume que doivent nécessairement présenter les animaux dont elles se nourrissent.
c Enfin, l’orifice buccal est presque toujours situé à la région inférieure et plus ou moins loin de l'extrémité souvent trèsproéminente du museau, d'où résulie, pour les Squales, l'obligation de se retourner au moment de saisir la proie. C’est seulement par exception qu'il est terminal (Rhinodon, Cestracion, Squatina, Cephalopterus).
Comme chez la plupart des poissons osseux, l’orifice buccal est ordinairement nu. La peau, pénétrant dans la cavité de la gueule, s'applique sur les cartilages dentaires et y sert de support aux dents, qui n’ont aucune relation immédiate avec le squelette.
Chez beaucoup de Squales, au niveau des angles de cet orifice et le plus habituellement en haut comme en bas, le tégument forme des plis labiaux résultant de la présence des cartilages des lèvres. Ces plis sont importants à noter dans les descriptions spécifiques, à cause des différences qu'ils présentent. Prolongés plus où moins vers la ligne médiane, ils n’ont l’apparence delèvres, très-imparfaites il est vrai, en raison de l’ab-
sence du tissu musculaire, que chez un petit nombre d'espèces dans le groupe des Leiches ou Scymniens. Les Squatines ont le pli labial supérieur prolongé en dehors et en arrière jusque vers la première fente branchiale sous la forme d’un lambeau droit ou ondulé, suivant les espèces. Jamais, cependant, si ce n’est chez le Squale à bec de scie, ou Priostophore, dont le museau présente, vers le milieu de sa face inférieure et de chaque côté, un long barbillon, 1l n'y a les appendices filiformes, et quelquefois renflés à leur extrémité, que portent les Sures, certains Cyprins, les Baudroies, les Chironectes, les Mulloïdes et les Gades. feéouiss
Les Plagiostomes, surtout les Raïes, ont, dans l’intérieur de la bouche, des replis de la membrane muqueuse qui jouent, de même que chez les poissons osseux, le rôle de lèvres internes. Le repli supérieur des Raies, destiné à s'opposer à la sortie de l’eau par l’orifice antérieur de la cavité buccale, est une sorte de voile placé derrière la mâchoire. Son bord libre, tantôt droit, tantôt cintré, présente parfois des dentelures. La membrane muqueuse forme également, chez les Squales, au niveau des dents, des replis qui récouvrent leurs rangs postérieurs. Souvent, à leur bord libre, il y à une sorte de feston dont les pointes viennent se loger dans les espaces que laissent, entre elles, les dents d’une même rangée (Carcharias [Prionodon] leucos et d’autres).
La langue manque chez les Plagiostomes, ou du moins est réduite à un très-petit volume. Il y a bien la pièce cartilagineuse médiane qui, placée entre les deux branches latérales de l’hyoïde, en représente le corps et peut prendre le nom de basi-hyal (Copula de Rathke in Anat. Untersuchungen Kiemenapparat. p. 20); mais la petite pièce fixée à son bord antérieur dans le plus grand nombre des poissons osseux, c’esta-dire l'os lingual, fait défaut chez les Plagiostomes, et c’est le cartilage médian lui-même qui en tient lieu. Il est un peu saillant en avant chez la Squatine, par exemple; tandis que celui de l’Acanthias vulgaris a la forme d’une bande étroite et courte, et représente une portion de courbe très-ouverte (1).
(1) 11 serait trop long et inutile d’énumérer les différentes formes de ce cartilage, très-faciles d’ailleurs à constater sur le squelette. On peut en prendre.une bonne idée sur les figures 2, 4, 6, pl. VI; fig. 3, pl. VII; fig. 1, pl. XI et fig. 5, pl. XII, de M. Molin (Sullo scheletro degli Squali in Mem. Instit. Veneto, 1860, t. VII). D’autres dessins, dus à Rathke et à Laurillard, sont cités plus loin dans l'étude des organes respiratoires. cho:
Poissons. Tome I. 9
130 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.
Jamais, contrairement à ce qui se voit sur certains poissons osseux, cette pièce du squelette n’est armée de dents. Telle est donc la ei Gti de l'organe, que, le plus souvent, il disparaît.
La cavité buccale sans cesse traversée par l’eau, et privée des
organes papillaires qu'on trouve sur la langue et sur la paroi interne des joues et des lèvres chez les dhiniaus aériens, ne reçoit aucun liquide comparable à la salive (1).
A peine est-il nécessaire de mentionner, comme pouvant peut-être suppléer, mais bien imparfaitement, aux organes salivaires, les grains glanduleux du palais trouvés chez les Raïes par Cuvier (Leg. Anat. comp., t. IV, 1" partie, p. 460).