‹ Histoire naturelle des poissons, ou, Ichthyologie générale (volume 2)Chapitre 22 sur 216 · NUTRITION. MODE. D'ALIMENTATION · texte numérisé non relu

NUTRITION. MODE. D'ALIMENTATION

p. 173), dans un de ses tableaux les plus brillants, mais empreint de l'exagération trop habituelle aux écrivains qui ont traité ce sujet. Voici, toutefois, des assertions positives. Chez un Squale ouvert à bord d’un navire qui se rendait à la Martinique, M. le docteur Guyon trouva des débris de pantalon et une paire de souliers. Outre des poules ét des canards, morts dans la nuit et jetés le matin à la mer, ainsi que divers objets provenant de l'équipage, un Squale, dont on fit l’autopsie sur le navire commandé par le capitaine Basil Hall, avait avalé la peau d'un buffle tué à bord quelques heures auparavant. Et même Brunnich (Ichth. Massiliens., 17168, p. 6) raconte, d'après deux témoins dignes de foi, dit-il, que, sur les côtes de la Méditerranée, on prit un Squale de plus de 3 mètres, dont l'estomac était rempli par deux thons et par le cadavre entier d’un homme recouvert de ses vêtements. Enfin, un exemple curieux de l'énorme capacité de ce viscère se trouve dans une note de M. G. Bennett, sur de grands Squales pris au Port-Jackson (Proceed. Zool. Soc., 1859, p. 224). On tira del’estomac d’un Carcharias (Prionodon leucos) long de 4 mètres à peu près, huit gigots de mouton, la moitié d’un jambon, les quartiers postérieurs d'un porc, les membres de devant d’un chien avec la tête et le cou entouré d’une corde, 135 kilogrammes de chair de cheval, une râcle de navire et enfin un morceau de sac.

« La voracité des Squales est extrème dans certains cas; dans d’autres, elle est nulle, sans qu'on puisse en donner de bonnes raisons. Nous avons vu des Requins rôder autour du vaisseau pendant des journées entières, refuser pendant longtemps la chair qu'on leur présentait, enfin, se laisser prendre: et ne rien offrir dans leur tube digestif » (Quoy et Gaïm., Rem. sur q.q. Poiss. de mer et sur leur distrib. géogr., 1824, p.38).

La voracité des Squales n’est pas la même dans tous les parages. Ainsi, Humboldt (Voy. aux rég. équinox. du nouv. contin., t. IV, p. 97) dit que, à la Guayra, port voisin de Caracas, on n’a rien à craindre de ceux qui sont si fréquents dans ce port, mais que ces Requins sont dangereux et avides de sang aux îles opposées à la côte de Caracas (1).

(1) Une différence également inexplicable a été observée dans les instincts des Crocodiles par l’illustre voyageur. «Les Crocodiles d’une mare des Llanos, dit-il (loc. cit.), sont lâches et fuient même dans l’eau, tandis que ceux d’une autre mare attaquent avec une intrépidité extrême. » Il dit encore (loc, cit, t. VI, p. 150) : « Le Rio Uritucu est rempli d’une raçe de

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William Tatham raconte (The philosoph. Magaz. by. Alex. Tilloch, 1803, t. XVII, p. 318) l'étonnement qu'il éprouva, dans le port de Charleston (Caroline du Sud), en voyant un. mousse tombé à l'eau pendant une manœuvre sur le mât de: beaupré, ne point être attaqué, bien que dans l'endroit même de sa chute, deux ou trois Squales, quelques minutes auparavant, eussent été aperçus à la surface de l’eau.

Sa surprise fut plus grande encore de voir des enfants se baigner, sans crainte et sans danger pour eux, sur le bord de la mer, pendant que deux Squales y prenaient leurs ébats; mais aux appréhensions de Tatham, on répondit en lui donnant l'assurance que ces poissons étaient, en quelque sorte, d’anciens camarades de jeu des enfants qui n'avaient rien à en redouter, les Squales de cette localité n'étant pas voraces. Les petits baigneurs s’enfuraient avec rapidité, lui dit-on, si, par hasard, un Requin d'espèce dangereuse, qu'ils sauraient d’ailleurs parfaitement distinguer, venait à se montrer.

Les espèces à denis Le. destinées à triturer les aliments, sont moins voraces que les autres. Elles se nourrissent surtout de Crustacés, de Zoophytes et de Madrépores, comme on le sait par l'examen des viscères. Ainsi, pour citer un exemple auquel plusieurs autres pourraient être joints, M. Elliot (Cantor, Cat. Malay, fishes, p. 1394) a trouvé, dans l'estomac de plusieurs Rhines ancylostomes, des fragments de Crustacés en. quantité prodigieuse. Ge sont ces mêmes animaux et des Mollusques à coquilles qui servent aussi de pâture à certaines Roussettes, au Stegostoma fasciatum (Elliot in : Cantor, Catal. Malay, fish., p. 1380), quoique ces Squales n'aient pas les dents: plates; mais elles sont fort petites et constituent des armes peu: propres à permettre l'attaque contre de grosses proies.

L'énorme Pèlerin (Selache maxima) est moins carnassier. que beaucoup d'autres espèces plus petites. Ses dents étant très-courtes et faibles, il ne peut se nourrir, comme les Baleïines proprement dites, que d'animaux peu volumineux, et, par conséquent, il ne se montre pas, à la manière des Squales à puissante armure dentaire, intrépide assaillant contre tout ce

Crocodiles très-remarquables par leur férocité. On nous conseilla d’empécher nos chiens d'aller boire à la rivière, car il arrive assez souvent que les Crocodiles d'Uritucu sortent de l’eau et poursuivent les chiens jusque sur la plage. Cette intrépidité est d'autant plus frappante, qu'à six lieues de là, les Crocodiles du Rio Tisnao sont assez timides et peu dangereux. Les mœurs des animaux varient, dans Fe même espèce, selon des circonstances locales difficiles à appr ofondir.

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