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NUTRITION. MODE DE PRÉHENSION DES ALIMENTS

qui nage autour de lui. On manque de renseignements sur le Rhinodon typicus que le Musée de Paris seul possède; mais, d’après la ténuité encore plus remarquable de ses dents, on est naturellement amené à lui supposer, comme au Pèlerin, des habitudes pacifiques.

La voracité de la plupart des Squales les entraîne, presque sans discontinuité, à la poursuite de la proie. Les Raïes, moins terribles dans leurs attaques, recherchent, le plus souvent, leurs victimes au fond de la mer.

M. Rich. Hill, qui a publié (Ann. and Magaz. nat. hist., 2e série, 1851, t. VIT, p. 353 et suiv.) un travail intéressantsur différents points de l'histoire des Squales (Contribut. to the nat. hist. of the Shark), a insisté sur la manière dont ils poursuivent leur proie. Il a d’abord constaté, par l'abondance des jeunes individus ramenés dans les filets traînants nommés seines, que plusieurs Squales habitent d'ordinaire les fonds qu'ils parcourent sans cesse pour y trouver leur nourriture, la cherchant çà et là, comme le chien de chasse qui, le museau près du sol pour mieux flairer la trace du gibier, bat le terrain en tous sens. Aussi, l'habitude de nager en troupes sur les fonds, qui semble propre au Squale bouclé (Echinorhinus spinosus), à la Leiche (Scymnus lichia) et aux Roussettes, at-elle valu plus particulièrement à ces dernières des noms vulgaires empruntés, en quelque sorte, à la nomenclature des races canines. C'est ainsi que, aux dénominations de chiens tachetés, rudes, ete., sont venues s'ajouter, parmi les Anglais, celles de chins bassets et de chiens courants. Ce genre de vie, suivant l'observation de M. Hill, est plus particulièrement propre aux espèces ovipares. Les Roussettes déposent leurs œufs là où ils peuvent, en s'accrochant par les filaments terminaux des angles, recevoir la lumière et l’action bienfaisante du soleil. Par conséquent, hors le temps de la ponte, elles restent dans les profondeurs, n'ayant pas besoin, comme les Squales vivipares, de séjourner près de la surface de la mer pour y chercher la chaleur dont l’action paraît nécessaire au développement des jeunes animaux contenus dans les oviductes.

Les Squales offrent, dans leur mode de préhension des je ments, cette particularité qu'ils ne peuvent pas s’en emparer en continuant à nager sur le ventre. Tous les voyageurs qui les ont observés èn mer, les ont toujours vus se retourner au moment de l'attaque, la longue proéminence nasale n'apportant plus alors aucun obstacle au jeu des mâchoires.

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146 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.

On ne sait pas positivement s'il en est de même pour les Raies, mais on est en droit de le supposer, en raison de la conformité de structure. Quand on ouvre l’estomac d’une Raïe, on est surpris d'y trouver quelquefois des proies entières, d’une taille considérable, des poissons plais, entre autres, qui vivent comme elles dans les fonds. C’est ainsi que, dans une note à l'Histoire naturelle de l'Irlande, due à Thompson, le docteur Ball, cité par Yarrell (Hist. brit. fish., 8° édit., t. IT, p.563), parle d’une grande Plie que la poche stomacale d’une Raïe de 9n,198 contenait. Il est difficile de comprendre comment le passage d'une si grosse proie s'effectue à travers une cavité buccale relativement si petite. Sans doute, ces poissons ont été préalablement roulés sur eux-mêmes et transformés en une sorte de cylindre; mais les Raïes exerceraient-elles sur la victime quelque action capable de paralyser sa force de résistance ? Mon père, sans en donner une preuve positive, pensait que, peut-être, la matière rejetée par les pores cutanés, pouvait, par son contact, l’engourdir et la stupéfier (C. rendus Acad. des sciences, 1847, t. XXIV, p. 303) (1).

Les Torpilles déchargent-elles leur électricité contre les animaux dont elles veulent se nourrir, afin de pouvoir s’en emparer plus facilement? Il y a lieu de le supposer, mais on n’en a pas la certitude. Peut-être, pour ces poissons nus et, par conséquent, mal protégés, l'appareil électrique fournit-il seule ment un moyen de défense. Au reste, les armes défensives et offensives des autres Plagiostomes sont terribles. Aïnsi, les Pristides portent un long bec en forme de scie dentelée des deux côtés; les nageoires dorsales des Spinaciens et des Gestraciontes sont munies d’une forte épine, la queue des Pastenagues, des Myliobates, de certains Céphaloptères, a un où plusieurs dards longs et dentelés, et celle des Raiïes est plus ou moins hérissée de forts aiguillons (2). La queue des Squales enfin est redoutable à cause de sa puissance musculaire.

Les Aiguillats (Acanthias), par exemple, comme M. Couch le rapporte (Hist. fish. british islands, t. T, p. 51), savent adroitement frapper avec leurs aigwullons dorsaux, en exécutant des

(1) Opinion émise à l’occasion d’une lettre du professeur Matteucci (Id., p. 302), annonçant que l’organe de la queue des Raies, décrit par M. Robin comme organe électrique, ne produit aucun des phénomènes propres à caractériser les appareils qui dégagent de l'électricité.

(2) In supina parte rostri, alii sunt aculei acutiores, alii in os recurvi, ad capiendos vel retinendos pisces (Rondelet, R. oxyrh., De pisc., p. 347).

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