‹ Histoire naturelle des poissons, ou, Ichthyologie générale (volume 2)Chapitre 25 sur 216 · II. ABSORPTION · texte numérisé non relu

II. ABSORPTION

Après avoir passé en revue les différents actes dont la fonction de la digestion se compose, il me reste maintenant à indi-

quer comment les matériaux destinés à la nutrition pénètrent dans le torrent circulatoire où se jette également la un Une certaine portion des subsiances de du. réfractaire à l’action des forces digestives, vient, peu à peu, prendre HS dans la région postérieure à l'intestin valvulaire, et comparable au rectum, d’où elles sont rejetées au dehors, sous forme de fœces. Les éléments nutritifs, au contraire, ne sortent que par les vaisseaux veineux et chylifères pour aller se mélanger plus où moins rapidement avec le sang.

Les recherches expérimentales des physiologistes ont peu à peu agrandi le cercle de nos connaissances sur le pouvoir absorbant des vaisseaux, depuis l'époque où Aselli, en 1622, Rudbeck et Th. Bartholin, en 1651 et en 16592, oh les premières notions sur le système lymphatique, soit général, soit chylifère. On sait maintenant combien avaient été méconnues et la force d'absorption des veines et la part qu'elles prennent à la répartition, dans l'appareil vasculaire, des matériaux dont le jeu de la vie nécessite Le renouvellement continuel. Par cela même, le champ des études qui ont pour objet l'absorption, non-seulement dans toutes les parties de l’économie, mais dans le tube alimentaire, se trouve très-élargi. Je n'ai point à aborder une question de physiologie générale pour la solution de laquelle, d’ailleurs, les études sur les poissons n’ont été jusqu'ici que d’un faible secours. Elle a été traitée récemment, au reste, avec tous les détails que la science moderne comporte, par M. Milne Edwards, dans ses Lecons Phys. et Anat. comp. t. V, p. 1-245, et t. VIE. p. 161-

Dès 1653, Th. Bartholin signala la présence des vaisseaux lymphatiques chez un poisson dans une Dissertation (Vasa lymphat. nuper Hafnicæ in animantibus inventa et hepatis exsequiæ) réimprimée dans le volume in-12 où il renferma, en 1670, tous ses écrits sur le système lymphatique. On y lit, à la page 88: In orbe pisce idipsum visus sum mihi olim videre (lacteas venas). Cependant, il faut arriver jusqu’à l'année 1769 pour trouver des indications précises sur ce sujet. Gette année-là, Hewson (Philosoph. Trans. roy. Soc., Lond., t. LIX, p. 204) donna un mémoire (1) imtitulé : An account of the lymphat. syst. im fish. I fut précédé, à la vérité, dans la découverte

(1) Ce travail a été reproduit textuellement par Hewson, dans son livre: Experimental Inquiries in to the lymphat. syst. 1774, chap. VI, p. 83-99, imprimé l’année même de sa mort.

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de ces vaisseaux chez les poissons, par Monro, comme on doit l’admettre d’après les assertions de ce dernier (1), qui n'avait publié, avant l'impression du travail du jeune anatomiste anglais, aucun des faits observés par lui-même et exposés dans ses cours (2).

Parmi les préparations que Hewson présenta à l'appui du mémoire qu'il lut devant la Société royale, sé trouvait une pièce où les vaisseaux lactés de l'intestin d’une Raïe étaient injectés au mercure, et les artères, ainsi que les veines, à la cire rouge et à la cire verte. C’est chez ce Plagiostome d’abord et chez la Morue, après de difticiles et inutiles recherches sur le mésentère de différentes espèces fluviatiles et marines, qu'il parvint à découvrir les vaisseaux lactés et à les rendre apparents par le procédé anatomique dont Fohmann, plus tard, a obtenu les meilleurs résultats. Hewson a donné une description des chylifères et des lymphatiques superficiels des poissons, mais sans l'accompagner de figures. Monro, au contraire, sur les pl. TT, XVIII et XIX (Struct. and phys. fish.), a montré l'abondance de ces vaisseaux chez la Raie.

En 1827, Fohmann fournit des détails plus précis encore d’après l'étude de différents poissons, et particulièrement de la Torpille, seule espèce dont j'aie à m'occuper ici. La fig. 1 de sa pl. VIT (Das Saugadersyst. Wirbelthiere : Fische) montre la disposition des vaisseaux chylifères à la face interne de la portion valvulaire de l'intestin de la Torpille marbrée. On voit, quand le mercure a pénétré dans leur intérieur, combien ils sont remarquables par leur volume et leur nombre extraordinaire dans cette région du tube digestif dont ils recouvrent complètement toute la paroi interne, c'est-à-dire les portions comprises entre les valvules et les deux surfaces des valvules elles-mêmes, ainsi que le bord libre de ces replis où des vaisseaux beaucoup plus gros, renflés de distance en distance par des nodosités, forment une sorte de bourrelet.

(1) State of faits concerning the first proposal.…. …. and, Gn lympnatic vessels in ovip..anün. 1770. — Hewton a répondu à cette réclamation, dans un Apperdix relating tothe discovery ofthe lymphat. syst. in birds, fish., etc., imprimé p. 133-204 à la suite de son ouvrage ayant pour titre : An experiment. inquiry inlo the properties of the blood, 1771, in-12.

(2) Fohmann (Das Saugadersyst. Wirbelthiere, p. 18) a exposé les principaux détails de cette discussion de priorité, en insistant sur ce fait que

c'est Hewson qui a, le premier, par son mémoire de 1769, donné des indications très-précises sur le système absorbant des poissons,

HS TS

Outre ces lymphatiques, il y a, dans la même portion de l'intestin, des vaisseaux sanguins dont les troncs artériels et veineux suivent le contour de la spire et dont les ramifications revètent les replis valvulaires et les espaces qui les séparent. Une injection heureuse des artères et des veines est représentée par Fohmann (pl. VIF, fig. 2) sur un intestin où, dans le but de laisser voir leurs réseaux et Les branches dont ils dépendent, 1l a enlevé une parte des lymphatiques remplis par le mercure. Les recherches très-multipliées de cet habile anatomiste lui ont donné la preuve que, contrairement à ce qui se voit chez les animaux vertébrés supérieurs, il n'y a pas indépendance complète entre ces deux ordres de vaisseaux, puisque le mercure, avant que les lymphatiques fussent remplis par l'injection, passait de ceux-ci dans les veines. Il fait observer que cette pénétration n'est pas Le résultat d’une déchirure, car si, en pareil cas, les tissus viennent à se rompre, une extravasation se produit aussitôt, favorisée par le poids même du liquide qui, alors, ne pénètre pas dans les vaisseaux.

Les lymphatiques sortant du tube digestif forment des réseaux irès-serrés. Monro les a figurés sur ses pl. XVIII et XIX, mais Fohmann a fait des injections beaucoup plus riches et les a représentées sur sa pl. [, qui montre l'abdomen ouvert de la Torpille avec les organes qu'il renferme. On y voit les nombreux vaisseaux des grande et petite courbures de l'estomac et du réseau de l'intestin valvulaire. De chacun des deux lobes du foie, ainsi que de la vésicule biliaire, partent des Iymphatiques dont la réunion forme un faisceau avec lequel se confond celui qui provient des réseaux du tube digestif.

Ce faisceau complexe, puis un autre émané de la portion inférieure de l'intestin et de l'oviducte, constituent une masse de vaisseaux assez comparable au réservoir de Pecquet (Cisterna chyli) qui, située derrière l'œsophage, se divise en deux branches ouvertes l'une à droite, l’autre à gauche, dans le sinus des veines-caves où sinus de Cuvier, par plusieurs petits orifices munis de valvules disposées de façon à laisser libre le passage de la lymphe dans la veine, mais à empêcher son retour et, par conséquent, l'entrée du sang dans les lymphatiques. Gette disposition est très-nettement apte sur la pl. IT de Fohmann où le tube digestif, ses annexes et les oviductes sont enlevés et laissent voir ce mode de terminaison. Il n’y a, chez les Raies, qu'une seule ouverture également bordée de valvules ; Monro l’a montrée (pl. XIX, R).

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Les vaisseaux lactés offrent une particularité curieuse, notée par M. Leydig sur la Raie batis (Beitr. mikrosk., etc., Rochen und Haie, p. 68, $ 44) et déjà vue précédemment chez d’autres poissons, comme M. Stannius le rappelle (Handbuch Zoot.: Fische, 2% édit., p. 252, $ 108). Ils constituent une gaîne d’un blanc grisâtre à des vaisseaux qui, des grande et petite courbures de l'estomac, se portent vers le foie. Il à constaté aussi que de l’intérieur du lymphatique partent de petites brides fixées sur la tunique extérieure du vaisseau sanguin qu'il entoure, et, sans doute, destinées à maintenir ce dernier.

Le sinus des veines-caves est recouvert par un grand nombre de lymphatiques. Outre les vaisseaux que je viens de mentionner et qui ont été décrits avec soin par M. Ch. Robin, sous le nom de vaisseaux sous-péritonéaux (l'Institut, 1845, n° 590 et Rev. 2001., juin 1845, p. 295), il en reçoit d’autres destinés à apporter la lymphe des régions antérieures et celle des parties inférieures et latérales du tronc par des vaisseaux bien vus d’abord par Hewson sur la Morue (Experim. inquiries lymphat. syst., p. 86-89), mais dont M. Ch. Robin (Loc. cit., p. 228-232) a fait une étude spéciale sur les Raiïes et sur les Squales.

Ainsi, chez la Roussette (Scyllium canicula), l'Aïguilat et l'Emissole, et sur les Raïes bouclée et batis, il a constaté la présence de trois troncs qui reçoivent la lymphe et la versent dans le torrent de la circulation veineuse. Ils sont situés sur les parties latérales et médiane du corps.

1° Deux de ces troncs sont très-analogues à ceux que M. Hvyritl a décrits dans les poissons osseux et nommés vaisseaux latéraux (Ueber die caudal und Kopf-Sinuse der Fische, trad., in : Ann. sc. nat., % série, t. XX, p. 215-299, pl. 6 et 7). Ils sont en communication, à leur extrémité postérieure, avec la veine caudale au moyen d’un sinus dans lequel ils se rendentet qui verse son produit dans la veine, d’où le sang ne peut pas refluer à cause de la disposition des valvules. Ces vaisseaux, où sont reçus les lymphatiques des régions sous-cutanées supérieures et latérales et ceux des nageoires, se dirigent à leur extrémité antérieure vers le sinus de la veine-cave et viennent s’y ouvrir.

2 Un tronc médian:sous-aponévrotique inférieur est placé dans l’interstice des muscles de l'abdomen. Il reçoit les vaisseaux sous-Ccutanés et communique par son extrémité postérieure, au moyen d'une branche qui s’en détache de chaque côté, avec l'un et l’autre vaisseau latéral dont je viens de parler.

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