CIRCULATION CARDIAQUE
La circulation cardiaque est bien plus simple dans la classe des poissons que dans tous les autres animaux vertébrés, puisqu'il y a une seule oreillette et un seul ventricule correspondant aux cavités droites ou veineuses du cœur des mammifères et des oiseaux. Si nous passons d'abord en revue les actes successifs dont elle se compose, nous avons à suivre la marche du sang depuis le sinus cardiaque ou de Cuvier, jusqu'au tronc de l’artère branchiale.
Arrivé dans l'oreillette, le sang, dès qu'elle se contracte, ne trouve, chez la plupart des poissons, aucun obstacle à son retour partiel dans le sinus. Il n’en est pas de même chez les Plagiostomes, car au niveau de la communication de ces cavités, deux valvules situées l’une vis-à-vis de l’autre, occupant chacune l’un des bords de l’orifice de l'oreillette, en obstruent l'entrée quand le sang, soumis à la pression de la poche auriculaire, pendant sa systole, remplit la cavité de ces valvules et les distend. M. Parchappe, dans une Note anat.-physiol. sur la struct. du cœur de l’Esturg.et de la Raïe (C. rend. Ac. sc., 1848, t. XXVII, p. 26), a appelé l'attention sur le rôle actif que ces valvules semblent remplir pour s'opposer à la marche en retour du hquide. Il a signalé, en effet, la présence de quelques fibres musculaires longitudinales dans l'épaisseur des valvules et au niveau des commissures de la fente auriculaire, de sorte qu'elle se ferme à la manière d’une boutonnière dont les lèvres, dit-il, se raccourciraient en mème temps qu'une double force tirerait, en sens contraire, sur ses angles.
Plusieurs autres Poissons ont également des valvules au niveau de la communication du sinus avec l'oreillette. Cuvier les mentionne dans la Perche (Hist. Poiss., t. I, p. 511). Leur présence a été démontrée par Hunter sur la Baudroie et la Mole (Descr. and illustr. Catal. mus. roy. coll. Surg.; Physiolog. series, t. Il, p. 36 et 87, prep. 904 et 905). Elles se retrouvent aussi dans les Sturioniens.
L'oreillette, toujours moins musculaire que le ventricule, n’en diffère cependant pas autant que dans les poissons osseux. Chez les Plagiostomes, et particulièrement chez les Squales, surtout quand ils atteignent une grande taille, elle a des fibres charnues, souvent bien développées. Je trouve un exemple frappant de cette structure sur le cœur de deux Squales-nez. Cependant, ses parois étant toujours moins épaisses que celles du ventricule, la capacité en est plus considérable.
La seconde ouverture de l'oreillette, c'est-à-dire l’orifice au-
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riculo-ventriculaire, est pratiquée à la région supérieure et postérieure du ventricule, à gauche et un peu en arrière de l’origine du bulbe artériel. Cette ouverture a des valvules qui laissent complètement libre le passage du sang chassé par la cavité auriculaire, mais s'opposent à ce qu'il y rentre. Ce sont de petites poches semi-lunaires ouvertes du côté du ventricule. Tiedemann (Fischherz., p. 19) décrit, chez la Raïe ronce, une valvule triple ou plutôt, dit-il, unique, mais divisée en 3 portions, et la représente tab. I, fig. 4. Il y en a deux seulement dans la Raiïe bouclée, où elles sont placées l’une en face de l’autre et se rejoignent par leurs extrémités. C’est bien, au reste, ce qui est indiqué par l’anatomiste que je viens de citer (1d., p. 21). Cette même disposition est commune aux autres Plagiostomes, avec de légères modifications peu importantes à signaler.
Le ventricule, de même que chez tous les autres animaux vertébrés, offre, par suite de l’épaisseur de ses plans charnus, une cavité peu étendue proportionnellement au volume de l'organe. Rien, dans sa structure, comme Meckel l’a fait observer (Anat. comp., tr. fr., t. IX, p. 215), ne prête à la supposition inadmissible, même pour les poissons osseux, d’une sorte de division du ventricule en deux loges.
En raison du nombre de ses fibres musculaires, le cœur se contracte avec énergie, mais les mouvements de systole et de diastole du ventricule et de l'oreillette ne sont pas rapides. On ne parvient pas à les compter aussi facilement que sur les espèces à respiration aérienne. [l faut retirer les poissons du milieu dans lequel ils vivent, puis mettre l’organe à nu pour rendre visibles ses pulsations. Gependant leur régularité, longtemps persistante dans de semblables conditions, fournit la preuve qu'on peut, avec assez d’exactitude, comparer ce qui se passe alors au jeu normal et habituel. C’est ce que suppose avec raison M. de Tessan (Voy. aut. du monde de la Vénus, Physique, 1. V, p.157), qui a vu, pendant la navigation, le cœur d'un Requin, après son extraction et son isolement complet du corps de l'animal, battre encore pendant 2 heures 30 min. Scoresby (An account Arctic regions, t. 1, p. 840) dit que les battements du cœur d’un Scymnus borealis, détaché du tronc, persistèrent durant quelques heures. Des faits analogues sont cités dans l’histoire de la R. batis par M. J. Couch (Fish. brit. isl., t. T, p. 88). M. le docteur Guyon, dans une traversée d'Europe aux Antilles, a constaté que, pendant 24 heures, les