‹ Histoire naturelle des poissons, ou, Ichthyologie générale (volume 2)Chapitre 31 sur 216 · CIRCULATION CARDIAQUE · texte numérisé non relu

CIRCULATION CARDIAQUE

mouvements du cœur d’un Requin déposé sur un plat se continuaient en perdant, il est vrai, au bout d’un certain temps, leur régularité et leur force. Le même affaiblissement, remarquable par la lenteur avec laquelle il s’est produit, a été noté par M. de Tessan; mais durant les premiers instants qui ont suivi l’extrpation de l'organe hors de la cavité où il était renfermé, les contractions se succédaient à des intervalles de 9 6. En prenant pour moyenne des pulsatons cardiaques de l’homme par minute, le chiffre 72, on voit que le nombre de celles des Squales est presque six fois moindre, puisqu'il y en aurait seulement 11 ou 12 pendant le même espace de temps, et Scoresby (loc. cit.) n’en a pas compté au-delà de 6 ou 8. Ges chiffres, au reste, sont un peu faibles, si on les compare à ceux qui font partie d'un tableau sur la rapidité de la circulation chez différents animaux, dressé par M. Jos. Jones (Investigat. chem. and physiolog. american vertebr., 1856, p. 75). On y voit, en effet, pour la Carpe, 20 pulsations par minute, et comme moyenne, pour les poissons en général, 20-24. Sans mettre ici en regard les animaux vertébrés supérieurs, on peut remarquer combien ceux dont la température est variable, comme les Repüles et les Batraciens, ont la circulation plus active que les poissons. Ainsi, ce tableau donne pour la Tortue franche 11 pulsations par minute, et pour les Grenouilles environ 60.

La cavité contractile qui fait suite au ventricule est le bulbe artériel, qu'il ne convient pas de nommer, comme on le fait quelquefois, bulbe aortique, puisqu'il est l’origine du vaisseau destiné aux branchies et correspondant à l'artère pulmonaire.

Ce bulbe, chez les Plagiostomes, est volumineux. Il est eylindrique, de même que l'artère qui lui fait suite, mais s’en distingue, de la façon la plus nette, par sa structure musculaire. Les fibres charnues de ses parois sont séparées de celles du ventricule par une cloison aponévrotique circulaire. Pendant la systole du ventricule, il est dilaté par l’ondée de sang dont une partie pénètre dans l'artère; mais aussitôt que la diastole du ventricule succède à cette contraction, le bulbe, revenant sur lui-même, imprime un mouvement de propulsion au sang qu'il contient et vient ainsi en aide au cœur pour faciliter la marche du liquide à travers le système vasculaire des branchies. Cette alternance de la systole du ventricule et de celle du bulbe a été étudiée dans des vivisections sur l’Esturgeon, par M. G. Brûücke (Ueber den Bulbus arter., INT, Beitr. zur verleich.

190 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.

Anat. und Phys. Gef.-syst., in : Denkschr. k. akad. Wissensch. Wien, t. IL, 1852, p. 367, dernier ).

La membrane interne du bulbe est semblable à celle qui tapisse la paroi intérieure des artères. Contrairement à ce qu'on observe chez les poissons osseux, où ce tronc vasculaire, qui n’est point musculeux, ou l’est à peine, porte précisément au niveau de son origine deux valvules, il est, dans les Plagiostomes, parfaitement libre à son orifice cardiaque; mais à une petite distance de cet orifice, se trouvent des replis valvulaires toujours plus nombreux que chez les poissons osseux (1). Ils forment 2-5 rangs, suivant les genres, échelonnés et composés chacun de 3 valvules; c'est par exception seulement qu'il y en à 4 dans la rangée la plus voisine du cœur. J. Müller, dans une note sur les renflements contractiles où cœurs des systèmes artériels et veineux (Bemerk. über eigenthumliche Hersen.…..in Arch. anat. und phys., 1842, p. 471), et M. Rich. Owen (Lect. comp. Anat. fish., p. 257) ont indiqué le nombre des valvules de beaucoup d’espèces :

2 rangées : Galeus canis, Carcharias glaucus, Scyllium catulus (dans le bulbe aortique du Sc. canicula, je trouve, conformément aux Indications de Tiedemann in Anat. Fischhers., p. 22, tab. IT, fig. 10, 3 rangées). Il y en a deux chez les Chimères, dont le bulbe est nul ou à peine développé, comme l’a démontré Duvernoy (Ann. se. nat.,2* sér., t. VIIL, p. 38, pl. 3 A, fig. 2, c), et comme l’a également fait voir M. Valentin (Ueber centr. Nervensyst. Chim. monstr., im Müller’s Arch. anat. und phys., 1842, p. 49, tab. Il, fig. 6, D).

3 rangées : genres Zygæna, Mustelus, Acanthias, Alopias, Lamna, Rhinobatus, Torpedo.

4 rangées : Hexanchus, Heptanchus, Centrophorus, Trygon, la plupart des Raïes; cependant, chez la R. batis, il y en a une de plus et également chez la R. rubus (Tiedemann, Loc. cit., tab. I, fig. 5). à

(1) Je n’ai point à entrer ici dans la discussion relative à la convenance de grouper à côté des Esturgeons les Polyptères et les Lépisostées, comme constituant un groupe spécial sous le nom de Ganoïdes. Je dois cependant rappeler la multiplicité des valvules artérielles de ces poissons (27 en trois rangées transversales chez le Polyptère et 40 en cinq rangs chez le Lépisostée), considérée par J. Müller comme un caractère essentiel de la famille des Ganoïdes, telle qu'il l’envisage (Leber den Bau..…. Ganoiden...…, trad. fr. Ann. sc. nat. 3 série, t. IV, p. 14). Les Amies offrent la même particularité anatomique (Vogt, Sur la classif, des Poiss., Ann. sc. nat.; id., p. 60, pl. 9, fig. 2).

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