RESPIRATION. BRANCHIES TRANSITOIRES
présence constante et leur amplitude chez les premières, sont une preuve manifeste d’un rôle plus important que dans les autres, où quelquefois ils sont très-petits, ou bien font complètement défaut. :
Les Plagiostomes, de même que divers poissons osseux, peuvent, pendant un certain temps, continuer à vivre hors de l’eau, malgré l'interruption plus ou moins complète de la respiration. [ci, pas plus que chez les espèces de poissons ordinaires auxquelles je les compare, ne se trouvent les appareils supplémentaires des Pharyngiens labyrinthiformesnommés par mon père Hydrotamnies (sèpoc, aquæ, rausiov, cella, réservoir de l'eau, in : Ichth. analytique, p. 383), ni les appendices soit des Silures hétérobranches, soit de l'Heterotis. Ainsi, M. Cantor (Gat. Malay. fish., p. 1378) a vu une vigoureuse Roussette (Ginglymostoma concolor), prise à Pinang, vivre à l'air pendant deux heures. J'ai, moi-même, vu plus d’une fois sortir des bateaux de pêche, à Trouville, des Raïes et des Roussettes qui, retirées des filets depuis deux ou trois heures au moins, donnaient des signes de vie encore très-manifestes. Il est probable que l'humidité des branchies, ainsi que la force de persistance, non-seulement des mouvements du cœur, mais de l'irritabilité musculaire notées (p.58), contribuent à la durée de la manifestation de la vie chez ces poissons, particulièrement quand ils sont d’une grande taille.
À l'étude de la fonction de la respiration, se rattache celle des branchies transitoires. Les fœtus d’un certain nombre de Plagiostomes portent, au niveau des fentes branchiales, des appendices filiformes; chez quelques-uns même, les évents en sont également munis. Ces organes sont comparables à ceux qui se voient sur les régions latérales du cou des Batraciens. La vascularisation dont ils sont le siége ne laisse point de doute sur leur véritable nature et sur le rôle qu'ils sont destinés à remplir. On ne saurait, en effet, méconnaître dans ces petits appareils les caractères propres aux organes destinés à la respiration : ce sont des branchies transitoires, qui disparaissent assez promptement pour que les occasions de les examiner aient été, jusqu'à ce jour, assez rares.
La première indication de ces prolongements extérieurs se trouve sur la planche XIV* du grand ouvrage publié par Monro en 1785 (The struct. and physiol. of fishes, p. 88). H ya figuré un fœtus très-jeune de Raie dont la vésicule ombilicale offre encore un énorme développement.
916 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.
A la face inférieure du corps de l'animal, on voit des filaments déliés qu'il désigne comme « de nombreux vaisseaux pleins de sang rouge flottant dans la glaire ou albumen de l'œuf, » mais il n'a pas saisi leurs vraies relations avec les organes respiratoires, car il ajoute : « Ges vaisseaux tiennent lieu des branchies ; ils semblent ensuite être recouverts et transformés en branchies. » Diverses hypothèses avaient été successivement émises sur ces corps vasculaires. Un récit historique de tout ce qui se rattache à cette question, a été présenté par S. Leuckart (1), et complété par le docteur E. Cornalia (2).
Il serait inutile ici de reproduire ces détails bibliographiques, mais je ne puis passer sous silence l'erreur singulière que Bloch a commise, lorsque, dans son Syst. publié par Schneider, 1l a figuré pl. 81, et décrit p. 132, sous le nom de Squalus ciliaris, un fœtus de Plagiostome portant, de chaque côté du cou, une houppe filamenteuse (3).
C’est particulièrement S. Leuckart qui a bien fait connaître ces organes, et M. E. Cornalia a ajouté de nouvelles observations intéressantes à celles que l’on possédait déjà.
Tous les Plagiostomes ne sont pas munis, à l’état fœtal, de branchies transitoires. On en trouve chez des espèces ovipares et chez des ovovivipares sans placenta (vivipara acotyledona, J. Müll.), mais jusqu'à présent on n’en a point vu chez
celles que ce même anatomiste a nommées vivipara cotylophora (4).
(1) Untersuchungen über die aüsseren Kiemen der Embryonen von Ro- * chen und Hayen, Stuttgart, 1836, 5 pl.
. (2) Sulle branchie transit. dei feti Plagiost. (Giornale del! Inst. Lomb. di scienze, etc. t. IX. Fasc. 52, 1857, 3 pl.).
(3) La dorsale étant unique et l’anale allongée, ce fœtus appartenait peut-être à l’Hexanchus griseus; mais celui-ci a la dorsale plus reculée que ne le représente le dessin de Bloch.
(4) Un dessin des planches anatomiques de Carus (Tahulæ anat. comparat. illustrantes, pars IT, tab. VI, fig. 9) qui représente comme appartenant à l’espèce dite Centrina Salviani, l'Humantin, un fœtus muni de filaments branchiaux et dont la vésicule ombilicale porte une sorte de placenta, semblerait faire supposer que ces organes respiratoires externes peuvent se trouver chez des embryons de Squales cotylophores. Selon la remarque de F. J.C. Mayer (Analecten für vergleichende Anat., 1835, p. 21), approuvée par J. Müller (Uber den glatten Hai des Aristoteles, 1842, p. 52), le flocon représenté sur le dessin, et qui pourrait bien être pris pour un cotylédon placentaire appartenant au sac vitellin, n’est autre chose qu'une portion de l’oviducte. D'ailleurs, Müller, par suite de l'examen auquel il a Soumis plusieurs fœtus provenant de l’utérus même qui contenait celui dont Carus a donné la figure, s’est assuré que ce dernier était un Spinax