TEMPÉRATURE ANIMALE
Comme complément des détails que je viens de donner sur la circulation et sur la respiration des Plagiostomes, je dois mentionner ici quelques observations relatives à leur température propre. Le fait le plus saillant qui ait été constaté par les physiologistes lorsqu'ils ont soumis des poissons à des mesures thermométriques, est celui dont on doit la connaissance à M. J. Davy. Cet habile naturaliste a trouvé au milieu des muscles du Scombéroïde nommé Bonite ({Thynnus pelamys, et mieux, Pel. sarda) 99F.(37°,2 C.), celle du milieu étant seulement de 80°,5F. (26°,7 C.), c'est-à-dire le remarquable excès de température de 10°,5 GC. (On the temperat. some fish. genus Thynnus, in : Edinburgh new philosoph. Journal, 1835, t. XIX, p. 325, et extr.. Ann. sc. nat., 2° série, t. IT, p. 380) (1). Aussi, en a-t-il conclu que la Bonite rentre presque, comme plusieurs autres poissons à chair rouge de la même famille, dans le groupe des animaux dits à sang chaud. Il attribue cette particularité au grand développement de l'appareil nerveux des organes respiratoires, ainsi qu'au volume du cœur et à l’abondance du sang. Je m'abstiendrai d'examiner cette explication, car ce serait aborder la théorie même de la production de la chaleur des animaux qui, au reste, dépend de l’activité de la circulation et de la respiration. Après les Pélamides et les Brochets, qui sont doués aussi d’une grande énergie vitale, il faut
(1) M. Davy n’a pas pu mesurer la température d’autres Scombéroïdes, par suite de la difficulté d’avoir les animaux vivants et en bon état; mais il cite les indications fournies par des pêcheurs de Thons de la Méditerranée. Ces hommes, auxquels leur longue pratique donne une grande expérience, ont presque comparé la sensation de chaleur que produit le maniement des viscères de ces poissons, quand on les leur enlève immédiatement après la sortie du filet, à l'impression résultant du contact, sur les mains, du sang qui, au moment où l’on tue un porc, s'écoule des vaisseaux de la région cervicale. Néanmoins, ces appréciations peuvent être un peu exagérées. Une observation de M. Collie, d’ailleurs, n’est pas toutà-fait conforme à celle de M. Davy. En effet, dans l'introduction qui précède la description donnée par MM. G. T. Lay et E. T. Bennett, des poissons recueillis durant le Voyage of captain Beechey, on trouve (p. 45) les renseignements suivants sur la température d’une Bonite (Scomber pelumys, Linn.). Dans le ventricule cardiaque et au milieu des viscères, il y avait 300 C. (860 F), et dans une incision des muscles du dos 300,5 et 310.1 (87v et 880 F), la température moyenne de la surface de l’eau étant de 970,7 (82 E); la chaleur propre de ce poisson n’était donc supérieure à celle du milieu ambiant que de 3 à 49.
299 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.
citer les Squales comme ayant une température propre qui dépasse celle de l’eau. Ainsi, M. J. Davy a noté chez un Requin 10,380. M. de Tessan (Voy. aut. du monde sur la frég. la Vénus : Physique, t. V, p. 157) dit que le cœur d’un Requin marquait ® de plus que la surface de la mer (1). Deux autres observations faites le même jour durant le voyage, l’eau ayant 27°,8, ont montré que le cœur d'un Requin mâle était à 29, et celui d’une femelle à 31, offrant ainsi une différence de 1°,2 et de 3°,2.
Eydoux et Souleyet ont également trouvé un petit excès de température chez des Requins, comparativement à l’eau d’où ils étaient tirés (2).