VI. REPRODUCTION
Les Plagiostomes se distinguent de presque tous les poissons par l’accomplissement préliminaire d’un acte où l’on voit entrer en jeu des organes qui leur sont exclusivement propres, c’est-à-dire par le rapprochement des sexes permettant la pénétration de la liqueur séminale dans l'intérieur des organes de . la femelle. En outre, et comme conséquence de la fécondation intérieure, on peut suivre, chezles espèces ovipares, les phases successives du développement des œufs jusqu'au moment de leur expulsion au dehors, chez les ovovivipares, on voit s’accomplir les modifications que les jeunes animaux subissent à l'intérieur des oviductes. Enfin, quand des connexions plus intimes encore s’établissent entre les fœtus et les organes où ils sont contenus, comme chez l’Emissole lisse (Mustelus lævis), par exemple, l'observateur devient témoin de phénomènes jusqu'à un certain point comparables à ceux qui constituent l’un des caractères de la véritable viviparité.
Ici, comme dans le reste de la série animale, l’énergie de la fonction, ou son ralentissement et même son interruption dépendent des changements que les saisons amènent et dont le principal constitue l’état de rut, c’est-à-dire qu'il y a une époque déterminée de l’année pour le rapprochement des sexes. Elle est la seule où la fécondation soit possible, en raison des conditions particulières dans lesquelles se trouvent alors les organes génitaux. La turgescence et la vascularité plus abondante de ces organes d’où résultent, d’une part, la formation des ovules, de l’autre, la sécrétion du fluide séminal et l'apparition des spermatozoïdes, sont les indices certains de l'aptitude des animaux à propager leur race.
C’est uniquement à une certaine époque de la vie que ces modifications s’opèrent. L’ignorance où l’on est, sur la durée de l'existence des Plagiostomes et sur le temps qui leur est nécessaire pour arriver à l'état adulte, ne permet pas de déterminer d’une façon précise, comme on peut le faire pour certains poissons d’eau douce bien étudiés sous ce rapport, l'âge où ils deviennent capables de se reproduire.
Quant à l’époque de l’année où les Squales et les Raies cherchent à s’accoupler, elle est inconnue pour le plus grand nombre. On sait, il est vrai, à quel moment les jeunes ani-
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maux, chez certaines espèces, sont expulsés des oviductes ou sortent des œufs pondus par les ovipares, et je donne plus loin un relevé des indications que l’on possède à cet égard, mais elles n'amènent cependant pas à la connaissance précise de la saison des amours, car on ignore la durée du développement soit dans les oviductes, soit dans les œufs depuis leur fécondation jusqu'à la ponte, et depuis la ponte jusqu'à l'éclosion. On ne peut donc pas, faute de ces éléments indispensables d’un calcul même approximatif, arriver, dans la recherche dont il s’agit, à des résultats comparables à ceux que fournit l'observation des animaux terrestres.
Il ne faut pas perdre de vue, d'ailleurs, les modifications que peut apporter, relativement à l'époque de l'union des sexes, la différence des latitudes sous lesquelles vit une même espèce. Ainsi, l'Acanthias qui se pêche dans les mers du Nord et dans la Méditerranée, ne doit pas frayer à la même époque dans des eaux si différentes.
Les organes reproducteurs internes du mâle se composent de deux portions non indépendantes, mais distinctes, le testicule et l'épididyme qui se continue sous forme de canal déférent.
Ils sont situés à la région supérieure de la cavité abdominale au-devant et au-dessous des reins et très-rapprochés de la colonne vertébrale.
Leur forme assez irrégulière est analogue à celle d’un haricot, à bord convexe tourné en dehors, mais leur longueur est un peu plus considérable chez les Squales que chez les Raiïes où ils offrent un aplatissement qui est moins prononcé dans les Squales.
Leur volume est variable suivant l’âge des individus examinés et suivant les saisons, car à l’époque du rut survient un accroissement de ces organes et ils subissent dans leur aspect un changement très-notable : dans leur trame blanchàtre et un peu molle, que MM. Vogt et Pappenheim (Anat. comp. org. générat. : Ann. sc. nat., 4° série, t. XII, p. 101) nomment substance crayeuse, et qui est presque exclusivement composée de fibres constituantes entre lesquelles se trouvent des granulations opaques, on voit apparaître des vésicules ou des corpuscules transparents. Logées au milieu de la trame celluleuse et vasculaire, ces vésicules sont les renflements en ampoules ou en forme de cerises des conduits séminifères qui leur servent de pédoncules, comme on le voit sur la figure 4 de la
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pl: HT du travail de M. Bruch (Etudes appar. générat. Sélaciens, 1860).
Le contenu des ampoules terminales des canalicules séminifères, c'est-à-dire les spermatozoïdes et les granulations provenant de la destruction des cellules, ainsi que le liquide séminal dans lequel les uns et les autres flottent, sortent des ampoules par les canalicules pour se rendre dans le conduit déférent. Or, ici, se présente, dans la recherche de ces petits tubes, une très-grande difficulté sur laquelle MM. Vogt et Pappenheim (loc. cit., p. 107), et M. Bruch (Loc. cit., p. 30) ont insisté avec raison. On voit, en général, sur chacune des ampoules, quand elles ne sont pas trop distendues ni trop serrées les unes contre les autres, la portion du tube qui y est immédiatement adhérente; mais après un très-court trajet, ces conduits, perdus en quelque sorte dans la gangue ou parenchyme, cessent d’être visibles.
C'est à l'extrémité antérieure du testicule, vers son bord interne, et non, comme le dit Lallemand (Obs. développ. x00sp. de la Raiïe : Ann. sc.nat., 2 série, t. XV, p. 258, pl. 10, fig. 1), à l'extrémité opposée, qu'il faut chercher l’origine de l’épididyme, où vient se verser tout le produit de la sécrétion. Quand on examine pendant la saison favorable, on trouve quelques racines de cetorgane dans la région que j'indique, et M. Bruch en a donné une figure d’après la Squatine (pl. 1, fig. 1 b, D’).
Il à aussi montré, sur divers Plagiostomes, les différences que présente dans ses rapports avec la glande, la portion tout-à-fait antérieure du conduit nommée téte de l’épididyme. Aïnsi, chez la Raie miralet, pl. I, fig. 4, et chez le Pristiure mélanostome, pl. I, fig. 2, elle est volumineuse et dépasse notablement, en avant, l'extrémité antérieure du testicule, tandis qu’elle est beaucoup moins grosse et ne se voit qu'à une petite distance en arrière de cette extrémité, dans la Squatine (pl. TI, fig. 1).
Le canal déférent et l'épididyme ne constituent, en réalité, qu'un seul et même organe. MM. Vogt et Pappenheïm (loc. cit, p. 108-110, pl. 2, fig. 6 et T) ont constaté le mode de formation de ce dernier par l'étude microscopique de testicules de jeunes Raies, où ils ont vu le conduit excréteur qui sort de l'extrémité antérieure de la glande spermagène et devient un véritable canal déférent, se porter jusqu'au cloaque, en décrivant des flexuosités plus ou moins nombreuses. Il cesse d’être simple canal déférent et prend l'apparence d'épididyme uni-
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quement parce que, sur ses parties latérales, se développent des houppes de petits canaux « qui sont évidemment, disent-ils, des boyaux terminés en cœcum et entortillés ensemble de manière à former toute une masse plus ou moins régulière, adhérente par une tige au canal déférent sinueux. » Les grappes, comme ils nomment les petits pelotons dont il s'agit, situées avec symétrie les unes vis-à-vis des autres à la région antérieure du testicule, en laissant entre elles de courts espaces où le canal déférent n’a point de ces expansions latérales, ne se voient plus que sur l’un des côtés du canal, à partir du commencement des reins, à la face inférieure desquels les canaux déférents sont accolés.
Il n'y a pas de véritables vwésicules séminales, mais ces çanaux, à leur extrémité postérieure, présentent chacun un renflement où la liqueur fécondante s’accumule. Variables dans leur aspect et dans leur diamètre suivant leur plus ou moins de plénitude, les renflements sont tantôt rectilignes, comme chez la Squatine, tantôt, au contraire, flexueux. Gette dernière disposition est commune chez les Raïes, et M. Bruch l’a montrée sur la R. miralet (pl. I, fig. 1). Il a représenté l’autre forme sur les deux Squatines de nos mers, d’abord pl. F, fig. 4 et 2, où l’on voit les plis transverses de la face interne de cette sorte de vésicule qui porte également des plis longitudinaux destinés, par leur effacement, à en permettre la dilatation, puis, pl. I, fig. 1. Rien n'autorise à supposer qu'une sécrétion particulière ait lieu dans ce point, mais les spermatozoïdes y deviennent plus libres. Leur isolement, beaucoup plus complet que dans tout le reste du canal déférent, doit avoir pour but de faciliter l’action fécondante du sperme qui, ainsi accumulé à l'extrémité terminale du conduit déférent, peut être lancé en plus grande quantité pendant le rapprochement des sexes.
Chaque conduit s'ouvre par une papille à la paroi postérieure du cloaque sans jamais se confondre avec celui du côté opposé. Les deux orifices distincts sont représentés sur la pl. I, fig. 2, de M. Bruch, où l'on voit aussi le petit organe médian qui reçoit par deux demi-canaux ou gouttières, le liquide des canaux déférents à mesure que les papilles le laissent échapper. Cette sorte de petite verge n'offre aucun des caractères des organes érectiles ; elle s'ouvre au milieu d’un enfoncement du cloaque. MM. Vogt et Pappenheim l'ont dessinée avec l'extrémité terminale des deux conduits déférents (loc. cit., pl. 2, fig. 8).
Le sperme est sécrété sous forme de liquide blanc, un peu épais, contenant, comme la liqueur fécondante de tous les ani-