REPRODUCTION. APPENDICES GÉNITAUX
doute pendant l’accouplement, lorsque le mâle retient fixée contre lui la femelle.
Si nous étudions maintenant la séructure des appendices, nous voyons que leur charpente consiste en un certain nombre de cartilages fortement chargés de matières calcaires, presque aussi solides et résistants que les os, et qui, souvent, portent, à leur bord ou à leur extrémité, des aiguillons très-acérés, comme on le voit chez le Spinax niger (Arras, pl. 4, fig. 13).
Des surfaces articulaires permettent une certaine mobilité des pièces les unes sur les autres, et leur union mutuelle est fortifiée par des expansions fibreuses et par les muscles qui s'y insèrent.
C'est à l’état sec, lorsque toutes les parties molles ont été enlevées, qu’on peut bien saisir les détails de leur composition, sur lesquels, au reste, il ne me semble pas nécessaire d'insisier longuement.
Leur. première pièce cartilagineuse est courte; elle s'articule, d’une part, avec l'extrémité postérieure du tarse, et, de l’autre, avec le bout antérieur du grand cartilage de l’appendice; à cause de ses rapports de contiguité, elle a reçu de Cuvier et Duvernoy, le nom d’astragale. Is désignent comme calcaneum un autre cartilage qui longe le précédent; il est tranchant à son bord inférieur et offre, en arrière, une surface articulaire pour l'extrémité du grand cartilage, dit, dans la même nomenclature, métatarsien, et qui forme, à lui seul, environ les deux tiers de la longueur de l’appendice. Il se compose, comme Duvernoy l'indique (Cuv., Lec. Anat. comp., 2 édit., t. VIIT, p. 306), de trois pièces plus ou moins distinctes.
Au-delà du métatarsien, sont situés les cartilages postérieurs. lei, il y a complication. L'un d’eux, qui est, en quelque sorte, la continuation du bord interne du métatarsien, se prolonge jusqu’au bout de l’appendice. On peut, avec Duvernoy, le nommer cartilage phalangien. Sur le point où le métatarsien se termine, la gouttière que forment les cartilages et à laquelle correspond le sillon extérieur, change de direction. Ce dernier se porte de dedans en dehors. Là, précisément, 1l est recouvert par un grand cartilage, en forme de quadrilatère, échancré en demi-lune à son bord antérieur dont le bord interne s’enroule autour du métatarsien, et l'externe est souvent armé de pointes ou d’aiguillons. MM. Vogt et Pappenheiïm (loc. cit., p. 114, pl. 3, fig. 6-8) ont donné, de toutes les pièces de l’appendice, une description plus complète que ne l'avaient fait les autres
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anatomistes, mais elle manque un peu de clarté, et Les figures n’en facilitent guère l'intelligence, parce que ae nl sans signes de renvoi est trop sommaire. Il ne faut pas perdre de vue, d’ailleurs, qu'il y a des différences suivant le groupe auquel appartient le poisson qui sert à l'étude ou suivant l'espèce.
Les mouvements de ces organes sont assez étendus. [ls sont nécessaires, d'abord, pour faciliter l’accouplement, mais aussi parce que; continuant les nageoires, ils servent sans doute comme instruments de natation. Les muscles qui les meuvent sont de deux sortes : les uns, extrinsèques, sont l’abaisseur et le releveur de la ventrale, qui ne peuvent pas agir sans exercer sur eux, en même temps, leur action; les autres sont des muscles intrinsèques. Il y a un adducteur qui, partant de la pièce cartilagineuse de la nageoire que l'on peut comparer au fémur, comme je l'ai précédemment indiqué (p.31), se porte sur le calcanéum et ramène ainsi l’appendice vers la ligne médiane. L’abducteur ou extenseur, plus puissant, s'insère sur presque toute la longueur de l'organe en dehors et en arrière.
Les organes génitaux des femelles, c'est-à-dire les ovaires et les oviductes, offrent, chez les Plagiostomes et chez les Chimères, ainsi que chez les Esturgeons, une différence importante, quand on lescompare à ceux des autres poissons. Au lieu d’être confondus et de former, de chaque côté, un organe unique en apparence, ils sont distincts. C’est là un rapport remarquable entre ces poissons et les animaux vertébrés supérieurs.
Les ovaires, comme les testicules, augmentent beaucoup de volume lorsque les œufs se développent et arrivent successivement à maturité. Et même, quand les femelles n’ont pas encore atteint l'époque de la vie où ils entrent en fonction ou bien durant le temps de repos qui, chaque année, précède la saison des amours et suit la ponte chez les ovipares, et l’évolution fœtale chez les autres, les ovaires offrent la plus frappante similitude avec les testicules. Tout ce que j'ai dit plus haut de la situation, de la forme, de la structure et du volume de ces derniers organes, tels qu'ils se présentent avant la sécrétion du sperme, ou après qu'elle est achevée, peut s'appliquer aux ovaires. Les fig. 1 et 2, pl. 3 (Vogt et Pappenheim, Loc. cit.) qui montrent les appareils générateurs dans les deux sexes, donnent une très-bonne représentation de leur ressemblance.
Quand le travail de sécrétion s'opère, les différences d’abord
à peine sensibles deviennent bientôt très-manifesies. Les espaces transparents qui se voient dans le parenchyme de la glande ou stroma, et qui sont les vésicules de Graaf entourées de vaisseaux, sont alors comparables aux corpuscules ou ampoules testiculaires, mais leur aspect devient fort dissemblable dès que les ovules se développent. On peut utilement comparer, à cet égard, la fig. 4 de la pl. V donnée par M. Bruch (loc. cit.) à celle (fig. 4, pl. IT où il a représenté les ampoules ou vésicules terminales des tubes sémimifères.
Les œufs se montrent en assez grand nombre. Chez quelques espèces, ils manquent dans un des ovaires, spécialement dans celui du côté gauche, et J. Müller a reconnu que le défaut de parité des deux glandes est caractéristique des Plagiostomes vivipares. Les ovules n’acquièrent pas tous un volume semblable et même, un certain nombre ne recevant pas l’action vivitiante du sperme, reste à l'état microscopique sans subir l’évolution caractéristique des œufs fécondés. Ceux qui, au contraire, ont été soumis à son influence, grossissent et prennent la teinte jaune propre au vitellus. L’accroissement n’est pas uniforme, etles ovules, plus ou moins serrés les uns contre les autres, sont réunis en une grappe très-analogue à celle de l'ovaire des oiseaux, et en particulier des Gallinacés. Cette grappe contenant des ovules de grosseurs différentes est représentée chez la Raie par Monro (Séruct. and phys. fish., tab. XVIIT), et par Tilesius (Ucber die sogenannten Seemäuse, pl. IT et IT). Sur cette pl. IT et sur celle de l’anatomiste écossais, on voit, en outre, à la partie inférieure de l’oviducte, un œuf revêtu de son enveloppe cornée.
Dans les ovaires d'un Acanthias vulgaris, je trouve des œufs
avecun diamètre longitudinal de 0.045 et de 0”.048, le transversal étant de 0".098 et0".033. M. Bruch (loc. cit., pl. VIT, fig. 1) a montré, chez un Rhinobate halavi, des grappes où les œufs les plus considérables ont 0".095 de diamètre. Dans l'ovaire unique d’une Emissole (Mustelus lœvis) (id., pl. V, fig. 1), les œufs sont beaucoup plus petits et plus nombreux, et, par suite du développement qu'ils prennent dans lesovaires, 1ls n'y sont amais contenus en aussi grande quantité que chez les poissons ]osseux.
Les conduits excréteurs des ovaires ou oviductes sont au nombre de deux; mais chez les espèces qui font des petits vivants et où, quelquefois, un seul ovaire est en activité à l’époque de la reproduction, on voit également un seul oviducte en-
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trer en fonctions. L'autre, dans ce cas, subit presque toujours le même arrêt de développement que la glande à laquelle il appartient.
Ils présentent à considérer : 1° une portion étendue depuis leur origine jusqu'à la région antérieure des reins; 2° la glande située à l'extrémité de cette première portion et destinée à sécréter la matière de l'enveloppe cornée de l'œuf; 3° la portion du conduit comprise entre la glande et l’orifice terminal.
4°. La portion antérieure où pavillon est, comme chez les animaux vertébrés supérieurs, indépendante de l'ovaire. Il y a là, d'ailleurs, une disposition remarquable consistant en ce que ces organes sont réunis à leur origine dans la région antérieure etsupérieure de l'abdomen. Ils offrent, par conséquent, une seule ouverture pour la pénétration des œufs à leur intérieur. Ce pavillon unique est figuré d’après la Raiïe, par Tilesius (Ueber sogen. Seemäuse, pl. Il), par M. J. Davy (Phulos. Trans., 1834, pl. XXIV) d’après la Torp. oculata, et (Trans. roy. Soc. Edinb., 1861, pl. XXII, fig. 6 et 11) d’après l'Acanthias etle Sc. canicula; sur la figure 2, pl. 3, p (Vogt et Pappenheim, Loc. cit.), et dans le Mémoire de M. Bruch en psur Les figures 1 des planches IV (Myliobatis aquila) et V (Mustelus vulgaris), puis fig. 8 de cette même planche V (Pteroplatea altavela).
Sur la figure 1, pl. V, on voit le ligament péritonéal suspenseur derrière le foie, et attaché en avant sur la face postérieure de la cloison diaphragmatique. Il résulte de leur fixité, commé M. Bruch le fait observer, que les oviductes ne peuvent pas venir se porter au devant de l'ovaire pour l’embrasser et recevoir les œufs à mesure qu'ils se détachent de la glande. MM. Vogt et Pappenheïm (loc. cit., p.118) émettent la supposition, qui semble juste, que les parties au milieu desquelles se trouve l’orifice des oviductes, c'est-à-dire. d’un côté, le foie et l'intestin avec son mésentère, et, de l’autre, l'ovaire, forment une sorte d’entonnoir convenablement disposé pour conduire les œufs vers l'ouverture qui en occupe Le fond.
2° La glande nidamenteuse, qu'on ne peut bien étudier que pendant sa période d'activité, est l’analogue de celle qui, chez les oiseaux, revêt les œufs de leur coque protectrice. Elle est enveloppée par les parois de l’oviducte et formée de zones de fibres dont la direction change dans chacune de ces zones. Sa forme est un peu variable suivant les espèces. Elle est représentée dans Le sens d’une coupe longitudinale par MM. Vogt et Pappenheim chez la Raïe (loc. cit., pl. 3, fig. 3, et avec les
à Por
détails de sa structure, pl. 3, fig. 4 et 5), puis, par M. Bruch (loc. cit., pl. V, fig. 1, 9, et pl. VIT, fig. 1,9, où le diamètre transversal l'emporte sur le diamètre longitudinal). Les figures 4-8 de la pl. IX donnent les détails microscopiques des petits tubes dont cette glande se compose et qui, s'ouvrant à sa face interne, y versent leur produit. C’est également par elle qu'est sécrété l’étui corné, d'aspect velu, de l'œuf de la Chimère. Le développement de cet organe glandulaire, comme on le comprend, est presque nul chez les espèces vivipares, puisque les œufs n'étant point expulsés au dehors ne se revêtent pas d’un test ferme et résistant.
3° La portion terminale de l’oviducte qui, chez les ovipares, est un simple canal pour le passage et la sortie des œufs, joue un rôle plus important chez les autres. Elle y devient, en effet, un organe de gestation, et les fœtus y parcourent les diverses pliases de leur développement. Elle acquiert alors des dimensions en rapport avec le nombre plus ou moins considérable des jeunes animaux qui y sont renfermés. Enfin, elle prend, jusqu’à un certain point, les caractères d’un uterus par l’épaississement musculeux de ses parois, par sa vascularisation plus abondante, qui donne un aspect tout particulier aux innombrables villosités de la face interne entre lesquelles s’interposent les prolongements vasculaires de la membrane vitelline des fœtus. De leur enchevètrement résulte une sorte de placenta double, fœtal et utérin, décrit par J. Müller (Ueber den glatten Hai Arist., $ X, p. 39-43), et représenté sur les trois fig. de sa pl. IV. Quant aux villosités de l’uterus, elles ont été de nouveau et plus particulièrement étudiées encore par M. Bruch (loc. cit., p. 51-61) et dessinées sur les figures 1-3 de sa pl. IX.
Les deux sacs Heubdtetiié se rapprochent l’un de l’autre, vers leur région terminale, mais restent séparés, comme l'indique un sillon longitudinal, correspondant à une cloison intérieure étendue de haut en bas dans le sens de la longueur entre ces deux poches utérines, qui viennent s'ouvrir dans le cloaque au-dessus du rectum. Leurs orifices sont plus ou moins voisins, et la pl. XIII de Monro (Structure and phys. fish.) représente entre eux, sur la Raie, un assez grand intervalle. Un semblable éloignement se voit chez la Pteroplatea altavela (Bruch, Loc. cit., pl. VI, fig. 2); chez d’autres, au contraire, la distance est presque Hülle, de sorte qu'ils semblent être confondus en une ouverture unique.
Pour compléter et résumer, en quelque sorte, la description que je viens de donner des organes génitaux mâles et femelles des Plagiostomes, et dans laquelle j'ai omis, à dessein, bien des détails qui m'auraient entraîné trop loin, il me semble utile de reproduire un passage du mémoire de MM. Vogt et Pappenheim qui contient les détails anatomiques les plus essentiels. « Les Plagiostomes, disent-ils, p. 125, se placent tout-à-fait hors ligne, et constituent un type tellement particulier qu'il est impossible de le confondre avec les autres Poissons. Tout y est différent : les testicules formés par des grappes réunies de tubes séminifères qui se terminent en ampoules colossales, ne trouvent point leur analogue dans tout le règne animal; un épididyme largement développé n'existe pas dans les Poissons osseux ; il se trouve dans les Plagiostomes. Le canal déférent, enfin, va s'ouvrir, non pas dans une papille indépendante derrière l'anus, mais bien dans un organe analogue à un rudiment de pénis, qui se trouve attaché à la paroi postérieure du cloaque. Les organes femelles ne sont pas moins différents; les ovaires présentent une structure vésiculeuse analogue à celle des testicules. »
À ces caractères remarquables, il faut non-seulement joindre ceux que fournit la présence des appendices géntrateurs des mâles, mais tenir compte de la série des phénomènes physiologiques du développement des œufs chez les ovipares et chez ceux qui font des petits vivants.
Les Plagiostomes, contrairement à la »lupart des autres poissons, ne fécondent jamais leurs œufs au dehors; toujours ily a accouplement et fécondation intérieure.
On a souvent supposé que les appendices génitaux des mâles sont des organes destinés à une véritable intromission, comme le double pénis de certains animaux. On s'est autorisé, pour défendre cette manière de voir, de l’assertion d’Aristote qui a dit (Hist. des anim., Liv. V, chap. V, trad. Camus, t. I, p- 243) : « On prétend avoir vu des Sélaques liés l’un à l’autre par derrière, comme les chiens. » Rien, cependant, ne prouve qu'il en soit ainsi. Il est difficile de comprendre comment la pénétration d'organes si disproportionnés avec la cavité qui devrait les recevoir, pourrait s'effectuer.
Je ne m'arrêterais pas à examiner cette supposition contre laquelle Cuvier s’est prononcé (Histoire natur. Poissons, t. [, p. 536), si M. J. Davy n'était revenu en 1839 (Trans. roy. Soc. Edinburgh, p. 148) et dans un Mémoire publié en 1861,
d'après des notes antérieurement recueillies par lui (Fragmentary notes on the generative orguns of some cartilaginous Fishes, t. XXII, part. III, p. 500), sur l’ancienne opimion relative au rôle des appendices et que Blamville a soutenue dans son Mém. sur le Sq. pèlerin (Ann. Mus., 1811, t. XVIII, p. 196). M. Agassiz la défend aussi, et dit qu'ils peuvent recevoir le sperme (Proceed. Bost. Soc. nat. hist., t. VIE, p. 377, 1858).
Dans le rapprochement des sexes, les deux animaux s’appliquent l’un contre l’autre ventre à ventre, de manière à ce que les deux cloaques soient en contact. Les appendices du mâle, en raison de la mobilité de leur articulation avec les cartilages de la nageoire, se portent en dedans, s'appliquent sur la base de la queue de la femelle et la maintiennent avec force par suite de l’énergique contraction de leurs adducteurs et des abaisseurs des ventrales. [l y a alors une turgescence particulière de ces organes, dont les vaisseaux forment, vers l'extrémité libre, une sorte de tissu érectile (Ch. Robin, Soc. biol. : Gaz. méd., 1849, p. 571). Leurs muscles même deviennent plus volumineux durant la saison des amours, comme Ev. Home le fait observer dans un mémoire : On the mode of breeding of OVOvIVIp. Sharks, in Philos. Trans., 1810, part. Il, p. 206; et sur la pl. X, il montre la position et l'aspect que prennent ces organes en action, qui sont alors lubrifiés par le liquide de la glande copulatrice, analogue, pour ses usages, à la prostate et aux glandes de Cowper. On ignore la durée de la réunion des sexes et l’on ne sait pas si un seul accouplement suffit ou s'il doit être renouvelé.
Le petit pénis médian devient lui-même turgide (Home, loc. eit., pl. X). Le sperme est alors, en quelque sorte, lancé dans le cloaque de la femelle, dont le clitoris, si l’on peut donner ce nom au corps analogue à la verge {id., pl XI, !), prend luimême plus de volume. Les ouvertures qui se voient à sa base, et sont les orifices des oviduetes, reçoivent la liqueur fécondante. Sa pénétration est facilitée, comme chez les autres animaux, par les mouvements des spermatozoïdes et par l'agitation des cils de l’épithélium vibratile. Les ovules qu’elle touche subissent l'influence mystérieuse sans laquelle la fécondation serait impossible. Ceux qui doivent donner un nouvel être parcourent les phases de développement consécutives à ce contact vivifiant. Si l’on passe rapidement en revue les phénomènes d'évolution, on voit qu'ils consistent en une série de modifications qui offrent cet intérêt particulier, qu’elles
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ne sont pas tout-à-fait les mêmes que chez les poissons osseux.
Notons, d'abord, que le vitellus primitif, comme chez les Oiseaux et les Reptiles écailleux ou proprement dits, est constitué presque exclusivement par les éléments destinés à former la cicatricule au centre de laquelle se trouve la vésicule germinative, et c'est la cicatricule seule, on l’a appris par les recherches de M. Coste sur ce sujet (Hist. du développement des corps organisés, t. I, p. 110-115), qui, chez les animaux que je viens de nommer, se segmente, et, par conséquent, sert à la formation du germe ; tandis que chez les Mammufères, les Poissons osseux, les Batraciens et les Invertébrés, le vitellus tout entier devient le siége de la segmentation préalable à Papparition du blastoderme.
Les vésicules ou cellules dont le vitellus se compose chez les Raies, contiennent, non pas des granulations moléculaires semblables à celles des oiseaux, mais de petits corps, Le plus souvent quadrangulaires. « Ces corpuscules cristalloïdes, dit (p. 106) M. Coste, qui a poussé leur étude plus loin que M. de Baer ne l'avait fait, se séparent, sous l'influence de la compression, en petits fragments. On dirait de petits cristaux élémentaires qui se séparent d’un cristal plus volumineux, dont ils sont les parties intégrantes. [l est même probable que ces fragments se disjoignent naturellement, et que c’est ainsi qu'ils se multiplient dans les vésicules. »
J. Müller, au reste, avait déjà appelé l'attention sur la forme singulière des corpuscules du vitellus des Raïes (Ueber den glatten Hai Arist., p. 38). Il a noté, en outre, que chez le plus grand nombre des Squales, comme chez les Myxinoïdes, ils sont ovales et un peu aplatis (p. 37).
MM. Valenciennes et Frémy (Recherches sur la composition de l'œuf dans la série des animaux, 1° Mém. : C. rend. Académ. sc., 1854, t. XXXVIII, p. 469-484) ont étudié les œufs d’un certain nombre d’espèces de Plagiostomes. Par l'examen microscopique et comparé des corpuscules du vitellus de ces poissons, ils ont constaté que chez les espèces ovipares (Raies et Roussettes), ils sont en tablettes plus ou moins rectangulaires très-semblables entre elles; tandis que chez les ovovivipares (Squales et Torpilles), ils sont en tablettes généralement ovales; mais Jamais, comme Senarmont l’a positivement reconnu, ce ne sont de véritables cristaux. Leur grosseur, qui varie suivant le développement des ovu-
les, ne dépend nullement de la taille du poisson (p. 483).
Après les avoir séparés de l’albumine et de la graisse phosphorée avec lesquelles ils sont mélangés, MM. Valenciennes et Frémy ont établi que ces petits corpuscules constituent un principe immédiat pur, dont la composition diffère de celle des granules du vitellus des oiseaux. Ce n’est plus, en effet, ici la vitelline de MM. Dumas et Cahours ; c'est une matière particulière, l’ichthine, qui, par ses propriétés chimiques énoncées dans le Mémoire sur la composition de l'œuf (p. 483 et 484), se distinguent nettement de la vitelline et de l’albumine. Cette ichthine ne se retrouve pas dans le vitellus des poissons osseux, qui contient deux autres principes immédiats, l’ichthidine et l’ichihuline, auxquelles est consacré un deuxième Mémoire (GC. rend. Ac. sc. 1854, t. XXXVIIT, p. 525-533).
Quant au liquide blanc et gélatineux qui est mélangé en irès-petite quantité à l’ovule au moment de son entrée dans l'oviducte, mais qu'on trouve plus abondant, sans qu'il le soit Jamais autant que chez les oiseaux, lorsque l'œuf est enveloppé par son étui corné, il diffère notablement de l’albumine, en ce qu'il ne se dissout pas dans l’eau et ne se coagule pas sous l'influence de la chaleur. MM. Valenciennes et Frémy ont vu (p. 471) que cette sorte de gelée est formée pardes vésicules dont les membranes élastiques contiennent un liquide très-aqueux, présentant en dissolution des traces seulement d'albumine.
Le jaune n’est, en réalité, qu'un élément accessoire de l'œuf des Plagiostomes, des Oiseaux et des vrais Reptiles; c’est la cicatricule, au contraire, qui en est l'élément fondamental.
Les œufs se détachent des ovaires par suite de la rupture des capsules qui les renferment, à l'époque où survient la congesüon vasculaire, dont la manifestation constitue ce que l’on nomme le rut. Le moment d’'excitation des organes générateurs mâles et femelles, est celui où les sexes se rapprochent.
À l'instant où les œufs deviennent hbres, ils pénètrent dans l'ouverture médiane des oviductes. J'ai mentionné l'espèce d’entonnoir que forment les organes placés autour de cette trompe unique, dont la fixité s'oppose à ce qu'elle aille au-devant des œufs ; mais il est probable que la contraction des parois abdominales vient en aide à la progression des ovules vers l’orifice de ces conduits.
Ici, se présentent des dissemblances notables chez les Pla-
94% ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.
giostomes, relativement aux phénomènes consécutifs à l'entrée des œufs dans les oviductes, selon que les espèces sont ovipares où ovovivipares ; et parmi ces dernières, il faut distinguer celles qui sont acotylédones de celles qui, au contraire, doivent être désignées sous la dénomination de cotylophores, parce que des liens vasculaires s’établissent entre les œufs et les cavités utérines.
On ne possède pas de renseignements de nature à permettre de ranger, sans incertitude, chaque espèce dans l’une ou dans l’autre de ces catégories. Cependant, lorsqu'on connaît le mode de parturition d'une espèce, on peut presque affirmer qu'il n’est pas différent chez ses congénères, et l'on est en droit de supposer une similitude parfaite, sous ce rapport, entre les divers genres d’une même famille.
Voici, au reste, ce que les observations ont permis, jusqu’à ce jour, de constater.
4° Squales ovovivipares cotylophores. — Mustelus lœvis, 3. Müll., et Carchariens des sous-genres Prionodon et Scoliodon.
% Squales et Raies vivipares acotylédones (1). — I. SQUALES. — 1° Sq. proprement dits, à anale, et dont la 1° dorsale est située entre les pectorales et les ventrales.
A. Espèces à membrane nictitante et sans évents.
* Carcharias (Prionodon glaucus, Cuv. : Couch in Yarrell, Brit. fish., 3° édit., t. IT, p. 484). Les petits naissent en juin.
* Zygæna malleus, Val. (Yarrell, id., p. 488). Les petits naissent probablement en été, car au mois de novembre ils ont déjà une assez grande taille. — Zygæna tiburo, Val.
B. Espèces à membrane nictitante et à évents.
Galeus canis, Rond. Selon Risso (Hist. nat. Eur. mérid., t. IT, p. 122), il y aurait, par an, deux portées de 30 à 40 petits chacune. M. Couch (Yarrell, id., p. 492) mentionne les mois de mai et de juin. — Galeocerdo tigrinus, Müll., Henle. — Thalassorhinus vulpecula, Val., porterait, d’après Risso, en janvier et en septembre. — Mustelus vulgaris, 3. Müll. ; les petits, au nombre d’une douzaine environ, naissent en novembre (Yarr., Id., p. 496).
(1) La plupart des espèces qui appartiennent à cette catégorie et à lasuivante, ont été signalées par J. Müller (Ueber den glatien Hai Arist. S X, p. 47-56 et S XI, p. 56-63). II à joint à sa liste les notes bibliographiques es plus complètes sur les sources où il a puisé pour la dresser. Je me borne à la reproduire en y ajoutant les indications recueillies depuis la publication dece grand travail. Je les fais précéder d’un *,