DÉVELOPPEMENT
Sg. carcharias, se montrer pleins de vie et chercher à mordre, quoique leurs dents fussent à peine développées.
Il a de même constaté que des fœtns de Torpilles obéissant à l'instinct de conservation, dégageaient de l'électricité avant d’avoir été naturellement expulsés des oviductes et quand la main allait les y chercher.
Exposés à la voracité des habitants de la mer, les jeunes Plagiostomes doivent être détruits en grande quantité.
En combien de temps arrivent-ils à leur taille définitive et deviennent-ils adultes? Il est extrêmement difficile et même presque impossible de répondre à cette question. Haller croyait que leur accroissement est indéfini, parce qu'il n'aurait pas pour limite, comme chez les autres animaux, l’ossification complète des cartilages (Primæ lineæ phys. Edinb., 1767, cap. XXX, p. 503, $ DCCCCLV et Elem. phys., t. VIIT, pars secunda, p. 34, Ç XIII (1).
Les grandes dimensions que certains Plagiostomes peuvent atteindre sembleraient donner quelque apparence de réalité à cette supposition. Ainsi, deux exemples remarquables de taille vraiment énorme sont à citer. Le premier est fourni par le Squale Pèlerin (Selache maxima), dont l'un des plus volumineux exemplaires connus, mentionné par Yarrell (Brit. fish., 8° édit., t. IT, p. 509), n'avait pas moins de 10.94 {36 pieds anglais). Le second exemplese trouve parmi les Raïes cornues: le Diable de mer (Ceratoptera Johnii), ainsi que le prouvent les chiffres donnés par Dekay (New-York Fauna ; Pisces, p.377). Un individu de cette espèce était long, jusqu'à l’origine de la queue, de 3.04 (10 pieds angl.), et, avec cet appendice, qui est en forme de fouet, de 4.86 (16 pieds angl.); largeur, de la pointe de l’une des pectorales à la pointe de l’autre, 57.168 (17 pieds angl.). Je pourrais citer d’autres dimensions fort cons dérables aussi, mais moindres, que présentent certaines espèces : Carcharodon Rondeletüi; Carcharias (Prionodon) lamia, glaucus; Heptanchus indicus; Raïa batis, etc. Là, cependant, ne se trouve aucune preuve d'une croissance indéfinie. Ge sont des Plagiostomes qui offrent, comme caractère spécifique, unetailleen quelque sorte colossale, de même que, parmi les mammifères, certains cétacés, pour ne pas sortir du groupe des animaux aquatiques, arrivent à une longueur et à un vo-
(1) Cette assertion a été souvent répétée, et, en particulier, par H. Clo- .quet (Dict. sc. nat., t. XLIV, p. 365), mais sans preuves à l’appui.
9264 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.
lume considérables. Pour qu'on vit dans ce développemeni le résultat d’un accroissement sans bornes, il faudrait que, dans toutes les espèces, on connût des individus de dimensions trèsdifférentes. Or, c'est ce qui n’a pas lieu parmi les Squales à aiguillons dorsaux : le Spinax, la Centrine et l’Acanthias qui ne sont pas rares, le dernier surtout, qu'on pêche en abondance, à certaines époques de l’année, restent toujours petits et ne dépassent jamais certaines dimensions. [ls ne croissent donc pas pendant toute la durée de la vie, car, s'il en était ainsi, on devrait en trouver parmi les plus âgés, mais c’est ce qu'on n'a jamais vu, qui dépasseraient notablement les autres.
A la question du développement se rattache celle de la longévité; mais on manque des éléments indispensables à la discussion. Ainsi, pour ne mentionner quele principal, on ignore le temps qui s'écoule depuis la naissance jusqu'au moment où l'animal, ayant pris toute sa croissance, peut être considéré comme adulte. Ce qui complique encore le problème, c'est la possibilité pour ces animaux, comme pour tous les poissons, de se reproduire avant d’avoir atteint leur entier développement. On trouve, en effet, dans les deux sexes, les organes génitaux tout-à-fait aptes à la fécondation chez des individus appartenant à une mème espèce, et dont la taille n'est pas la même. Ces différences, en particulier, ont été observées, j'ai déjà eu occasion de le dire (p. 000), chez les Torpilles, par M. J. Davy, qui a ouvert des femelles de diverses dimensions, ayant dans les cavités utérines des œufs embryonés, mais en nombre moindre chez les petits individus que chez les grands (Observ., etc. : Philos. Trans., 1834, part. IT, p. 532).
Nous manquons, pour les Plagiostomes et pour tous les autres poissons de mer, de renseignements analogues à ceux que l'on possède sur la longévité de certaines espèces des eaux douces, et dus soit au soin pris de leur attacher une marque distinctive portant un millésime (1), soit à des observations précises (2). On peut seulement supposer que les Squales et
(1) Le fait le plus célèbre est celui qui se rapporte à un brochet pêché en 1497, dans le lac de Kaiserslautern, où il avait été mis en 1230, selon l'inscription gravée sur un anneau doré que portait ce poisson, dont la longueur dépassait 6 mètres. M. Valenciennes a discuté (Hist. nat. poiss., t. XVIIL, p. 305-312) l'authenticité très-douteuse de cet exemple de longévité.
(2) Un Silurus glanis a positivement vécu 51 ans (Cuv. Val., Hist. nat. poiss., t. XIV, p. 339). On dit que, dans le palais de l’empereur de Chine,
les Raies doivent, comme le plus grand nombre des poissons, vivre longtemps, de même que les autres animaux vertébrés à température variable (1).