ORGANISATION DES: PLAGIOSTOMES
pièces : 1°une médiane ou corps, terminée à chacune de ses extrémités en un cône, et présentant par conséquent la forme d'un sablier percé plus ou moins manifestement, dans le sens de son axe, d’un trou, vestige permanent du lieu où se trouvait, dans les premiers temps de la vie, la corde dorsale autour de laquelle s’est développée la pièce centrale; 2° quatre prolongements pairs, deux supérieurs réunis en arc dans toute l’étendue du rachis et formant ainsi l’étui protecteur de la tige médullaire du système nerveux cérébro-spinal; et deux inferieurs, dont la réunion sur la ligne médiane a lieu seulement dans la région caudale, pour protéger les vaisseaux. Quatre pièces supplémentaires s'ajoutent aux précédentes : l’apophyse épineuse supérieure et l’inférieure, puis les prolongements costaux.
Examinons maintenant, en nous servant de ces termes de comparaison, la structure de la colonne vertébrale des Plagiostomes, et d'abord des Squales. Ces derniers ont été étudiés, sous ce rapport, avec un grand soin par J. Müller, dont les observations sont consignées dans son Anat. des Myxinoides (1'e partie, Ostéologie et Myologie, in Mém.de l’Acad. de Berlin, 1834, p. 142 et suiv.), et par M. Agassiz, dans la 15° livraison de ses Rech. sur les Poiss. fossiles.
C’est seulement en suivant la voie nouvelle ouverte par l’habile anatomiste de Berlin, qu'on peut arriver à bien comprendre la composition des vertèbres des Poissons cartilagineux. Treviranus ni Vicq-d'Azyr, dans le Mémoire cité plus haut, à l'occasion du nombre des pièces du rachis, n1 les anatomistes qui les ont suivis, ni même Guvier (Leg. Anat. comp.), n’avaient fixé leur attention sur la diversité et la relation mutuelle des pièces dont se compose chaque segment du rachis. Müller est également le premier qui ait comparé les vertèbres d'un nombre suffisant d'espèces bien déterminées, de manière à pouvoir présenter des considérations générales sur les ressemblances ou les différences qu’on remarque dans le squelette des divers groupes de Plagiostomes. On comprend, par cela même, l'incertitude dans laquelle restait M. Agassiz, quand il voulait comparer les vertèbres des Poissons cartilagineux fossiles à celles des espèces de la faune actuelle. C’est done à l'appel fait à Müller par cet ardent paléontologiste (Notice sur les vert. des Squales vivants et fossiles, in Rech: sur les Poiss. fossiles, 1843, t. TIT, p. 360-369, pl. 40 B), que l’on doit les plus précieuses indications sur ce sujet intéressant.
Le corps ou centre, avec des dimensions variables en hauteur et en largeur, d’où résultent des différences dans sa conformation générale, est toujours creusé, comme chez les autres poissons, de deux cavités coniques terminales; maïs il n'offre jamais aussi manifestement la forme de sablier. Souvent même, toute dépression circulaire sur le milieu de sa longueur manque, et alors si les vertèbres ont une consistance osseuse et sont plus larges que longues, comme chez le Squale renard, entre autres (ATLAS, pl. 1, fig. 1 et 2, a), elles ressemblent un peu à une série de dames de jeu de trictrac, empilées les unes à la suite des autres.
On ne trouve pas, dans l'état frais, au centre des cônes creux, l'ouverture quelquefois très-petite, mais caractéristique des poissons osseux (1), la corde dorsale se trouvant ainsi complètement détruite au niveau du corps de chaque vertèbre. Il résulte de là, suivant l'observation de J. Müller ( Vergleich. Anat. Myx., ete., p. 139 et 240), contrairement à l’assertion de Carus, que la colonne vertébrale des Plagiostomes s'éloigne plus encore de l’état fœtal que celle des poissons osseux. Müller parle également de cette interruption de la corde dorsale à la page 145.
De la région supérieure du corps naissent, en laissant entre eux un certain intervalle, deux cartilages dits cruraux (ATLAS, pl. 1, fig. 1-4, T et 8, b), parce qu'ils jouent le rôle de jambes ou de piliers de la voûte formée par l'arc vertébral supérieur, dont ils représentent les deux moitiés latérales (2).
Entre ces cartilages, d’autres s’intercalent; ls partent, à droite comme à gauche, de l’espace rempli de tissu fibro-gélatineux qui sépare les vertèbres, et portent le nom de cartilages intercruraux (Arras, pl. 1, fig. 1-5, c). En raison même de leur
(1) La macération seule détruit sur les squelettes préparés le tissu central moins résistant que le reste, et qui, étant plus transparent, laisse passer la lumière quand on place devant l’œil une vertèbre fraiche. Cette portion plus claire se présente sous l’apparence d’un disque de très-petit diamètre non perforé. (Arzas, pl. 1, fig. 7 et8.)
(2) C’est à J. Müller qu’appartient la détermination si précise de toutes les pièces dont une vertèbre de Plagiostome se compose; mais déjà Schultze, en 1818, sans l'avoir devancé dans l'interprétation que j'expose ici, a bien figuré ces différents cartilages (Ueber die ersten Spuren… Entwickelung der Wirbelseüle, etc. in Meck. Deutsch. Arch., t. IV, pl. IV, fig. 4et 5, p. 350); Kühl (Beitr. zur Zool. und vergleich. Anat.,1820), a représenté tab. VI, fig. 3, 4 et 6, les cruraux, sous le nom de processus spinosi (1), les intercruraux, sous celui de process. obliqui (2), et les inférieurs, comme process. transversi sur la Squat. et sur l’Acanthias.
Poissons. Tome I. D)
18 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.
origine, ils sont étroits à leur base, puisqu'elle correspond à l'espace intervertébral. Ils vont en s'élargissant et sont même quelquefois plus larges que les cruraux (Arzas, pl. 1, fig. 1-8 et 5, c). Leur conformation dépend de celle des cartilages cruraux auxquels ils sont interposés. Ces derniers ont-ils la forme d’un triangle à base inférieure et à sommet dirigé en haut, les intercruraux représentent, en sens inverse, un triangle semblable. On comprend aisément la raison de ces analogies ; 1l est donc inutile d'en donner d’autres exemples. J'ajoute seulement que si les dimensions des pièces intermédiaires l'emportent, chez certains Plagiostomes, sur celles des cartilages cruraux, il n’en est cependant pas toujours ainsi; souvent, en effet, les cruraux sont plus volumineux.
Les uns et les autres se portent vers la ligne médiane. Tantôt, il y a sur cette ligne médiane, au sommet de la voûte constituée par les arcs vertébraux, jonction des cartilages cruraux et intercruraux d’un côté, avec les cartilages correspondants du côté opposé, et le canal vertébral se trouve amsi fermé à sa région supérieure. Tantôt, au contraire, ils ne se rejoignent pas, et la réunion se fait au moyen d’une série de pièces cartilagineuses impaires, nommées cartilages surcruraux (ATLAS, pl. 1, fig. 8 et 4 d), disposées en série longitudinale. 3. Müllerles nomme Cartilagines intercalares seu Ossa 1ntercalaria spinalia corporum vertebrarum superiora, les distinguant ainsi des cartilages intercruraux, Ossa intercalia crurum.
Ces derniers viennent-ils se rejoindre sur la ligne médiane supérieure, les cruraux offrant moins d’élévation, il y aura autant de surcruraux que de cartilages intercruraux, car ils remplissent les espaces que ceux-ci laissent vides entre eux. Un exemple de cette première disposition se voit à la région antérieure de la colonne vertébrale de la Squatine (Arzas, pl. 1, fig. 3, c, d). Si, au contraire, comme cela a lieu sur des points de la colonne vertébrale de ce même poisson plus éloignés de la tête, les intercruraux, pas plus que les cruraux, ne se réunissent en dessus, avec ceux du côté opposé, sur la ligne meédiane, on compte une fois plus de surcruraux que de carüilages intercruraux (Arzas, pl. 1, fig. 4, c, d).
Je n'insiste pas davantage sur ces différences, qui sont peu importantes.
Parmi les différents Squales dont les vertèbres ont été étudiées et dessinées par J. Müller, celles des genres Scyllium et Squatina, puis celles des genres à membrane nictitante (Muste-
lus, Galeus, Carcharias, Zygæna) sont munies de ces cartilages impairs supérieurs. Pour les bien voir, il faut les chercher sur des squelettes où les cartilages sont revêtus de granulations osseuses.
Il n’y a pas d’apophyses épineuses ; seulement, et c’est ici la première indication d’une structure propre aux véritables Raiïes, on trouve chez la Squatine, dans une assez petite étendue, en avant de la première épiptère, puis entre celle-ci et la seconde, un certain nombre de pièces minces, obliquement dirigées en - arrière. Elles ont toutes une même hauteur, qui est le double de leur largeur, et sont plus élevées que les cartilages formant la base des nageoires du dos. Il y a une représentation de ces pièces confirmative de la description de Meckel (Anat. comp., tr. fr., t. IT, p. 272), sur la planche VIT du mémoire de M. Raph. Molin (Sullo scheletro degli Squali) in Mem. del l'Inst. Veneto, ete.,t. VIIL. (Voy. Arzas, pl. 1, fig. 4, e.) Au premier abord, ces cartilages impairs semblent être, en raison de leur position et de leur forme, de véritables apophyses; mais ils ne font point partie du rachis et ne lui sont unis que par du tissu fibreux. Leur nombre, d’ailleurs, ne dépasse pas la moitié de celui des vertèbres au-dessus desquelles 1ls sont placés, et le milieu du bord inférieur de chacun d'eux correspond à un espace intervertébral. Ce sont des pièces surajoutées, analogues aux précédentes, que porte, à sa région supérieure, la colonne vertébrale du Rhynchobatus lœvis, dont les cartilages intercruraux très-développés ont une forme un peu irrégulière (ArLas, pl. 1, fig. 5, e).
Chez les Raies, d’ailleurs, dont les genres Squatine et Rhynchobate se rapprochent beaucoup, particulièrement le dernier, qui est un Hypotrème, il y a de même, sur la ligne médiane supérieure, des cartilages accessoires qui sont très-développés chez les Myliobates, comme Meckel l’a noté (Anat. comp., tr. fossute EL p.269).
À la portion inférieure du corps de la vertèbre, on voit une paire de cartilages dont la position correspond à celle des cartilages cruraux, et qui, comme ceux-ci, ont leur racine plongée dans l'épaisseur même de la pièce centrale : ce sont les cartilages transverses ou parapophyses (Arzas, pl. 1, fig. 1 à 8, f). Dirigés en bas et en dehors dans toute la région antérieure, ils se rapprochent au-delà du cloaque pour constituer, par leur réunion sur la ligne médiane, le canal des gros vaisseaux, comme chez les poissons osseux (In., fig. 7 et 8), et devien-
nent, par cela même, de véritables hœæmapophyses, selon l’expression de M. Rich. Owen.
Ils forment à la région caudale, et cette disposition se voit parfaitement chezle Sq. renard (fig. 1, f), des apophyses qui n’ont pas partout la même longueur, et au sommet desquelles se fixe l'extrémité supérieure des rayons de la nageoire. Ces derniers (fig. 1, g) étant en nombre égal à celui des vertèbres, pourraient être considérés comme étant leurs apophyses épineuses ; mais cependant ils ne font pas corps avec elles, puisqu'ils s’articulent avec la carène qui résulte de la jonction, sur la ligne médiane, des deux portions latérales de chaque arc vertébral inférieur.
Sur le squelette frais d’un Alopias de grande taille, j'ai vu cette carène creusée d’un sillon dont la profondeur et la largeur vont en diminuant à mesure que les rayons de la nageoire s’approchent davantage de l'extrémité de la queue etdeviennent plus minces et plus courts. Cette sorte d’articulation est consolidée par du tissu fibreux. Je reviens plus loin, au reste, sur cette disposition anatomique, à l'occasion de l'étude des nageoires impaires.
Les cartilages costaux se présentent avec une apparence différente, selon les Squales chez lesquels on les étudie. Dans le genre Alopias, par exemple, ils méritent tout-à-fait le nom de pleurapophyses, car ils sont une dépendance de la colonne vertébrale, avec laquelle ils entrent en contact immédiat.
A la région ventrale, appuyant leur angle le plus élevé sur le tissu fibro-cartilagineux intervertébral, ils remplissent, par leur portion supérieure, les espaces triangulaires restés Libres entre les cartilages transverses dont la forme est précisément celle d’un triangle à sommet renversé. Ils se prolongent audelà de ces derniers, se portent en bas et en avant, et présentent à leur bord inférieur, qui est horizontal et libre, un peu d’épaississement, d'où résulte, au niveau de ce bord, l’apparence d’une petite tige à peu près cylindrique, parallèle à l'axe longitudinal du rachis. Celle-ci, au premier aspect, semblerait pouvoir être considérée comme constituant à elle seule la côte, mais, en réalité, on doit nommer appendice costal, la pièce cartlagineuse tout entière que je viens de décrire, et qui offre, dans son ensemble, la forme d’un quadrilatère à côtés inégaux (ATLAS, pl. 1, fig. 2, h).
À la région caudale (In., fig. 1, k), lorsque les cartilages iransverses se sont allongés et réunis de manière à constituer
le canal des vaisseaux, la disposition n’est plus la même. Entre ces longs cartilages inférieurs, dans les intervalles étroits et triangulaires qui les séparent au moment de leur émergence du corps des vertèbres, on voit, en effet, de petites pièces cartlagineuses triangulaires commencer au niveau des espaces intervertébraux, et se terminer promptement en une pointe dirigée en bas. Ce sont les cartilages costaux excessivement réduits, en raison du développement considérable des hæmapophyses.
Une disposition analogue à celle que présente l’Alopias, mais avec des différences dans la forme et dans la longueur des carlages costaux, se remarque sur plusieurs Squales. Aïnsi, ils sont courts et dépassent à peine les transverses (Carcharias), ou longs, soit verticaux (Heptanchus), soit obliques et effilés à leur extrémité libre (Scymnus; Squatina, à la région antérieure du rachis, In. fig. 3, h).
Chez d'autres, les Roussettes en particulier, il n’y a à plus cette union entre l'extrémité supérieure des cartilages costaux et les corps des vertèbres; ils s’articulent menant avec le sommet du cartilage transverse; de là, ils se dirigent en bas, mais en même temps un peu en arrière et en dehors. La forme de leur prolongement latéral, comme chez le Rhynchobate, par exemple (ArLas, pl. 1, fig. 5 et 6, k), et comme chez les Raies, rappelle un peu celle des côtes que portent les poissons osseux. Ces appendices costaux, malgré leur brièveté, représentent les rudiments d’un thorax, mais d’autant plus imparfait, que le sternum manque.
Après les détails qui précèdent sur les cartilages dont chaque vertèbre est composée, 1l importe de signaler rapidement les différences que l’on remarque chez les Raïes quand on les compare aux Squales. La plus notable consiste dans cette particularité que les vertèbres ne sont pas composées du même nombre de pièces aux régions antérieure et postérieure du rachis. En avant, à parür de la tige indivise qui commence derrière le crâne et dépasse un peu la ceinture scapulaire, les cartilages cruraux sont peu développés; les intercruraux, au contraire, sont très-volumineux, et se portant en haut et en dedans, ils forment l'arc vertébral supérieur.
Au- delà des catopes, jusqu’à l'extrémité de la queue, il n’en est plus de même :-les cartilages intercruraux, en effet, disparaissent, et il n°y a plus que des prolongements de la croûte calcaire des vertèbres qui, partant du corps même, représen=
92 ORGANISATION DES .PLAGIOSTOMES.
tent les cartilages cruraux; ils se touchent par leurs bords et constituent ainsi de larges anneaux entre lesquels aucun intervalle ne reste libre.
Le canal vertébral est fermé en dessus par des cartilages surCruUTaUux.
À la région inférieure (il ne s’agit toujours ici que de la portion de l’épine dorsale où les vertèbres sont distinctes), les cartilages transverses se présentent avec un aspect très-différent, selon la région où on les examine. Jusqu'au commencement du canal sous-caudal, ils ont une forme particulière trèsfacile à saisir, si, à défaut d'une colonne vertébrale de Raïe, on examine, en lisant la description qui suit, la fig. 6 de la pl. 4 de l’Arzas. Elle montre les carülages dont il s’agit sur le Rhynchobatus lœvis, où ils se prolongent, il est vrai, sur la face inférieure des corps de vertèbres, mais sans autre dissemblance avec l'aspect qu'ils présentent chezles Raïes proprement dites. Chacun de ces cartilages se dirige obliquement en avant, franchit l’espace intervertébral et empiète ainsi sur la vertèbre antérieure. Il se recourbe alors assez brusquement en arrière; de là, résulte un angle saillant en avant (f°), mais rentrant dans le sens opposé, où il se trouve en contact avec le sommet de l’angle qui le suit, tandis que lui-même se loge par son propre sommet dans l’enfoncement de l'angle précédent.
Après le cloaque, ces cartilages sont tous dirigés perpendiculairement en bas. Les douze premiers environ sont réunis deux à deux : l’un devant, l’autre derrière; ils forment, en quelque sorte, six paires à droite et six à gauche, auxquelles correspondent six prolongements inférieurs et médians, consistant chacun en une seule pièce qui est la continuation des cartilages antérieurs de chaque paire et se porte au-dessous du bord libre des seconds. Ces prolongements en quadrilatères constituant ainsi quelques arcs vertébraux inférieurs, perdent promptement leur régularité. Leur hauteur diminue; le canal des vaisseaux, alors, n’est plus fermé et ne tarde pas à disparaître, car ils se soudent sur la ligne médiane, d’où résulte un aplatissement remarquable de la région inférieure de la queue, dont les deux plans latéraux formés par la réunion des cartilages transverses dans leur portion verticale rejoignent, à angle droit, les bords du plan sous-caudal.
Par suite de cette disposition, qui est spéciale aux Raiïes proprement dites, et par suite aussi de l’ossification complète de
toutes les pièces des vertèbres, leur queue représente une tige osseuse non arrondie, mais à trois pans. Les deux latéraux, ainsi que le bord supérieur, servent le plus habituellement de supports à des aiguillons courts et recourbés dont ilest rare de ne trouver qu'une seule rangée.
Enfin, une autre singularité de la structure des vertèbres des Raies, se remarque chez le Rhynchobatus lœvis (Arras, pl. 1, fig. 5, b). Elle consiste en ce que le cartilage crural envoie un prolongement sur la face latérale du corps de la vertèbre qu'il recouvre en partie, ne laissant à nu que le bord antérieur et le bord postérieur de ce corps, ainsi que l’espace intervertébral. De là, résulte l'aspect fenestré de cette sorte de gaîne du rachis, car il est recouvert de la même manière à sa face inférieure (fig. 6), à cause du reploiement en dedans du cartilage transverse, qui va presque rejoindre le cartilage correspondant de l’autre côté. Les cartilages costaux assez forts, mais courts et à peu près cylindriques, se dirigent obliquement vers l’extrémité postérieure.
Je ne dois pas achever l’'énumération des pièces dont la réunion constitue le canal où la moelle épinière est logée, sans mentionner les orifices latéraux de ce canal destinés à la sortie des nerfs rachidiens (AtLas, pl. 1, fig. 1, 2 et 5, 1,1’). Sans anticiper ici sur la description que je donne plus loin de ces nerfs et de leur mode d'émergence, il importe cependant de rappeler l'indépendance remarquable des deux racines de chaque cordon nerveux chez les Plagiostomes.
Ce n’est plus par un seul trou que le nerf abandonne l’étui protecteur de la moelle épinière, comme chez les animaux vertébrés supérieurs et chez le plus grand nombre des poissons osseux (excepté les genres PERCA, PLEURONECTES, SILURUS, Cy- PRINUS, Esox et SALMo, Stannius, Handbuch der Zoot.; Zoot. der Fische, 1834, p.140). Chacune des deux racines traverse, l’une, le cartilage crural, l’autre, l'intercrural par un orifice particulier, qui est le plus ordinairement un trou, mais quelquefois une simple échancrure marginale des cartilages.
En raison de l'inégalité de niveau de ces racines, les ouvertures des cartilages comes 7), destinées aux inférieures, sont situées plus has que celles des intercruraux (1), traversées par les supérieures. Il en résulte que, de chaque côté, au-dessus du corps des vertèbres, le rachis porte deux rangées trèsrégulières de trous, placées l’une au-dessus de l’autre; mais ils sont alternes comme les cartilages eux-mêmes. À la région cau-
24 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.
dale, les nerfs, et par conséquent les trous destinés à la sortie de leurs racines, sont moins nombreux, tout en conservant la même régularité (ArLas, pl. 1, fig. 1, à, 2).
Dans cette même région, au-dessous des corps de vertèbres, il y a, de chaque côté, une rangée unique de trous ou d'échancrures. C’est par ces orifices que sortent les artérioles émanant du tronc logé dans le canal formé par les arcs vertébraux inférieurs, et que pénètrent les branches destinées aux deux veines qui accompagnent l'artère (In., fig. 1, j).
Après ces détails sur la composition de la vertèbre, il importe d'étudier le tissu même dont elle est formée. Or, il présente, suivant les genres, des dissemblances très-notables. Aussi peut-on, selon cette texture, grâce surtout aux recherches de J. Müller, dresser un tableau du perfectionnement progressif des pièces du rachis.
I. Vertèbres cartilagineuses pendant toute la durée de la vie, sans aucune trace de tissu osseux : Echinorhinus, Notidanus (Hexanchus et Heptanchus). |
IT. Vertèbres où le tissu osseux forme :
1° Des couches à demi-ossifiées alternant avec des couches cartilagineuses : Squatina;
2 La partie centrale du corps enveloppée par du cartilage, et la couche mince qui limite les cavités coniques antérieure et postérieure du corps : Acanthias, Spinax, Centrinu;
3° Un recouvrement ou une sorte d'écorce pour tous les cartilages : Scymnus.
LIT. Vertèbres dont le corps serait complètement osseux, si les racines des cruraux et transverses ne restaient cartilagineuses. Tantôt, il est lisse et dépourvu de sillons longitudinaux : Scyllium, Carcharias, Zygæna, Mustelas, Galeus, Galeocerdo. Tantôt il est sillonné, sur toute sa périphérie, par de nombreuses fissures longitudinales remplies de cartilage : Lamna, Selache, Alopias, Oxyrhina ? Garcharodon ?
Dans ce dernier groupe, où l’ossification du corps de la vertèbre est presque complète, celle des arcs vertébraux l'est beaucoup moins. Ils sont, en effet, cartilagineux, ou ne présentent de chaque côté, dans leur épaisseur, qu'un point d’ossification de volume variable (Arras, pl. 1, fig. 2). Leurs racines restent toujours à l’état mou. Si l’on pratique une coupe verticale du corps (Arias, pl. 1, fig. 8), on les voit se prolonger jusque vers son centre. Par suite de leur direction oblique de dehors en dedans, et de haut en bas pour celles des cartilages cruraux,
mais de bas en haut pour celles des transverses, elles représentent assez exactement une croix de Saint-André, dont la couleur d’un blanc bleuâtre propre au tissu cartilagineux, tranche sur la teinte jaunâtre de l'os.
A l’aide de cette même coupe, on voit, chez le Squale renard (Alopias vulpes) par exemple, un grand nombre de rayons os- seux, séparés les uns des autres par du cartilage, et partant du centre pour gagner la circonférence. Ils résultent de la section des cloisons osseuses dont se compose le corps de la vertèbre, etentre lesquelles persiste le tissu cartilagineux.
Enfin, la coupe qui offre la structure la plus remarquable à étudier, est celle des vertèbres de l'énorme Pèlerin (Selache maxima). Sur les pièces du Musée de Paris provenant du grand individu soumis aux dissections de Blainville (Ann. du Mus., t. XVIII, p. 88), on reconnaît l'exactitude des descriptions données par J. Müller (Vergl. Anat. der Myxin., in Mém. Ac. Berlin, 1834, p. 131), et par M. Rich. Owen, qui y a ajouté (Lect. of comparat. anat., Fishes, p. 55) un dessin très-net. On y voit des couches osseuses cylindriques, emboîtées les unes dans les autres, interrompues au niveau des quatre grandes ouvertures par lesquelles pénètrent les racines des cartilages cruraux et transverses. Ces couches ne forment que les deux tiers de l’épaisseur même du corps, dont le tiers externe est constitué par des lames parallèles les unes aux autres, dirigées suivant le diamètre antéro-postérieur de la vertèbre, et perpendiculaires aux cylindres osseux. Entre ceux-ci et entre les lames longitudinales, se trouve du tissu cartilagineux, dont la destruction, sur des vertèbres desséchées, laisse de nombreux espaces vides plus ou moins irréguliers.
Il y a peu d'exemples dans l'économie animale, M. Rich. Owen le fait observer avec raison, d’une structure semblable, où une quantité aussi petite que possible de substance calcaire soit disposée cependant d’une façon si conforme aux principes de la mécanique.
Les vertèbres assez légères et à demi-ossifiées de ce grand Squale se trouvent ainsi douées de toute la force et de toute la résistance qu'exigent les vigoureuses inflexions dont sa colonne vertébrale est le siège pendant les efforts qu'il est obligé de faire, n'ayant pas de vessie natatoire, pour se maintenir à la surface de l’eau. Les mouvements du rachis, d’ailleurs, sont extrèmement facilités, comme nous l'avons vu plus haut, par le remarquable mode d’articulation des vertèbres entre elles (p. 10).
26 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.
La description de cette volumineuse vertèbre, où se voit un mélange de la structure cylindrique et de la structure lamellaire, ce qui est, au reste, l’arrangement le plus habituel, démontre qu'il ne faut pas admettre comme règle générale que toutes les vertèbres des Squales sont formées de cylindres concentriques. Il y a même, d’après M. Rich. Owen (Lect., etc., p-. 56), une disposition remarquable, chez le Cestracionte, dont le Musée de Paris ne possède que des individus montés sur lesquels je n’ai pas pu l'étudier: ce Squale à aiguillon, si différent de tous les autres par son singulier système dentaire, a des vertèbres dépourvues de toute couche osseuse cylindrique. On n'y voit que des lames longitudinales se portant du centre à la circonférence, et qui envoient, çà et là, de petites jetées osseuses.