‹ Histoire naturelle des poissons, ou, Ichthyologie générale (volume 2)Chapitre 8 sur 216 · II. CRANE · texte numérisé non relu

II. CRANE

L’extrémité céphalique des Poissons cartilagineux, et particulièrement des Plagiostomes, est beaucoup plus simple que celle des Poissons osseux. Nous ne trouvons plus ici, en effet, cette multiplicité de pièces dont la détermination est quelquefois si difficile quand on veut les comparer aux os de la même région chez les animaux vertébrés supérieurs, et y chercher les analogies qui ont tant préoccupé les anatomistes.

Le crâne des Plagiostomes est une sorte de boîte tout d’une pièce, plus ou moins dure, selon l'abondance ou la rareté des grains osseux répandus dans l'épaisseur de la trame cartilagineuse. Sa forme est variable : court et large dans les Roussettes et dans le genre Squatine, et chez certaines Raies, telles que les Torpilles, les Pastenagues, les Céphaloptères, ete., il est, au contraire, prolongé en avant dans la plupart des Raies et des Squales, ou singulièrement agrandi dans le sens transversal chez les espèces auxquelles la bizarre conformation du crâne, résultant de sa double extension latérale, a valu la dénomination vulgaire de Marteau.

À ne considérer que l'espace destiné à loger l’encéphale, la cavité crânienne est bien moins considérable encore qu’on ne serait tenté de le croire en voyant le volume de la tête, dû surtout aux saillies de sa surface externe. Cette faible capacité de la boîte du crâne proprement dite est, au reste, un caractère commun à tous les Poissons, où mème elle n’est jamais entièrement remplie par l'épanouissement encéphalique de l'axe cérébro-spinal.

La région médiane, qui répond à la voûte du crâne, est plus ou moins relevée. On y voit une fontanelle, de dimensions variables, convertie le plus habituellement en trou sur les squelettes préparés, par suite de la destruction des parties molles. Après cette fontanelle, tout-à-fait en arrière, la région médiane est percée de deux petites ouvertures rapprochées l’une de l’autre, donnant accès aux cavités auditives et restant en communication avec l'extérieur, comme je l'indique plus loin, à l'occasion de la structure de l'organe de l’ouie.

Cette même région médiane porte à sa face inférieure, qui peut être nommée région sphénoïdienne, un sillon très-prononcé chez certains Squales, mais presque nul chez les Roussettes et chez la Squatine : il est placé au-dessous de la fosse pituitaire ou selle turcique.

Le crâne présente, de chaque côté, une fosse profonde qui loge l'œil dans sa portion antérieure, et dont la paroi interne est percée d'une ouverture par laquelle le nerf optique y pénètre. Cette cavité orbitaire manque presque complètement de paroi inférieure, à moins que, comme chez le Lamna cornubica, mais surtout chez les Roussettes, il n’y ait, à droite et à gauche, une expansion latérale de la région sphénoïdienne.

Elle est limitée en avant par une saillie latérale plus ou moins proéminente, ou apophyse orbitaire antérieure, ou cartilage nasal, constituant pour l'orbite une paroi tantôt simplement rudimentaire (Squatina, etc.), tantôt, au contraire, plus ou moins complète (Roussettes, Squale-nez, etc.). À la base de cette apophyse, on voit la fossette olfactive. La limite postérieure de cette cavité orbitaire si imparfaite est habituellement peu prononcée. Elle consiste en un prolongement analogue au précédent, mais beaucoup plus court, ou apophyse orbitaire postérieure. Ge sont ces deux apophyses qui, en se prolongeant plus ou moins, suivant les espèces du genre Zygæna, forment les branches du marteau, à l'extrémité externe desquelles se trouve l'œil. La cavité nasale est ouverte sur le bord antérieur de ces branches. L’apophyse orbitaire postérieure est moins rudimentaire chez la Squatine que chez beaucoup d’autres Plagiostomes. J'ajoute que, chez les Raïes, l’antérieure soutient le cartilage qui, se portant vers la nageoiïre, réunit cette dernière, en avant des branchies, au crâne, dont elle va rejoindre, à son extrémité tout-à-fait antérieure, la pointe du prolongement rostral.

L'apophyse orbitaire postérieure sépare d’une façon fort in-

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complète, même quand elle offre quelque développement, la cavité de l'orbite d’une sorte de fosse temporale où s'ouvre, derrière l'œil, lévent qui est limité à son bord postérieur par le suspensorium, et le plus souvent, à l’antérieur, par un cartilage propre, dit cartilage de l’évent, parfois divisé en pièces secondaires. RE

En arrière, le crâne est muni des surfaces destinées à son articulation avec la colonne vertébrale, articulation que j'ai précédemment décrite, et sur laquelle, par conséquent, je n’ai point à revenir. De chaque côté de la région postérieure, une autre surface reçoit l'extrémité interne du suspensorium dont je parle plus loin, à l’occasion des cartilages dentaires inférieurs, qui, par l'intermédiaire de cette pièce, analogue à l'os carré des oiseaux et des serpents, s’articulent avec le crâne.

En avant, à la base de la proéminence rostrale et de l’apophyse orbitaire antérieure, on voit deux cavités souvent bien distinctes du crâne, comme chez le Lamna cornubica, largement ouvertes à leur paroi antérieure, et n'ayant d'autre orifice postérieur que celui qui livre passage soit au processus olfactif quand il est long, comme chez les Raïes, par exemple, soit seulement aux nerfs olfactifs eux-mêmes, si le lobule n’est séparé de l’encéphale que par un pédicule très-court. Ce sont les fosses nasales. Elles sont creusées à la base de l’apophyse orbitaire antérieure qui constitue ainsi le cartilage nasal.

Dans les espèces à museau pointu, et parmi les Squales, il n'y a pas de meilleur exemple à choisir que le Lamna cornubica, la proéminence rostrale est formée par trois prolongements. Le moyen ou inférieur est une dépendance de ce qu'on pourrait nommer, dans cette capsule cartilagineuse, qui constituelecrâne, la région vomérienne. Les supérieurs proviennent des parties antérieures et latérales, c'est-à-dire de celles qui représentent la région ethmoïdo-frontale. Ces trois pièces cartilagineuses, chez le Lamna, par exemple, viennent se réunir à leur extrémité antérieure, et constituent ainsi les trois arêtes d'une pyramide triangulaire, dont les faces sont formées par les parties molles. Les deux branches supérieures restent quelquefois parallèles, comme cela se voit, par exemple, chez le Pantouflier (Zygæna tiburo), où elles viennent se fixer aux extrémités antérieures et latérales de la pièce médiane inférieure très-élargie en avant. Celle-ci appuie son bord antérieur sur un prolongement du cartilage où est creusée la narine, lequel, en se réunissant à celui du côté opposé, constitue une bandelette carti-

MOTILILÉ. SQUELETTE ;: MACHOIRES. 99

lagineuse courbe qui donne, au bord antérieur de la tête, la forme si caractéristique de cette espèce.

Chez les Raies, Les trois cartilages se portent plus ou moins en avant, selon la longueur du museau, qui est variable chez les différentes espèces. Distinets à leur origine, ils ne tardent pas à.se rejoindre et à se confondre presque pour se terminer en une pointe plus ou moins aiguë. Relativement aux Scies, je donne, en décrivant ces es Plagiostomes, des détails sur le développement considérable de ces cartilages qui forment leur bec, et dont on voit une coupe sur lATLAS, pl. 7, fig. 7.

Chez les Chimères, 1l y a également des cartilages du museau, mails avec cette différence DotAUle que le supérieur est unique et par conséquent médian. Il est plus fort que les deux inférieurs et attaché par sa base au-dessus des fosses nasales. Les inférieurs sont latéraux et ont chacun une double racine, comme on le voit sur la fig. 2 de la pl. V annexée au Mémoire de J. Müller (Vergleich. Anat. Myxin., ete., Ost.), etc.

Je dois rappeler, après ces indications sommaires sur ces cartilages remarquables des Plagiostomes, que J. Müller, à la suite d’un examen des hypothèses émises sur leur signification réelle comme pièces du squelette, conclut qu'ils ne peuvent être comparés qu'aux os du groin de certains Pachydermes (loc. cit., chap. VII, p. 228).

Telle est la description générale du crâne des Plagiostomes ; je la crois suffisante, ne pouvant pas entrer dans “ détails que des indications plus spéciales exigeraient s’il fallait signaler toutes les différences qui se remarquent dans cette région, selon le genre ou même selon l'espèce qu'on étudie. A défaut de squelettes, on peut consulter les planches ITI-VIIE, X et XIT du Mémoire de M. Raph. Molin (Sull’schel. Sq. in Mém. Inst. Veneto, t. VIII). Elles donnent de bonnes représentations du crâne de diverses espèces.

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