‹ Histoire naturelle des poissons; ou, Ichthyologie généraleChapitre 10 sur 291 · SYSTÈME MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

SYSTÈME MUSCULAIRE

Les Esturgeons, comme tous les poissons anadromes, sont douésd*unegrandepuissancemusculaire.Ilsont,eneffet,souvent à lutter cootre des courants très-rapides lorsque, sortant des mers ou des grands lacs où ils vivent d*ordinaire, ils remontent les fleuves et même leurs affluents, et quelquefois à des distances considérables. Je donne, plus loin, des détails sur ce sujet, en parlant de la reproduction.

La force qu^ils peuvent déployer se manifeste encore dans d^autres circonstances. Ainsi, les grands individus sont redoutables par la violence de leurs coups de queue Capables, dit-on, de causer des fractures aux pêcheurs, quand Tanimal est pris ou jeté sur le pont. Aussi, ont-ils la précaution d*6ntratner obliquement vers le rivage le filet où il est renfermé et en lui tenant la tète hors de Teau ; dans cette position, il ne tarde guère à ne plus opposer de résistance.

Il est à ma connaissance, dit M. Gouch (HisL fish. brit. ûlandê, 1. 1, p. 158), qu'un Estui^eon était devenucomplétement incapable de se défendre, quoique maintenu immergé à une profondeur de plusieurs brasses, après qu'il se fut débarrassé d'une notable quantité d'air.

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Gomme les Salmonoïdes, les Estui^eons s'élancent hors de Teau à une assez grande hauteur.

Dans les rivières qu'ils encombrent en mai, juin et juillet, tt c^est une chose étonnante, quoique très-commune, ditCatesby {Nat. hist. Carolina, etc., éd. angl. et fr. 1771, 1. 1, p. XXXIII), de voir ces gros poissons s'élever en Taîr, et, malgré leur volume, sauter au-dessus de la surface, à la hauteur de plusieurs verges : ce qu'ils font le corps droit, mais ils retombent sur le cdté. Dans des soirées tranquilles, on entend, très-distinctement, le bruit de leurs chutes réitérées. » Le même naturaliste ajoute qu'il est dangereux de passer dans les endroits profonds où les attire, en grand nombre, la nourriture abondante quUls y trouvent, plusieurs bateaux ayant été renversés par la chute d'un seul Esturgeon.

Pennant [Supplément to the arctic zoology, 1787, p. 106) donne, sur ce sujet, de semblables détails.

Entre le système musculaire des poissons osseux et celui des Esturgeons, relativement à sa disposition générale, il y a beaucoup d'analogie, je n'ai donc pas à m^arrêter sur ce sujet.

Je dois cependant mentionner la différence très-notable que présentent les muscles considérés comme chair alimentaire, quand on les compare à ceux des autres poissons. Cette chair, en effet, est beaucoup plus compacte. Elle est grasse, et sa saveur, qui est très-fine et agréable, surtout quand elle provient de la petite espèce des mers et des fleuves d'Europe, dite Sterlet (Acip. ruthenus), n'est pas la même dans toutes les parties du corps. Aussi, Albert-le-Grand a-t-il pu dire, avec raison [Deanimalibus; Operum, t. Y],lib. XXIY, éd. Lugduni, 1651, p. 684« De husone) que la chair mangée fraîche ressemble à celle du veau ou à celle du porc, selon qu'elle appartient à la région dorsale ou à la face ventrale ; le mâle est préférable à la femelle. La digestion n'en est pas toujours très-facile, en raison de la graisse qu'elle contient (1). Qiioi qu'il en soit, elle entre, pour une part notable, dans les ressources alimentaires des populations voisines des eaux où l'on pèche ces pois-

(1) Avec la graisse de TEsturgeon, on fait, dans les contrées septentrionales, une excellente huile à brûler.

La différence de nourriture donne, dit-on, à la graisse et à la chair des Esturgeons des qualités particulières que les pécheurs du nord savent bien distinguer, car, dit Sonnini {Hist, Poiit., t. IT, p. 348, note f), on nomme, en Norwège Esturgeon maquereau, celui qui s*est nourri de maquereaux; Bsturgson Kar$ng, celui dont les harengs ont fait la pâture, etc.

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sons. On préfère les individus pris dans les fleuves à ceux qu'on pèche en mer, et, selon Pallas (Yajf.^ tr. fr., t. III, p. 457), on vend ces derniers dii pour cent de moins que les autres. Ce n'est pas seulement dans les temps modernes qu'ils sont estimés comme aliment : ils furent, à une certaine époque, en trte-grand honneur à Rome (1).

La chair ne se mange pas seulement fraîche, on lui fait subir

(1) Athénée le rappeUe (Deipnosophistos, lib. VU, p. 320, ligne 95, trad. IsUne de Daléchamp). « Archesirate, cet homme qui a mené laYied*un Sardanapale, parlant da chien de mer des enTirons de Bhodee, pense qne c*est le même poisson que celui que les Romains appellent aeipems9r, et que Ton sert couronné de guirlandes, au son des flûtes, ceux qui le servent ayant aussi des couronnes » (trad. Lefebvre de Villebrune, t. III, p. 63).

« SnToyez TEsturgeon aux tables impériales, dit Martial, et qu'un morceau si rare soit Tomement du repas des Dieux. »

Ad pallatinas acipensem mlttlte mensas Ambrosia ornent mnnera rara dapes.

(Rpigr., lib. Tm, ICI).

Dans son indignation contre les vices de Rome, Cicéron a dit : Si quem tuomm afléctum mœrore videris, huic acipenserem potius quam aliquem socralicum libeUum dabis. (Tuscnl. lib. III, cap. 18).

Le héraut ou crieur public Gallonius, dont le nom s'est conservé à cause d*one sorte de célébrité que lui firent ses habitudes de gastronomie, parait avoir été le premier, dans Tancienne Rome, à vanter les qualités de la chair de I*Esturgeon. Trois vers du satirique Lucilius relatifs à ce personnage sont cités par Cicéron (De fmbu9 bofiwnmn et mahrum, lib. II, Î4 : 0 Publias, Ô gouffre de Gallonius, que tu me semblés à plaindre, tu as beau charger ta table de squilles et d*esturgeons énormes, tu n*a8, de ta vie, goûté un bon repas.

0 Publi, 0 gurges Galloni, es homo miser, inquit. Cœnasti in vitam nunquam bene, cum omnia in ista Consumis in squillâ, atque acipensere cum decumano.

Le héraut fut raillé d'abord. « Il n*y a pas si longtemps que la table de Gallonius fut réputée infâme parce qu'il y avait paru un esturgeon :

Haud ita pridem mensa

Galloni proBconis erat acipensere

Infamis (Horace, Sot, 3, vers. 47, lib. II).

n fut cependant bientôt imité et dépassé, comme on vient de le voir ; mais Tengouement dont ce poisson fUt Tobjet ne persista pas :

Apud antiques piscium nobilissimus habitus acipenser... Nullo in honore est, quod quidem miror, quum sit rarus inventu.

(Pline, Nofiir. AM., lib. IX, XXYII, 1. 1, p. 389, éd. Littré).

De nos jours, on a dit dans un recueil périodique (Le Gourmet) : « Rare et cher, Testurgeon est un poisson royal. On le sert à la broche, piqué d*anchois et d'anguilles, arrosé d*une marinade liée au moyen d'un coulis d'écrevisses. C*est le rôti du vendredi saint. »

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34 GÀNOÏDES CHONDROSTÉS. AClPinStlUDÉS.

diverses préparations pour la conserver. Je ne puis au reste, entrer dans de plus longs détails sur ce sujet qui a été traité par Hipp. Gloquet dans la ¥a/wM des médecins^ t. Y, p. 93-116 : Acip. nUhenus^ Hufio et hmo.

La vesm aérienne ou veme natatoire qui contribue, pour une certaine part, aux mouvements du poisson, doit être étudiée à la suite des organes de la locomotion.

G*est un grand sac membraneux simple et allongé. A sa région antérieure, elle s'ouvre, à la paroi dorsale de la portion cardiaque de Testomac, par un canal aérophore large, court, à peine distinct de la vessie elle-même.

Graigie [On the anatomical peculiarâies of the Sturgeon [Ac. sturio] in: Mem. Wemer. Soc. for 1826-31, t. VI, 1832, pi. IX, fig. 2) a représenté Torifice de la vessie et il a décrit la disposition de Tanneau musculaire qu'on y remarque et celle de sa frange papillaire qui n'est visible, à cause de sa direction, que dans Fintérieur de la vessie. G'est une sorte de sphincter destiné, sans doute, à s'opposer à la pénétration des aliments dans le sac à air, et à faciliter ou à empêcher soit rentrée, soit la sortie des gaz. On voit aussi l'ouverture de communication sur la pi. XIY du mémoire d'Alessandrini (Descr. paner. ^ etc.: Novi Comment. InsHt. Bononiens.^ 1836, t. II). Berlak (Symbola ad anat. ves. natal, piscium^ 1834) a décrit, p. 26, et montré, fig. 13, l'organe d'après VAcip. sturio, avec le large tube à air.

La vessie natatoire est une sorte de vaste appendice du tube digestif. Elle en a les fibres musculaires non striées qui, dans le lieu où elle communique avec l'estomac, sont plus nombreuses et y forment le sphincter dont je viens de parler.

La membrane përitonéale, qui fournit l'enveloppe extérieure, a, quelquefois, une teinte noirâtre.

La couche interne ou membrane muqueuse, beaucoup plus épaisse que les deux précédentes, constitue le tissu propre de l'organe. Bien qu'elle participe de la nature des membranes muqueuses par son épilhëlium, elle oCTre cependant les caractères d'un tissu fibreux. Elle a un aspect satiné ; elle est épaisse, et l'examen microscopique démontre qu'elle est formée par de petites fibres ayant la forme soit d'aiguilles, soit de fuseaux.

A sa surface intérieure, elle est revêtue, chez les Acip. Nao carii et Nardoi^ par un épiihélium à cils vibratiles, suivant la remarque de M. Leydig (Anat.-histolog . Untersuch. Fische... 1853, S 33, p. 29). Il est probable que lorsqu'on examinera

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rintériear de la vessie natatoire d'autres espèces du même groupe avant les altérations promptement produites par la mort, on y trouvera une semblable disposition. Aussi, peut-être, devrait-on considérer le caractère tiré de ce fait comme propre aux Ganoîdes, puisqu'on ne voit rien de semblable dans le reste de la classe des Poissons. Dès Farrivée du conduit pneumatique dans Testomac, Tépithélium vibratile cesse, car il n'y a, dans le tube digestif, que Tépithélium à cylindres.

Je n*ai point à discuter, à roccasion de la vessie natatoire des Sturîoniens, le rôle de cet organe, je ne puis cependant pas laisser échapper Toccasion qui se présente ici de mentionner le résultat d'expériences faites, en novembre 1865, à la Faculté des sciences de Poitiers, par M. le docteur Ed. Gouriet^ quand il soumit au visa du doyen, la thèse (Rech. expériment. sur la locomot. des Poiss.) qu'il y a soutenue le 12 avril 1866. (La portion de la thèse relative à la vessie natatoire est reproduite dans les ÂJin, se, nat, ZooL^ série V, t. VI, p. 369.)

Ses expériences ont pour conséquence de modifier Topinion trop généralement adoptée depuis Borelli, malgré des observations qui ne semblaient pas être d'accord avec la doctrine émise par le célèbre iotro-mathématicien. Cette doctrine est que la vessie est un organe essentiel à la locomotion, destiné à mettre l'animal en équilibre avec le liquide et servant à favoriser son ascension ou sa descente, suivant qu'elle est abandonnée à elle-même ou comprimée. M. Gouriet a vu tous les poissons d'eau douce auxquels il avait enlevé la vessie natatoire, et il en a opéré un assez grand nombre, d'espèces variées, se mouvoir avec la plus grande facilité dans tous les sens, aussi bien de bas en haut que de haut en bas, et se tenir fréquemment en station à la surface même où le jeu des nageoires et les ondulations du corps suffisaient à les maintenir longtemps.

Il a conclu des faits observés par lui, que la vessie aérienne est simplement un organe adjuvant de la natation. Son volume, il est vnd, varie à chaque instant dans les mouvements de déplacement du fond vers la surface, et de celle-ci vers le fond; mais, ajoute-tril, le poisson n'a pas besoin de se charger de ce soin : c'est la hauteur variable de l'eau qui accomplit cet office.

Presque à la même époque, M. le docteur Monoyer, agrégé à la Faculté de médecine de Strasbourg, combattait, par la voie de l'expérimentation, dans une note lue le 10 avril 1866, devant la réunion des Sociétés savantes à Paris, l'opinion généralement admise sur le rôle de la vessie natatoire.' Son mémoire ayant pour titre Rech, expériment. sur V équilibre et la locomot. chez les Poiss., a paru dans les Afin, des se. natur., Zool., série V, 1866, t. VI, p. 5-15. On y remarque, parmi les six propositions dont il est le développement, les 4« et 5* plus particulièrement relatives aux fonctions de la vessie

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