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SENS DU TOUCHER

On peut considérer comme organes propres à permettre aux Esturgeons d'éprouver quelques sensations tactiles, les barbillons qu'ils portent à la région inférieure du museau. Toujours au nombre de quatre et disposés symétriquement sur un plan presque horizontal, ils forment deux paires situées Tune d'un cAté, l'autre du cdté opposé du prolongement cartilagineux qui occupe la région rostrale médiane. Us ne sont pas toujours de la même longueur dans chaque paire.

Chez les espèces à museau court, ils sont insérés plus près de son extrémité que du bord antérieur de l'enfoncement buccal où la bouche rentre quand l'animal n'en utilise pas la protractilité dans le but de saisir sa proie. Si, au contraire, le museau est long, leur insertion est plus éloignée de sa pointe que de la région buccale. Chez d'autres à museau ni très-long, ni très-court, ils sont, à peu près, à égale distance des deux points que je viens d'indiquer. Tantôt, ils atteignent ou dépassent la lèvre antérieure, et tantôt en restent éloignés.

La forme des barbillons offre des différences.

a. Chez certaines espèces, ils sont simples, un peu aplatis à leur base, arrondis dans le reste de leur étendue et efGIés à leur extrémité — b. Chez quelques-unes, ils sont plats et munis, sur leur bord interne, de petits prolongements qui les font paraître comme frangés (Atlas, pi. 17, fig. 4, et pi. 19, fig. 2). — c. Chez d*autres enfin, ils sont en forme de ruban et élargis par un rebord membraneux et mince, sur les deux côtés ou sur un seul (Atlas, pi. 17, fig. 5 et 6).

Peut-être, les papiUes calidfùrmes de la membrane muqueuse de la bouche que je décris en parlant des organes de la digestion sont-elles propres à recevoir des sensations tactiles.

La peau est presque complètement couverte, soit par des écussons osseux, soit par les scutelles qui leur sont interposées. Ces pièces dures sont, plus loin, l'objet d'une étude particulière.

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Elle est revëtae d'un épiderme à cellules muqueuses semblables à celles de Tépiderme des poissons osseux, et qui manquent chez les Plagiostomes dont Tépiderme, comme M. LcydigTa noté [Beitr. mikroskop. AnaU Rochen und Haie, p. 79 et Anat.-histolog. Vntersuch. Fische^ p. 34], a des cellules identiques à celles de Tépithélium du pharynx. C'est Tépiderme muqueux sans cesse renouvelé qui protège les téguments contre l'action destructive de Teau.

Le même anatomiste (loc. cU,) a donné, sur la structure du derme des Esturgeons, des détails qui démontrent son analogie avec celui des poissons à squelette osseux.

Le système de coloration est très-simple. Le dos et la région supérieure des flancs ont une teinte brun&tre qui, chez certaines espèces, tourne au vert, tandis que, chez d'autres, il est un peu rottge&tre. Le bas des flancs'et le ventre, toujours beaucoup plus clairs et quelquefois même presque blancs, ont souvent de beaux reflets argentés, mais Tuniformité de couleur se trouve rompue, chez diverses espèces, par la présence de taches noires sur le dos, et à la base des nageoires qui, alors, sont semées de gouttelettes noires répandues également sur les flancs et sur la tète. Les taches noires, au reste, sont une sorte de livrée, mais non constante, du jeune &ge.

11 peut y avoir absence des couleurs habituelles remplacées par une teinte jaun&tre, et disparition du pigment des yeux qui semblent rouges. C'est là, un véritable albinisme que M. Brandt a observé et qu'il a figuré, ainsi qu'une variété gris jaan&tre {UeberAlbinisniusund abweichende Farbenspielart der Sterlàd in : Bull, phys.-mathem. Acad. Sl-Petersb., 1851, t. IX, p. 13, pi. : Ac rtUh. var. leucotica^ fig. 1, et Ac. ruth. var. giisescens^ fig. 2.)

Les canaux cutanés offrent une disposition assez. analogue à celle qu'ils présentent chez les Plagiostomes et les Holocéphales (t. I, p. 80-84 et 678-680). Les Sturioniens, en eff^et, ont un système de canaux qui sont une dépendance de la ligne latérale, et qu'on pourrait, comme je l'ai fait en parlant des Squales et des Raies, nommer tubes centraux, puis un système de petites cavités qui sont, en quelque sorte, l'équivalent des tubes muqueux à ampoules des Elasmobranches.

i* Les tubes centraux formant le grand système des canaux fournis par le canal de la ligne latérale, ont été décrits chez les Acip, nasus et Naccariiy par M. Leydig (Anatom.'-histolog. Vntersuch. Fische, p. 11).

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Le canal de la ligne latérale parrenu à la tète se tennine par ane division dichotomique.

a. Une de ses branches passe transversalement au-dessus de Toociput et se réunit à la branche correspondante du côté opposé.

b. L'autre branche plus longue continue à marcher dans la direction de Tœil ; arrivée à son angle postérieur, elle se bifurque.

a a. Le rameau supérieur contourne Tœil et traverse le pli cutané qui, par son passage an-dessus de la cavité nasale, sépare. Tune de Tautre, la narine postérieure et Tantérieure; puis, il s'ouvre à la surface cutanée par de très-f>etits orifices.

bb.Le rameau inférieur, après s*ètre avancé jusqu'à Voeil, se dirige vers Tangle de la bouche; de là, il gagne, en serpentant, rextrémité rostrale et entoure, dans son trajet, par Tune de ses sinuosités, la base du barbillon externe. A la face inférieure et à la pointe du museau, il y a plusieurs ouvertures. Quant à celles de la face supérieure qui doit en présenter aussi, il est impossible de donner, à leur égard, des indications satisfaisantes, le revêtement osseux du crâne chez toutes les espèces, et du museau chez presque toutes» n'en permettant pas la recherche. ,

Tout le système du canal latéral a des supports osseux. Sur les flancs, les supports sont les boucliers latéraux; au-devant de ces derniers, ce sont les plaques de la ceinture scapulaire, puis celles de la région suscéphalique; et même, dans la bride cutanée qui forme pont au-dessus des narines, il y a une petite pièce osseuse où passe Tune des branches. A la face inférieure du museau, les appuis sont logés dans un tissu fibro-muqueux. Cette ^orte de charpente osseuse où se trouvent des corpuscules osseux est représentée par M. Leydig (Ànat," hUtolog. etc., pi. I, fîg. 2, a). Elle consiste soit en des sortes de goutr tières, soit, sur d'autres points, en des canaux complets, mais perforés de distance en distance, et dans lesquels des filets nerveux pénètrent. Sur la figure citée, on les voit entrer et former, de chaque côté de l'ouverture qui leur livre passage, un petit renflement longitudinal. Presque toujours, en face de chacune de ces ouvertures, il y en a une autre plus grande.

^ Les tubes muqueux à ampouleSy si remarquables chez les Holocéphales ou Chimères, mais surtout chez les Plagiostomes, sont, ici, bien plus simples. Ils sont réduits à de petits culs-d^-sacs fort courts, très-nombreux, logés dans le tissu connectif sous-cutané et fibro-muqueux de la face inférieure du museau. Ils s'y ouvrent par des pores au milieu des lacunes de forme et de grandeur diverses que constituent les nombreuses plicatures de la peau de cette région (Atlas, pi. 19, fîg. 2 et 2a).

Comme chez les Raies et les Squales, ils ont des ampoules qui reçoivent les extrémités d'un plus ou moins grand nombre de tubes en forme de cœcum. A chacune des ampoules, qui est remplie par une matière de consistance gélatineuse, se rend un filet nerveux.

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Outre l'appareil sona^aUné de la face inférieure da museau, on trouve de petits amas des tubes en culs-de-sac sur différents points de la région suscéphalique, où ils s'ouvrent également par des pores. Ainsi, il y en a, de chaque côté, un petit groupe entre les centres des plaques pariétales et temporales, et qui croiseleur suture; au-dessus de rœil, au niveau et au-devant de la suture des frontales antérieure et postérieure (ATL.,pl. 16, fig. i,2, 3, et pi. 17, fig. i). Quelques-uns, enfin, se voient sur les côtés du museau, au-dessous de l'œil et sur Topercnle.

M. Leydig (Anat.'histol. etc., p. 13) fait remarquer, avec raison, que les Sturioniens, au point de vue où nous sommes placés en ce moment, semblent tenir le milieu entre les Plagiostomes et les poissons osseux.

Pour ce qui concerne les canaux de la ligne latérale, le trajet est à peu près le même que chez les osseux, mais généralement avec un diamètre moindre, et les troncs nerveux n'en sont pas considérables.

Quant aux tubes de la seconde classe ou tubes muqueux, ils ne se rencontrent jamais chez les poissons osseux, et quoique Ton puisse dire, pour indiquer la différence entre les Plagiostomes et les Esturgeons, 'que les premiers ont des tubes muqueux et des ampoules, et les derniers des ampoules seulement, une différence très-notable avec les poissons ordinaires résulte néanmoins de la présence de Tappareil qui vient d*Stre décrit.

Les plaques osseuses du crâne^ les écussans des séries longitudinales du tronc et les sctUelles épineuses offrent un exemple frappant du développement du squelette cutané qu'on peut, avec M. Rich. Owen, nommer exo-squelette^ par opposition au véritable squeli^tte ou endo-squelette (1).

Les nombreuses plaques osseuses dont les téguments sont revêtus deviennent, pour le poisson, une armure suffisamment protectrice contre les chocs de Teau, des pièces de bois formant

(1) « L'Esturgeon, a dit Pline (lih. IX, XXYII, i), est le seul poisson qai ait {disposition contraire à la nage) les écailles tournées vers la tête (trad. Littré), unus omnium squamis ad os vwsis, contra quam in nando néant. » Cuvier, dans ses notes à la Zoohgie de PUne, trad. Âjasson de Grandsagne, éd. Panckoucke, t. n, p. 171, fait observer que la disposition des plaques du tronc qui n'empiètent point les unes sur les autres et ne simbriquent pas comme les écailles de la plupart des poissons ayant été mai décrite par le premier observateur, peut avoir donné lieu à une expression si Inexacte. Aucun poisson, ajoute-t-il, n'offre le caractère énoncé par PUne.

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barrages, ou des pierres et des rochers sur lesquels il peut être précipité en cherchant sa nourriture au fond des eaux. Cette dure enveloppe pare aux inconvénients qui auraient pu résulter du défaut d*ossification du crâne et des autres parties du squelette interne.

En même temps, et M. Rich. Owen en fait la remarque [Lect. comp, anat.^ Fish.^ 1846, p. 148], le poids de Tarmure cutanée exige que la charpente intérieure ait toute la légèreté compatible avec son élasticité et avec le râle qu'elle joue comme soutien et point d'appui du système musculaire.

Les différences dans la forme, Tarrangement et le nombre des pièces osseuses de la région sus-céphalique fournissent, comme M. Agassiz le fait observer (Poiss. foss.y t. II, p. 279), une a preuve certaine que ces plaques, quoique soudées assez intimement sur la face extérieure du cartilage cr&nien, n'appartiennent pourtant pas au système des os du cr&ne, mais sont des dépendances de la peau, et que ce serait, par conséquent, peine perdue que de vouloir les ramener au type des os du crâne en général. »

Entre les Sturioniens et les Crocodiles, il y a de frappantes analogies relativement aux écussons du tronc. Parmi les poissons, les Loricaires, armés comme le Scaphirhynque, et les Silures cuirassés ont un squelette cutané comparable, jusqu'à un certain point, à celui des Esturgeons. Quant aux espèces à écailles émaillces tels que les Polyptères, les Lépidostées et la série nombreuse des espèces fossiles qui s'en rapprochaient, je n'ai point à revenir sur leurs caractères tirés du revêtement extérieur, et d'après lesquels M. Agassiz a réuni, sous le nom de Ganofdes ces différents poissons, car j'ai déjà discuté, à deux reprises, la valeur des caractères du groupe tirés de l'écaillure (t. I, p. 271 et 272, et t. II, p. 3).

Je dois donc, ici, m'occuper seulement des pièces dures qui protègent la tète et le corps des Sturioniens.

Les plaques céphaliques enveloppent le crâne.

M. Modeste Kittary a bien expliqué les divers modes d'union des boucliers entre eux [RecL anat. sur les poiss, du genre Acip. in: Bullet. Soc. impér. natur. Moscou, 1850, t. XXIII, p. 409).

c Ils sont réunis très-fortement Tun à Taatre des trois manières suivantes : ou un bouclier couvre par son bord celui de Tautre bouclier et donne ainsi la commissure squameuse; ou deux boucliers se réunissent par des dents et forment la commissure sagittale; ou, enfin.

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