‹ Histoire naturelle des polypes composés d'eau douce, ou des bryozoaires fluviatiles; (volume 2)Chapitre 8 sur 19 · G HISTOIRE NATURELLE · texte numérisé non relu

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avec patience cette occasion qui doit révéler l'existence du système nerveux chez les polypiers. Ces ganglions sont ovales et font saillie au-dessus de l'œsophage, dans la cavité dont nous avons parlé; leur aspect incolore et nacré ne permet pas de les confondre avec d'autres téguments.

Il existe aussi dans l'intérieur du polypier des filets simples et non composés comme les muscles. Cette particularité jointe à leur aspect distinct et à d'autres considérations, nous portent à croire que ce sont les filets nerveux de l'animal.

Système reproducteur.

À la base du système intestinal, on voit un filet incolore présentant ordinairement trois renflements et pendant dans la cavité générale du polypier : c'est le système génital consistant en un ovaire à trois renflements. Pour bien apercevoir ce système, il faut que les polypes soient à jeun et sortis de leur loge; alors l'enveloppe commune devient plus pellucide, et l'on peut mieux distinguer les organes contenus dans son intérieur; autrement l'extrême ténuité du système génital et sa transparence ne permettent de le reconnaître que très-difficilement.

L'ovaire est unique et central; il est inséré d'une part au cul-de-sac de l'estomac, et de l'autre à la paroi latérale du système cutané général. Un peu au-dessous de l'extrémité inférieure du cul-de-sac, on aperçoit un gros renflement presque globuleux, qui est suivi d'un second de même forme, mais moitié plus petit ; puis vient un troisième renflement allongé et fusiforme, après quoi le filet s'insère sur l'enveloppe générale. Vus a un très-fort grossissement, ces renflements, d'après les observations de l'un de nous, paraissent contenir des globules qui sont les ovules contenus dans les ovaires. Parfois on observe au-dessus des renflements de l'ovaire une masse de ces ovules qui en sortent, et qui sont des germes destinés à tomber dans la cavité générale pour s'y développer en embryons. D'autre part, l'un de nous a vu très-distinctement de semblables ovules sortir en masse par l'anus, d'où l'on peut conclure que l'ovaire a une ouverture dans le cul-de-sac de l'estomac, et qu'il émet par là, pendant l'été, les germes destinés à multiplier l'espèce.

Nous venons de voir que les ovules sortis des ovaires sont tantôt rejetés par l'anus, tantôt déposés dans la cavité générale du polypier. Ces ovules sont des germes proprement dits, d'abord inertes, mais qui ne lardent pas à se transformer en embryons, doués de mouvement, de locomotilité. et de la faculté de se transporter d'un lieu à un autre à la manière des volvoces. Si on rompt un polypier adulte par sa base, on ne tarde pas à en voir sortir une grande quantité de ces embryons nus, qui se mettent à nager dans le liquide et qui sont au polype ce que la larve des insectes est à l'insecte parfait. Il est donc évident que ces embryons nus proviennent de l'intérieur de la cavité générale. En effet, les ovules sortis des ovaires tombent dans la cavité générale et là se transforment en embryons; ils restent dans cette région du polypier, et si celui-ci n'est pas détruit, ces embryons en sortent en formant des sacs latéraux qui en sont entièrement remplis, et dans lesquels on voit très-distinctement les embryons se rouler les uns sur les autres et se glisser de mille manières sans aucune interruption. Ces sacs latéraux peuvent quelquefois devenir des liyberuacles pour favoriser la conservation de l'espèce durant la froide saison.

Lorsque les embryons nus sont sortis du polypier , ils nagent librement dans l'eau, tantôt s'allongeant et se contractant, tantôt se courbant de diverses manières, la pointe toujours en avant, à la manière des planaires. Enfin, ils finissent par se fixer par leur base ; alors ils deviennent immobiles, leur peau devient turgide et se gonfle, et ils ne tardent pas à donner naissance à un polype presque toujours géminé, et qui, à son tour produisant des bourgeons successifs, devient par la suite un polypier rameux.

Les embryons nus et locomotiles des lopbopiers sont analogues à ceux que M. Grant a découverts dans les éponges; mais c'est à tort que certains auteurs les ont qualifiés du nom d'ceuf, puisque leur membrane externe appartient à l'embryon lui-même, et que plus tard elle devient la base du système cutané général du polypier. Le véritable œuf possède une membrane distincte de l'embryon ; nous en parlerons tout à l'heure.

Vers l'automne , on remarque souvent vers la base du polypier des sacs latéraux qui se remplissent de germes, lesquels y restent tantôt à l'état

inerte et ont l'apparence cellulaire, tandis que parfois ils s'y développent à l'état d'embryons. Les premiers sont de véritables propagules qui tombent et se maintiennent durant toute la froide saison pour assurer la conservation de l'espèce. Parfois, au contraire, les embryons se développent dans les sacs latéraux, où on les voit très-distinctement circuler et se rouler les uns sur les autres.

Les œufs sont autre cbose : c'est le moyen que la nature emploie le plus communément pour la conservation de l'espèce. Ils sont enveloppés d'une substance cornée brune et très-opaque, qui préserve l'embryon des atteintes de l'hiver et conserve ainsi l'espèce durant la froide saison.

Les deux espèces de ce genre que nous avons observées présentent une différence considérable dans la forme de l'œuf. Dans le lopbopier couronné, d'après les observations de l'un de nous, l'œuf est orbiculaire et armé tout autour d'une couronne de petites épines rudes terminées chacune par des cils recourbés en hameçons; c'est lui que M. Turpin a pris pour l'œuf de la Crislatella mucedo. Dans le lopbopier de Trembley, l'œuf est ovale et ne présente pas la couronne de hameçons qui rend l'autre si extraordinaire; ils sont simplement enveloppés d'une large bordure unie et fine.

Ces œufs se forment vers la base du polypier, lorsque les pluies de l'automne décomposant les eaux , les rendent fétides et empêchent l'animal de continuer à vivre; alors les embryons contenus dans l'intérieur du polypier se transforment en œufs recouverts de l'enveloppe cornée que nous venons de décrire , et par là propres à résister à toutes les vicissitudes de l'hiver. Ils ne sortent pas cependant du polypier, et par conséquent ils ne sont pas pondus par l'animal, mais lorsque celui-ci, arrivant à la décomposition, tombe en déliquescence, ces œufs, restés libres, descendent au fond des étangs et y passent l'hiver, le plus communément attachés aux rhizomes des nymphœacées et des autres plantes aquatiques.

Nous avons dit que l'une des deux espèces de lophopier avait ses œufs bordés d'une rangée d'épines terminées par des cils en hameçons. En observant cette curieuse particularité, M. Turpin s'est écrié : « Quelle est la

» malheureuse mère condamnée à pondre des œufs si horriblement béris- » ses de crochets1? » Nous avons fait remarquer que ces œufs n'étaient pas pondus, mais le seraient-ils, leur ponte n'occasionnerait aucun mal à la mère, ne déchirerait pas ses flancs; car, pendant tout le temps que ces œufs sont contenus dans le polypier, et même encore après qu'ils sont libres, les épines en hameçons qui forment la couronne dont ils sont marginés sont repliées sur la face inférieure de l'œuf, et appliqués si exactement contre cette face que c'est à peine si on peut les voir. Dans cet état, l'œuf présente à son pourtour une bordure circulaire parfaitement lisse, et ce n'est que lorsqu'il est devenu libre que les épines formant la couronne se détachent, se redressent et montrent l'œuf, hérissé sur toute sa circonférence d'épines rudes terminées chacune par plusieurs cils recourbés en hameçons.

Les œufs passent l'hiver au fond des étangs, dans la vase ou à la base des plantes aquatiques; au printemps, ils deviennent plus légers que l'eau et s'élèvent à sa surface où ils éclosent. L'éclosion a lieu dans le commencement de mai, elle se fait par la rupture de l'œuf qui s'ouvre en deux valves, non pas transversalement comme l'a représenté M. Turpin, mais le long de la suture formant le bourrelet marginal. C'est par cette fissure que sort l'embryon. D'abord l'œuf se gonfle et s'entrouve légèrement; on aperçoit l'embryon par la fissure. Peu à peu, il sort et montre l'extrémité de ses tentacules; alors la respiration commence et l'animal acquérant plus de force, on le voit sortir son corps de l'œuf auquel il est attaché. 11 reste plusieurs jours dans cet état , jusqu'à ce qu'enfin il s'en détache complètement.

Lorsque le jeune lophopier a quitté son écaille, il flotte dans le liquide jusqu'à ce qu'il rencontre une surface qui lui offre de la solidité, une pierre, un morceau de bois, une tige de plante aquatique; alors il se fixe par sa base, qui paraît constituer un suçoir; il se développe, s'épanouit, se ramifie et devient un polypier.

Une chose digne de remarque, c'est que les œufs du lophopier ne con-

* Turp., Ann. se. nat., 7, p. G6.

tiennent pas un embryon unique, niais trois embryons, naissant d'une enveloppe commune, l'un au centre, à l'opposite du suçoir, et les deux autres à droite et à gauche du premier, disposés dans la forme d'un trident; au contraire, les embryons d'été fournissent communément deux polypes, bien que quelquefois ils n'en présentent qu'un seul. Cette particularité curieuse s'observera sans doute dans les autres genres de la même famille.

Ramification du polypier.

Les naturalistes ont admis que les polypiers composés se ramifiaient au moyen d'oeufs qui viennent se disposer à leur surface; c'est ainsi que l'on a cherché à expliquer le phénomène de la ramification des polypiers (jui donne à ces êtres les apparences d'une végétation. L'observation des polypiers cornés et des madrépores devait prouver le contraire, vu que les tubes qu'on y rencontre se continuent du sommet à la base; or cette continuité de la cavité générale n'aurait pas lieu si de nouveaux polypes venaient extérieurement se superposer aux anciens. Mais l'étude du lophopier, que la transparence et l'absence de polypier solide rendent si utile et si commode pour déterminer les lois physiologiques qui régissent ces petits êtres, nous a démontré que les polypes destinés a former de nouveaux bourgeons se forment à l'intérieur de la cavité générale, et n'en sortent qu'après leur entier développement.

Le premier état d'un bourgeon se présente sous la forme d'une masse muqueuse attachée à la paroi intérieure du système cutané général du polypier, et communément vers l'endroit où le système cutané individuel se réunit au système cutané général. Cette masse muqueuse adhère fortement à la face intérieure de la peau du polypier, et elle paraît composée de plusieurs lobes contournés les uns sur les autres. Il se forme donc là un bourgeon adventif qui , une fois appliqué à la peau , y établira un foyer de vitalité dont l'effet sera d'exciter à l'intérieur le développement de sa masse, et à l'extérieur une tuméfaction naissant de dessous la peau et formant en dehors une protubérance.

Le deuxième état de développement du bourgeon adventif présente déjà cette protubérance du système cutané. C'est d'abord une faible bosselure qui tend à s'accroître avec rapidité. Les lobes de la masse muqueuse se développent, se déroulent et prennent une forme allongée de manière à former un corps pseudo-embryonnaire. Ce corps est stationnaire et immobile, toujours collé par le dos à la paroi latérale du système cutané du polypier.

Le troisième état est indiqué par la séparation des lobes; on voit que les plis de la masse primitive se métamorphosent en intestins , et on y aperçoit l'estomac, le gésier et l'intestin. Le premier est replié sur luimême et inséré parallèlement aux autres viscères. On ne voit encore aucune trace du système tentaculaire, seulement la protubérance du système cutané se prononce fortement , et fait une notable saillie en dehors.

Au quatrième état, on voit l'estomac se détacher du système cutané, mais il y laisse un filet qui deviendra l'ovaire, fixé d'une part à l'estomac et de l'autre à la cavité générale. En se détachant du système cutané, l'estomac est contourné sur lui-même. Au sommet du gésier on voit l'œsophage, qui apparaît obscurément dans la proéminence toujours croissante du système dermique général du polypier.

Le cinquième état se signale par la présence des muscles que l'on peut distinctement reconnaître; de son côté, le système intestinal se distingue de plus en plus. A la proéminence du système cutané général apparaît un bouton renfermant le système cutané individuel et les premières traces des tentacules. Le système intestinal est manifestement cave à l'intérieur, et on reconnaît son épaisseur dermo- musculaire comme elle existe sur les jeunes polypes tout formés.

Le sixième état présente un système intestinal parfaitement libre, et se mouvant dans la cavité générale. On y distingue l'estomac , le gésier et l'intestin, et l'on aperçoit leurs mouvements péristaltiques, qui manifestent l'existence de la vie. Les tentacules sont de plus en plus apparents, et les branchiules paraissent roulées dans la partie supérieure de la proéminence du système dermique. Celle-ci se perfore distinctement au sommet, et le jeune polype commence à avaler par cette ouverture de CompL, t. XVI. il

l'eau et des matières alimentaires, ce qui donne naissance aux mouvements péristaltiques de l'estomac. On voit distinctement le sommet de l'œsophage opérer de temps à autre ses mouvements de déglutition comme le ferait l'animal parfait, seulement ces mouvements sont beaucoup plus faibles.

Au septième état, le polype nouveau étant entièrement formé, on aperçoit les branchiules qui font saillie hors de l'enveloppe générale, et qui en sortent par l'orifice que nous avons signalée au sixième état. Ces branchiules ne sont pas droites et fasciculées comme dans les polypes adultes, elles sont au contraire condupliquées et repliées sur elles-mêmes, de manière à sortir de l'enveloppe générale le milieu d'abord.

Le huitième état est la dernière phase de l'embryogénie du lophopier. Les bras se redressent en sortant de l'enveloppe générale ; les branchiules se déroulent les unes après les autres, en commençant par les supérieures et pour ne plusse rouler jamais. A peine sont-elles déroulées que la respiration s'établit immédiatement et avec force, et bientôt le système cutané individuel ne tarde pas à sortir de l'enveloppe commune, entièrement formé. Alors un polype nouveau existe à la surface du polypier; la proéminence dont il est issu forme un lobe de plus, qui lui-même produira à son tour d'autres lobes en passant par les mêmes phases, et ainsi le polypier se ramifiera indéfiniment.

Le temps nécessaire à l'évolution d'un polype par bourgeon varie suivant la température de l'atmosphère. Dans les chaleurs de l'été, il suffit de quatre ou cinq jours, tandis que huit à dix jours et même davantage sont nécessaires, par les temps froids, pour qu'un polype arrive à son entier développement.

Tel est le mode que la nature emploie pour la ramification du polypier et le développement de nouveaux bourgeons chez les lophopiers. Ces bourgeons ne sont donc pas, comme on l'a dit, produits par des œufs de polypes qui viennent se déposer extérieurement à la surface du polypier, ils sont produits par de nouveaux polypes qui se développent à l'intérieur de l'enveloppe générale. Nul doute que pareille chose s'opère dans tous les polypiers véritablement composés, à quelque division qu'ils appar-

tiennent. Ainsi s'explique également le mode de production des nouveaux polypes dans les hydres, sur lequel on n'avait que des données vagues et incertaines.

Le mode de développement que nous venons de présenter est le même dans les embryons nus des polypiers composés d'eau douce.

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