U HISTOIRE NATURELLE
Les tubes polypiaires se déplacent quelquefois de deux pouces dans une nuit, dit Rosel , ce qu'il faut attribuer, selon lui, à l'eau que ces animaux expulsent , comme on le remarque chez quelques larves d'insectes. Nous n'avons point observé ce déplacement de tout un polypier, mais cette observation s'accorde avec celle que Baker a faite sur son bell-flowerpolype . Nous ne croyons pas que les polypiers composés d'eau douce , une fois fixés, jouissent en commun de cette faculté, mais bien les jeunes avant qu'ils se fixent.
C'est au mois de mai 1754 que Rose! a découvert les animaux que Cuvier a désignés sous le nom de Cristatelles. Il avait mis des Lemna dans un verre d'eau : après l'avoir bien remué, il le laissa en repos, et aperçut peu de temps après, quelques corps arrondis de la grosseur d'une tête d'épingle, d'un jaune d'ocre, au fond du vase; il les reconnut pour des Polypes d'un autre genre. Ils étaient pourvus de 60 tentacules. Il n'a rien pu observer sur leur mode de reproduction.
Rôsel parle de quatre différentes sortes de Polypes composés d'eau douce : 1° Celui de Baker ; 2° celui de Trembley ; 3° ses Vederhospolypen, et 4° ses kleyne Vederbospolypen ou cristatelles. Dans une note , Kleeman ajoute ensuite le Polype découvert par BIumenbach (Fredericella) , et qui n'a que 20 tentacules. Quant aux Polypes trouvés près de Hanovre, par le professeur Lichtenberg, et qui n'auraient que quatre tentacules, ce sont probablement des Difflugies.
Les Polypes dont parle Brady dans les Transact. philosoph. et qu'il a trouvés avec Pallas, près de Bruxelles , sont des vorticelles '.
En 1754, Schceffer publia un mémoire sur les Polypes à bras (hydres ) des eaux douces de Ratisbonne 2. Ce mémoire est accompagné de trois planches. Les figures 1 et 2 de la première planche représentent un Polype composé qu'il nomme Kammpolypen , et qu'on pourrait
1 Brady , Philos. Transact. , vol. 49 , p. 24K , tab. 7 , fig. 1-6 ; et Pallas , Hisl. nat. des zoophytes, Irad. holl., vol. I, pa{j. 12-4.
2 Die Armpolypen im siissen IFasser um liegensburg ; in-4°, Regensburg , 1754. Schceffer , Abhandhmgen von Insekten , in-4°. Ratisbonne , 176-4-1779.
nommer aussi, dit l'auteur, Corallenartig. Ces polypiers ramifiés sont étendus sur des tiges et des feuilles, et sont pourvus, dans leur intérieur, de corpuscules bruns (œufs). Nous croyons que l'animal dont parle Schœffer est la plumatelle des auteurs.
Schœffer a reconnu que l'hydre verte, après avoir été desséchée, revient à la vie lorsqu'on la remet dans l'eau.
Loeffling a également observé les Polypes, mais il ne fait rien connaître de nouveau ; peut-être fait-il allusion à une circulation quand il dit : Die Substanz im Innern des Polypen-Stdmmchens scheine manchmal eine zitternde Beicegung zu haben '.
Ledermuller, dans sa Mikroskopische Ergoetzung, parle des mêmes Polypes que Rosel , chez qui il les a vus pour la première fois. Il ne fait rien connaître d'important ni sous le rapport zoologique, ni sous celui de la physiologie. Partout où Rôsel est en dissidence avec Trembley; il partage l'avis du premier 2. Généralement, le dernier qui étudie un sujet y voit mieux et plus que ses prédécesseurs ; mais ici , Trembley a surpassé en exactitude ceux qui ont écrit longtemps après lui.
Pallas, avant de publier son grand ouvrage , décrivit dans les Mémoires de V académie de Pétersbourg , un Polype fluviatile, trouvé dans le Kliazma, près de Vladimir. Le polypier prend, dit-il, des formes très-variées et se développe à la surface des Anodonles et des Paludines. 11 forme ordinairement des masses compactes; mais, Pallas le suppose dans le principe, ramifié et semblable à ceux que Rosel a trouvés attachés aux feuilles de plantes aquatiques. L'animal a environ 36 bras. Pallas le désigne, comme le faisaient les auteurs de cette époque, sous le nom de Tubularia fungosa Vil a vu les œufs de ces animaux, puisqu'il dit : Laceratis massis copiose in aquam enatant granula depressa ,
1 Loeffling, Jbhand. der Schwed. Akadeinie. 1-4 Band, 1755, s. 122.
2 Letlermuller, Mikroskopische Gemiiths- und Jugenergôtzung ,• Nuernbeqj, 1761, 1 vol. in-4°; et Physikalisch-mikroskopische Zergliederung ; Nuernberg, 1764; 1 vol. in-fol.
3 L'un de nous, M. Van Beneden , a trouvé, cette année, au Muséum d'histoire naturelle devienne (Autriche), un morceau assez grand d'alcyonelle , étiqueté Tubularia fungosa Pal. , et qui provient de la collection de Pallas.
ovalia, duriuscula, opaca , fusco-nigra. Le travail de ce célèbre naturaliste est accompagné d'une planche qui représente le polypier adulte sous la forme d'un agaric. L'auteur représente aussi la partie antérieure de l'animal , mais d'une manière très-imparfaite. C'est , sans doute , l'alcyonelle que Pallas a observée. L'auteur dit avoir trouvé ce même Polype dans les fossés, près de Gôttingen et in lacu subsalso Rakaniensi prope Brillant Belgii1. Nous ferons observer que c'est ici que nous voyons l'alcyonelle, bien qu'encore confondue parmi les tubulaires, désignée pour la première fois sous un nom spécifique, relui de Tubularia fungosa. Or, ce nom spécifique donné par Pallas, est infiniment plus caractéristique que tous ceux qui l'ont suivi.
Dans la description de son voyage ' , Pallas dit avoir vu sur des troncs d'arbres qui sont dans leau, beaucoup de Polypes à panache de l espèce commune , mais il n'en vit pas de ceux qu'il (rotiva, en descendant le Kliazma. Comme l'auteur ne donne ni figure, ni description de ces derniers, nous ne pouvons savoir à quel genre ils appartiennent.
Leendert Bomme a trouvé des Polypes fluviatiles dans l'île de Walcheren. Ils sont pourvus de 60 bras. Le courant est produit de même que chez les Polypes marins. Il signale des dents qui déterminent, par leur mouvement rapide , des courants réguliers qui entraînent les corpuscules étrangers vers la bouche. Le même auteur a vu aussi le courant qui monte d'un côté du bras et qui descend de l'autre 3. Kleeraan dit, dans une note , pag. 401 , ces dents existent probablement aussi dans le Polype de Rosel, mais elles auront échappé à l'investigation du naturaliste de Nuremberg. Nous devons aussi considérer Leendert Bomme comme ayant le premier signalé l'existence des cils
1 Pallas , Descriptio Tabulante fungosœ , etc., Jul. 1768; Nov. comment, acad. scient, imper. Petropolitanœ , t. XII. 1768.
2 Voyage dans plusieurs provinces de Vempire de Russie, etc. ; trad. franc. , avec notes de Lamarck , t. 1 , p. 26; et Pallas , Hist.natur. des zoophytes, trad. holland., Amsterdam, 1808.
3 Leendert Bomme , Bericht uegens een zonderling zee insect , etc., Zeewcsch genootscliap der IVetenschappen te Flissingen; in-8", Middelburg, 1769.
vibratils qui sont aujourd'hui reconnus jouer un si grand rôle dans l'économie animale.
Ot. Fréd. Muller, dans son ouvrage sur les vers, fait aussi mention des polypiers composés d'eau douce, et les désigne sous le nom de Tuhularia. Le Polype, figuré par Schœffer, est donné comme synonyme de son Tuhularia repens , qui provient du lac Bagsvord. L'auteur reconnaît avec Trembley un œsophage , un estomac et un intestin \
Dans la séance du 10 septembre 1 774 , le célèbre Blumenbach communiqua à la société royale des sciences de Gottingen, ses observations sur un nouveau Polype d'eau douce , Tuhularia sultana , qu'il avait trouvé dans les fossés de la ville de Gottingen. Il est étonnant que ce Polype , si distinct des autres par ses 20 bras en entonnoir et non en fer à cheval , ait été confondu jusque dans ces derniers temps avec les alcyonelles et les plumatelles. La description que l'auteur en donne est courte, mais elle est exacte. Il en donne une figure dans son Manuel d'histoire naturelle 2. Nous avons retrouvé ce Polype dans le canal de Bruxelles et dans la Dyle, près de Louvain , et M. Gervais l'a reconnu également à Plessis-Piquet , près de Paris. Il l'a désigné sous le nom de Fredericella. Ce polypier nous parait très-répandu et se retrouvera en beaucoup de lieux. Pallas, dans son Mémoire sur le Tubularia. fungosa, publié en 1768, dit avoir trouvé jadis le Tuhularia coralloïdes près de Gottingen. Serait-ce le même que l'animal décrit par Blumenbach? Nous sommes portés à le croire.
Schmiedel, dans ses Icônes plantarum3, a décrit et figuré, sous le nom de Spongia lacustris, le polypier de l'alcyonelle tel qu'on l'observe à l'automne lorsque les animaux sont détruits. Il dit n'y avoir pas reconnu les mouvements spontanés que l'on attribue à certaines éponges. Il en décrit et figure exactement les tubes et les œufs qui y sont logés.
1 Muller , Ot. Frid. , Vermium terrestr. et fluv hist., 2 vol. in-4° , 1773 (vol. 2 , pag. 16).
2 Gôtting. Magaz. ; 1 Jahrg., 4 st., 117 ; et Handbuch der Naturgeschichte; un vol. in-8° , Gottingen, 1779, traduction française, 1803; Metz, 2 vol. in-8°, traduction hollandaise, Leyden , 1«02.
3 Icônes plantarum et analysis partium ; fasc. III, tab. 61 et 62.
Dans leurs systèmes du règne animal, Linné et Gmelin placent tous ces Polypes fluviatiles dans le genre Tubuluria '.
Eichhorn publia , en 1781, des recherches sur les animaux inférieurs d'eau douce. Son mémoire est accompagné de huit planches ; la quatrième contient les alcyonelles ou plumatelles. Il croit avoir sous les yeux le même animal que Schœffer et Baker ont décrit , et il s'étonne de ne pas observer les mêmes choses que ces auteurs. Il ignore , dit-il , le mode d'accroissement et de reproduction , mais il a reconnu les cils vibratiis sur les tentacules 2.
Cavolini a décrit avec soin la circulation dans les Polypes de mer , et il compare le liquide de l'intérieur de l'animal au sang des animaux supérieurs. C'est lui aussi qui, le premier, a fait connaître, après Aristote , l'insertion si singulière de la vésicule ombilicale dans les mollusques céphalopodes3. Treviranus, dans son bel ouvrage sur les Phénomènes de la vie organique*, dit, pag. 235 : Cavolini beschreiht eine wirbelfœrmige Bewegung im lnnern der Sertularien , die er fur eine, dem Blulumlaufder hùhern Thiere àhnliche Ercheinung liait; et Grant 5 , dans ses Outlines of comparative anatomy : The circulalion of the blood in many Zoophytes was carefully investigated and described by Cavolini fifty years since , especially in Sertulariae , Plumulariae , Campanulariae , Tubulariae , etc. Nous citons ces deux passages parce que nous n'avons pu nous procurer cet ouvrage de Cavolini.
En 1789, dans Y Encyclopédie méthodique, Bruguière parle de l'alcyonelle sous le nom d'Alcyon fluvialile. Ce polypier lui avait été remis par M. Dantic, et provenait des eaux de la fontaine de Bagnoîet, aux environs de Paris. Quoique Bruguière l'ait nourri pendant quelques jours, il n'a rien observé relativement à l'ani-
1 Syst. nat.; 8835.
2 Eichhorn, Beitràge sur Nalurgeschichte der kleinsten tf^asserthiere , broch. in--4°. Berlin et Stettin, 1781 , avec 8 pi.
3 Cavolini, Memorie per servire alla stor. nat. dipol. mar. Naples, 1785. In-i°.
4 Treviranus , Erscheinungen und Gesetsedes org. Leb., l8r vol. , pag. 235.
5 Grant, Outlines ofcomp. anat. 1835.
mal, et il ne le place dans le genre Alcyon qu'à cause de la ressemblance qu'il trouve entre le polypier desséché et les autres alcyons \
Nous voici parvenus à l'époque où les polypiers composés d'eau douce, jusqu'alors confondus soit avec les genres marins, soit entre eux, vont être étudiés sous le point de vue de leur classification , et former des eenres distincts. Et d'abord nous devons citer le célèbre G. Cuvier, qui, dans son Tableau élémentaire des animaux 2, fait un genre distinct du Polype libre, découvert par Rôsel , et lui donne le nom de Cristatelle , qui lui est resté. Ce savant admet trois espèces de tubulaires d'eau douce, y compris l'espèce de Blumenbacb. On voit qu'il n'a parlé de ces animaux que d'après les auteurs. Il est étonnant que Cuvier ait laissé le genre cristatelle près des vorticelles, même dans la seconde édition de son Rècjne animal , tout en reconnaissant qu'il paraît y avoir rapprochement entre elles et les plumatelles.
Dans le Bulletin de la société philomafiqtie (an XII) , Vaucher décrivit deux espèces de tubulaires d'eau douce 3 ; mais sa description est peu complète , de sorte qu'il n'est pas facile de déterminer à quelle espèce elles se rapportent. Il est le premier qui ait vu la sortie des Polypes de l'œuf. La tubulaire que Vaucher désigne sous le nom de Lucifuge, a été trouvée par lui dans les eaux du Rhône. Ses tentacules sont au nombre de 25 à 32. Dans l'intérieur, on trouve des grains arrondis et aplatis. L'autre espèce, la tubulaire rampante, se trouvait sur les feuilles de nénuphar. Les grains trouvés dans l'intérieur sont fusiformes. Il est à remarquer que l'explication de la planche jointe au mémoire de Vaucher , présente une erreur manifeste en attribuant à la tubulaire lucifuge des œufs fusiformes, et à la tubulaire rampante des œufs arrondis , ce qui est précisément l'inverse des caractères as-
1 Bruguière , Encycl. met h. , Vers , pag. 24. 1789.
2 Cuvier, Tableau élémentaire de l'hist. nat. des animaux , 1 vol. in-8° , Paris, an VI , p. 656 ; et Règne animal, vol. 3, pag. 296. 1830.
3 Vaucher, Observations sur les Tubulaires d'eau douce, Bulletin de la soc. philo»., an XII (180.'0,n° 81 ,p. 157, pi. 19.
signés par le naturaliste de Genève. Cette erreur est due sans doute au graveur , qui d'ailleurs paraît avoir été fort peu soigneux , puisqu'il a négligé de représenter les cils qui bordent les tentacules et que Vaucher avait particulièrement désignés.
Eu publiant le mémoire de Vaucher l, Bosc, qui déjà, dans son Histoire naturelle des vers , avait indiqué que les tubulaires d'eau douce devaient former un genre distinct, revint sur cette pensée , et, dans le même numéro des Bulletins de la société philomatique , il établit , à la suite du mémoire de Vaucher , un genre auquel il ne donna aucun nom, et qu'il caractérisa comme suit : Polypier fixé à tige grêle, membraneux, souvent ramifié, terminé, ainsi que ses rameaux, par un Polype dont le corps peut entrer entièrement dans la tige , et dont la bouche est entourée d'un seul rang de tentacules ciliés. Ce nouveau genre avait pour type, d'après Bosc lui-même, les tubulaires rampantes et couchées, décrites par Vaucher , et c'était sur les caractères indiqués par le naturaliste de Genève qu'avait été établi ce nouveau genre qui depuis fut désigné par Lamarck sous le nom de Plumatelle.
Dans son Système des animaux sans vertèbres , Lamarck n'admet que le genre cristatelle , et il ne fait point mention des autres Polypes composés d'eau douce 2. Mais, dans son Histoire naturelle des animaux sans vertèbres , publiée en 1816, il donne le nom de Plumatelle au genre indiqué sans nom par Bosc pour les tubulaires d'eau douce de Vaucher, et il admet ainsi trois genres distincts, savoir : les cristatelles, les plumatelles et les alcyonelles 3. Ce dernier lui avait été communiqué par Palissot de Beauvois, et Bruguière l'avait déjà décrit sous le nom d'Alcyon fluviatile.
Lepechin fait aussi mention des Polypes à panache dans son Journal de voyage, mais il ne nous apprend rien de nouveau. L'animal
1 Bosc j Histoire naturelle des vers, 3 vol. in-18, Paris, 1802; Bulletin de la soc. philom. , an XII , p. 158.
2 Syst. desanim. sans vertèbres, 1 vol. in-8°, Paris, 1801 , p. §83.
3 Nist. nat. des animaux sans vertèbres, Paris, 1815-22, tom.2,p. 95.
qu'il décrit est , sans cloute , le même qu'il a vu avec Pallas ' .
En 1810, Lamouroux présenta à l'académie des sciences un premier mémoire sur les Polypes, et il publia, en 1816, son Histoire des polypiers corallicjènes flexibles. Dans cet ouvrage, comme dans celui plus étendu, qu'il publia en 1821 , il parle des Polypes composés d'eau douce; mais sans faire connaître aucun fait nouveau. Lamouroux change le nom de Plumât 'elle , donné par Lamarck aux tubulaires d'eau douce, en celui de Naïs, mais il n'a été suivi en cela par personne. Les motifs qu'il allègue pour justifier ce changement sont bien peu fondés. Il admet d'abord cinq espèces de nais, y compris la tubulaire sultane et le Polype à panache de Trembley. Sans avaii vu l'alcyon fluviatile de Bruguière, il pense qu'il est voisin de la tubulaire rampante 2. Plus tard, dans son Exposition méthodique, il n'admet plus que deux espèces : Naïsa repens et Naïsa reptans6 . Lamouroux a reconnu , le premier, l'affinité de ces Polypes avec les mollusques ascidiens. Je ne doute pas, dit-il dans sa préface (p. vu), que les animaux des polypiers ne soient des êtres aussi compliqués dans leur organisation que les mollusques ascidiens.
Schweigger fait mention des Polypes d'eau douce dans son Histoire naturelle des animaux sans vertèbres et inarticulés; mais il ne nous apprend rien de neuf. L'auteur admet les trois genres, cristatelle, alcyonelle et plumatelle, d'après Lamarck. Ce qu'il dit du nombre des tentacules dans les deux derniers genres, nous fait supposer qu'il n'a point étudié ces animaux vivants 4. Après des considérations générales très-importantes sur les Polypes et les polypiers, Schweigger consacre un paragraphe à l'éponge d'eau douce, et il fait connaître l'opinion singulière que Lichtenstein , père, aurait eue sur la nature de cette production.
1 Lepechin , Dagboek der Reyze door versclteide provincien van 't Russich Ryk , 1 deel , p. 16.
2 Lamouroux, Hist. des polypiers coralligcnes flexibles , etc., 1 vol. in-8° , Cacn , 1816.
3 Exposition méthodique des genres de l'ordre des polypiers , 1 vol. in— 4°, Paris, 1821.
4 Schweigger, Naturgeschichte der Skeletlosen nngegliederten Thiere ; in-8°, Leipzig, 1820; et Beobachtungen auf Naturhistorischen Reisen, in-8", Berlin, 1819.
Lichtenstein fit part de ses observations à la société d'histoire naturelle de Copenhague, en 1797, et sa note fut publiée en langue danoise '. C'est sans doute pour cette raison que l'on n'en connaît que ce que Lamarck en dit d'après un mot de M. Vahl 2 , célèbre botaniste de Copenhague. L'éponge fiuviatile ne serait autre chose que le polypier abandonné des tubulaires, et celui-ci pourrait donner naissance au genre cristatelle , et de là pourrait naître ensuite le Tubularia campanulata. L'accroissement des tubes et de leur réunion donnerait naissance au Tubularia alcyonides.
Voigt, dans son Magasin 3 , ne rapporte pas tout à fait de la même nfanière l'opinion de Lichtenstein. Il sortirait des œufs {hôrnern) des éponges, le Tubularia sultana , qui se changerait en Tubularia campanulata , qui, eà son tour, donnerait naissance au Tubularia reptans , puis au Tubularia repens , en enfin au Tubularia alcyonides. Après la mort des individus, le polypier formerait la Spongia fluviatilis ou lacustris , et après la décomposition de la matière animale, on obtiendrait en dernier résultat la Spongia friabilis.
M. Goldfuss, dans son Atlas d'histoire naturelle , représente l'ai— cyonelle , la plumatelle et la cristatelle ; mais ses figures ne sont que des copies. Dans le texte, nous ne voyons rien qui doive être signalé, si ce n'est peut-être que M. Goldfuss paraît se rapporter entièrement à Rôsel et reproduit ses erreurs *.
L'abbé Ranzani a publié des observations sur le mémoire de Lichtenstein, mais nous n'avons pu nous procurer ce travail 5.
MM. Raspail et Robineau ont présenté ensemble à l'académie des sciences un premier travail sur les alcyonelles. D'après le rapport, inséré dans YHistoire des progrès des sciences naturelles 6 , cette pre-
1 Skrirter of Naturhistorie-Selskabet ; Kiobenhavn, 1797, p. 10-4.
2 Lamarck , Anim. sans vertèbres.
3 Voigt's Magazin fiir das Nenesle ans der Physik, XI , Stuk. 2 , p. 17.
4 Goldfuss , Naturhist. Atlas , 1826 (Atlas, vol. 1 , pi. 25 , et vol. 2 , pi. 118); Handbuch der Zoologie, vol. I , p. 87.
5 Osservazioni sopra una memoria del Sign. Doit. Lichtenstein , sopra i Polipi di acqua dolce.
6 Cuvier , Hist. des progrès des se. nat. , 1. 2 , p. 895 (éd. Brux.).
mière communication était toute différente du mémoire que M. Raspail a publié plus tard sur ce sujet. C'est ce dernier que nous allons analyser ' .
M. Raspail croit que tous les Polypes composés d'eau douce ne forment qu'une seule et même espèce , et que le Polype à panache de Trembley, le' Polype Bell-flower de Baker, la tubulaire rampante (plumatelle), la Leticophra , la cristatelle et même la difflugie, ne sont que des variétés d'âge de i'alcyonelle. Comme on voit, M. Raspail suit de près Lichtenstein. Il est fâcheux que l'auteur de cet intéressant mémoire se soit tant pressé dans ses conclusions. Si l'un des genres, autres que I'alcyonelle, lui était tombé sous la main, il se serait facilement convaincu que non-seulement le polypier diffère pendant toute la vie, mais que l'animal lui-même présente d'un genre à l'autre des caractères tellement tranchés qu'il est impossible de le confondre avec ses voisins et qu'ils forment même des tribus distinctes.
M. Raspail avoue avoir cherché inutilement ce que Trembley a figuré et décrit comme l'estomac. La cause en est simple : Trembley a étudié un Polype à polypier transparent, tandis que celui de M. Raspail est toujours opaque. Il est à remarquer cependant que M. Raspail reconnaît l'exactitude des observations de Trembley , puisqu'il dit , (pag. 1 2j : que cet auteur , qui a le premier décrit le Polype, est aussi celui qui la le mieux décrit , et que ceux qui Pont suivi dans la carrière , ri ont fait qu'ajouter des erreurs à son travail, et que défigurer les excellentes observations de cet habile naturaliste. Il n'y a en effet aucune observation de Trembley à reléguer.
M. Raspail a observé la sortie des fèces, et par là il a reconnu, le premier, la situation de l'anus. C'est lui aussi qui, le premier, a reconnu la nature des aliments de ces animaux par l'examen des fèces.
M. Raspail reconnaît 44 tentacules dans I'alcyonelle, et comme
1 Raspail, Histoire naturelle de I'alcyonelle fluviatile, Mém. de la soc. d'his-t. natdr. de Paris, tom. IV.
Trembley en admet 60 et Bakker seulement 40, il croit devoir attribuer cette différence à une faute typographique , sans se douter qu'ils ont eu sous les yeux un animal tout différent du sien.
Il nous semble que M. Raspail prétend à tort que les tentacules sont contractiles comme ceux des hydres. Les bras des polypiers composés se raccourcissent bien un peu , mais il y a loin de là à la contraction des bras des hydres.
Un point important que M. Raspail traite dans son Mémoire, est relatif à la nature du polypier. Cuvier, Lamarck et M. de Blainville considéraient tout polypier comme une partie sécrétée, et M. Raspail soutenait au contraire , et avec raison , que le polypier croît avec le Polype , et qu'ils sont composés de la même manière. Il défend avec raison Trembley contre l'erreur de Rosel, qui avait prévalu dans la science.
Ainsi que l'un de nous l'a déjà fait remarquer , M. Raspail a eu tort de regarder les fils , qui servent, selon Trembley, à retirer le Polype dans sa cellule , comme des replis extérieurs de la peau ; ce sont de véritables muscles rétracteurs.
M. Raspail décrit et figure avec beaucoup de soin les œufs des alcyonelles , mais il n'est point dans le vrai quand il leur attribue un bile. Il n'y a pas plus de hile dans l'œuf de l'alcyonelle que dans celui des oiseaux. A l'article Alcyonelle , nous verrons ce qui a donné lieu à cette méprise. Réaumur et R. de Jussieu, Bakker, Schœffer, Vaucher et Pallas, ont connu les œufs de ces Polypes et les ont décrits longtemps avant M. Raspail.
Par simple conjecture , M. Raspail était bien près de la vérité en supposant un organe mâle près de l'organe femelle. S'il s'était servi d'un plus fort grossissement, il n'aurait sans doute pas tardé à reconnaître que ses conjectures sur le sexe de ces animaux étaient fondées.
M. Raspail a enrichi l'histoire des alcyonelles de plusieurs observations anatomiques et physiologiques , et si son travail a laissé à désirer sous divers rapports, il faut l'attribuer aux nombreuses difficultés que l'on rencontre à chaque pas dans cette étude et à son
DES POLYPES COMPOSES D'EAU DOUCE. 2o
goût un peu trop prononcé à généraliser avant d'avoir observé un nombre suffisant de faits. Ceux qui écrivent en dernier lieu , profitent aussi bien des fautes que des observations de leurs prédécesseurs. Sans doute M. Raspail a commis plusieurs erreurs graves que l'un de nous a redressées , mais en plusieurs points il a avancé nos connaissances , et en fixant l'attention sur ces curieux animaux, il a rendu un service réel à la science.
Meyen a donné dans VI sis ' deux notes différentes sur les Polypes composés d'eau douce : l'une est de 1828 et l'autre de 1830. Dans la première, il règne une grande confusion et il est présumable que l'auteur a étudié simultanément diverses espèces de Polypes qu'il aura confondues. Ce qu'il dit du polypier se rapporte à l'alcyonelle, mais il ne donne à l'animal que 20 ou 30 tentacules, et il ajoute qu'ils sont disposés en entonnoir. Meyen aura examiné un polypier d'alcyonelle, entrelacé de frédericelles, comme on le trouve quelquefois.
Une observation importante du même auteur est celle des embryons mobiles , qu'il décrit et figure exactement. Les œufs , dit Meyen , nagent librement à la faveur des cils dont ils sont couverts. Chaque œuf contient deux individus. Pendant la natation, cet œuf s'allonge et se raccourcit, et la membrane externe s'ouvre au devant de chaque embryon pour lui livrer passage. Les embryons continuent à se développer, et l'enveloppe externe de l'œuf devient le point de départ du polypier; en quelques heures toute une évolution embryonnaire a lieu. Meyen croit que ces œufs ont été désignés par Ot. Fr. Muller sous le nom de Leucophra heteroclita , ce qui confirmerait le rapprochement fait antérieurement par M. Raspail. J'ignore, dit-il, à quoi servent les corps arrondis , de couleur brune (les œufs véritables) , qui pendent à l'estomac. Les embryons sortent des œufs mobiles que nous avons vus couverts de cils : donc, ajoute-t-il, ces corps bruns ne peuvent pas être des œufs, comme on le pense généralement. L'opinion de Meyen est ici erronée; nous avons reconnu positivement que les Polypes com-
1 Meyen, N aturgeschichte der Polypen; his , 1823, p. 1225, et Isis , 1830.
posés se reproduisent et par embryons nus et par des œufs véritables.
Meyen croit que c'est Baker qui a vu, le premier, les œufs, dits mobiles (tab. XII, fig. 27). Il pense que la Tubularia sultana n'est qu'une difflugie. Il a vu des cristatelles à Postdam.
En 1834 , après son voyage ', Meyen crut pouvoir s'appuyer sur une observation de Nordmann, qui est, sans aucun doute, erronée. Le professeur d'Odessa pensait avoir vu sortir de petits crustacés des œufs de Polypes; Meyen fut conduit par là à regarder les œufs pour des germes de parasites. Les cristatelles, ajoute-t-il, sont pourvus de semblables parasites, mais ils sont pourvus à l'extérieur de crochets infundibuliformes.
Le fait est, comme l'un de nous l'a fait connaître, que les embryons nus servent à établir de nouvelles colonies en été, pendant que les véritables œufs, pourvus de coques, conservent l'espèce pendant l'hiver.
Heyden a publié dans Ylsis de la même année 1828 , une note sur la circulation dans la Plumatella cristata '.
M. Ehrenberg, dans ses Symbolœ physicœ % fait mention d'un polypier d'eau douce des environs de Berlin , qu'il nomme Alcyonella articulata. C'est en effet un Polype nouveau pour la science. Nous sommes étonnés que le célèbre naturaliste de Berlin en ait fait une alcyonelle , car il diffère de ces derniers par le polypier comme par l'animal , et à aucune époque de la vie il ne présente la moindre analogie avec les alcyonelles. M. Gervais, qui a trouvé ce même Polype dans les environs de Paris, en a fait, avec raison, un genre distinct sous le nom de Pahidicella. En 1836, M. Ehrenberg a publié ses belles recherches sur les hydres \
M. Carus paraît avoir observé aussi les alcyonelles 5. Il reconnaît
1 Meyen, Beiseum die Erde. Zoologischer Bericht , p. 293; et JVov. Act.acad. Cœs. Leop. . vol. XVI, suppl.,p. 177. 183-4; Meyen, Bulletin des se. nat. , XVIII , SIS.
2 Heyden, Isis , 1828, p. S05.
3 Ehrenbrg, Symbolœ Physicœ evertebrata , dec. I Pohjpi, fol. a.
4 Abhand. der Akad. der JVissenschaft . zu Berlin, 1836, p. 109.
5 Carus, s/nat.compar. , vol. II, p. 301 , et Tabulée illustrantes, cah. III . p. 8.
une circulation dans l'animal , qu'il nomme Plumatella calcarea ; il considère le liquide intérieur comme étant de l'eau du dehors rentrée dans la cavité interne.
Le mémoire de M. Raspail avait été remarqué à Paris, mais tout le monde ne fut pas convaincu de l'exactitude de ses observations; aussi M. de Blainville, dans son Manuel, conserva-t-il les genres plumatelle , alcyonelle et cristatelle avec leur synonymie , en les réunissant dans une classe à part , sous le nom de Polypiers douteux. En agissant de la sorte, M. de Blainville a eu surtout égard à la disposition des tentacules en fer à cheval, qui ne se trouve dans aucun Polype marin '. Dans le Dictionnaire des scienc. nat., M. cle Blainville a écrit les articles Cristatelle et Plumatelle ; nous n'y voyons rien de nouveau à signaler. Dans les nouvelles éditions et corrections de son Manuel, M. de Blainville parle des embryons mobiles découverts par Meyen. Le célèbre naturaliste du Jardin des plantes ne pouvait croire que ces animaux, pourvus de véritables œufs, comme l'avaient déjà montré Bernard de Jussieu , MM. Vaucher et Raspail, eussent encore une seconde sorte d'œufs pour la reproduction , ou plutôt que les œufs se présentassent sous deux formes différentes.
L'un de nous, M. Dumortier, a retrouvé le Polype à panache de Trembley, et, a publié en 1835, dans les Bulletins de V académie de Bruxelles, un Mémoire sur Vanatomie et la physiologie des Polypes composés d'eau douce. Il désigne le Polype de Trembley sous le nom de Lophopus , et lui assigne des caractères génériques. N'ayant pas employé un grossissement assez fort, les cils vibratils n'ont été aperçus que par l'effet qu'ils produisent dans l'eau. Le système nerveux est décrit pour la première fois, et les observations ultérieures ont confirmé cette découverte ; aucun anatomiste n'avait encore soupçonné l'existence de ce système chez des animaux placés si bas dans l'échelle animale. Les différents systèmes, cutané, circulatoire, respiratoire, manducatoire , digestif, musculaire et reproducteur, sont décrits avec
1 De Blainville , Manuel d'actinologie , 1. vol. in-8°. Paris, 1838.
détail dans autant de chapitres différents \ Ayant étudié un Polype transparent, l'auteur a pu redresser les erreurs nombreuses de Roesel et de Raspail. Il expose qu'il y a trois modes de reproduction dans ces Polypes : le premier a lieu par bourgeons; le second par embryons mobiles ou par œufs, suivant la saison, et le troisième par propagules.
Dans le Bulletin zoologique , M. Gervais 2 analysant le travail de M. Dumortier, principalement sous le point de vue zoologique, émit, à l'exemple de M. Raspail, l'opinion erronée que le Polype à panache de Trembîey n'était que l'Alcyonelle ordinaire. M. Dumortier a prouvé, dans sa seconde édition , que le reproche que M. Gervais lui avait adressé sur l'analogie de ses observations sur plusieurs systèmes organiques et celles de M. Raspail, était loin d'être fondé, et que souvent iî arrive à des résultats tout opposés à ceux que M. Raspail annonçait.
M. Gervais, continuant ses observations 3, a été assez heureux de trouver, en 1836, des œufs d'un Polype différent de T/Ucyonelle, au milieu de conferves provenant du canal de l'Ourcq , dans l'intérieur même de Paris. Ces œufs si remarquables par leurs épines furent communiqués à M. Turpin , chez lequel l'éclosion a eu lieu le même jour que chez M. Gervais. L'aide-naturaliste du jardin des plantes avait déjà reconnu qu'ils provenaient de la cristatelle de Cuvier avant que M. Turpin se doutât de leur origine animale. Ses intéressantes observations sur ces œufs , sur leur mode d'éclosion et les principaux organes que l'on aperçoit déjà à cette époque , ont été insérées dans les Annales des sciences naturelles.
En 1839, M. Gervais a résumé, dans les Annales françaises et étrangères danatomie, ses recherches sur les différents genres de Polypes
1 Dumortier, Recherches sur l'anatomie et la physiologie des Polypes composés d'eau douce (Bulletins de l'acad. de brux., 1835); Mémoire sur l'anatomie et la Physiologie des Polypes composés d'eau douce , in-8°. Tournay , 1836.
2 Bulletin zoologique, 2° secl. , p. 123, 1835.
3 Comptes rendus de l'académie des sciences , 1836 , 2° semestre , ,p. 797 ; Annales des sciences natur. , vol. VII , p. "ih , 1837 ; Annales françaises et étrangères d'anatomie , etc. , 1839 ; Société philomatique , séance du 30 novembre 1839; Institut, p. -435 ; Dictionnaire des scienc. naturelles, supplément, t. I, 1840, art. Alcyonelle.
composés d'eau douce. Après une courte notice historique, l'auteur divise ces Polypes en deux sous-classes, comme il l'avait déjà fait antérieurement. Dans la première , il place les Polypes à panache disposé en fer à cheval, et dans la seconde, il comprend ceux qui ont le panache en entonnoir. Cette dernière renferme les Polypes marins à tube digestif complet. Il admet en tout cinq genres de Polypes d'eau douce, et il en donne la synonymie. Mais cette partie exige encore de nombreuses recherches avant d'être définitivement fixée. Pour la première fois, la tubulaire sultane de Blumenhach y prend sa véritable place. Ce travail est, sous le rapport zoologique, le plus important que la science possède.
Dès 1836, M. Gervais a fait avec raison un genre distinct pour V Alcyonella articulata , qu'il venait de découvrir près de Paris , et plus tard , il a érigé en genre , avec non moins de raison, la tubulaire sultane. Le premier forme le type de son genre Paludicella , et le second du genre Fredericella.
Enfin , dans le supplément du Dictionnaire des sciences naturelles qui vient de paraître , M. Gervais , à l'article Alcyonelle , résume l'histoire de ces animaux. Il y fait connaître aussi la disposition si remarquable des muscles qui se rendent aux tentacules. L'auteur paraît croire encore à la possibilité de rapporter les lophopodes aux plumatellesou aux alcyonelles, dont ils sont cependant bien éloignés.
M. ïurpin , à qui M. Gervais avait, comme nous l'avons vu , remis quelques œufs de cristatelle , a consigné ses observations sur ces animaux dans les Annales des sciences naturelles ' . La description que le célèbre botaniste donne de cet œuf a été corrigée par M. Gervais. M. Turpin se demande quelle pouvait être la malheureuse mère condamnée à contenir et surtout à pondre des œufs aussi horriblement hérissés de crochets? Quelque temps après l'éclosion, M. Turpin a vu des corps arrondis dans le voisinage du polypier , qu'il a considérés à tort pour des œufs. Ce sont les fèces que ces animaux ainsi que les genres voisins, rendent sous cette forme.
' Turpin , Étude microscopique de la Cristatella mucedo. (A.kna.1. des se. naturelles . 2e série , t. VII, p. 63.)
M. Graham Dalyell ', clans un mémoire sur la propagation des Polypes de l'Ecosse, parle d'un Polype d'eau douce extrêmement remarquable, et que l'auteur nomme Cristatella mirabilis. Le polypier en est mou et de couleur verte ; les tentacules sont placés en fer à cheval et au nombre de cent. Le polypier porte jusqu'à trois cents individus, et M. Dalyell y a vu de 20 à 30 œufs pourvus de crochets disposés avec régularité.
Dans son History of the british zoophytes ' , M. Johnston énumère les Polypes composés d'eau douce, qu'il divise en trois genres : Cristatella, Alcyonella et Plumatella. L'auteur croit que la Cristatelle de M. Dalyell se rapporte à la Cristatella mucedo , et il reproduit la planche de M. Turpin. Les principales figures de M. Raspail y sont également reproduites. Partageant l'erreur de M. Raspail, M. Johnston considère le Polype à panache de Trembley comme une variété de l'alcyonelle des étangs , et il rapporte la tubulaire sultane au genre Plumatella. On voit qu'il s'est contenté de compulser les auteurs qui ont écrit sur ce sujet, et avec de tels matériaux, il est impossible de n'avoir pas souvent été induit en erreur.
M. Teale fait aussi mention des alcyonelles i , mais il ne fait rien connaître de nouveau.
Notre savant compatriote M. Milne Edwars a publié plusieurs beaux travaux 4 sur les Polypes marins, et ses recherches ont puissamment contribué à l'avancement de l'histoire naturelle des Polypes en général. Le savant professeur a fait un rapport intéressant sur un Mémoire de M. Gervais5 : il suppose que les œufs des plumatelles sont armés
1 Janieson, New Edimb. phil. Journal, vol. XVII , p. 411 ; vol. XXI des Notices de Froriep. Journal l'I institut , mars 1 835 ; et archives de TViegmann , vol. 1" . 1 835 ; Bep. Brit. associât., an 1884, 604.
2 Johnston , British Zoophytes , 1 vol. in-8°. Edinburgh , 1 838 ; et In Jard. Mag. of Zool. and Botany.
3 Teale, Jard. Magaz. , I , III , p. 293.
' Milne Edwars , Mém. sur les Alcyonides (Annal, des se. nat.. 1835); Milne Edwars. Bech. it. . phys. et zool. sur les Escharres, idem, 1836; Milne Edwars, Sur les Polypes du genre Tubulipore, idem , 1837 ; Milne Edwars , Sur la nat. et le mode de croiss. des Fol. , idem, 1838. 5 Annal. des se. nat., t. XI, p. 179, 2P série. 1839.
de crochets comme ceux des cristatelles (pag. 182), et il propose à l'académie d'engager M. Gervais à poursuivre ses recherches sous le double point de vue de l'anatomie et de la physiologie de ces animaux.
Les recherches de MM. Faire et de Lister ' ont pour objet l'anatomie et la physiologie des Polypes marins. Le dernier auteur s'est occupé surtout du mouvement du liquide dans l'intérieur du polypier chez les tubulaires et les sertulaires.
Dans ses Mikrographische Beitrage 2, M. Nordmann cite, dans une note, VAlcyonella diaphana, au sujet du mouvement circulatoire qu'il a observé dans les polypiers, et il le compare à la circulation des char a. Nous avons trouvé la cause de ce mouvement dans les cils situés entre la peau du polypier et le canal digestif. Depuis, l'auteur a étudié la plumatelle des environs de Paris , et ses observations sont destinées à paraître dans la Faune politique, avec son intéressant travail sur le Tendra zostericola. C'est dans ce dernier Polype que l'auteur a signalé, pour la première fois, la présence des zoospermes , découverte importante pour l'histoire des animaux qui nous occupent.
M. C. T. von Siebold a reconnu dans les œufs de VAlcyonella campanulata, une vésicule de Purkinje , avec une double tache germinative; ils étaient entourés de spermatozoaires 3. Le Polype qu'il a étudié provient des fossés de la ville de Dantzig, où Eichhorn l'avait signalé 70 ans auparavant , et où se trouvent en même temps VAlcyonella stagnarum (Lamk.), la Cristatella mirabilis (Dalyell) et le Spongilla palustris.
Dans l'intention de prendre date de ses observations, l'un de nous, M. Van Beneden, a communiqué à l'académie de Bruxelles quelques
1 Faire Arth. Observations en the minute Structure of Someof the higher forms of Polypi (Pnaos. transact. , 1837); Lister, Philosophical transact., 1834; London and Edimb. Philoa. Magaz., 1834; Froriep. Notizen , 40, s. 289; Journal l'Institut, n° 76.
- Mikrog. Beitr. Berlin, 1832, t. II, p. 75 ; et Wiegman's Handbuch der Zoologie, 1 vol. in-8<\ Berlin ; Bêcher, microscop. surVanat. et le développement du Tendra Zostericola ( lues à l'acad. de-, scienc., le 11 mars 1839);Awnai. dessc.nat., t. XI, p. 185, 2e série; et Comptes rendus. n°10. mars 1839.
3 Beitrage zur Naturgeschichte der wirbellosen Thiere , in-4°, Danzig , 1839, p. 7.
observations anatomiques sur les animaux qui nous occupent ' . Il avait reconnu des zoospermes chez quelques individus du genre alcyonelle. Il a signalé l'existence des cils vibratils dans la cavité abdominale, lesquels déterminent le mouvement du liquide intérieur; ces cils vibratils remplacent ici le cœur pour opérer le mouvement du fluide nourricier. M. Milne Edwars a reconnu , plus tard , les cils vibratils comme cause déterminante du mouvement du sang dans les beroès, où ils sont situés à la face interne des vaisseaux 2. Il dit dans sa lettre, datée de Nice et adressée à l'académie des sciences de Paris, que c'est un mode de circulation dont on n'avait pas encore d'exemple. Dans cette note, M. Van Beneden a fait aussi mention chez les alcyonelles, des embryons mobiles que MM. Meyen et Dumortier avaient déjà signalés dans d'autres genres. Dans le courant de la même année, il avait trouvé , dans les environs de Louvain , les pahidicelles et les frédericelles, et il a signalé les changements de forme que présente le polypier de l'alcyonelle, selon l'âge et selon les corps sur lesquels il s'étend.
M. Goste présenta, en avril 1841, à l'académie des sciences de Paris, sous le titre de Propositions sur l 'organisation des Polypes 3 , le résultat de ses recherches sur ces animaux. Ces propositions sont faites avec une grande lucidité. Elles ont pour objet les appareils musculaire, digestif, reproductif et le système nerveux. Dans l'appareil digestif, M. Coste n'admet que trois cavités ; mais il nous semble que la portion du tube dans laquelle les aliments s'accumulent d'abord pour former le bel alimentaire , représente bien une cavité buccale distincte, ce qui élève le nombre des compartiments à quatre.
Il est à regretter que l'auteur ne cite point les genres dans lesquels il a observé ces différents appareils; car, comme il le remarque luimême, il y a entre eux des différences assez notables.
1 Bulletins de l'acad. de Bruxelles , t. VI , 2e part. . p. 276 ; Annal, des scierie, nat. , 2e série , t. XIV; Journal l'Institut, n° 331 , 30 avril !840.
2 Journal l'Institut , n° 82-4 , 12 mars 18-40.
3 Comptes rendus , etc. , n° 17 , 26 avril 18-41.
Pour compléter cet exposé historique, nous ajouterons que les hydres ont été étudiées encore par MM. Vander Hoeven ' , Corda 2 , Laurent3 et Erdl*.
Après avoir présenté, d'une manière aussi complète qu'il nous a été possible, un exposé historique de tous les travaux relatifs aux Polypes composés d'eau douée , nous allons maintenant étudier les différents genres et chercher à rapprocher les espèces qui sont sullisamment caractérisées.
1 Vander Hoeven , Bgdragen tôt de Natuurhjke TVetenschappen , l. Il , p. 551 . 1827.
2 Corda, Anatome Hijdrœ fuscœ , Actaacad. Cœs. Leop. Carol. nat. cur. , vol. XVIII; els/nn. des sciences nat. , vol. 8 , 2e série.
3 Laurent, Journal l'Institut, n° 392, 1841; Comptes-rendus, etc., n° 25, 21 juin 18-il , et n° 22, 31 mai 1841.
4 Ueber die Organisation der Fangarme der Polypen ; Arciiiv. de Muli.ek , 184 , u. 422.
DES