XVIII INTRODUCTION
1 On peut dire que c'est de Thivention de ces dieux ; médiateurs, de ces dieux fils du prêtre, que date la I véritable origine des religions, car c'est alors seu- ! lement que commence à se préciser la distinction j du naturel et du surnaturel. Tant que les hommes ont recouru à la puissance de leurs fétiches, on ne peut pas dire qu'ils fussent animés d'un sentiment religieux, puisqu'ils ne faisaient encore aucune différence du réel au merveilleux. Quand le fétichisme eût cédé la place au chthonisme et au polythéisme, cette personnification des forces de la nature n'était pas davantage par elle-même une religion plutôt qu'une philosophie ; car ces forces étaient choses réelles et l'erreur des hommes n'avait rien d'absurde. Elle consistait surtout dans Tidée qu'ils se faisaient de l'emploi et du caractère de-ces puissances. C'est le prêtre qui a introduit dans le monde l'absurde, le surnaturel pur ; c'est lui qui en a fait le signe caractéristique de la religion, et qui a par là établi entre elle et la science ce fossé qui va toujours s'élargissant. Aujourd'hui on peut dire sans exagération ni passion aucune, mais comme un simple résultat d'une constatation désintéressée que l'indice essentiel, la marque fondamentale par laquelle les conceptions religieuses se distinguent de toutes les autres, c'est que celles-ci vont sans cesse en se perfectionnant, en s'éclaircissant, en se précisant à mesure que s'accroît la puissance scientifique de l'humanité, tandis que la religion accentue