XX INTRODUCTION
absorbé à leur profit, en les dénaturant, les mythes des dieux du paganisme.
Ces confusions ne sont pas moins sensibles dans les Védas et dans les mythes qui se sont formés d'après les récits védiques. Il n'est pas toujours facile de distinguer si la vierge mère de la lumière est TAurore ou TArani. On sait que le Pramantha, le morceau de bois dont la pointe en tournant dans TArani produisait le feu, est devenu Prométhée, un Titan dont la légende a pris des proportions fantastiques, à travers lesquelles on reconnaît sans peine la lutte de la nouvelle religion sacerdotale contre la vieille astrolâtrie. Dans le Rig-Véda, Agni, — ignis, — le feu du sacrifice usurpe les fonctions d'Indra, de Sourya, et par sa seule puissance, triomphe de la nuit et détruit les ennemis des hommes. Soma, né d'une plante dont le suc fermenté produit une liqueur alcoolique, qu'on projetait sur le foyer sacré pouractiver la flamme, devient un dieu qui s'immole pour les hommes et sa puissance égale celle des grandes divinités du ciel. Quand le Véda célèbre les eaux, on ne sait presque jamais s'il est question de la pluie ou des libations sacrées de beurre fondu et de lait fermenté que le prêtre versait sur le feu. C'est la même chose dans la mythologie hellénique. Les mythes qui se rapportent aux nymphes, aux muses, à TAphrodité marine qui féconde le monde en tordant ses cheveux, nous ramènent tantôt aux eaux des nuées, tantôt aux libations des sacrifices. De
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Diéme Agni, le fils de la force, a donné naissance à Héraclès- Alcide, comme Soma à Bacchos. Le sacrifice lui-même se personnifie en Agni, puis, sous le nom de Brihaspali ou de Brahmanaspati, et devient un dieu ; mais la prière, la parole sacrée se transforme en Brahma, qui est la divinité suprême, dont Tanalogue se retrouve dans \Çi Logos des Grecs et du christianisme primitif, ainsi que dans la formule magique par laquelle le prêtre catholique force Jésus- Christ à descendre dans Thostie.
Nous aurons l'occasion de revenir avec plus de détails sur cette transformation des mythes par Tintervention des prêtres. Nous nous contentons pour le moment de l'indiquer en quelques lignes, pour marquer par un trait saillant la direction que prendra dès le commencement la religion inventée par le sacerdoce. Chez les races intelligentes le monothéisme chthonien se transforme en polythéisme, puis revient presque fatalement au monothéisme céleste, grâce à la hiérarchie qu'il établit entre les dieux. Mais dans ces conditions le monothéisme constitue une situation morale fort instable. De même qu'il s'est constitué, par suite du développement de la science, qui relie en un ensemble les fonctions cosmiques auxquelles étaient préposées les divinités multiples, de même il se dissout à mesure que le domaine de son action se trouve restreint par tes envahissements de la science.
En effet si les conceptions religieuses naissent de