‹ Histoire naturelle des religionsChapitre 32 sur 59 · CONCEPTION UNITAIRE DU MONDE · texte numérisé non relu

CONCEPTION UNITAIRE DU MONDE

plique sans peine, pour peu qu'on veuille réfléchir. Parmi les sauvages que nous connaissons, il n'y en a pas qui ne soient arrivés à la période familiale. La famille est plus ou moins rudimenlaire, mais elle existe ; la femme vit habituellement avec l'homme. Cette cohabitation a permis de comprendre peu à peu que la naissance de l'enfant se rattache par une suite régulière aux rapports des sexes. La présence des animaux vivants dans les huttes a rendu possibles des observations du môme genre. Mais avant cette période, quand l'homme et la femme vivent séparés, la situation est toute différente. Il peut arriver que le mâle ne rencontre plus jamais la femelle qu'il a fécondée. D'un autre côté les conséquences de l'acte de la fécondation se produisent trop longtemps après le rapprochement pour que la femelle elle-même découvre facilement la relation naturelle qui les unit. On sait en effet que l'esprit d'observation est ce qui manque le plus à ces intelligences rudimentaires. Il ne fera son apparition dans le monde que dans les cas de concomitance ou de succession immédiate. Ces circonstances sont tellement nécessaires que nous les voyons encore aujourd'hui môme s'imposer à la conception de causalité chez les races les plus avancées en évolution. Un très grand nombre des préjugés et des erreurs qui régnent dans nos campagnes s'expliquent tout naturellement par ce fait. C'est une des formes les plus ordinaires du sophisme : Cum hoc ou post hoc, ergopr opter hoc.

Par conséquent loin de s'étonner que la cause du fait de la génération ait pendant longtemps échappé à l'obser-

tion de la famille, me parait être un souvenir lointain de celte croyance à la fécondation spontanée de la mère. Il est vrai quHl peut s'expliquer aussi par le régime de la communauté des femmes et de l'hétaïrisme.

vation des premiei*s hommes, îl serait au contraire bien surprenant que, dans les conditions oùils vivaient, lisaient pu la découvrir et la concevoir plus tôt.

Aussi ne Tont-ils découverte que beaucoup plus tard, quand les conditions de la vie ont changé, quand le mâle a eu commencé à domestiquer la femelle et Fa forcée à vivre avec lui pour le servir. Jusque là Tenfanlement a été considéré comme une fonction spontanée de la femme. Elle produisait des enfants comme la poule produit des œufs, sans qu'on se rendît aucun compte de la nécessité de l'intervention du mâle.

C'est cette conception primitive dont la trace s*est conservée jusqu'à nos jours dans celle de la vierge mère, qui domine à l'origine du culte de la terre. Elle se trouvait d'ailleurs confirmée par le fait de la fécondité incessante du sol, produisant de lui-même et sans culture les racines et les fruits dont quelques-uns servaient à la nourriture de l'homme*. L'idée de semer des grains n'a pu se produire que très tard , quand l'homme est devenu capable d'une certaine observation. C'a été une découverte très considérable, qui a dû coïncider, à quelques siècles près, avec celle des causes de la fécondité féminine.

L'herniaphroditisme, que l'on s'étonne de rencontrer dans un grand nombre de religions, à un certain moment de leur développement, est une traduction difl'érente de la même idée de la vierge mère. Il faut bien comprendre, du reste, que ces deux traductions supposent la connaissance du rôle de l'élémentmasculin. Elles sont donc toutes

^ Ânte Jovem nuUi subigebant arva col )ni.

Ipsaquo tellus

Omnia liberius, nullo posceDte, ferebat.

(Virgile, GeorU' ib. I.)

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