‹ Histoire naturelle des religionsChapitre 34 sur 59 · HÉTAIRISME 2C · texte numérisé non relu

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la première prêtresse d'Artémis. Il ajoute que les colonies marseillaises se conformèrent toujours, dans le culte qu'elles rendirent à la déesse et dans les simulçicres qu'elles lui consacrèrent, aux usages pratiqués dans la métropole.

Mais Marseille existait longtemps avant l'arrivée des Phocéens. On fait remonter son origine à plus de six cents ans avant Jésus-Christ, Thucydide dit expressément que, pour s'y établir, les Phocéens eurent à combattre les Carthaginois, qu'ils vainquirent dans un combat naval ^ Pausanias ^ confirme le récit de Thucydide. Des découvertes d'inscriptions, de monnaies et d'autres monuments phéniciens faites à Marseille dans ces dernières années ne laissent aucun doute à cet égard.

Marseille, avant d'être phocéenne, a donc été phéni-»

cienne.

C'est ce qui explique les traces nombreuses que nous trouvons du culte chthonien dans toute ia vallée du Rhône. Il s'y présente sous ses deux aspects, de la vierge mère personnifiée en Marta, sainte Marthe, — et celui de la Vénus vulgivaga, exprimée par Madeleine, à Marseille, à Tarascon, à Avignon, à Aix, sur les bords de la Durance, à la Sainte-Baume. La légende de Pilate venant mourir dans le Rhône se rattache à la même origine. La montagne à laquelle on a donné son nom portait un sanctuaire consacré à Belath ou Bilath, féminin de Baal ou Bel. La même légende se retrouve en Suisse au près de Lucerne, où il y a aussi un mont Pilate. Le christianisme en s'établissant dans ces contrées, s'est accommodé inconsciemment, suivant son usage, aux croyances qu'il y rencontrait.

Pour la démonstration de ces faits, qui nous entraînerait

* Thucydide, I, 13.

' Pausanias, P/iocide, VIII, 4.

trop loîii, et qui d'ailleurs ne rentrent qu'indirectement dans le cadre de ce livre, je ne puis que renvoyer aux Origines de la religion de M. J. Baissac *, ainsi que pour tout ce qui se rapporte au curieux symbolisme de la main phallique.

La déesse mère n'étant autre que la terre, il est tout naturel, comme nous l'avons déjà dit, qu'elle ait été repré-» sentée comme étant noire. LaBalthis de Syrie, l'Aphrodite de Corinthe, la grande mère de Pessinonte, le Démèter d'Arcadie étaient noires. Les vierges noires ne sont pas rares, même de nos jours. L'analogie des idées produisit une foule de conceptions qui ne s'expliquent que par cette ressemblance. Souvent les déesses mères se confondirent avec les divinités infernales : Perséphone, Proserpine, auxquelles s'associèrent, comme représentant le principe liiâle Aïdoneus et Pluton. Puis par une nouvelle extension la nuit dervint la génératrice de tous les êtres. C'est de la nuit que sort la lumière. Léda est la mère des Dioscures, Latone d'Apollon. Par la même raison le dieu mâle fut le «oleil de la nuit, le dieu Sin ou Lunus.

L'idée de faire de la lune un dieu mâle semble, en effet, être née de la nécessité de constituer une dyade, quand la déesse mère cessa d'être conçue comme vierge féconde par elle-même. Elle n'est pas d'ailleurs aussi étrange qu'elle peut nous sembler à première vue. Dans les contrées où elle devint dominante, il n'était pas absurde de considérer comme principe de la fécondité l'astre dont l'apparition s'accompagne de rosées bienfaisantes, qui raniment les plantes fatiguées des ardeurs du soleiL

La preuve du reste que, à un certain moment, les

^ J. Baissac, le$ Origines de la religion^ t. II, pages 96 à 183*

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hommes comprirent combien l*humidité était nécessaire aux plantes, c^est qu'il vint un temps où les divinités de la fécondité se confondirent avec celles des sources, des rivières, des lacs, des nuages, des eaux en général. Or nous avons déjà vu que les sources, les puits, les grottes tiennent une grande place dans le culte chthonien.

Cette importance s'explique encore par le symbolisme anthropomorphique. Toutes les excavations furent considérées comme des ctéïs, des matrices terres! res, de même que les hauteurs, les pics, certains arbres de forme conique devinrent des symboles phalliques. Partout où des aiguilles, des pics, des élévations naturelles se trouvent placés auprès de cavernes, de vallées étroites, on peut être sûr de découvrir des traces d'un ancien sanctuaire chthonien. Par exemple, auprès de Pertuis, le mont Sainte- Victoire et Tabime du Garagaï, la grotte de la Sainte- Baume et l'aiguille de la Sainte-Pénitence, etc.

La lance dont sont armées un grand nombre d'Aphrodite et de Vénus est également un symbole phallique. Quand le progrès de l'observation eut fait remonter au ciel, c'est-à-dire au soleil et aux nuages la cause de la fertilité de la terre, on perdit peu à peu le sens du symbolisme primitif et alors la Vénus à lance prit le nom de Vernts viciriœ. Ce caractère belliqueux a pu être d'autant plus facilement attribué à Vénus qu'une légende bien connue l'associe elle-même à Mars ^

^ Chez les Ghaldéens, Mar est le seigneur, le maître. Le féminin est Marahet Marth, la dame, dont le christianisme a fait sainte Marthe. De la môme manière Mar est devenu Mars dans le mythe lalin. Il n'y a là qu'un simple rapport de consonance.

§ IV. — Quatrième période

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