‹ Histoire naturelle des religionsChapitre 35 sur 59 · LA MÈRE ÉPOUSE · texte numérisé non relu

LA MÈRE ÉPOUSE

Quand on fut arrivé à comprendre que la véritable cause de la fécondité de la terre est dans la chaleur humide dont le principe se trouve dans le nuage et dans le soleil, le culte de la terre perdit beaucoup de son importance. Elle ne fut plus que le réceptacle des germes dont la pro- \ duction était en dehors de sa puissance. D'un autre côté l le progrès de la civilisation substitua le niariage à la promiscuité Il en résulta que la terre cessa d'être nécessaire" ment la Bea merelrix, pour devenir quelquefois Tépouse du dieu fécondateur. Le couple primordial se composa du ciel et de la terre, tel que nous le trouvons encore dans un grand nombre de religions. Mais quelques-unes des dénominations qui avaient servi à désigner la mère universelle, en s'unissant à celles des divinités solaires et atmosphériques qui représentaient les divers aspects de la puissance fécondante, servirent à former des couples plus ou moins fixes et distincts dont la signification au fond pouvait être identique, mais qui exprimaient les diversités circonstantielles recueillies et personnifiées par Tobservation. Tel fut celui de Zeus, le ciel, et d'Héra, — de ipoL terre, — celui d'Héphaïstos, le feu, et d'Aphrodite, la mère universelle. D'autres unions sont données comme accidentelles, telles que les unions de Zeus avec Danaé, Europe, etc., qui datent de la période précédente, mais auxquelles la transformation de l'état social, en passant de la promiscuité à l'union fixe, communique naturellement un caractère nouveau.

Chez les populations sémitiques, les tertres delà vierge

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mère devinrent les hauts lieux, où l'on alla le matin sacrifier au soleil ou à lahveh pour hâter le retour de la lumière. Les emblèmes phalliques, les pics, les pieux plantés en terre, les colonnes symboliques persistèrent dans le culte nouveau, par la force de l'habitude, mais sans que l'on sût trop par quelle explication remplacer celle du symbolisme antérieur. L'idée qu'en s'élevant au-dessus de la surface de la terre, on se rapprochait du séjour des dieux suffît à tout expliquer, alors comme aujourd'hui.

De plus, la divinité mâle, pendant longtemps assez indistincte, Baal, Belus, Moloch, lahveh, Apollon, Gronos, Adonis, Atys, Thésée, Achille, Osiris, etc., se détermine nettement par chacune de ces dénominations sous un des aspects du soleil. Chaque race, chaque peuple eut sa conception particulière, qui, en se mêlant aux autres par suite des relations de la paix et de la guerre produisit par cette fusion des mythologies dont on sera longtemps encore à débrouiller les obscurités.

Quelques-unes des tragédies d'Eschyle ont conservé la trace encore vivante des luttes et des conflits qui résultèrent de ces transformations religieuses. On voit que les vieilles divinités de la terre, des eaux et de l'enfer n'acceptèrent pas volontiers la déchéance dont les frappait l'avènement des nouvelles couches divines que représentait Zeus. Le vieil Océan entouré des Néréides, Prométhée, les Titans, les Érînnyes, protestent contre les folies révolutionnaires des jeunes dieux qui ont bouleversé l'ordre antique des choses. Dépouillés de la prépondérance qui leur avait appartenu jusqu'alors, ils ont cependant réussi à garder une prérogative redoutable, ils représentent dans le monde la conservation, la règle, la justice. C'est à eux qu'il appartient de poursuivre et de punir le crime. Ils

restent chargés de maintenir la moralité dans le monde, et quand le roi des dieux a juré par le Styx, sa toute-puisT sance elle-même est enchaînée par son serment.

A première vue, il paraît assez étrange que ce soient les divinités de l'hétaïrisme qui jouent ce rôle parmi les dieux. Les prostitutions sacrées s'accordent assez mal avec rinflexihle sévérité des arrêts prononcés par les Eumérides. Aussi, est-ce par un autre côté que ces idées se sont ajustées.

Le culte de la fécondité terrestre a été surtout, comme il est naturel, le culte des peuples agriculteurs, fixés dans les contrées les plus fertiles. L'agriculture repose nécessairement sur l'observation de la régularité des saisons. C'est cette régularité seule qui peut permettre au cultiva* teur de compter sur le produit de son travail, dans la proportion même de ce travail. On conçoit sans peine que ces notions aient tenu une grande place dans une religion chthonienne ; il n'est pas moins naturel que des idées de régularité et de rémunération, conçues en vue d'intérêts personnels, on ait été amené progressivement aux idées plus générales de justice, de moralité.

Ce n'est pas à dire que Ton doive attribuer aux cultes chthoniens la production des conceptions morales. Il est clair qu'elles sont un résultat naturel des relations des hommes entre eux ; j'ai voulu expliquer seulement pourquoi c'est plutôt le chthonisme que toute autre forme de religion qui a accaparé pendant un temps le monopole des notions de châtiment et de récompense.

Aux raisons quenous avons indiquées, il faut en ajouter une autre, non moins probable. La survivance de l'âme est, nous l'avons vu, une idée très générale chez les races j'j^s moins avancée?. A cette survivance se joint très faci-

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