LA MÈRE ÉPOUSE
lement la croyance à une récompense ou à un châtiment pour les actes accomplis durant la vie. Celte conception morale n'a pas, il est vrai, l'universalité de la croyance à la prolongation de la vie spirituelle, mais elle est assez commune pour avoir influé puissamment, au moins chez les Grecs, sur le caractère des divinités chthonîennes.
Le chthonisme qui passe presque inaperçu dans la plupart des histoires religieuses, est pourtant un des faits les plus considérahles qui se soient produits dans la suite des révolution intellectuelle de Thumanité. C'est un anneau presque indispensable de la chaîne qui relie le fétichisme à Tadoration des dieux célestes. Je sais bien qu'il ne se retrouve pas partout, et que chez un certain nombre de peuples, il semble que le passage se soit opéré directement du fétichisme universel au polythéisme céleste ou météorologique. C'est là un fait assez généralement admis, faute de preuves contraires. Il n'est pas moins admis que chez d'autres peuples, comme les descendants des Aryas, l'introduction du chthonisme est un emprunt fait aux nations sémitiques, à une époque où l'adoration directe des divinités du ciel et de l'atmosphère était depuis longtemps pratiquée.
Mais j'avoue que le préjugé général sur ce point ne me convainct pas complètement, et qu'à étudier la mythologie grecque elle-même , qui paraît la plus pure de chthonisme originel, je trouve dans les commencements un amas de traditions indécises, obscures, inexpliquées, qui me paraissent ne pouvoir devenir intelligibles que par l'admission d'une période antérieure où le culte de la terre, des divinités de l'eau et des enfers a joué un rôle prépondérant.
Je sens Jà une de ces perturbations dont les causes n'ont
pas été éclaircies, mais qui doivent nécessairement avoir leur explication dans un fait intellectuel, dont Toubli répand dans le passé une obscurité considérable. Ce fait, j'en suis convaincu, c'est Texistence d'une longue période de chthonisme dans la religion grecque, comme dans celle des autres religions.
Il ne me paraît pas naturel que les hommes soient remontés directement à la cause avant de s'arrêter au fait. C'est une marche exactement contraire à celle que nous observons dans l'histoire. Le fait brut de la fécondité de la terre a dû les frapper avant qu'ils soient arrivés à comprendre que la cause de ce fait devait être cherchée dans l'eau du nuage et dans la chaleur du soleil. L'omission de ce fait dans le Rig-Veda lui-même ne prouve pas le moins du monde qu'il n'ait pas été aperçu par les ancêtres des chantres des hymnes védiques. Je vois tout au contraire dans ces hymnes un certain nombre d'obscurités qui ne peuvent s'expliquer que par l'hypothèse d'un chthonisme primitif, comme nous allons essayer de le démontrer.