LES DIEUX INTEBCESSEURS, FILS DE L'HOMME
font les dieux, et le vrai sacrifice est dans le ciel. Nous aurons du reste à revenir sur cette conception védique, qui a eu une influence considérable sur le développement de la religion des Aryas.
Gomme tous les dieux védiques, Soma est à la fois un et triple, un parla substance,triple par la diversité des formes et des séjours. En somme, qu'il soit le soleil dans le ciel, Téclair dans le nuage, la flamme dans le sacrifice, c'est toujours le feu identique à lui-même. Cette trinité est exprimée avec un soin curieux (IV, 40, 5) :« Oiseau aquatique habitant un séjour brillant, dieu habitant l'atmosphère, sacrificateur habitant sur Tautel, hôte habitant la demeure, habitant chez les hommes, habitant l'espace, habitant le séjour de la loi, habitant le ciel ; né des eaux, né selon la loi, né des pierres selon la loi. »
Agni— ignisle feu — est souvent uni à Soma, dans les invocations des rishis. On le comprend sans peine, puisque en somme ils sont identiques de nature, mais le rôled'Agni a fini pardevenirprépondérant.
Cependant j'ai cru devoir commencer par Soma, parce que, j'en suis convaincu, c'est sur lui que s'est d'abord porté l'attention des Aryas. Cette eau qui s'enflamme au contact du feu et qui s'élance en crépitant vers le ciel, avec des lueurs resplendissantes, a dû être pour nos ancêtres le sujet d'un longétonnement.
Je n'ai pas d'autre raison de croire à une prépondérance momentanée de Soma sur Agni. La chose n'a pas du reste une bien grande importance. Ce qui est sûr, c'est que si Agni a fini par l'emporter sur Soma, le développement de ces deux conceptions a suivi pondant longtemps deux lignes absolument parallèles, de telle sorte que l'histoire de l'une reproduit presque identiquement celle de l'autre.
Nous allons pour Agni, comme pourSoma, commencer par TAgni terrestre.
Agni, né de Tarani, est fils de Thomme et «nfant de la force. Gomme Soma, et pour la môme raison, il réveille les dieux, il ramène l'aurore. C'est lui qui est le prêtre familier, le sacrificateur, le dieu intermédiaire, qui porte aux divinités du ciel les offrandes des hommes, et qui communique à ceux-ci les bienfaits des dieux. A peine est-il allumé, que la lumière paraît dans le ciel, et le soleil répond à son appel * .
Bientôt c'est lui-même qui se montre dans le soleil comme dans l'éclair, exactement comme le Soma.
Mais si Agni monte au ciel, c'est qu'il en est d'abord descendu. Il est avant tout fils du ciel, car si on le trouve dans les bois, c'est qu'iPy était caché ; il y avait été déposé parles eaux des nuages, au milieu desquelles il se manifeste si vivement par l'éclair. Il remplit les trois mondes et réside en toutes choses, car il n'y a rien qui ne puisse brûler. Les eaux mêmes contiennent le feu, puisque ce sont les eaux qui font pousser les plantes et le bois où on le retrouve. Il est également dans les pierres, puisqu'en les frappant, on en fait sortir des étincelles. Il habite
1 Vayou ou Vata, le vent, joue un rôle dans le mythe d'Asçni. Et en effet, au moment où jaillit deTarani réiiucelle qui servira à allumer le foyer, c'est par « l'opération » de Vayou que s'enflamment les herbes sèches sur lesquelles on la recueille. Matariçvan est encore un de ceux qui font naître Aj?ui. Or, qu'est-ce que Alata'riçvan ? Les uns affirment que Matariçvan, dansle Rig-Veda, veut dire le'feu. Ce serait donc le feu qui aurait apporté aux hommes le feu. Mais il est certain que dans lo sanscrit classique, Matariçvan siiinifie le vent. Il est donc bien probable que le garnie de cette signification doit se trouver déjà dans le Veda. Matariçvan y est pr<»bablement l'ouragan, lo vent d'urage mêlé d'éclairs. Il s'agirait alors, dans la forme primitive de ce mythe, du feu descendant du ciel &ous la forme de la foudre, qui est-elle-môme Agni.
T^ous trouvons ailleurs que lesMarouts ont allumé et purifié Agni, le fils delà Vierge.