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LES DIEUX INTERCESSEURS, FILS DE L'HOMME

même le corps de l'homme, comme le Soma, puisque Teffet de la mort est de le refroidir.

Il est le premier aricêtre de l'homme, le père de tous les hommes, et c'est lui qui, après leur mort, les emporte au ciel. C'est parce qu'il est leur père qu'il les aime, et qu'il habite avec eux dans leurs maisons. Gomme Soma, il est identique à lui-même dans les trois mondes, quelles que soient et sa demeure et sa figure ; comme Soma, il est l'ancien de la demeure, l'inventeur du sacrifice, le hotri par excellence; mais s'il est le plus ancien des dieux, il est en même temps le plus jeune, car il ne vieillit pas, ou plutôt chaque jour il renaît et ressuscite dans le sacrifice du matin. Cette résurrection quotidienne au moment où paraît le jour l'a fait appeler fils de l'aurore.

Si Agni est fils du ciel, et s'il en descend en qualité de dieu intercesseur, de divinité intermédiaire, il est facile de comprendre que tout ce qu'il vient faire sur la terre, il le fasse depuis longtemps dans sa demeure primitive. Dans le mythe d'Agni, comme dans celui de Soma, le sacrifice se trouve reporté au ciel, et la cérémonie terrestre n'en est qu'une imitation. Le sacrifice étant l'œuvre par excellence est naturellement celle des dieux dans le monde suprême, où ils échappent aux regards des hommes.

Le nombre trois joue dans le mythe d'Agni un rôle identique à celui que nous avons trouvé dans celui de Soma. Agni est un et triple dans les trois mondes, puisque c'est une substance identique qui constitue le feu du sacrifice, le feu de Torage, représenté par l'éclair et le feu du ciel manifesté par le soleil. Mais il est triplement triple, et par ces trois séjours dans les trois mondes, et par sa présence dans les trois foyers de chacun des trois sacrifices quotidiens. On peut même pousser plus loin ces

triades, puisque les sacrifices qu'ils font sur la terre se reproduisent également dans chacun des trois mondes.

La progression qui porte le sentiment religieux de la terreur à l'amour arrive à son apogée avec la prédominance de Soma et d'Agni Mndra, le protecteur, le vengeur armé de Thomme est sans doute une divinité essentiellement bienfaisante. Mais il est bien loin de Thumanité, et sa personnalité est bien insaisissable. Qu'est-ce au juste qu'Indra? Comment, sous quels traits se le figurer? Sans doute, son portrait est souvent tracé, au moins partiellement, dans le Rig-Véda ; on nous parle de son beau nez, de ses mains puissantes, qui tiennent la foudre, de ses membres vigoureux, de sa poitrine immense, surtout de son ventre rempli de Soma; mais tout cela, c'est de l'anthropomorphisme vague; on ne saisit là aucune individualité précise à laquelle l'esprit et le cœur des hommes puisse se prendre et s'attacher. Cela est si vrai que les les exégètes modernes qui ont voulu déterminer le caractère propre de cette grande figure, n'ont pu arriver qu'à préciser sa fonction.

I Indra est né de la conception dualiste du monde. Son rôle se détermine uniquement par opposition à celui des divinités ou démons funestes, qui privent les hommes du jour, de la chaleur et de la pluie. Donc Indra est le dieu qui donne aux hommes le jour, la chaleur et la pluie.

1 Nous trouvons dans l'hymne X, 51, une certaine discussion entre Yama et Agni, où «elui-ci déclare qd'ii n'acceptera définiliveraent le rôle de porteur d'offrandes, d'instrument du sacrifice q"'à la condition que certaines ofl'raudes lui apparliendroni exclusivenieot. Ne serait-ce pas une trace des luiies auxquelles ont pu donuer lieu les prétentions d'Agui à la prééminence? Il est bien probable que les transformations du culte védique, dont nous avons tâi-hé de marquer la succession, n'ont pas du, m?ilgré la pensée logique qui y présidait, s'opérer sans jamais soulever de résistance de la part des habitudes antérieures.

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Mais comment les donne-l-il? par un acte simple de bon plaisir intermittent, comme les dieux souverains de la conception unitaire? Non, mais par. une sorte de nécessité de sa nature, dont le caractère spécial est précisément d'être opposé à celle des démons.

D<* cette opposition résulte la lutte dans laquelle Indra et les hommes, ayant le même intérêt, sont naturellement alliés. Donc, son caractère est d'être bienfaisant à Thumanité, et sa fonction d*étre en guerre permanente avec lc8 puissances mauvaises.

Mais si nous voulons chercher ce qu'il est en lui-même, si nous voulons marquer du doigt Têtre que les Aryas ont personnifié sous ce nom, nous ne trouvons que des indices vagues, qui nous reportent soit au soleil , soit à Agni, avec lesquels cependant il est impossible de le confondre réellement.

En somme, le seul point sur lequel on soit d'accord, c'est que Indra est un dieu essentiellement lumineux. Je crois, pour mon compte, que là est le trait qui peut nous permettre d'arriver à la solution. Indra est non seulement un dieu lumineux, il est la lumière elle-même, ou du moins le dieu de la lumière, comme l'indique la racine indh, brûler. Il peut sans doute nous paraître étrange que la lumière soit personnifiée et adorée indépendamment du feu, de l'éclair et du soleil. Mais cette difficulté n'est qu'apparente, attendu que les premiers hommes n'avaient aucune raison d'établir dès le principe l'identité de ces trois manifestations du principe lumineux. Elle n'existe même pas pour nous, puisque nous savons que si l'électricité est lumineuse, elle n'est pourtant pas identique au feu qui brille dans nos cheminées ou dans le soleil. Pour nos premiers ancêtres, et même pour les hommes des

temps relativement modernes, la lumière est absolument distincte des corps lumineux. Ainsi, dans la Bible, nous trouvons que Dieu créa la lumière le premier jour, et c'est seulement au quatrième qu'il créa « les luminaires du ciel ^ pour luire sur la terre. On comprend d'ailleurs cette distinction, puisque en effet la lumière existe sans que le soleil ou la lune soient visibles. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que pour les Aryas, le soleil est si peu la source nécessaire de la lumière , qu'ils croient à l'existence d'un soleil nocturne, qui est noir. La lumière est, pour les anciens, une chose existant par elle-même. Elle peut donc être personnifiée et divinisée à part. Rien de plus simple et de plus intelligible relativement à la fonction d'Indra, considéré comme l'ennemi de la nuit, le conquérant des aurores et des jours; mais la chose est-elle également admissible quand il s'agit de la lutte du dieu contre l'orage? Je le pense, car en somme,

^ Il y a dans la Genèse quelque chose de bien plus étonnant que la création de la lumière, indépendamment des astres : c'est la distinction des jours et des nuits, du matin et du soir, quand le soleil, la lune et les étoiles n'existent pas encore. Et ce qui est plus curieux encore c'est que cette distinction est faite dans le passage même où il est dit que le soleil a été créé spécialement pour marquer la séparation des jours et des nuits.

Ainsi, chacun des paragraphes qui racontent la série des créations se termine par ces mots : Et il y eut soir, et il y eut matin : premier jour. De même pour le second, le troisième, le quatrième jour et tous les auU'es. Et cependant, au récit de la création du quatrième jour, Dieu dit : « Qu'il y ait des luminaires au firmament des cieux pour sép'irer le jour et la nuit, et qu'ils servent pour signes, époques, et jours et années, et suient pour luminaires au firmament dt^s cieux pour luire sur la terre. El ainsi fut. Et Dieu iil les deux grands luminaires, le grand pour présider au jour, et le pelii p ur présider à la nuit, et les étoiles. El Dieu les plaça au firmament des cieux puur luiie sur la terre et pré:»ider au jour et à la nuit, et pour séparer la lumière et les ténèbres. Et Dieu vit que cela était bon. El il y eut soir, et il y eut matin : quatrième juur. »

Cette fois, ce matin et ce soir se comprennent. Mais les ours précédents, comment se distinguaient-ils de la nuit?

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