HELLÉNISME
que des restes d'antiques divinités locales, parfois très importantes, dont le culte a été peu à peu remplacé par la religion classique de la Grèce. Je ne pourrais en parler i«3i qu'en entrant dans des détails qui nous mèneraient bien au delà de l'espace que je puis accorder à cette brève revue.
La même observation s'applique, du reste, à toute la religion grecqfue. Aucune n'est moins systématisée, parce qu'aucune n'a jamais été moins soumise à une caste sacerdotale. L'esprit grec est toujours resté libre, et il a pu, presque jusqu'à la fin, ajouter, supprimer, transformer ses dieux à la mesure de ses propres, modifications. Grâce à cette liberté, il a pu exhausser l'idée religieuse au niveau de ses conceptions morales. Aussi n'a-t-il jamais admis, même dans l'Olympe, le pouvoir arbitraire. Dès le commencement, l'ordre des choses est commandé par une logique inflexible qu'il appelle aîaa ou iioîpa. Plus tard, il remplacera cette fatalité trop rigoureuse par la raison, par l'intelligence ; et les principaux attributs d' Athéna et d'Apollon seront métis et logos, l'intelligence et la raison. Même dans Eschyle, ce qu'on est habitué à appeler la fatalité ne s'y rencontre pas. Ce n'est pas la fatalité qui domine la série des événements, c'est la raison logique de leur moralité conçue sous la forme du talion.
Mais précisément à cause de cette absence de systématisation, la mythologie grecque a pris des développements dont il est difficile d'enfermer la fantaisie dans un cadre bien précis, à moins de s'en tenir strictement, comme j'ai essayé de le faire, aux lignes absolument générales. Si j'avais voulu entrer dans l'explication des superpositions, des transformations, des mélanges de conceptions diverses, des emprunts faits à l'Egypte, à l'Asîe-Mineure ,
à la Phénicie, à la . multitude des peuples avec lesquels les Grecs se sont trouvés en relation, il y faudrait un volume.
Je me contenterai, relativement à ces emprunts très fréquents dans la mythologie grecque, de faire une seule observation: à savoir que dans le principe, pour les dieux comme pour les arts, les Grecs ont transformé et, en quelque sorte, digéré à l'image de leur génie propre les conceptions qu'ils puisaient au dehors, de telle sorte qu'il n'est pas toujours facile de distinguer, par exemple dans Aphrodite, ce qui appartient en propre à la Grèce de ce qui lui vient du dehors; mais à la fin, ils se contentent d'accepter de toutes pièces, les divinités étrangères. C'est un envahissement sous lequel disparaît complètement Tesprit grec. Sabazios, Isis, la Grande Mère des dieux, TArtémis d'Éphèse, Adonis et une foule d'autres s'abattent sur la Grèce, qui ne fait plus aucun effort pour sauvegarder l'originalité de ses conceptions.
La religion romaine, — L'histoire de la religion romaine présente deux périodes absolument tranchées, que nous allons exposer rapidement l'une après l'autre. Le caractère essentiel de la première période, c'est la préoccupation unique de l'utile. Elle s'inspire exclusivement d'un esprit pratique qui est le fond même du génie romain. Il n'y a là ni mythes, ni épopées ; à peine quelques courtes légendes sans imagination et sans poésie, La personnalité des dieux romains est absolument effacée. Ce sont le plu s souvent des fonctions désignées par des dénominations plus ou moins générales, qui ne s'adressent guère à des individus distincts. Aussi ces divinités peuvent-elles surtout se distinguer par la diversité des fonctions qu'elles