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RELIGION ROMAINE

ont à remplir. Il y a d*abord les dieux domestiques, et les dieux de la campagne.

Les dieux domestiques, sont les pénates, — les dieux du garde-manger, penus, — les lares, les dieux de la race, les mânes, les dieux des morts % les ancêtres, les génies protecteurs, qui ressemblent aux anciens fétiches familiaux, tous groupés autour du centre de la famille, le, foyer, représenté par Vesta ou Hestia, la divinité du feu, qui prépare les aliments. *

Les dieux de la campagne, protecteurs des agriculteurs et des bergers, étaient très nombreux. D'abord les divini» tés chthoniennes, la terre, la vierge mère sous les noms deBona Dea, Dea Dia, Saturne, le dieu des semailles et des victuailles, Gérés, la déesse des moissons, Liber, le dieu des vendanges, Faunus, le dieu des troupeaux, Hercules, le dieu des bergeries, Vénus, la déesse des jardins, le fleuve Numicius ; sanà compter la multitude des autres divinités ayant pour attribut une fonction unique, Tutela, Fabulinus, Educa, Potina, Iterduca, etc.

Cette mythologie rudimentaire se bornait à Ténumération des forces naturelles, conçues comme volontaires, et réduites au degré d'individualisme strictement nécessaire pour qu'elles puissent se distinguer à peu près les unes des autres, et ayantchacune à leur service un certain nombre de formules ou invocations magiques dont renonciation constituait la partie essentielle du culte qui leur était rendu. Tous ces dieux étaient ceux de la population autochtone, de la multitude italiote, qui constitue plus tard la plèbe .

Au-dessus de ces deux catégories, il faut placer les dieux

* Mânes, Lara ou Larunda, Mania, tous ces noms se rapportent éga« lement au culte de la mort.

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de raristocratie^les divinités du Capitule, Jupiter ou Diespiter ou divua pater, — Jus, contraction de Dyaus ou Zeus, le ciel *, — Junon, Mars, Quirinus, Romulus, Minerve, Mercure, Janus, Neptune, Diane, etc., dont le culte devint prédominant à mesure que s'accentue la prééminence des patriciens.

Cette assemblée de dieux représentants de la religion de l'État, se composait en partie des divinités des populations conquises, que les Romains admettaient dans leur panthéon pour s'assurer leur secours contre les révoltes possibles des vaincus.

Ici encore se manifeste cette préoccupation dominante de la fonction, que nous avons signalée précédemment. Ces dieux capitolins, plus individualisés que les autres, reçoivent eux-mêmes des surnoms destinés à mettre en relief leurs attributions diverses. Jupiter porte les noms d'inventor, de stator, de diusfidius. Ses épithètes comme dieu suprême sont celles de optimus maximus.

Les divinités purement italiques ne tardèrent pas à se transformer sous l'influence grecque. Vers la Bn de la royauté, les Tarquins introduisirent dans le panthéon romain des modifications qui, tout en conservant les noms, changèrent considérablement les physionomies. Les livres sibyllins accélérèrent ce mouvement en introduisant en Italie Apollon, Esculape, la grande mère idéenne. Démèter, Dionysos, Cora se firent également admettre sous le déguisement de Cérès, de Liber et Libéra. Ces transformations se produisirent de différentes manières. Ainsi, pour

* II est assez remarquable que le mot de Jupiter, — et surtout le radical JoVf — n'ait pas perdu son sens primitif de ciel : Sub Jove /rtgido. — Aspice hoc sublime candens quem invocant omnes Jovem» (Ennius).

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en donner un exemple, la Vénus de Lavinium, qui se non\mait dans la langue populaire Frutis, par corruption d*Aphroditè, dut à la ressemblance du mot fruits avec fniclus , d'être confondue avec Yénus, déesse tellurique des jardins. C'est ainsi que l'on finit par transporter à la Yénus latine tous les attributs et tous les mythes de l'Aphrodite grecque.

Lorsque les plébéiens eurent vaincu les patriciens, les divinités chthoniennes reprirent un certain crédit. Le mythe aenéen, purement tellurique par ses origines, reçut un lustre nouveau de la prétention des Jules d'être les descendants de Vénus et d'Enée. Mais ce culte s'effaça bientôt, en partie du moins, devant l'adoration prédominante des Césars, devenus les chefs du panthéon romain. Puis ce culte lui-même, devenu purement officiel et incapable de satisfaire les aspirations mystiques, qui paraissent avoir été la maladie générale du monde romain vers le I" siècle de l'ère chrétienne, se trouva singulièrement amalgamé aux pratiques religieuses de l'Orient et aux di* vinités de l'Egypte, de l'Asie Mineure et de la Perse, Isis, Serapis, la mère des dieux, Mithra, Jésus.

De ce que nous avons dit, il est facile de comprendre que la religion romaine a été surtout un formalisme pratique. La formule du culte était : Pacem Deum exposcere. Et cette paix, on l'obtenait par des pratiques, par des offrandes, par des prières et des rites déterminés. Donnant donnant. L'important était de tenir ses comptes en règle avec les dieux. Dans une religion de cette nature, le sacerdoce devait nécessairement avoir une grande importance. Aussi ^ était-il organisé avec une minutie et un soin qui rendraient trop longue une exposition un peu complète.

Mazdéisme. — On sait qu'à une époque impossible à

préciser, — vers Fan 3,000 avant l'ère chrétienne, — deux grandes branches se séparèrent du tronc aryen établi en Sapla-Sindhou. L'une s'arrêta à l'ouest, dans l'Iran, tandis que l'autre pénétra jusqu'en Europe, où elle se divisa en Latins, Grecs, Celtes, Germains et Slaves. Le mazdéisme est la religion des Aryas de l'Iran. Les livres qui la contiennent se rappellent un paradis, — Rehescht, — arrosé par quatre fleuves, qui ne peuvent être que l'Indus, l'Helmend, l'Oxus et l'Yaxartes. Ces livres sont le Zend-Avesta, divisé en cinq livres : Vendidad, Izeschné ou Yaçna, Vispered, Siroze, Yescht, — et leBoundéhesch, bien postérieur à TAvesta. L'Avestaest donnécomme l'œuvre d'un saint à qui Ormuzd même a confié la révélation, Zarathusthra, nommé communément Zoroastre, et dont le nom en zend signifie astre d'or. La légende raconte que Ormuzd prit soin de créer lui-même le père et la mère de son prophète afin de le faire naître dans des conditions spéciales de pureté, qui le rendissent digne de la grande mission à laquelle il le destinait.

Le mazdéisme, comme le védisme, a sa racine dans la lutte du ciel lumineux et de son cortège contre les génies de l'orage. Mais cette conception produit dans l'Avestaun dualisme beaucoup plus accentué que dans le Rig-Véda. Ormuzd, ou Ahura-mazda, « le seigneur omniscient », leciel infini et lumineux, le principe du bien, a créé le monde et l'homme en six époques. lia pour coadjuteurs de la création et de la conservation des choses des divinités ou génies d'ordres différents, les amschaspands, au nombre de six, — Ormuzd étant lui-même le septième, — les Izeds en nombre infini et enfin les Feroûers ou Fravarshis. Ces génies constituent trois classes d'êtres identiques par leur origine divine, mais divers par leurs fonctions, et qui correspondent

aux archanges, aux anges et aux anges gardiens du christianisme.

En opposition avec Ormuzd et son groupe se trouve Ahriman-Angromaïnyou, — le serpent, le génie du mal, et son hideux cortège, qui n'a d'autre préoccupation que de détruire tout le bien que peut faire son rival. C'est lui qui trompe le premier couple créé par Ormuzd pour un bonheur sans fin, Meschia et Meschiané, et le précipite dans une longue suite de misères, conséquences du péché.

C'est du reste Ahriman qui a dominé pendant les trois mille premières années du monde. A ce moment est apparu Zoroastre, apportant la vraie parole d'Ahura- Mazda. Ahriman a bien essayé de faire avorter sa mission en lui offrant l'empire du monde, s'il consentait à trahir Ormuzd ; mais Zoroastre a vaincu le démon. Ormuzd régnera sur la terre pendant les trois mille années qui suivront la venue de Zoroastre. Alors apparaîtra le grand messie, le sauveur Soaschyang, qui domptera le dragon des ténèbres, opérera la résurrection universelle des morts, jugera le monde et assurera à jamais le règne d'Ormuzdsur l'univers renouvelé. A ce moment Ahriman lui-môme confessera son impuissance et renoncera au mal. Les deux principes s'accorderont parla suppression du prin-cipe mauvais, et le règne de Dieu durera éternellement. A côté de cette histoire purement mythique, où le dualisme naturaliste de la lumière et des ténèbres se trahit à chaque page, les prêtres ont ajouté postérieurement une conception métaphysique dont l'origine et la raison ne sont pas plus difficiles à deviner que celles du Brahma neutre des Aryas de l'est.

L'esprit de l'Arya primitif est essentiellement métaphysique et unitaire. Il lui faut des abstractions. Le dua-

lisme naturaliste ne suffit pas plus aux commentateurs de FAvesta qu'à ceux des Yédas. De Tidée du ciel infini et lumineux, ils détachent la conception de TinlBni et celle de la lumière, et alors, selon qu'ils sont plus frappés de ridée de Tespace sans limites ou du temps sans bornes, ils constituent une entitée suprême qu'ils placent au sommet des choses, Zervan-Akeren^ Téternelou la lumière infinie, qui domine à la fois Ormuzd et Ahriman. C'est par la parole créatrice de l'Éternel, reçue en dépôt qu'Ormuzd a pu créer le monde. C'est l'Éternel qui a voulu qu'Ahriman pût pendant trois mille ans jeter la désolation sur la terre.

Cependant Ormuzd ^st plus spécialement son fils, eteette relation donne naissance à une conception nouvelle, celle de la trinité mazdéenne, compensée du père, du fils et du feu.

Cette conception du feu intermédiaire entre le père et le fils suffirait à démontrer la nouveauté relative de ce dogme. Il est facile de prouver par l'ensemble des croyances mazdéennes que l'Avesta est antérieur au temps où Agni est devenu le dieu suprême du Rig-Véda. Atar, le feu de l'Avesta, n'a rien de commun avec la divinité une et triple qui, chez les Aryas de l'est, se manifesta sur J'autel, dansl'éclairet dans le soleil.

Ici nous voyons au contraire que le feu est l'essenco propre d'Ormuzd. Or le feu est le fils d'Ormuzd, comme Ormuzd lui-même est le feu de l'Eternel, quia fait Ormuzd par l'émanation de sa propre lumière, par le rayonnement du feu qui est en lui. Le feu est donc le principe d'union entre le Père et le Fils, comme le Saint-Esprit, — qui est feu lui aussi, — dans la Trinité chrétienne, et il devient l'objet d'une adoration perpétuelle, minutieusement réglementée parles prêtres iraniens.

Mais cette conception métaphysique de la Lumière primordiale, du Temps sans bornes , ne fut jamais qu'un accessoire dans le mazdéisme populaire. Le dieu-père, immobile et indifférent au bien et au mal, ne put prévaloir contre le dieu-fils, actif et bon par excellence, puisque sa mission unique est de lutter contre le mal. Zervan Akeren dut céder, la place à Ormuzd, comme Yarouna à Indra, comrne lahveh à Jésus.

Il n'y a pas du reste de religion qui offre plus de points de ressemblance avec le christianisme. Nous en avons déjà vu quelques-uns. En voici d'autres.

Le prêtre, debout, étend sur les viandes, le pain et le vin apportés en l'honneur d'Ormuzd, un faisceau de branchages qu'il tient à la mairi, et les consacre en prononçant une formule déterminée, avant de les manger. Dans toutes les religions les prêtres se nourrissent des offrandes présentées aux dieux. Mais dans le mazdéisme plus qu'ailleurs ce fait, purement matériel à l'origine, a pris une signification mystique. L'absorption des aliments divinisés par la consécration réalise dans le prêtre la communion du dieu et de l'homme. Cette communion est absolument identique à celle du christianisme ; comme celle-ci, elle s'étend au simple fidèle et elle devient obligatoire. Quiconque ne fera pas le daroun, c'est-à-dire ne viendra pas, au moins une fois par mois, se faire administrer par le prêtre la communion du pain et du vin, celui-là n'aura pas d'enfants *.

1 Izeschne^ II, 115.

Cette persistance du Haoma (Soma) dans le culte mazdéique, où Ton ne retrouve pas Agni, peut être considéré comme une preuve que la divinisation du Soma a bien réellement précédé chez les Âryasde Test celle du feu. Les Aryas de l'Iran se seraient séparés du centre avant 1 apothéose d^Agni. On trouve du reste dans l'Avesta des invocations au Haoma qui rappellent singulièrement celles du Rig-Véda. Il y en «

Le Haoma ou Hom, — le Soma védique, — est d'ailleurs par lui-môme une divinité, indépendamment de la consécration du prêtre :

« Hom, anéantissez, frappez la troupe des violents qui sont sans intelligence. Celui qui dans son cœur ne reconnaît ni le prêtre ni le hom, le hom à son tour le méconnaîtra et l'anéantira. »

Aussi le Hom est-il Tallié des prêtres :

« Moi, Hom, je suis avec celui qui est obéissant, je ne suis pas avec celui qui refuse d'obéir. »

Si le hom, la libation, est déjà divine par elle-même, le caractère divin de la communion est d'autant moins contestable. D'ailleurs la théologie mazdéenne aboutit bien vite au dogme de la présence réelle du dieu dans l'offrande consacrée, dans le miezd. Lesferotiers divins descendaient du ciel à la voix de l'officiant, par la vertu de la parole sacramentelle et entraient dans les mets consacrés.

« Rappelez les feroiiers, invoquez-les, ceux qui se trouvent au milieu du miezd et qui donnent la vie. »

Le sacrifice et la consécration des aliments se faisaient tous les jours, comme chez nous la messe.

une où chaque verset répète ce cri : « pur hom couleur d'or! » Il ne faudrait pourtant pas exagérer la portée de cet argument. Ormuzd en réalité n'est pas autre chose en principe que la lumière, que le feu. Le feu, fils d'Ormuzd, ne se distingne guère de son père, non plus que l'Agni védique du soleil.

Quant à la plante qui fournissait le haoma ou soma, on a dit que ce devait être une asclepias acida ou Id^sarcosternaviminalis. M. Marius Fontane, dans ses /raniens, dit : « Cet arbuste très précieux, bas, aux branches rampantes, puisqu'un chien pouvait « tomber sur elles et les souiller », dont il était possible de « couper une partie pour en obtenir une bouture vivante », ne serait-ce pas la vigne simplement ? Dans ce cas Tidentilication de la communion chrétienne avec la communion mazdéenne serait complète. I^'est-ce pas curieux de retrouver dans notre civilisation cette antique divinisation du vin ?

Les fautes commises peuvent être rachetées, soit par la

prière et la lecture de la loi, soit par la confession et le

repentir. Le Conflteor des mazdéens se réduisait à quelques lignes :

ce Je me repens de tous mes péchés, j'y renonce. Je renonce à toute mauvaise pensée, à toute mauvaise parole, à toute mauvaise action. Je fais cet aveu devant vous, ô purs ! Dieu, ayez pitié de mon corps et de mon âme, dans ce monde et dans l'autre. ?>

Les pécheurs qui n'avaient pas expié leurs fautes étaient punis pendant la vie et après la mort : pendant la vie par les maladies, 'par la sécheresse, par la perte des enfants; après la mort, par toutes sortes de tourments, qui leur seront infligés dans les immenses cachots noirs de Tenfer, où régnent les démons. En revanche les purs iront au paradis, sur une montagne élevée que couronne un vaste plateau et qu'enveloppe une lumière éblouissante.

Cependant le prêtre mazdéen peut, si les péchés ne sont pas trop graves, arracher l'âme des mourants aux démons qui viennent pour s'en emparer. Il y a trois prières qui ont ce pouvoir. Le prêtre, qui seul sait les trois formules, se rendra « auprès de celui qui ne peut plus parler et qui est sans espérance » ; il récitera les trois prières « dans l'oreille du moribond » , et aussitôt le diable abandonnera sa proie. C'est l'extrême-onction.

Les formules jouent un grand rôle dans toutes les religions. C'est toujours la superstition de la parole créatrice qui se retrouve à l'origine de presque toutes les cosmogonies. Des prières selon la formule et bien dites suffisent pour détruire les œuvres du démon, physiques et morales, le mensonge, la corruption du cœur, l'effet des mauvaises

pensées, les « douleurs qui obsèdent les jointures » aussi bien que les « obsessions des génies femelles, des péris », et les rhumes qui « pourrissent la salive », et les fièvres « qui donnent une sueur nuisible ». La prière enrichit le pauvre, elle accomplit Tégalité sociale, elle « élève le petit à la hauteur du grand, du puissant ». La prière est l'ennemie victorieuse du démon de la stérilité et du démon dés tempêtes.

« Celui qui, dans le monde existant qui m'appartient, prononcera la pure parole ; qui en la prononçant la récitera avec les cérémonies ordonnées, ou ia chantera à voix haute, je ferai aller librement son âme aux demeures célestes, moi qui suis Ormuzd. »

On peut même par de bonnes œuvres, ou en récitant des passages de TAvesta, racheter les fautes des morts. Chaque année, pendant cinq jours, les mazdéens ont le pouvoir de « vider Tenfer » des âmes qui y souffrent, pourvu que ces âmes se repentent des fautes commises. Mais il faut que ces prières soient dites par des parents. Il y a là quelque trace de Tancien culte des ancêtres. Les enfants prient pour leur père et leur mère ; le père et la mère pour leurs enfants ; le frère pour la sœur, la sœur pour le frère ; les petits-enfants pour les grands-parents; le grand-père pour son petit-fils, la grand' mère pour sa petite-fille. Jusqu'au quatrième degré les parents peuvent ainsi se secourir. La servante et le fils de la servante sont admis à délivrer par la prière l'âme du maître ou de la] maîtresse qu'ils ont servis.

La prière à Ormuzd peut être rapprochée du Pater des chrétiens :

Au nom de Dieu,

Je vous prie et je glorifie votre grandeur, Ormuzd, juste juge éclatant de lumière et de splendeur, qui savez tout, agissant; Seigneur des seigneurs, roi élevé sur tous les rois ; créateur qui donnez aux créatures la nourriture nécessaire de chaque jour; Dieu grand et fort, quiètes dès le commencement; Dieu miséricordieux, libéral, plein de bonté, puissant, savant et pur; qui nourrissez entretenez et conservez, que votre règue soit sans changement.

Je me repens de mes péchés, de tous |mes péchés ; je renonce à toute mauvaise pensée, à toute mauvaise parole, à toute mauvaise action.

Une autre formule très courte contenait le Credo du mazdéen :

Dieu, juge grand, excellent, je me repens de mes péchés ' j e crois à Dieu et à sa loi ; je crois que mon âme ira au paradis, que l'enfer sera comblé à la résurrection, que les démons d*Ahriman seront anéantis.

C'est le triomphe définitif du bien. Là est le caractère unique de cette religion. Le mal doit disparaître de la terre, non seulement le mal futur, mais le mal passé. Il n'y a pas pour elle de faute irrémissible, de péché impardonnable. Un temps viendra où les plus grands criminels seront purifiés, relevés, réconciliés, et où le génie môme du mal, Ahriman, deviendra bon. Les cinq grands péchés, la débauche, le mensonge, la violence, le vol et la magie, cesseront d'exister. La terre se trouvera assainie partout, grâce à Ormuzd, par les soins des génies de la santé, des eaux et des plantes. Aussi, contrairement à toutes les autres doctrines rehgieuses, le mazdéisme est-il doux et /

tolérant pour les hommes. 11 proclame que « les justes !

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sont en grand nombre sur la terre ». La loi ordonne aux créatures d'Ormuzd de croître et multiplier pour le bien, dans la force et dans la joie. La tristesse est une faute, et les privations sont un châtiment. Le mazdéen doit ayant tout se bien nourrir afin de bien prier, parce que « le corps vigoureux rend Fâme plus forte ; parce que l'homme qui n'éprouve aucun besoin » lit la parole divine avec plus d'attention, a plus de vigueur pour entreprendre une bonne œuvre, plus d'énergie et de persévérance pour l'accomplir. Le jeûne et toutes les autres pratiques de l'ascétisme sont rigoureusement interdites. Saint Labre pour les mazdéens serait un monstre, car le mazdéen doit constamment purifier soncorps par des ablutions répétées ; il doit détruire partout les insectes, les reptiles, les bêtes venimeuses ou malfaisantes. Il a horreur de tout ce qui salit. Celui qui met le pied dans une flaque d'eau boueuse mérite la flagellation. Les sources d'eau sont presque divinisées. Aussi le travail est-il recommandé, sanctifié. « Soigner les troupeaux, c'est gagner le ciel. » Le Vendidad contient un grand nombre de préceptes et de conseils relativement au labourage, aux soins qu'on doit aux troupeaux et à la terre : « Juste juge, dit Zoroastre àOrmuzd, quel est le point le plus pur de la loi des mazdéens? » Ormuzd répond : « C'est de semer dans la terre de bons grains. Celui qui sème des grains et le fait avec pureté remplit toute l'étendue de la loi du mazdéisme. Celui qui pratique cette loi des mazdéens est ainsi que s'il avait donné l'être à cent créatures, à mille productions ou prononcé dix milles prières. »

Dans un passage de Tlzaschné est déclaré saint « celui qui s'est construit une maison dans laquelle il entretient le feu, du bétail, sa femme, ses enfants et de bons trou-

peaux. Celui qui fait produire du blé à la terre, celui qui cultive les fruits deschampô, celui-là cultive la pureté; il avance la loi d'Ormuid autant que s'il offrait cent sacrifices. » Celui qui donne à la terre du grain brise les démons. Lorsqu'on en donne autant qu'il en faut, les démons sont atterrés. Donnez-en encore davantage, et les déihons pleureront de dépit. Quelque peu de grains que Thomme donne, il frappe et détruit le mal dans le lieu où il donne ce peu. Lorsque le grain est donné en abondance, la vaste gueule et l'énorme poitrine des démons sont comme détruites par le feu. »

Aussi ne faut-ii pas s'étonner de trouver dans l' Avesta une morale des plus élevées, « Je vous parle clairement, dit Ormuzd. Celui qui m'invoquera bien et avec pureté de cœur, ou celui qui aura l'esprit éclairé par mes instructions, ou celui qui généreusement ne désirera que l'avantage d'autrui, celui-là, cet homme, soit qu'il vive maintenant, soit qu'il doive exister, soit qu'il ait été, son âme pure ira au séjour de l'immortalité. »

Le mazdéen propre, consciencieux, laborieux, qui respecte également les lois de l'hygièneet de la morale, jouira de la santé du corps, de la santé de l'âme ; il verra sa famille, ses troupeaux, ses biens de toutes sortes croître et prospérer. La première règle à observer pour l'homme pur, s'il veut éviter les embûches d'Ahriman, c'est de « vivre selon la loi et la justice, dans la condition où il se trouve ». Les bénédictions d'Ormuzd sont assuréss à celui qui « nourrit un ami et fait le bien ; au pur qui se rend encore plus pur; à l'ami dont l'amitié est vive. Quant à l'homme charitable, il est digne de la royauté : « Vous établirez roi, ô Ormuzd, celui qui soulage et nourrit le le pauvre. »

Quelle que soit la gravité des fautes commises, qu'elles résultent d'une pensée, d'une^parole ou d'un acte, qu'il y ait eu entraînement ou calcul, une seule prière bien dite, nous l'avons vu, suffît pour calmer l'irritation du dieu, mais c'est à la condition absolue qu'en demandant pardon à Ormuzd, le coupable pardonnera, lui aussi, à ceux qui lui ont fait du mal.

« Pour le sectateur de Zoroastre, ditM.MariusFontane, la morale systématisée se résume en un mot : plaire ; s'éclaire d'une seule lueur, s'alimente d'une seule flamme : la vérité. La vérité est la compagne inséparable de la lumière, comme le mensonge est l'œuvre des ténèbres, toujours. Le respect de la foi jurée, du serment prononcé, poussé jusqu'à l'héroïsme, émerveillera les Grecs combattant leâ Perses, comme elle est encore l'admiration des Indiens traitant avec les Parsis. Le devoir du mazdéen c'est de développer continuellement son intelligence, d'exercer la charité envers les hommes, de respecter l'humanité dans Sa personne et dans ses biens, d'adorer Ormuzd, pour le remercier de ses bienfaits, d'obéir à sa loi, de la conserver, de la propager, de maintenir le corps^t l'âme dans l'état de la plus grande pureté, par les ablutions et le repentir. Dakiki, le poète guèbre, trois siècles après Mahomet, citait encore comme étant « quatre choses excellentes au monde » et préférables, « les lèvres couleur de rubis, le son de la harpe, le vin couleur de sang et la religion de Zerdouscht, » la religion de Zoroastre. De nos jours, en Orient, partout où la morale mazdéenne a persisté, les voyageurs sont frappés de la franchise et de l'honnêteté des hommes.

« Le mazdéen en était arrivé à une telle conception delà moi'ale, et du pouvoir, du charme, du bonheur de l'homme

moral, qu'il considérait le criminel comme un malade ou un malsain, une sorte d'infectionné par contact, comme le pestiféré, ou de condamné par ascendance, comme le lépreux; et de même que le législateur, en parquant les lépreux, les approvisionnait d'espérance en ouvrant le ciel à leurs corps assainis par l'isolement, de même il ne ferme le paradis qu'aux criminels non guéris, non repentants. » Encore viendra-t-il un temps où par Teffet même du châtiment, tous seront réhabilités. Malheureusement les prêtres ont ici, comme partout, tout altéré, tout corrompu. Le mazdéisme a eu ses jésuites. C'est une fatalité de toutes les religions, par cela seul que le nombre des esprits grossiers l'emporte toujours et partout sur les autres. Le clergé mazdéen a tué l'esprit mazdéen. 11 a ramené toute la religion à des cérémonies, il a remplacé les vertus morales par des pratiques fétichiques. Si le prêtre bouddhiste a trouvé la roue à prières, l'athorné mazdéen a imaginé le tavid, un morceau d'étoffe sur lequel on inscrit ime prière et que les dévots iraniens portent sur eux, comme nos catholiques portent leurs scapulaires. Il a môme devance l'invention des indulgences. Il a fixé un tarif pour le rachat des péchés . Avec de l'argent, on n'a plus rien à craindre d'Ormuzd. Voilà comment a péri la morale chez les mazdéens de môme [qu'elle périt chez les catholiques par la casuistique des jésuites.

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