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CHAPITRE IV

judaïsme

§ I. — Première et deuxième période

NATCRÂLISAIE FÉTIGHIQUE. — CULTE DE LA TERRE VIERGE-MÈRE* — CULTE DU CIEL LUMINEUX ET DES ASTRES

Les Israélites ont commencé, comme tous les peuples, par le fétichisme. Nous en trouvons la preuve dans la Bible même, malgré le soin qu'on pris les prêtres de faire disparaître la plupart des faits qui en portaient témoignage. Au chapitre xxiv de la Genèse, Abraham envoie « dans son pays et dans sa patrie » chercher une femme pour son fils Isaac. Cette femme est Rébecca, petite-fille de Nachor, frère d'Abraham. Or Rébecca est sœur de Laban, dont Jacob épousa plus tard la fille Rachel. Celleci, en se sauvant de chez son père avec son mari, emporte les Théraphïms ou fétiches particuliers de Laban.

Plus tard, au chapitre xxxv de la Genèse, Jacob se fait livrer et enterre sous un chêne les fétiches de sa « maison et de tous ceux qui sont avec lui ». C'est seulement après cela qu'il change son nom de Jacob pour celui d'Israël,

ce qui semble être un souvenir d*un ancien changement de culte.

Parmi les phases religieuses traversées par les Israélites se trouve le culte de la terre, sur lequel nous ne reviendrons pas. Nous nous sommes suffisamment expliqué à cet égard dans le chapitre relatif à ladoration de la vierge mère. Hevah, la terre, est la mère de tous les vivants, qu'elle produit par sa fécondité propre. Quand l'intervention du mâle est reconnue nécessaire, elle déchoit du rang suprême. Et cette déchéance prend dans la légende Israélite une forme toute particulière, qui s'explique par le caractère exclusivement religieux que revêtirent toutes les conceptions de ce peuple, à la fin de son existence. Rien alors ne se produit que par l'intervention directe du dieu dont la fonction unique est de maintenir dans le monde le respect de sa volonté. Toute vertu est dans l'obéissance, tout péché dans la désobéissance. Il récompense la première et punit la seconde. Si donc Hevah est déchue, il faut qu'elle ait mérité ce châtiment par une transgression quelconque d'un ordre divin*

L'existence de cette religion primitive de la vierge mère chez les Israélites est confirmée et par les traces nombreuses qui en subsistent dans la Bible même, telles que l'adoration des tertres, des puits, des cavernes, etc, et par les analogies singulières que nous trouvons entre les conceptions religieuses des Juifs et celles des autres sémites, des Egyptiens et des Ghaldéens, chez qui l'adoration de la vierge mère se manifeste partout.

Avant d'entrer dans l'exposition des transformations qu'a subies la religion judaïque, nous devons d'abord nous expliquer sur l'authenticité de la Bible ; car il y a ici un fait bien étrange et qui ne se rencontre nulle part

ailleurs. Celle exposition se trouvanl toule faile dans les •livres sacrés des Juifs, il semblerait que nous n'ayons qu'à en donner ici un .simple, résumé. Or, tout au contraire, il faut avant tout que nous démontrions que cette exposition officielle de la religion d'Israël est absolument fausse, et que le premier soin de qui veut bien connaître la doctrine religieuse des Israélites, doit être de se mettre en garde contre les récits et les afflrmatioils du livre prétendu divin.

On connaîtla thèse delà Bible. L'hommecréé par lahveh est chassé du paradis terrestre pour avoir désobéi ; mais il en emporte la connaissance du vrai Dieu, qui se transmet de génération en génération à un petit nombre de fidèles. Le reste du peuple se laisse aller à Tidolâtrie, mais lahveh le ramène sans cesse par des châtiments et des bienfaits. Lorsqu'lsraël sort d'Egypte, environ mille cinq cents ans avant l'ère chrétienne, lahveh lui fait déclarer par Moïse sa loi, qui, malgré des intermittences plus ou moins graves, demeure en somme la loi de son peuple depuis cette époquejusqu'à aujourd'hui.

Or une lecture attentive de la Bible démontre l'impossibilité radicale de cette thèse. En voici quelques preuves.

Les prophètes du rni® et du vu® siècle ne connaissent pas le Pentateuque ; on n'y trouve rien qui ressemble à une citation, à un commentaire d'un texte officiel. Le nom même de Moïse n'y paraît qu'une fois ou deux, comme celui d'un prophète ancien dont le nom seul a subsisté à travers les âges. Les prophètes savent vaguement que, autrefois le peuple de Dieu a été captif chez les Egyptiens, et qu'il leur a échappé par la protection d'Iahveh, mais de la loi mosaïque il n'est jamais queslion.

Ils luisontmêmeopposés*.Osée(ch. m, 4) va jusqu'à condamner formellement les sacrifices ordonnés par le Pentateuque. Le prophète Elle se plaint de ce que les autels de lahveh sur les hauts lieux aient été détruits (I, Rois, xix, 10) . Et lui-même sacrifie hors de Jérusalem, sur les tertres, malgré les prescriptions de la loi prétend ne mosaïque. L'autel sur lequel Amos voit apparaître lahveh (ix, 1), n'est pas non plus à Jérusalem. Le Deutéronome (xxxiii, 19) mentionne les sacrifices qu'offraient pieusement sur le mont Tahor les trihus d'Yssakar et Zabulon. Le passage d'Amos (v. 25) prouve qu'il ignore totalement le Pentateuque. Le livre de Job ne contient rien qui se rapporte au culte mosaïque.

Un très grand nombre des lois dite^ mosaïques s'adressent à un peuple essentiellement agriculteur et sédentaire ; elles datent donc du temps où Israël a cessé d'être nomade et habita des villes, puisqu'elles vont jusqu'à prescrire de mettre des balustrades aux toits plats des maisons 2. Les lois rituelles se rapportent toutes au temple de Jérusalem, et supposent le peuple graupé autour du sanctuaire .

La rédaction du Pentateuque prouve 4 chaque instant que ceux qui l'ont écrit se placent eux*-mêmes au point de vue d'une époque beaucoup moins ancienne que le temps de Moïse, et même que la conquête de Chanaan. Quant aux répétitions et contradictions, elles foisonnent, et si elles ne frappent pas davantage les lecteurs, c'est qu'à vrai dire la Bible n'a pas de lecteurs, je veux dire de lecteurs qui la lisent comme on lit un autre livre. On la lit par morceaux, par versets, sans jamais s'inquiéter du

1 Amos, IV, 4; v, 25. — Osée, vi, 6. — Isaïe, i, 11.

2 Deutéronome, xxii, 8.

sens général et de la liaison des idées. Sans cela, il y a longtemps qu'on aurait été frappé du nombre incalculable d'absurdités qui sont le propre caractère de ce livre divin*.

Il est aujourd'hui parfaitement démontré que les seules parties anciennes de la Bible sont les premiers prophètes, quelques psaumes, des fragments répandus dans les autres livres, et le livre des Juges, qui, sans être liiimôme très ancien, a été rédigé par un compilateur sincère, qui s'est contenté de réunir d'antiques légendes, sans les accommoder aux visées sacerdotales. Nous aurons occasion de revenir sur ces points.

Le véritable culte des Israélites, celui qui a succédé au culte de la terre, de la vierge mère, c'a été comme partout celui des énergies atmosphériques ou célestes, plus ou moins localisé. On a commencé par adorer les dieux de l'atmosphère, des nuages, de l'orage, de la fécondité, dé la lumière et de la chaleur sous des noms divers : Baal, Moloch, Milcom, El ou Elohim, El-Shaddaï, El-Elion, El-Kanna, El-Haï, Adonaï, lah ou lahveh, Camos, Khioun, Aschéra-Astarté chez les Phéniciens, Istar chez les Assyriens, etc.

Voyons un peu quel est le sens de ces noms.

Un des noms les plus souvent employés pour désigner le Dieu suprême est Elohim. Or ce mot est un nom pluriel, ce qui s'accorde parfaitement avec les paroles que la Genèse met dans la bouche du serpent : « Vous serez

i Je renvoie pour la citation des passages qui se rapportent à cette discussion, au grand ouvrage de M. Reuss : L* Histoire sainte et la loi, Pentateuque et Josué, page 112 à 151. Ce sont là des questions do fait qui ne peuvent plus être discutées que par les gens qui sont absolument décidés à ne pas ouvrir les yeux»

comme les dieux, connaissant le bien et le mal », et que confirme Elohim lui-même, quand il dit : « Voici que l'homme est devenu comme Vun de nous, sachant le bien et le mal. » (Ch. ni, v. 5 et 22).

Ce nom A'Elim ou Elohim est identique à celui par lequel plusieurs nations asiatiques désignaient leur dieu principal. La divinité suprême des Phéniciens et des Babyloniens s'appelait J5^^, Éhoum, et ses compagnons se nommaient Éloim, Chez les Thébains, colonie phénicienne, Zeus était surnommé Elieus, Le nom même du soleil chez les Grecs, Hélios, se rapproche singulièrement dumot hébreu, qui se trouve même plusieurs fois dans la Bible sous la forme de Elion. Le radical El signifie dans la langue vulgaire force ou élévation, et par conséquent le sens réel de Elim ou Elohim, serait en hébreu celui de Puissants ou de Très Hauts. D'autre part, il. résulte d'une observation de M, J. Oppert que, chez les Babyloniens, ce laoiElàésignait la lumière primitive, incréée, ce qui nous ramènerait directement à la conception même du Rig-Yéda, qui distingue la lumière divine, considérée en elle-même, des astres, dont la mission est uniquement de la distribuer aux hommes. Or cette même conception se retrouve dans les premiers versets de ;ia Genèse. La lumière est créée quatre jours avant le soleil, la lune et les étoiles.

Cela peut nous paraître étrange, à nous qui savons que la lumière n'est que le rayonnement des astres. Mais nous en serions moins surpris, si nous songions que les premiers hommes, voyant lejourpersisterpar un ciel couvert, ou même avant le lever et après le coucher du soleil, quand ils n'apercevaient aucun astre, devaient naturellement croire qu'elle existait par elle-même, indépendamment du soleil.

Le mot Adonat est identique à celui du dieu syro-phénlcien que nous connaissons sous la forme d'Adonis. Or tout le monde sait que Adonaï ou Adonis n'était autre que le soleil, l'amant de la lune, désignée sous le nom d'Aschéra ou d'Astarté Baalthis, dont le culte était répandu dans toute la Phénicie, dans le pays des Philistins et dans la Judée.

Le nom de lah, lahveh, nous ramène également à ridée de lumière. Il y a entre ce nom et le nom hébreu lom, le jour, un rapport qui rappelle celui des mots latins Dies et Deics. Nous retrouvons la même analogie dans le nom du dieu phénicien lao. En sanscrit, yut signifie briller, ya veut dire splendeur, exactement comme Dyu, Byo. Le radical Biv, qui veut dire également briller, forme les dérivés Biva^ le ciel lumineux, Beva^ [qui signifie en même temps brillant et dieu. On peut comparer le latin Bivum^ le ciel sans nuages, Bivus, Beus, dieu ; le grec Theos, Beus^ Zeus, Bios. Les noms de Jupiter, lou-pater, lanus-pater ou Biespiter, — en sanscrit, Byaus pitar ou Bivaspatï, le maître de la lumière — lovis, l'exclamation lô des hymnes à Apollon, les noms de lo et de lole, donné à la lune poursuivie par le dieu du jour, nous fournissent des rapprochements du même genre.

Tout cela nous mène bien loin 'de Fétymologie fantaisiste de la théologie officielle, qui voit dans le mot lah ou lahveh une combinaison voulue des trois formes du présent, du futur et du passé du verbe qui signifie être; de telle sorte que ce petit mot, qui, en hébreu, n'a que deux ou quatre lettres, signifierait : il fut, il est, il sera. C'est beaucoup pour si peu de lettres. Le turc de Molière serait seul de force à soutenir la comparaison.

Que cependant il y ait une analogie réelle entre les idées de lumière et d'existence, et que cette analogie logique se retrouve parfois d'une manière plus ou moins apparente dans les mots qui expriment ces idées^ nous ne songeons pas à le nier. « Venir à la lumière, voir la lumière», sont des locutions que nous trouvons dans un grand nombre de langues pour exprimer l'idée de naître, de vivre. On peut, à ce point de vue, comparer le grec Zeus, le nom du dieu lumineux, et zéin, vivre; le latin vîdere, vigere, vivere, l'allemand sehen, sein. Il n'est pas plus extraordinaire que lah ou Jahveh ressemble à l'hébreu hih, être.

M. Jules Soury est d'un avis différent. « Le mystérieux tétragramme, dit-il, le mot ineffable dont les lettres portent dans la Bible la vocalisation du mot Adonaï, présente d'une manière évidente la racine hava^ racine très ancienne qui n'existe plus guère dans l'hébreu ordinaire, mais qu'on rencontre dans un dialecte voisin, l'araméen, et à laquelle répond l'hébreu haya « être ». Nul doute pour M. Schrader que ce verbe soit un adoucissement de la racine chava et chaya, « souffler » « respirer », «vivre », dont la prononciation primitive s'est conservée dans le nom delà femme d'Adam, (7^at;ra, « Eve ». Dans les langues sémitiques, comme dans toutes les autres, les racines qui expriment la notion de l'être sont naturellement dérivées de significations primitives plus concrètes. L'antique dieu lahveh, dont nous entendons le nom à la forme hiphil du verbe, c'est-à-dire au sens causatif, signifie celui qui donne le souffle ou la vie, puis l'existence et l'être. »

Mais le rapport réel est précisément inverse de celui qu'on veut établir entre ces deux mots. C'est la lu-

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