INTRODUCTION IX
ils vivent, puisque, dans le rêve et dans Textase, on les voit agir, on les entend parler. Comment douter de la réalité de ce que Ton voit, de ce que Ton entend? La survivance de la vie, le dédoublement des êtres et des choses en un corps et en une âme, le sauvage n'en peut douter, sans mettre en suspicion le témoignage direct de ses yeux et de ses oreilles. Comment pourrail-il soupçonner que les perceptions du rêve n'ont pas la même réalité que celles de la veille ? Ce sont là de ces distinctions qu'il ne fera que plus tard, lorsque depuis longtemps la croyance à l'animisme universel sera devenue pour lui un fait de certitude absolue.
Là est le fondement premier de toutes les conceptions religieuses de l'avenir, mais pour le sauvage, l'animisme n'est pas tout d'abord une conception religieuse. C'est pour lui tout simplement un fait, comme tous les autres faits, sans distinction de naturel et de surnaturel. Il voit la nuit l'âme des choses, comme le jour il voit les choses elles-mêmes. Dans ce dédoublement il n'y a pas pour lui plus de mystère que dans toutes les autres choses qu'il voit sans les comprendre davantage et d'ailleurs sans chercher davantage à les comprendre. La passivité intellectuelle, la passivité inconsciente est le caractère essentiel de l'humanité primitive. C'est pour cela qu'il faut d'abord tant de milliers d'années pour la réalisation des moindres progrès. L'homme enfant accepte sans aucun étonnement lout ce qu'il a l'habitude de voir.