‹ Histoire naturelle des religionsChapitre 51 sur 59 · LE CIEL LUMINEUX · texte numérisé non relu

LE CIEL LUMINEUX

mière qui précède la vie, non seulement en fait, mais aussi dans Tordre des sensations humaines. La dernière chose que voie et observe l'homme, c'est lui-môme. Il lui faut un long temps pour qu'il se prenne à réfléchir à cet étrange phénomène de la vie. Dans le principe, il n'y songe guère, tandis que le fait seul de la succession des nuits et des jours, par Falternative de terreur et de joie qu'elle lui impose, frappe du premier coup son attention.

Quand on ne connaissait pas le sanscrit, au siècle dernier, il s'est trouvé aussi des étymologistes pour faire venir Zeus de Zéin. On sait maintenant que Zeus ou plutôt, suivant la vieille forme, BeiLSy vient de dyaus, qui a formé Deva, dïvus, et toute la série des mots qui, dans les langues indo-européennes, expriment des idées analogues.

De tout cela, nous nous croyons autorisée conclure que le mot lah vient, sinon de lonij le jour, au moins d'une racine commune antérieure, d'où le mot Ilih^ Etre^ a pu se dériver également. Sans doute des analogies ne sont pas des preuves. Aussi, ne prétendons-nous pas les donner comme telles. Il nous suffit d'attirer l'attention de ce côté. Nous croyons que, en thèse générale, c'est surtout dans les vocabulaires qu'il faut chercher l'histoire et la filiation des idées, sauf, bien entendu, à les corroborer par des preuves d'un autre ordre, quand on le peut.

Dans le cas présent, rien n'est plus facile. On n'a que l'embarras du choix.

Baal, le seigneur, le maître, c'est le dieu solaire de Babylone, Bel ou Belus. Molock ou Meleck, le roi, le chef des astres, n'est autre que le soleil ardent que les Sémites Phéniciens représentaient par une statue de fer creuse dans l'intérieur de laquelle on allumait du feu ; quand elle

était rouge on plaçait dans sea bras les victimes à sacrifier, lesquelles étaient généralement des enfants.

Khloun est la représentation phallique de la puissance génératrice de la chaleur solaire. Le mot répond au latin erectus^ et il est le même que le grec xCwv dont le sens est identique. On le dérive de la racine sémitique Khaun, qui signifie « être », et u être debout, « esse etstare. Il avait son symbole dans une colonne ou cippe, et ce fut lui qui guida le peuple d'Israël lors de sa sortie d'É^ypte. « Maison d'Israël, s'écrie le prophète Amos (v. 25 et 26 ), m'avez-vous offert des victimes et des sacrifices dans le désert pendant les quarante ans ? Vous y avez porté les tentes de votre Moloch, votre idole Khioun, l'étoile de vos dieux. » C'est la même idée traduite en langage plus approprié aux visées sacerdotales que nous retrouvons dans le passage fameux de TExode (xm, 21) : « lahveh marchait devant eux pour leur montrer le chemin, paraissant le jour en une colonne de nuée et la nuit en une colonne de feu, afin de leur servir de guide le jour et la nuit. »

Le nom de Kioun ou Khoun, s'offre d'ailleurs dans la Bible sous la forme ampliative Yakhin, qui n'est que l'aspect causatif de ce même Khoun. Or Khoun répondant aux mots latins stare et e5.se, Yakhin doit être rendu par facere ut stet ou su aliquid^ d'où le double sens de colonne ou soutien, et celui de générateur ou qui donne la vie, de sorte qu'ici la colonne phallique est tout à la fois le symbole et la chose signifiée ^

* V. 7, Baissac, les Origines de la religion^ t. Il, p. 28o à 288. M. Baissao fait remarquer que dans le livre crHénoch, ch. lxviii, au nombre des mauvais anges figure Yekoun, qui n'est autre que le KIiouu et Yakliin, dont il s'agit ici. Ce dieu, devenu démon, est accusé « d'avoir séduit tous les fils des bons anges, et, les faisant descendre sur la terre, de les avoir poussés à engendrer des hommes. )> La tradition, comme on le voit, a conservé le souvenir de l'idée de génération qui s'attachait

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