DU MONOTHÉISME
Les rédacteurs des « Livres des Roîs » et des « Chroniques », sont tous parfaitement convaincus que la Torah date de Moïse, avec cette différence cependant que pour les rédacteurs des Livres des rois la Torah se réduit au seul Deutéronome * . Ils ne connaissent pas les autres livres du Pentateuque. Ils partent également de cette idée que le culte de lahveh tel qu'il est a été institué par les livres mosaïques, a été établi à Jérusalem par David et surtout par Salomon, et c'est toujours à cet idéal qu'ils mesurent les mérites et la piété de leurs successeurs, sans qu'il soit possible la plupart du temps d'expliquer les préférences qu'ils ont pour quelques-uns, autrement que par des suppositions et des légendes, puisqu'il est démontré que le culte mohothéisle d'Iahveh n'a été réellement pratiqué qu'après le retour de la captivité et encore non pas immédiatement.
Nous voyons une première tentative de réforme religieuse sous Joas, 870 avant Jésus-Christ. « Joad solennisa l'alliance entre Adonaï, le roi et le peuple, stipulant qu'il serait le peuple d' Adonaï, et entre le roi et le peuple. Alors toute la population du pays envahit le temple de Baal, et ils le démolirent et brisèrent ses autels et ses simulacres complètement, et égorgèrent Mathan, prêtre de
* Il est démontré que le livre que Ton appelle le Deutéronome est antérieur aux autres livres de la loi.
Baal, devant les autels. » L*essai ne réussit pas, et Joas retourna aux dieux de ses pères. Cent trente-sept ans après, une deuxième tentative du môme genre se produisit sous Ézéchias (723-694): « 11 abattit les tertres et brisa les colonnes phalliques, et extirpa les bois consacrés à Aschera, et mit en pièces le serpent d'airain qu'avait fait Moïse ; CRrjusquà cette époque les enfants d'Israël l'avaient encensé. Il mit sa confiance dans Adonaï, le dieu d'Israël, et après lui il n'y eut pas son pareil entre tous les rois de Juda, non plus que parmi ses prédécesseurs. Et il fut attaché à Adonaï, et il ne le déserta point, et il garda les commandements qu'Adonaï avait prescrits à Moïse. »
Voilà qui est bien clair, la loi mosaïque est rétablie pour la seconde fois. Si les Israélites ne la pratiquent pas, ce n'est donc pas faute de la connaître. Eh bien ! pas du tout, ils ne la connaissent pas, elle n'existe pas encore, ni sous Joas, ni sous Ezéchias, car nous allons voir, et dans ce môme Livre des rois et dans les Chroniques, qu'on va la découvrir sous Josias (639-609), c'est-à-dire cent deux ans après la prétendue tentative d'Ézéchias ; et ce qui est plus grave, c'est que cette découverte de la loi, suivie immédiatement de son application au grand complet, n'empêche pas que quinze ans après ce fait capital, qui aurait dû leur assurer la faveur d'Iahveh, les Israélites sont emmenés en captivité à Babylone.
Voici le récit de la Bible au IP Livre des rois, ch. xxii et xxiii :
« La dix-huitième année du règne de Josias, le grandprôtre Ililkia dit à Saphan, le secrétaire du roi : « J'ai trouvé le livre de la loi dans le temple d' Adonaï ; et il remit le livre à Saphan, qui le lut et qui alla en donner lec-
ture au roi. Et quand le roi entendit le contenu du livre de la loi, il déchira ses habits et il donna ses ordres au prêtre Hilkia et à Achikam, fils de Saphah, et à Achbor, fils de Michée,et à Sàphan, le secrétaire, et à Asaïa, serviteur du roi, en ces termes : « Allez et consultez Adonaï pour « moi et pour le peuple et pour tout Juda, au sujet du « contenu de ce livre trouvé. Car grand est le courroux « d' Adonaï allumé contre nous, parce que nos pères n'ont « pas écouté les paroles de ce livre pour se conformer à a tout ce qui a été prescrit. »
(( Alors les serviteurs du roi se rendirent chez Hulda, la Voyante, qui leur dit : « Ainsi parle Adonaï, le Dieu d'Israël : « Puisque les habitants de Juda m'ont aban- « donné et qu'ils ont encensé d'autres dieux et adoré les « ouvrages de leurs mains, ma colère s'est allumée contre « ce pays et elle de s'éteindra pas... » Et ils rendirent au roi cette réponse.
« Alors le roi réunit tous les anciens de Juda et de Jérusalem. Ensuite il monta au temple d' Adonaï, et avec lui tous les hommes de Juda et tous les habitants de Jérusalem, et les prêtres et les prophètes, et toute la population, petits et grands, et il lut devant eux le livre de l'alliance, trouvé dans le temple d'Adonaï. Puis, debout sur l'estrade, il solennisa l'alliance avec Adonaï, s'engageant à suivre ses volontés, à garder ses commandements et ses statuts de toutcœur etdetoute âme, et à accomplir les articles de cette alliance, tels qu'ils étaient consignés dans le présent livre. Et tout le peuple adhéra à l'alliance.
« Ensuite le roi ordonna au grand prêtre Hilkia, et aux prêtres de second rang, et aux portiers d'enlever du temple d'Adonaï tous les objets du culte de Baal, d'Astarté et de toute l'armée des cieux ; puis il les brûla en
dehors de Jérusalem, dans les champs du Cédron, et en transporta les cendres à Béthel.
« Il destitua les prêtres idolâtres qu'avaient établis les rois de Juda, qui faisaient des sacrifices sur les tertres dans les villes de Juda et aux alentours de Jérusalem, et qui adoraient Baal, le Soleil, laLune, le Zodiaque et toute l'armée des cieux. Il ôtaTAstarté du temple d'Adonaï et la transporta hors de Jérusalem, auprès du torrent du Cédron ; il la brûla, la réduisit en poudre et en jeta la cendre sur les tombeaux des fils du peuple. Il démolit les demeures des garçons infâmes qui étaient dans le temple d'Adonaï, et celles des prostituées qui tissaient des tentes pour Astarté.Il fit venir tous les prêtres des villes de Juda, souilla les tertres où sacrifiaient les prêtres depuis Geba jusqu'à Beerseba et détruisit les tertres qui se trouvaient aux portes de la ville... Il profana l'autel de Topheth, situé dans la vallée des fils de Hinnom, pour que personne ne fit plus passer son fils et sa fille par le feu en l'honneur de Moloch, 11 fit enlever les chevaux que les rois de Juda avaient consacrés au Soleil, à l'entrée du temple d'Adonaï, et il brûla par le feu les chars du Soleil. Puis il démolit les autels que les rois de Juda avaient bâtis sur la terrasse de l'appartement d'Achaz, ainsi que ceux qu'avaient construits Manassé dans les deux parvis de la maison d'Adonaï et il alla aussitôt en jeter les débris dans le torrent du Cédron.
« Ensuite il souilla les tertres qui étaient devant Jérusalem à droite du mont de la Perdition, lesquels avaient été élevés par Salomon, roi .d'Israël, en l'honneur d'Astarte, l'odieuse idole des Sidoniens, de Camos, Todieuse idole de Moab, et de Milcom, l'abominable divinité des fils d'Ammon. Après quoi il brisa les colonnes phalliques,
arracha les bois sacrés et remplit leur emplacement d'osse-
ment humains Pour terminer, il immola sur leurs
propres autels les prêtres des hauts-lieux, il fit mettre à mort les évocateurs des morts, les devins, détruisit les fétiches, les idoles et toutes les images abominables qui se voyaient dans le pays de Juda et dans Jérusalem, afin d'accomplir les paroles de la loi, consignées dans le volume trouvé par le prêtre Hilkia.
« Après cela, il ordonna à tout le peuple de célébrer la Pâques conformément aux prescriptions du livre de TAlliance. Et pareille Pâques n'amit pas été célébrée depuis r époque des juges qui avaient jugé Israël ^ ni durant toute la période des rots d'Israël et des rois de Juda. Avant Josias, il n'y avait pas eu de roi semblable à lui, qui se fût tourné vers Adonaï de tout son cœur, de toute son âme, et de toute son énergie, conforménent à toute la loi de Moïse, et après lui, il n'y en eut pas de pareil. »
Le même récit se trouve reproduit, presque dans les mêmes termes, aux chapitre xxiv et xxv du livre II des Chroniques. Quelques variantes cependant ont leur importance.
Le récit du livre des Rois laisse bien entrevoir que le livre de la loi a été trouvé au fond d'un coffre d'où l'on tirait l'argent nécessaire aux réparations du temple. Mais la narration desChroniques le dit en termes presque formels : « Gomme ils tiraient du coffre l'argent qui avait été apporté dans la maison d' Adonaï, le prêtre Hilkia découvrit le livre de la loi d'Adpnaï par Moïse. » Or nous trouvons au chapitre XII du livre II des Rois et au chapitre xxiv du livre II des Chroniques, que ce coflre avait été placé dans le temple sous Joas, c'est-à-dire cent cinquante années avant le règne de Josias. Comment et par qui ce
livre, c< ignoré des Hébreux depuis le temps des juges, » pouvait-il avoir été placé au fond de ce coffre à l'époque de Joas, c'est ce que nous ne nous chargerons pas d'expliquer.
On a beaucoup discuté sur la question de savoir quel pouvait être au juste ce livre si profondément oublié des Juifs depuis Josué, c'est-à-dire presque depuis la mort de Moïse lui-même, et si miraculeusement retrouvé sept cents ans plus tard. Admettre qu'il comprît toute la législation mosaïque, c'était s'exposer à ce qu'on en tirât des conséquences graves sur l'authenticité de cette législation ellemême. D'un autre côté il était difficile de rejeter le témoignage si concordant du livre des Rois et de celui des Chroniques, On s'est arrêté à une solution intermédiaire. Les théologiens s'accorù^ût^d^pl^rer que le livre trouvé par Hilkia comprenait simpieiYi**43È^Gu*'6ronome. Mais ils tiennent à nous laisser croire que Tes Juifs ont déjà entre les mains le reste du Pentateuque.
Or nous voyons par le récit même de la Bible que le culte officiel, national des Juifs jusqu'à la dix-huitième année de Josias est le culte du Soleil, deBaal, deMoloch, d'Astarté. Le temple est rempli uniquement des objets qui s'y rapportent. L'arche sainte n'est même pas dans le sanctuaire, car c'est Josias qui donne l'ordre de l'y placer. « Placez Tarehe sainte dans le temple bâti par Salomon, fils de David, roi d'Israël, » dit-il aux prêtres [Chroniques ^ L II, ch. XXV.) La découverte du livre d'Hilkiaamène donc une révolution complète, non pas seulement dans les détails du culte, mais dans la religion elle-même. Comment cette transformation absolue peut-elle s'expliquer si à ce moment les Juifs possèdent les autres livres de Moïse ?
Sans doute le Deutéronome contient quelques prescrip-
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lions spéciales qui ne se rencontrent pas dans les autres parties du Pentateuque, mais il n'était pas besoin de celte découverte pour apprendre aux Juifs que la loi mosaïque avait eu en vue toute autre chose que rinstilulion du culte solaire. Si les Juifs avaient eu dès lors entre les mains la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres, il semble que cela aurait dû amplement leur suffire, pour qu'ils ne pussent se tromper sur les intentions de leur législateur jusqu'à remplacer le culte de lahveh par celui de toutes les idoles sémitiques qui remplissaient le pays de Juda et d'Israël. Les prescriptions contre Tidolâtrie abondent également dans tous les livres du Pentateuque, et le Deutéronome ne renferme à cet égard aucune prescription nouvelle et particulièrement saisissante, qui puisse expliquer la soudaine épouvante de Josias et son empressement à purger son royaume des abominations cananéennes. Il est manifeste que les Juifs ne connaissaient même pas le premier article du Bécalogue : « Tu ne serviras pas d'autre dieu que lahveh. »
La promulgation solennelle de la loi par Josias n*eut pas plus de succès que les tentatives précédentes, et ce qui est encore plus étrange, c'est qu'elle ne laissa aucun souvenir dans les esprits, malgré les louanges qu3 prodiguent aux restaurateurs de la loi les rédacteurs des Livres des Rois et des Chroniques. Nous avons vu que Ézéchias, pour avoir rétabli le culte de lahveh, a mérité qu'on dit de lui qu'il n'eut pas son pareil entre tous les rois de Juda non plus que parmi ses prédécesseurs.
Mais bientôt la tentative d'Ezéchias est parfaitement oubliée; car nous lisons de nouveau, à propos de celle de Josias, que « jamais rien de pareil n'avait été fait depuis l'époque des juges qui avaient jugé Israël, ni durant toute
la période des rois d'Israël et des rois de Juda. Avant Josias, il n'y avait pas eu de roi semblable à lui, qui se fût tourne vers Adonaï de tout son cœur, de toute son âme et de toute son énergie, conformément à toute la loi de Moïse et après lui, il n'y en eut pas de pareil. »
Eh bien, ce n'est pas tout. Le récit de la prétendue réforme de Josias va à son tour se trouver démenti par le livre de Néhémie, comme celle de Joas a été démentie par celle d'Ezéchiaset celle d'Ezéchias parcelle de Josias.
En 606 le§ Juifs sont emmenés en captivité. Le retour d'une première colonne s'opère soixante-dix ans plus tard (en 537), sous la conduite de Zorobabel. Ceux-ci, de l'aveu de la Bible, ignorent et\iolent les principales prescriptionsde la loimosaïque. En 467, soixante-dix ansaprès . le retour de Zorobabel, Esdras, le scribe, quitte à son tour Babylone, soi-disant pour essayer de ramener la coloniejuive à la pratique de la loi. Mais les Juifs lui résistent et il faut que treize ans plus tard, en 454, Néhémie arrive à son tour pour qu'il soit enfin possible de promulguer une fois de plus ce Gode déjà tant de fois oublié. Alors recommence pour la quatrième fois la ritournelle accoutumée : u Le peuple tout entier se rassemble ; Esdras lit le livre de la loi. et les lévites en donnent au peuple l'explication. On célèbre solennellement la fête des Tentes, car depuis V époque de Josué fils de Nun, jusquà ce jour les enfants d'Israël n'avaient rien fait de pareil, et ce fut une très grande réjouissance. Et les lévites chantèrent : « Bénissez Adonaï, votre Dieu, aujourd'hui et tous les jours I C'est toi, Adonaï, qui seul as fait les cieux, les cieux des cieux, et toute leur armée, la terre et tout ce qui la couvre, les mers et tout ce qui est en elle. Et tu fais vivre tous ces êtres. » Et l'armée des cieux t'adore... Mais no*
HIST. MAT. DES lUSLIOIOKS 9*
roiSy nos chefs et nos pères^ n^ont point pratiqué ta lot, m pris garde à tes commandements, et aux sommations que tu leur as adressées» » Et alors les chefs rédigent et signent un acte par lequel ils s'engagent à rester fidèles au culte d'Adonaï, et sur cet acte on fait jurer les prêtres, les lévites, les portiers, les chantres et le reste du peuple, et leurs femmes, leurs fils et leurs filles, de suivre en toutes choses la loi donnée par Moïse et retrouvée par Esdras.
Cette scène, qui institue définitivement le culte de ïahveh à Jérusalem, eut lieu 416 ans après Joas, 269 après Ezéchias, 167 ans après Josias et 82 ans après le premier retour de la captivité. Et comme tout concourt à démontrer formellement que jusqu'alors le peuple juif partageait les croyances polythéistes des populations voisines, nous arrivons à cette conclusion que le monothéisme ne date chez les Juifs que de cette année 454 avant Jésus-Christ.
Et encore est-ce hien le monothéisme dans le sens réel de ce mot ? Pas le moins du monde. Toutes les peuplades sémitiques sont polythéistes, puisqu'elles croient à la multiplicité des dieux, mais la plupart ont leur divinité particulière locale, dont la puissance expire au delà de certaines limites géographiques, ou ne peut s'exercer que dans la plaine ou dans les montagnes. David (I Samuel, xxvi, 20) ô'eff'raye à la pensée que ïahveh ne pourra plus le protéger, s'il sort du territoire d'Israël. Au deuxième livre des rois, ch. xvii, 24 à 29, nous voyons que le roi d'Assyrie ayant envoyé des colons à Samarie sans prendre la précaution de leur faire apprendre les rites du culte d'Adonaï, les Assyriens sont dévorés par les lions qu'envoie contre eux le dieu du pays. Et ils ne sont délivrés de ce fléau que quand le roi leur a fait envoyer [un des prêtres juifs qu'il avait emmenés en captivité.
Le dieu local, spécial de Juda est lahveh. Ce qui n'empêche pas Juda de croire à Texistence d'une foule de dieux étrangers et même, comme nous Pavons vu, de leur donner place dans le temple de Jérusalem. Mais le fait seul d'avoir un dieu particulier l'amène logiquement à croire plus tard, d'abord que ce dieu est le plus puissant des dieux, ensuite que les autres dieux ne sont que des démons ou des fictions. Voilà comment le monothéisme a fini par se former dans les croyances juives et par éliminer peu à peu les croyances polythéistes.
Reste à savoir quelle est au juste la conception qui, vers le milieu du v® siècle avant l'ère chrétienne, s'est condensée en lahveh pour en faire le dieu suprême de Juda.
Nous avons eu déjà l'occasion, à propos du chthonisme d'expliquer d'où a dû venir dans le principe la conception de lahveh. Après avoir été le dieu générateur, le dieu qui « fait être », il est devenu plus spécialement le roi du ciel, le créateur du monde, le dieu de la lumière créatrice, mais ayant de s'arrêter à cette forme, il en a revêtu une autre, sous laquelle il a joué dans la mythologie judaïque un rôle analogue à celui d'Héraclès chez les Grecs, de Samdon chez les Lydiens, d'Indra chez les Aryas védiques. C'est cette conception que nous trouvons dans le Livre des Juges, lequel est rempli de récits dont le caractère mythique est incontestable.
Les noms seuls des personnages ne permettent guère de douter que la plus grande partie de ces histoires soient de mythes solaires, plus ou moins altérés par des additions ou des suppressions postérieures.
. Il en subsiste une qui semble avoir échappé en grande partie à ces altérations, c'est celle de Samson. Elle jette
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sur les autres récits du même genre une clarté que rien ne saurait suppléer.
Le nom de "Samson, dont la forme rappelle celui de Samdon, est en hébreu presque identique à celui du Soleil. En supprimant les voyelles, qui n'ont commencé à être employées dans récriture hébraïque qu'après Tère chrétienne, nous trouvons que le mot qui désigne le soleil est sms : celui que nous traduisons par Samson s'écrit smsn. Il n'y a qu'un n terminal de plus.
Le nom de Dalilah est en hébreu dlilh. Il suffit de retrancher le d initial pour avoir le mot qui signifie la nuit, lilh.
En admettant que cette double analogie soit un pur effet du hasard, il n'en resterait pas moins dans la légende elle-même un caractère naturaliste plus vivement accusé que dans aucune des légendes grecques ou latines. Il faut remonter jusqu'aux Védas pour trouver quelque chose de semblable.
Tout d'abord nous remarquons que la naissance future de Samson est annoncée à sa mère par un message céleste. Cette annonciation est commune à tous les mythes du même genre. La raison en est simple. C'est la traduction mythique d'un fait constant, l'apparition du crépuscule et de l'aurore précédant et annonçant la naissance du vsoleil, pendant le sacrifice qu'ofl*raient tous les cultes naturalistes au dieu de la lumière avant le lever du jour.
Ce sacrifice du matin, qui avait pour but d'invoquer et d'appeler la lumière, se retrouve dans la Bible comme dans les Védas. C'est de lui que nous viennent les matines,
Manoë, le père de Samson, offrait donc le sacrifice réglementaire. (( Aussitôt, dit le livre des Juges, que la
flamme s'éleva de l'autel vers le" ciel, le messager divin s'éleva aussi dans la flamme de Taùtel. »
Nous retrouvons là exactement l'idée qui inspire un grand nombre des hymnes du Rig-Véda. A peine Agrii, — ignis, le. feu du foyer sacré, — commence-t-il à briller, quele ciel s'illumine ; l'aurore et le soleil se montrent. Les Aryas, nos ancêtres, croyaient pieusement que c'était Agni lui-môme, le dieu intercesseur, humain et céleste à la fois, qui de l'autel allait enflammer les astres. C'est de cette imagination qu'est née chez tous les peuples qui descendent des Aryas la croyance à l'ascension. Le dieu intercesseur remonte au ciel après avoir sauvé les hommes.
L'ange interdit de couper la chevelure de l'enfant qui va naître. Pourquoi ? Parce que cette chevelure représente justement les rayons lumineux de l'astre et que sans ces rayons il ne pourrait plus éclairer la terre.
Samson, arrivé à l'adolescence, descend vers Thimna, chez les Philistins, dans l'intention d'épouser une fille des ennemis de sa nation. « Il voulait, dit le texte biblique, se procurer l'occasion d'entrer en lutte avec les oppresseurs ' d'Israël. »
Or Thinina se rapproche de Thaman, achever, et Peleschy Philistin (de Palasch), se rouler. Chez les anciens ces rapprochements de mots, même quand ils ne s'expliquent pas par l'étymologie, sont toujours féconds en conséquences légendaires. Le Soleil, à la fin de sa course, épouse la Nuit, fille des dragons, des Tanini où Titans, qui représentent les puissances des ténèbres. C'est par la môme raison que l'Hercule grec épouse Déjanire, titania sobolesy et que dès son berceau nous le voyons attaqué par les dragons.
Samson sur sa route déchire un lion rugissant, et dans
la carcasse du lion il trouve du miel. C'est l'image de la grande lutte du dieu de la lumière contre les puissances funestes, contre les nuées orageuses qui veulent escalader le ciel. Le nuage, déchiré par la foudre, laisse couler la pluie bienfaisante.
Une fois descendu à Thimna, il célèbre son mariage, en compagnie de trente Philistins, Puis il leur propose une énigme qui se rapporte au miel qu'il a trouvé dans le corps du lion : « Gomment du fort est né le doux ? » Il leur accorde sept jours pour en trouver la solution. S'ils ne la devinent pas, ils lui donneront trente manteaux et trente tuniques. Dans le cas contraire, c'est lui. qui paiera le prix convenu.
Lee énigmes jouent un grand rôle dans un certain nombre de mystères et de légendes naturalistes. Elles rappellent les incertitudes et les dangers de la nuit. La sphynx qui propose une énigme à Œdipe, autre figure du soleil, est la nuit elle-même. Le sphynx égyptien, avec son visage de femme voilée et son corps de lion, symbolise également l'obscurité qui inquiète et effraie les hommes.
Bientôt la lutte commence entre Samson et les Philistins. Il prend trois cents renards, les lie deux à deux par la queue, et entre les deux queues attache une torche allumée. Puis il les lâche dans les moissons, qu'ils incendient-
Ces renards qui co^ rent avec des torches représentent les éclairs qui sillonnent les nuées et détruisent les ennemis de la lumière.
Les Philistins, à leur tour, mettent le beau-père de Samson sur un bûcher et le font périr dans les flammes. C'est le coucher du soleil qui semble disparaître dans un incendie, comme Hercule sur le mont ÛEta, comme le
phénix qui se brûle lui-même^ Mais Hercule du bûcher monte au ciel pour épouser Hébé, l'éternelle jeunesse, et le phénix renaît de ses cendres, fortifié et rajeuni. La conception juive est moins hardie, mais elle vient de l'observation du même fait. Seulement le fait mythique se dédouble en deux personnages.
Samson venge son beau-père en frappant encore les Philistins. Puis il descend dans la caverne du rocher d'Eitam — de atam, envelopper. — Pendant qu'il dort dans cette caverne, les Philistins marchent contre les Hébreux. Ceux-ci, pour désarmer leurs ennemis, garrottent Samson avec des cordes neuves, après lui avoir promis de ne pas le mettre à mort. Puis ils le livrent enchaîné à ses persécuteurs, qui l'injurient. Samson, furieux, brise les cordes, saisit une mâchoire d'âne et tue mille Philistins.
C'est sous une nouvelle forme, le drame éternel du soleil chaque soir vaincu ou englouti par les ténèbres dont il triomphe chaque matin. Cette succession infinie de défaites et de victoires, de morts et de renaissances, explique la multiplicité des récits du même genre. Les nations antiques, sans s'en douter, accumulent souvent dans une môme légende une foule de récits qui ne sont que des expressions diverses d'un fait unique. Nous en trouvons de nouvelles preuves dans l'histoire même de Samson.
Qu'est-ce que cette mâchoire d'âne qui, dans la main du héros juif, devient une arme si formidable? C'est toujours l'éclair que lance le dieu du jour contre les brigands qui volent les eaux ou qui obscurcissent les rayons du soleil. Mais pourquoi l'éclair est-il si étrangement symbolisé? Tout simplement, parce que le mot qui signifie mâchoire, — Ihi, — est presque identique au mot Ih, qui veut dire force, et que bmh signifie également haut et lancer, ce
qui a amené la tradition àc confondre rama^ ïht \ejet de la mâchoire avec la force d'en haut.
La même légende se retrouvé dans la mythologie des Aryas, sauf que la mâchoire d'âne est remplacée par. une tête de cheval.
On lit dans le Rig-Véda (I, 84, 13) :
a L'invincible Indra, avec les os de Ladhyanc^ a tué quatre-vingt-dix-neuf Vritras. Il a cherché la tête de cheval, cachée dans les montagnes, et Ta trouvée dans le lac Sarjanâvân. Et ces os merveilleux, on les aurait pris pour les feux du rapide Tvashtri. »
Plus loin, nous lisons : « C'est à voits, Açvins, que Dadhyanc, fils. d'Athar van, a offert le miel de ses chants; c'est par vous que sa tête de cheval a fait des merveilles. »
La môme mention se retrouve encore ailleurs : « Acvins, c'est à vous que Dadhyanc, fils d'Atharvan, dut sa tête de cheval. Le doux savoir aimé de Tvashtri, ce pieux Rislii, l'employa pour vous, et vos louanges sont devenues les rênes du sacrifice. »
De là s'est formée une légende que nous trouvons toute constituée dans le Mahâbharata.
Dans les premiers âges vivaient les Davanasou Titans, les génies de l'obscurité. Sous la conduite de Vritra, ils attaquent les Devas, les dieux du ciel lumineux. Les Devas ne sachant comment se défendre, vont, conduits par Indra, trouver Brahma. Celui-ci les renvoie auprès du sage Dadhitchi, avec mission de lui demander ses propres os, pour le bien des trois mondes, Dadhitchi se sacrifie. Les Devas prennent ses os et les donnent à Tvashtri, qui les polit, en fabrique la foudre et la remet à Indra.
En sanscrit asthiyexxi dire os. Les hymnes de Dadhyanc s'appelaient a^^^an de 5^/iawa, division. D'un autre côté,
am veut dire jeter, lancer. C'est une confusion entre la signification de ces divers mots qui a donné naissance à la le'gende aryenne comme au mythe bitlique. La foudre de Dadhitchi |est tout simplement la prière, Thymne toutpuissant à l'aide duquel le dieu ou le prêtre foudroie ses ennemis.
L'explication la plus probable du mythe védique est celle-ci. Tvashtri, le dieu qui modèle les formes, le dieu charpentier, est considéré comme Tinventeur de Tarâni, c'est-à-dire des deux pièces de bois dont le frottement produit Tétincelle qui sert à allumer le feu du sacrifice. Or le feu sacré, Agni, est souvent appelé le cheval du sacrifice, parce que c'est lui qui porte de la terre au ciel la lumière, et qui, sous la forme de l'éclair, aide Indra à combattre et à détruire les démons nocturnes.
Le mythe hébreu a remplacé le cheval par Tâne. Il serait facile de trouver plus d'un rapprochement du même genre entre les idées sémitiques et aryennes.
Après cet exploit, Samson se trouvant fort altéré, demande à boire. lahveh ouvre une caverne d'où l'eau jaillit. Samson boit et est ranimé.
C'est l'eau du nuage frappé parla foudre. On peut rapprocher ce passage de la fin du psaume cix, qui se rapporte à une lutte analogue : « Il boira de l'eau du torrent et il relèvera la tête. » Après l'orage, le soleil reparaît dans sa splendeur. On pourrait encore l'entendre des libations du sacrifice, mais cela s'accorderait moins bien avec l'idée de caverne, qui désigne ordinairement le nuage, voleur des eaux.
« Samson, dit la Bible, jugea Israël pendant vingt ans. »
Ce mot juger est aussi à remarquer. C'est lui qui explique ce nom de juges donné à tous ces personnages
mythiques. Le soleil vient chaque matin, comme disent les psaumes, juger ^ c'est-à-dire faire la séparation entre les fidèles et les ennemis de la lumière. C'est le sens premier du mot Adonaï, si fréquemment employé dans la Bible, cortime synonyme de lahveh. Il est certain, cependant, que parfois dans les Psaumes, il s'applique spécialement au soleil, tandis que lahvA désigne particulièrement le ciel lumineux, la lumière elle-même, dont le soleil est le messager.
A Gaza, Samson, cerné par les Philistins, quiattendent pour le tuer qu'il se montre « à Taube du matin », se lève avant le jour, arrache les portes de la ville et les emporte sur le sommet d'une montagne. C'est la mise en action de cette exclamation du psaume xxni, que Ton chante encore à la messe de Pâques : « Élevez vos tètes, portes du ciel, et le roi de splendeur entrera. »
De là, Samson se rend dans la patrie de Dalilah, la vallée de Sorek, c'est-à-dire des fauves, qui symbolise la nuit par la couleur des animaux féroces qui effraient les Hébreux pasteurs, et sous la figure desquels ceux-ci se représentent les ennemis de la lumière.
Nous ne raconterons pas la suite des trahisons de Dalilah, qui n'est pas sans analogie avec celle d'Omphale, enlevant à Hercule sa vigueur. Comme presque toutes les légendes de cette nature, elle a pour principal caractère d'être absurde. On sent qu'on a cherché à humaniser des faits qui, dans la réalité, n'ont rien d'humain.
Le soleil brise chaque matin les chaînes dont l'ont chargé ses ennemis pendant la nuit. Le mythe explique ce fait en disant que Samson a donné à Dalilah, qui le trahit, une fausse explication du principe de sa force. Mais comme, en fait, le soleil retourne chaque soir se repion-
ger dans les ténèbres de l'occident, la légende ne manque pas de nous montrer Samson revenant sans cesse à Dalilah, malgré ses trahisons.
D'un autre côté, dans cette lutte toujours renaissante de la lumière et des ténèbres, il était impossible d'échapper complètement à l'idée de défaite, puisque, en réalité, le dieu de la lumière paraît être vaincu chaque soir par les .puissances nocturnes. Cette défaite, le mythe l'explique par le succès de la trahison de Dalilah. La Nuit coupe les rayons du soleil et le livre sans défense à ses ennemis, qui, pour plus de sûreté, lui crèvent les yeux et l'enferment dans une prison.
Le mythe ne s'arrête pas là. Dans les religions naturalistes il ne peut s'arrêter jamais, puisque, dans la réalité, le drame qu'il symbolise est sans fin. Samson, aveugle et tondu, se venge dès que ses rayons commencent à repousser. Et s'il périt écrasé en même temps que ses ennemis sous les ruines du temple de Dagon, symbole du ciel voilé, des nuages aux formes multiples et changeantes, qui nagent dans l'océean des airs, ce n'est que pour reparaître de nouveau et à l'infini dans une foule d'autres mythes divers par le détail, identiques par le fond.
Ce mythe est précieux en ce qu'il démontre sous une forme absolument indiscutable que les Juifs sont arrivés par eux-mêmes et bien longtemps avant leurs relations avec le mazdéisme, à la conception dualiste de l'uni vers- Un peuple qui a à son actif le mythe de Samson est nécessairement un adorateur de la lumière conçue dans une lutte incessante contre les ténèbres. Hahemus confiientem reum. Que cette adoration de la lumière céleste se soit plus ou moins subtilisée par la suite, que la divinité qui la personnalisa ait fini par [échapper à l'anthropomor-
phisme trop apparent du mythe de Samson, la chose est certaine, mais il n'en reste pas moins démontré parTexistence de ce seul mythe qu'à un moment donné, le dieu particulier des Juifs a été un Indra. Mais comme Indra, il a commencé par n'être que le dieu de l'éclair et du tonnerre, le génie de l'orage. Puis par un développement d'idées analogue à celui que nous avons suivi dans le védisme, ce dieu de l'orage, de la pluie, l'ennemi des nuages noirs, est devenu la divinité de la fécondité, de la production, de la lumière. Il a évincé et remplacé le ciel adoré sous le nom d'Abraham ou Abram, « le père élevé », le soleil représenté par Baal, par Moloch, par Adôn. Il a concentré en lui-même toutes les énergies divines, et la Genèse nous le présente arrivé à la fonction suprême de générateur universel. C'est le dernier terme de la progression, et non le premier comme se l'ima* ginent ceux qui dérivent directement du verbe « être » le nom de lahveh.
§ III. — Quatrième période
INSTITCTION DU MONOTHÉISME CHEZ LES JDIFS
Nous avons vu que les Juifs ont, pendant bien longtemps, adoré les astres, le soleil, la lumière, sous des noms différents. La Bible en fournit des témoignages sans nombre et absolument irréfutables. Pour peu qu'on se soit donné la peine de lire, sans parti pris, quelques pages du livre sacré, on ne peut conserver sur ce point aucun doute. Nous ne nous arrêterons donc pas davantage à une démonstration inutile.
Il nous paraît plus intéressant et. plus neuf de montrer qu'il subsiste dans la Bible, particulièrement dans les
MONOTHÉISMJS NATURALISTE 325
Psaumes et dans les Prophètes, un grand nombre de morceaux où Ton a toujours voulu voir la preuve de la fidéité des Juifs à une révélation primitive, et qui sont en réalité des chants ou invocations directes à la lumière et au soleil, qu'on ne saurait mieux comparer qu'aux hymnes védiques adressés à Indra ou à Vishnou. On y voit retracée toute la lutte du dieu lumineux contre les démons des ténèbres. C'est le dualisme aussi accusé que dans le Véda et le Zend-Avesta.
Il y en a quelques-uns pour lesquels la contestation n'est pas même possible. Ce sont ceux qui se chantaient pendant les orages ; tels que le psauBfle xvii de la Vulgate :
Dans ma détresse, je crierai à lahveh, — et vers mon Elohim, j'appellerai. — Il entendra de sa demeure ma voix — et mon cri vers sa face ira dans ses oreilles. — Et sera agitée et bouleversée la terre ; — Et les fondements des montagnes seront secoués ; — ils seront ébranlés parce qu'il s'est irrité. — Une fumée est montée de son nez, '— et un feu de sa bouche dévorera ; — des charbons ont été allumés par lui ; — il inclinera les cieux et il descendra, — et Tobscurité sera sous ses pieds. — Il sera porté sur un Chroub et il volera. — Il planera sur les ailes du vent; — il placera des ténèbres pour son enveloppe, — autour de lui sa tente. — C'est l'obscurité des eaux, des nuées de nuages. — Par la splendeur de sa face, ont traversé les nuages — la grêle et les charbons de feu; — et dans les cieux tonnera lahveh, — et le Très-Haut enverra sa voix, — delà grêle et des charbons de feu, — et il lancera ses flèches, et il les fendra (les nuages) ; — et une foule d'éclairs, et il les chassera. — Alors apparaîtront les sources des eaux, — et se réjouiront les fondements de la terre, — par ta menace, lahveh, — par le vent du souffle de tes narines. — Il enverra d'en haut, il me prendra; — il me tirera des eaux violentes ; — il me sauvera de mon ennemi puissant*
mST. NAT. DEd RELIGIONS, l'J
C'est exactement la lutte dindra contre Ahi, ou de Zeus contre les Titans, fils de la terre. Si cet hymne et ceux qui lui ressemblent s'étaient trouvés partout ailleurs que dans la Bible, il n'y a personne qui n'eût été tout d'abord frappé de leur caractère purement naturaliste et dualiste.
Passons aux autres.
Il y en a dans la collection au moins un tiers qui ne sont pas autre chose que des hymnes du même genre. Si le caractère en est moins apparent, cela tient à plusieurs causes, soit générales, soit particulières, que nous allons tâcher de faire comprendre.
On sait quelles transformations subit dans toutes les langues la signification des mots par dérivation, par extension, par métaphore.
Or ces transformations se sont opérées dans la langue hébraïque dans des conditions particulièrement favorables à tous les caprices de l'exégèse postérieure.
Le peuple juif n'a jamais été un peuph littéraire, à aucune époque de son histoire.
Quand il fut emmené en captivité, il n'emportait avec lui que quelques vieilles légendes, dont on retrouve les débris épars dans la Bible, et ses hymnes religieux * . Le caractère même de cette littérature faisait de la langue hébraïque une langue sacrée, condamnée par là à l'immobilité.
Elle offrait en outre une particularité qui a longtemps subsisté dans toutes les langues dites sémitiques, celle de n'avoir point de voyelles. Entre les consonnes qui consti-
4 II est bien certain que le nombre des psaumes a élô autrefois beaucoup plus considérable. La tradition juive rapporte que Salomon en avait à lui seul compose cinq mille ou mille cinq. On n^a conservé que ceux qui pouvaient s'accommoder plus ou moins bien au culte monothéiste des derniers siècles. Les autres ont disparu. Ce sont évidemment ceux dont le caractère naturaliste était le plus manifeste.
tuaient Félément solide et essentiel, on insinuait pour les besoins de l'articulation quelques sons vagues et sourds, et cela suffisait pour exprimer le petit nombre d'idées concrètes qui composaient alors tout le bagage intellectuel de ce peuple.
Ce mécanisme lui fournit le moyen d'exprimer un nombre considérable d'idées nouvelles, empruntées aux nations voisines, sans porter d'atteinte, au moins apparente, au caractère sacré et immuable de sa langue. Ce moyen fut, tout en respectant la disposition fondamentale des consonnes, d'introduire successivement et progressivement entre elles des sons voyelles plus précis et plus variés, de telle sorte que sans avoir l'air d'augmenter le nombre des mots, il en eut en effet un bien plus grand nombre à sa disposition.
Or ces modifications ont une importance qu'on ne saurait exagérer, non seulement pour la prononciation, mais pour le sens réel des mots. C'est toute une langue qui est venue sournoisement s'ajouter, s'infiltrer dans l'autre. Il en résulte qu'il y abien réellement deux langues hébraïques, la langue primitive ou hiératique, et une langue plus moderne, qui a complètement recouvert l'autre, et qui est la seule que l'on connaisse et que l'on étudie aujourd'hui dans les écoles.
Cette confusion a eu une conséquence curieuse, et qui devrait bien étonner les lecteurs s'ils y réfléchissaient, c'est l'immobilité apparente de cette langue depuis les premiers temps jusqu'au moment où elle a cessé d'être en usage. Toutes les langues subissent des transformations qui se manifestent visiblement de siècle en siècle. Dans la Bible, la langue des plus anciens morceaux diffère à peine par quelques mots de celle des plus récents.
Grâce à ce caractère particulier de la langue, il se forma des habitudes d'interprétation oralp qui ne changeaient rien à T apparence du texte, et cela simplement par une nouvelle prononciation des mots.
Ce fut seulement après l'ère chrétienne, qu'une école de scribes, les Masorètes, — ainsi nommés du mot Masorah, tradition, — introduisirent dans l'écriture biblique, l'usage des pointS'Vor/elles, qui portent leur nom .
On n'aura pas de peine à comprendre les conséquences de cette innovation. Elle eut pour effet nécessaire d'arrêter l'interprétation de la Bible au point précis où elle intervint, et cet effet fut d'autant plus complet qu'à cette époque on ne parlait plus l'hébreu. La langue de la Bible était une langue morte. Les points masorétiques fixèrent définitivement chaque mot avec le sens qu'on lui donnait alors, à la place qu'il occupait dans le texte, c'est-à-dire que le texte masorétique ne doit plus être considéré simplement comme un texte ordinaire, mais comme une véritable traduction de la Bible, répondant uniquement à l'interprétation des Masorètes et de leurs contemporains.
Or cette interprétation est complètement arbitraire. Elle nous apprend comment on comprenait la Bible dans les temps qui ont suivi Jésus-Christ, mais nullement ce qu'elle pouvait signifier aux yeux des générations antérieures. On peut s'en faire une idée par quelques exemples. Ainsi la racine dbry diversement ponctuée, signifie : dire, parole, peste, pâturage, temple. Molek, régner, commander, sous la forme molek veut dire roi, et est un titre d'honneur pour lahveh et pour le soleil; mais sous la forme melek c'est une idole farouche, Molok.
Ce n'est pas tout. Il y a en hébreu un grand nombre de
mots qui, tout en gardant les mêmes voyelles, passent par les significations les plus opposées. 5ar veut dire /?&,v2g?5, pureté ^ choisi, campagne, blé, Bara, produire et choisir, peut signifier couper, détruire, La racine kd, qui contient ridée debrillant, de saint, arrive par une suite de dérivations logiques et de changements de voyelles à l'idée desombre et de profane. De créer à détruire, de blanc à noir, de saint à profane, on voit que la marge est considérable.
Quant à expliquer ces diversités et ces contradictions dans le sens d'un môme mot, il n'y faut pas songer si l'on se place au point de vue officiel du monothéisme sémitique ; mais toutes les difficultés disparaissent si l'on admet l'antériorité du polythéisme primitif et particulièrement du culte de la lumière.
D'un autre côté, on sait que tous les mots véritablement anciens se rapportent toujours, dans toutes les langues, à des sensations gerctoes et que les termes soi-disant métaphysiques ne sont jamais que des mots primitivement concrets, dont la signification s'est progressivement idéalisée, à mesure que les hommes se sont habitués à distinguer les sensations des objets qui les produisent, et les idées des sensations d'où elles dérivent.
C'est donc une méthode tout indiquée. S'il y a dans la Bible des morceaux qui remontent réellement à une haute antiquité, on devra en retrouver le sens véritable en ramenant les termes aux significations concrètes.
Nous avons déjà expliqué que, entre le mot lahveh ou lah, qui désigne la principale divinité des Juifs, et le mot lom, le jour, il y a à peu près le môme rapport qu'entre les mots latins Beus et Lies,
L'autre nom du dieu suprême des Juifs est JF/o/irâ, qui est
le pluriel d'Eloah, La forme première de ce mot est EL On peut le rapprocher du mot Helion que l'on trouve dans les parties les plus anciennes de la Bible. El est le nom très ancien du dieu qui, à Babylone, représentait la lumière, le ciel avec les astres, comme Fantique Varouna ou Ouranos, avant qu'il fût détrôné par Djaus ou Zeus, c'est-à-dire avant que la distinction [fût établie entre le ciel étoile de la nuit et le ciel lumineux du jour. C'est cette idée de la multiplicité desastresqui explique la substitution du pluriel Elohim au singulier EL
L'armée des cieux remplace, dans le culte des hommes, le ciel lui-même.
Dans sa lutte contre ses ennemis, le dieu de la lumière lah ou lahveh, a pour ministre principal le soleil Adonaï ou Adonis, avec lequel du reste il se confond souvent, grâce a la série des transformations par lesquelles a passé la religion hébraïque. Le soleil est le melek ou le , roi des armées du ciel, après avoir été le Moloh, la perj sonnification de soleil brûlant, le dieu farouche des sacrif fices humains. Molok, proscrit par l'adoucissement des mœurs, a trouvé dans un léger changement de prononciation, consacré plus tard parles points masorétiques, le moyen d'échapper à cette proscription et de subsister sous l'appellation de Melek. Le soleil est messager de lahveh (ps. xxxm, 8), ce que les orthodoxes traduisent par « Fange du Seigneur » . D'autres fois, il est considéré comme son fils, lahveh lui a dit : «Mon fils, c'est toi. » (Ps. n,8.) 11 « l'engendre » pour l'envoyer chaquejour au secours des hommes. Souvent aussi, il est désigné sous le nom du Mashiah de lahveh. Que signifie ce mot? 11 se rattache à la racine msh, qui veut dire arroser, graisser, oindre. C'est le mot qu'on a traduit en grec par xP""^«> en latin
christus. Il provient de l'habitude commune à la plupart des cultes anciens de verser de la graisse ou de l'huile sur le feu du sacrifice pour l'alimenter. Dans le Rig-Véda, le mot akta, — latin unctus, oint, — est également une épithèted'Agni, le feu du sacrifice, qui, après s'être élevé sur la terre, s'en va rév^ller dans le ciel le dieu lumineux, auquel il finit par se substituer. L'épithète de Mashiah appliquée au soleil dans les Psaumes provient d'une pratique analogue. On voit que le mot Messie, qui en est la traduction, n'a aucun rapport avec le latin mïssus, envoyé.
Ce terme a exercé sur la destinée des Juifs une influence extraordinaire, qui ne s'explique que par le caractère naturaliste de leur religion.
Ils ont commencé par aller chaque matin sur le hautlieu ou tertre du village ou de la famille invoquer le retour du Masiah de lahveh, qui devait les délivrer de la captivité des Reschahïm, c'est-à-dire les tirer du « déluge», les faire sortir de la « prison nocturne », de « la mer », ou de « l'abîme des ténèbres », personnifiées en toutes espèces de démons, de fantômes ennemis ou d'animaux féroces et fantastiques, et assurer aux Juifs la royauté de la terre, la domination du monde, par la destruction des mauvais génies. Ces captivités, ces mers, ces abîmes, ces déluges métaphoriques se cristallisèrent peu à peu en une foule de légendes qui envahirent la plupart du temps et remplacèrent l'histoire véritable. Quand le culte naturaliste se fut transformé en une religion plus idéalisée et qu'on eût oublié et le sens des vieux mots et la signification des antiques cérémonies, tout ce passé prit un aspect étrange et prophétique. Ce Masiah inconnu devint dans la pensée des Juifs un libérateur promis à l'avenir, un héros puisî^ant qui devait arracher Israël à ses misères et faire de
Jérusalem la maîtresse de Vunivers. C'est sur cette idée que les Juifs ont vécu dès le temps de la captivité et sur laquelle ils vivent encore. C'est elle qui, à défaut de la patrie, constitue pour eux l'unité morale de la nation. C'est elle enfin qui, en se transformant dans l'esprit d'un petit nombre de Juifs, pendant les temps qui précédèrent immédiatement l'ère chrétienne, rendit possible la légende du Ghridt et par là servit de point de départ à la religion nouvelle.
Nous indiquerons tout à l'heure les conséquences de cette conception du Messie. Il nous suffit pour le moment d'avoir à peu près fait comprendre qu'elle est elle-même une résultante de la pratique du culte naturaliste chez les Juifs et des modifications qu'elle entraîna dans la signification des mots. On sait quelle est l'importance de la langue dans la vie des nations. On peut dire sans exagération que l'histoire des Juifs depuis la captivité a été { complètement façonnée et transformée par des métaphores \ prises au sérieux ; sans compter que ces mômes métaphores ont eu une influence souvent dominante sur l'histoire des autres peuples, que leurs croyances ont plus ou moins rattachés à la Bible.
C'est assez dire quelle utilité il y aurait à rétablir ces vieux textes sur leur véritable base et à reconstituer le sens réel de ces antiques légendes bouleversées par des accidents grammaticaux et par là soustraites pendant des siècles à l'examen de la critique moderne.
Je vais essayer maintenant de confirmer et de compléter les observations précédentes en donnant la traduction de quelques parties des Psaumes, où le vrai caractère de ces hymnes me paraît nettement accusé.
[ci est la race qui regarde vers ïahveh, — appelant ta face, la race de Iakob. — Portes, élevez vos têtes! — Élevez-rous, perles, pour toujours !
Et il entrera le roi de la splendeur! — Quel est le roi de splendeur? — ïahveh, puissant et fort, — ïahveh, fort au combat. — Portes élevez vos têtes ! — Élevez-les, portes, pour toujours ! — Et il entrera, le roi de splendeur. — Quel est-il, ce roi de la splendeur? — ïahveh des armées du ciel, — c'est lui qui est Je roi de la splendeur. (Ps. xxiii.)
Les Juifs, nous l'avons dit, allaient tous les matins, avant l'aube, comme les Aryas, invoquer le retour de la lumière. Ces portes dont ils demandent l'ouverture, ce sont celles du ciel, à l'orient. C'est par elles que doit entrer ïahveh, qui se trouve ici confondu avec le soleil. Le poète demande, par la môme occasion, que ces portes une fois ouvertes ne se referment plus. Il serait ainsi à jamais délivré de la nuit, dont le retour Teffraie toujours, car rien ne lui prouve qu'un jour ou l'autre la lumière ne finira pas par être définitivement vaincue par les ténèbres.
Elohim se lèvera et ses ennemis seront dispersés, — et ceux qui le haïssent s'enfuiront de sa face. — Comme la fumée se dissipe tu les dissiperas. — Comme la cire fond par la face du feu, —ainsi disparaîtront les Reschahim de la face d'Elohim. — Et les justes seront joyeux ; — ils se réjouiront de la face d'Elohim, — et ils sauteront de joie. — Chantez à Elohim, célébrez son nom; — glorifiez le cavalier des nuées — par lah, son nom, et réjouissez-vous de sa face. — Père des orphelins et vengeurdes veuves— est Elohim dans la demeure de sa gloire. — ,Elohim réttablit les délaissés dans la demeure; —il fait sortir les captifs dans l'abondance. —En mômetemps ceux qu'il chasse ont été desséchés. — Elohim, par ta sortie auxyeux deton peuple, — par ta marche dans l'immensité,— la terre a tremblé. — En
môme temps les deux se sont fondus — par la face d'Elohim, ce Sinaï, — par la face d'Elohim, d'Elohim d'Israël. — Tu secoueras une pluie bienfaisante, Elohim. — Ton héritage, bien qu'épuisé, c'est foi qui l'as rétabli. — Adonaï fera entendre une parole, — de celles qui annoncent le grand combat. — Les rois des armées s'enfuiront, s'enfuiront, — et celle qui reste dans la maison partagera les dépouilles. — Pendant que vous serez prosternés entre les claies, — les ailes de la colombe seront couvertes d'argent — et son plumage d'un or pâle. — Lorsque le destructeur dispersera les rois, — par elle il fera blanc comme neige sur le Tsalmon. — La montagne d'Elohim est une montagne de Baschan, — une montagne aux nombreux sommets, une montagne de Baschan. — Pourquoi vous irritezvous contre elle, montagnes aux nombreux sommets? — La montagne qu'Elohim a aimée pour sa demeure, — oui, Elohim y habitera pour toujours. — Les cavaliers d'Elohim sont des myriades de mille redoublées. — Avec eux est Adonaï, un Sinaï par la splendeur. — Tu es monté vers le haut... — Faites retentir vos instruments vers Adonaï, — vers celui qui monte sur les cieux des cieux, à l'orient. — Voici il donnera de sa voix, d'une voix forte. — Donnez une voix forte vers Elohim. — Sur Israël est la splendeur. — Et sa force est dans les nuées. (Ps. lxvii.)
J'ai choisi ce psaume parce que c'est un de ceux qui, dans les traductions, ont le moins de sens. Dans l'hypothèse naturaliste, tout s'éclaircit. Il suffît de quelques observations.
Il s'agit évidemment d'un orage. Les Juifs sont prosternés entre les claies qui forment l'enceinte sacrée et implorent le secours de leur dieu contre les génies malfaisants, les rois des armées sombres qui se sont élevées dans le ciel sous forme de nuages pour dérober la lumière. Ces nuages, ils les considèrent comme des montagnes aux sommets nombreux. C'est la môme conception qui, chez
les poètes grecs nous montre les Titans entassant Pélion sur Ossa pour escalader le ciel. Mais Elohim, Adonaï, lah ont aussi des montagnes, les montagnes de Baschan et des Sinaï qui écraseront leurs ennemis. Les « ailes argentées de la colombe et son plumage d'un or pâle » donnent à croire qu'il s'agit ici de l'aurore ^ Un peu plus loin nous voyons que le Tsalmon va blanchir. Il est probable qu'il s'agit d'un orage survenu le matin, avant le lever du soleil, pendant que les Hébreux sont réunis sur le tertre où ils sont venus invoquer le retour de la lumière. Ce psaume a donc à la fois le caractère d'un chant du matin et d'un chant d'orage, et cette complication est pour beaucoup dans l'obscurité qu'on lui reproche.
Le psaume cix, un des plus courts de la collection, a donné lieu à des commentaires sans fin. Tout le monde a voulu y voir des mystères. Je ne m'arrêterai pas à réfuter les hallucinations des docteurs juifs et chrétiens. Il est certain que dans la théorie du monothéisme il est difficile de comprendre quel est cet Adonaï auquel s'adresse lahveh. Dans la théorie naturaliste rien n'est plus simple. lahveh, le maître de la lumière, parle au soleil, son messager, son Cohen^ et l'envoie combattre les Reschahim de la nuit ou de la tempête.
lahveh a dit à Adonaï : — « Assure-toi en ma droite — que je placerai tes ennemis comme marchepied pour tes pieds. — Le bâton de ta puissance, lahveh renverra de TÉther. — Adonaï , domine au milieu de tes ennemis. — Ton peuple s'empresse pour le moment de ta force, — pour les splendeurs de
* Nous trouvons au psaume xxii une expression <iu môm^ genre : « la biche, Taurore. » Le psaume xlv, qu'on donne pour un épithalame royal, célèbre simplement Tunion du soleil et de l'aurore, ArU psaume cxxxix, 9, il est question des << ailes de l'aurore ».
rillumination. — De la matrice de l'aurore est pour toi la rosée (le la jeunesse. — tahveh a juré el il ne se rétractera pas. — Toi, tu es son ministre à jamais, — parce que tu es un roi de justice, — Adonaï par ta droite, lahveh, — a percé au moment de sa face les rois. — 11 jugera sur les Goïm. — Partout des cadavres! — Il a brisé leurs têtes sur la terre violemment. — Du torrent sur la route il boira. — C'est pourquoi il relèvera la tête.
Ce torrent c'est la pluie qui s'échappe des nuages crevés par la foudre. Nous trouvons exactement la même expression dans le Rig-Véda, viii, 92, 14. Indra s'enivre au torrent du ciel. Seulement il est probable qu'ici il s'agit du Soma, qui s'est élevé du foyer du sacrifice au ciel. Ce psaume d'ailleurs s'explique tout naturellement en le rapprochant des psaumes xix, xx, et particulièrement du psaume ii, qui met dans la bouche du soleil les paroles
suivantes :
C'est moi qui ait été oint son| messager (de lahveh), — dans l'Ether, la montagne de sa splendeur. — Je publierai Tordre d'Elohim. — lahveh m*a dit : « Mon fils, c'est toi; — moi, je t'ai engendré aujourd'hui.— Demande-moi et je donnerai en ta possession les Goïm, — et en ta possession les extrémités de la terre. — Tu les briseras avec un bâton de fer; — comme un vase de potier tu les mettras en pièces.» — Et maintenant, rois, réfléchissez . — Soyez avertis, maîtres de la terre. — Soumettez-vous à lahveh avec crainte — et tremblez d'effroi ! — Adorez le fils, de peur qu'il se montre et que vous perdiez la voie. — Car bientôt s'allumera sa face, — félicité pour ceux qui espèrent en lui.
Les Hébreux, comme tous les peuples anciens, avaient grand'peur de la nuit, qui les livrait sans défense eux et
leurs troupeaux, aux maléfices des démons, aux attaques des bêtes féroces, des rôdeurs de nuit, et de tous les fantômes qu'ils pouvaient imaginer. Voilà ce qu'ils confondent sous les noms des Reschahim et des Goim, que les psaumes nous montrent se tapissant la nuit dans les Broussailles, aboyant comme des chiens, qui rôdent autour des villages.
Préserve-moi de mes ennemis, Elohim! — Hors de ceux qui se lèvent contre moi élève-moi. — Délivre-moi de ceux qui font le mensonge. — Contre le méchant de sang secours-moi. — Car voici, ils ont guetté ma vie. ■— Des violents s'attroupent contre moi, — non par ma faute, car je n'ai pas péché, lahveb ! —Sans châtiment s'élanceront-ils et se fortifieront-ils ? — Éveille" toi à mes cris et regarde, — toi lahveh, Elohim des armées, — Elohim d'Israël, éveille-toi— pour punir tous les Goïm. — N'épargne pas tous les traîtres d'iniquité.
Ils reviendront au soir; — ils aboieront comme le chien — et rôderont autour du village. — Voilà, ils bouillonneront par leurs bouches,— des épées seront dans leurs lèvres, — car qui a entendu?
Mais toi, lahveh, tu te riras d'eux, — tu te moqueras de tous les Goïm. -- Ma force, vers toi je regarderai, — car Elohim est ma forteresse. — Elohim, sa grâce viendra au devant de moi; — Elohim me fera voir sur mes persécuteurs. — Ne les frapperas-tu pas, de peur que mon peuple ne t'oublie? — Disperse-les par ta force, — et précipite-les, Adonaï, notre bouclier.— Péché de leur bouche, parole de leurs lèvres !— Ils seront pris dans leur orgueil. — Et pour imprécations et mensonges ils seront inscrits. — Dissipe-les par le .soleil. — Dissipe-les et ils disparaîtront, — et ils sauront que Elohim est roi de lakob jusqu'aux extrémités de la terre.
Et ils reviendront au soir, — ils aboieront comme le chien — et ils rôderont autour du village. - Eux, ils erreront après
leur Dourriture, — mais ils ne seront pas rassasiés et ils passeront la nuit.
Et moi je chanterai ta puissance, — et je célébrerai au matin ta grâce. — Car tu as été une forteresse pour mol, — et un refuge au jour de la détresse pour moi. — Ma force, à toi je chanterai, — car Elohim est ma citadelle; — Eiohim est mon bienfaiteur. (Ps. lviii.)
La lumière paraît avant le soleil. Elle ouvre la voie à l'astre qui est son messager. Cette distinction est essentielle à qui veut comprendre quelque chose aux mjlhes antiques. Une fois a la voie ouverte » et les ténèbres vaincues, le soleil s'élance dans le ciel et porte la lumière jusqu'à l'extrémité du monde. Ces idées, très fréquemment exprimées dans le Rig-Véda, ne sont pas moins faciles à retrouver dans les Psaumes :
Les cieux se déroulent par la splendeur de lahveh, — et le travail de ses mains déploie l'étendue... — Le soleil est sa tente, qu'il a placée dans les cieux, — et lui, comme un jeune époux sortant de sa demeure, — il s'élancera comme un guerrier pour courir sa carrière. — De l'extrémité des cieux est son départ, — et sa route est jusqu'à leur extrémité. — Rien ne se dérobe à sa chaleur. (Ps. xvui.)
lahveh ! de splendeur et de magnificence tu t'es revêtu ; — toi qui développes la lumière comme un manteau, — qui déroules les cieux comme une tente, — qui construis au-dessus des eaux ta haute demeure, — qui prends les nuages pour ta monture, — qui te promènes sur les ailes des vents, — qui fais des vents tes messagers, — du feu brûlant ton serviteur. (Ps. cm.)
Cependant cette distinction n'est pas toujours aussi clairement exprimée. Dans plusieurs psaumes, lahveh est
présenté simplement comme le dieu lumineux, et il serait facile de le confondre avec le soleil, si nous ne savions pas d'ailleurs qu'il s'en distingue essentiellement. Il est prouvé du reste qu'à une certaine époque cette confusion a été faite. Il y a dans la Bible des passages qui montrent que Ton n'a pas toujours distingué l'astre du dieu. Peu importe du reste pour l'objet qui nous occupe en ce moment. Ce que nous voulons démontrer, c'est que, pour les Hébreux, .lahveh est simplement le dieu de la lumière, le dieu vainqueur des ténèbres, le protecteur d'Israël contre les puissances funestes de la nuit et des orages.
Chaque jour je reviendrai — pour voir paraître lahveh dans sa splendeur, — et au matin dans son palais. (Ps. xxvi.)
lahveh, le matin tu entendras ma voix, — le matin je me
tournerai vers toi, et je regarderai — Devant ta face ne
subsistera pas le Rashah, (Ps. v.)
lahveh a vaincu ! La terre tressaille de joie. — Ils se réjouiront tous ceux qui se lamentent. — Les nuées et les ténèbres sont autour de lui..., — mais le feu marche devant sa face. — Il brûlera tout alentour ses ennemis. — Ses rayons ont illuminé le monde. — La terre l'a vu et elle a tremblé. [ — Les montagnes, comme delà cire, ont été fondues par la face de lahveh, — par la face du maître de toute la terre. — Les cieux ont publié sa justice — et tous les peuples ont vu sa gloire... — Il a regardé la vie de ses fidèles. — De la main des Reschahim il les délivrera. — La lumière a été semée pour le juste, — et la joie pour ceux qui ont le cœur droit. (Ps. xcvi.)
Dans la traduction des psaumes nous avons conservé le mot Reschahim tel qu'il est dans le texte, faute de trouver un équivalent. Le singulier de ce mot est Raschah, qui signifie affïté. Le verbe d'où se dérive cet adjectif si-
gnifie être en mouvement. Toutes les traductions rendent ce ixiot par « les impies, les trompeurs », et il est certain que dans la langue vulgaire il a fini par prendre ce sens. Mais il ne l'a jamais dans les parties vraiment anciennes de la Bible, et en particulier dans un grand nombre de psaumes. Dans la vieille langue hébraïque, le mot Raschah a exactement la même signification que le terme de Rakcha ou RâkchasUy employé dans les Védas pour désigner les génies malfaisants des orages et de la nuit.
C'est exactement la môme conception. Les Rakchas ou Râkchasas^ fils de la nuit, de même que les Reschahim, se confondent souvent avec les AhiSy qui ne sont autre chose que les Titans de la mythologie grecque ou les Tanim des Psaumes, c'est-à-dire les esprits de l'obscurité, les nuages qui couvrent le ciel aux jours d'orage, les ténèbres qui chaque soir enveloppent la terre. Il est probable que dans le principe le mot Raschah s'est surtout appliqué aux nuées qui s'étendaient dans le ciel, ce qui expliquerait pourquoi le sens premier de ce mot est celui de mouvement.
La Bible nous fournit encore à cet égard plusieurs rapprochements curieux. Au livre VJ, v. 4, de la Genèse, il est question des Nephlim , qu'on traduit par géants. Or le mot nephlim vient de naphal, qui signifie tomber. Les Géants, dans la mythologie grecque, sont fils de la terre et se confondent avec les Titans, personnification des nuages qui s'élèvent des vallées pour escalader le ciel, et que la foudre de Zeus précipite en pluie sur la terre. Le nom du géant Goliath se rapporte à la même idée, gou~ lah, source, qui lui-même se dérive de golal, rouler, se précipiter.
Les ^uées ou les ténèbres étant naturellement opposées à la lumière, les Reschahim et les Goïm étaient toujours présentés comme les ennemis de lahveh. Quand l'ancienne religion naturaliste eut été remplacée par le monothéisme sacerdotal d'Esdras, on ne vit plus dans les mots Reschahim et Goïm, — génies, gentils, — que l'idée générale d'hostilité au vrai Dieu, et les Juifs les prirent dans le sens é* impies ou de païens. Les traducteurs en firent autant ; c'est ainsi que la vieille poésie hébraïque perdit sa signification et que le grand drame de la lutte des ténèbres et de la lumière, qui remplit et anime un grand nombre de psaumes, disparut sous un voile épais de contre-sens orthodoxes.
Ce naturalisme n'est pas moins accusé chez les prophètes, qui passent cependant pour être les réformateurs du culte.
En réalité cette réformation se borne à une concentration. Elle ramène à lahveh le culte des Juifs qui paraissait se disperser sur un nombre considérable de divinités accessoires ; elle établit un dualisme qu'on a pris à tort pour un monothéisme ; elle marque plus profondément la distinction entre lahveh et son ministre le soleil, mais c'est une erreur de croire qu'elle ait, comme on dit, « spiritualisé » la religion hébraïque. Nous pourrions citer, particulièrement d'isaïe et d'Habacuc, des passages où le dualisme naturaliste est tout aussi prononcé, sinon plus, que dans les Psaumes.
Un passage curieux du deutero-Isaïe (ch. ix, v. 19) indique une conception qui rappelle celle du triomphe final d'Ormuzd, dansle mazdéisme. Le soleil et la lune, distributeurs intermittents de la lumière, seront supprimés et lahveh, qui est la lumière même, prendra leur place. Dès
lors la nuit sera définitivement vaincue, et le jour ne cessera plus. Je traduis littéralement :
Ne sera plus pour toi Téclat du soleil pour lumière des jours — et pour clarté la lune ne brillera plus pour toi ; — mais sera pour toi lahveh pour lumière à jamais, — et ton Elohim pour splendeur. — Et ne rentrera plus jamais ton soleil, — et ta lune ne sera plus retirée; — car lahveh sera pour toi pour lumière à jamais. — Et les jours de ton deuil seront passés.
Le célèbre troisième chapitre d'Habacuc, que les commentateurs appellent une « splendide théophanie », n'est pas autre chose que la description d'une des luttes ordinaires de lahveh contre les Goïm, les Tanim, les Leviathan et autres « montagnes de proie », qui s'en vont, gorgées de Teau enlevée à la terre, obscurcir le ciel, autrement dit d'un orage :
Du midi Eloah viendra. — De la montague lumineuse lahveh a marché. — Sa splendeur a couvert les cieux — et son éclat a rempli la terre. — Sa lumière était comme un feu, — des rayons partaient de sa main, — et là est le trésor de sa puissance. — Devant sa face marchera la parole — et la flamme sortira à ses pieds. — Il s'est mis debout et va mesurer la terre ; — il a regardé et il a observé les Goïm. — Les montagnes de proie vont éclater, — les collines seront égalisées à jamais, — chemins à jamais pour lui. — Est-ce contre les fleuves que s'est enflammé lahveh ? — Est-ce contre les fleuves qu'est ta colère ? — Est-ce contre la mer qu'est ta fureur, — quand tu monteras sur tes coursiers, — sur ton char de victoire ? — A découvert tu réveilleras ton arc. — La parole a abattu soixante-dix branches. — En torrents tu fendras leur terre. — Elles t'ont vu, elles se sont précipitées, les mon-
tagnes; — la pluie d'eau s'est répandue ; — Le gouffre a donné sa voix ; — il a élevé en haut ses mains. — Le soleil, la lune se sont tenus dans leur demeure. — Pour lumière tes flèches marcheront, — pour clarté la lance brillante. — Par colère tu marcheras sur leur pays, — par ta face tu briseras les Goïm. — Tu es sorti pour la délivrance de ton peuple, — pour la délivrance de ton Masiah. —Tu as percé la tête de la maison du Raschah, — et découvrant les profondeurs jusqu'au roc, — tu as percé avec ses flèches la tète des villes. — Ils s'agitaient pour se répandre sur moi, — joyeux comme pour dévorer un malheureux dans leur repaire. — Tu as fait marcher sur la mer tes coursiers, — sur l'amas des grandes eaux.
Si tous ces morceaux étaient écrits en sanscrit, personne n'hésiterait à y voir une constante allusion aux divinités lumineuses et à leurs luttes contre les puissances des ténèbres et des orages. Les ressemblances sont manifestes. Quiconque a lu les Védas en retrouve dans les Psaumes les idées fondamentales. Les expressions, les métaphores sont les mêmes. Suffît-il donc qu'elles soient exprimées en hébreu pour que la signification en soit changée ? Le fait seul que les théologiens, pour les faire entrer dans le cadre de leur monothéisme métaphysique sont obligés de recourir à une foule d'allégories, d'interprétations mystiques et incohérentes, ne devrait-il pas suffir pour ouvrir les yeux des hommes qui consultent les faits plutôt que leurs préjugés ?
§ IV. — Cinquième période
Nous avons réservé pour la fin l'étude de cette conception, qui a pris dans la religion hébraïque des derniers
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temps une place capitale et sans laquelle n'existerait pas la religion chrétienne.
Il y a dans la Bible, nous Tavons vu, bien peu de livres où Ton ne puisse trouver des témoignages en faveur de l'antiquité du culte naturaliste etpolythéiste, témoignages d'autant plus précieux qu'ils sont involontaires.
C'est cette antiquité du naturalisme polythéiste qui explique le double courant d'idées dont la contradiction éclate dans presque to utes les parties du livre comme dans l'histoire du peuple pour qui il a été écrit. D'un côté les efforts de la caste sacerdotale, pendant les derniers siècles, pour dénaturer et remplacer les vieux textes, afin d'établir le dualisme qui pouvait seul, en lui permettant de concentrer le culte à Jérusalem, lui assurer la domination effective ; de Tautre, la persistance opiniâtre et presque jusqu'à la fin triomphante des cultes locaux et polythéistes, appuyés à la fois sur la complicité des rois, sur la tradition et sur les textes vraiment anciens du livre sacré.
Nous savons que, dans le principe, la conception unitaire représentée dans le védismeparVarouna a considéré la lutte des ténèbres et de la lumière comme le simple effet d'un antagonisme naturel entre deux puissances contraires, uniquement préoccupées d'elles-mêmes. Toutefois, aussi haut que nous puissions remonter, nous trouvons dans les chants des Juifs et leurs livres sacrés une conception bien différente. C'est pour ou contre Vhomme que se livre la grande bataille. Les puissances rivales lui sont amies ou ennemies. Elles n'existent pour ainsi dire que pour l'opprimer ou le défendre. C'est ce caractère qui les distingue essentiellement. Le monde tout entier, les dieux eux-mêmes, bons et méchants, gravitent autour de l'humanité, qui est le centre et le but de la création. Nous
voyons dans la Genèse que le soleil, la lune et les étoiles ont été faits pour distribuer aux hommes la lumière, et cette conception a persisté dans l'enseignement ecclésiastique jusqu'à des temps bien rapprochés de nous. Il y a à peine quelques siècles que Ton a renoncé à considérer tous les astres comme de simples satellites de la terre, et Ton sait ce qu'il en a coûté à ceux qui, les premiers, ont démontré la vanité de cette croyance.
La notion que, à la suite de tant d'autres. Bernardin de Saint-Pierre a développées sous le nom à' Harmonies de la nature, que renseignement officiel maintient sous le nom de causes finales, repose en dernière analyse sur la même idée plus ou moins dissimulée. Au fond, tout cela revient à considérer l'univers comme entièrement subordonné à l'utilité du genre humain.
C'est cette même utilité qui est pour nous la règle et le critérium de la sagesse divine. Analysez ces brillants lieux communs où l'éloquence religieuse exalte en termes si pompeux les magnificences de la création et la perfec- ^ tion du plan qui a présidé à la formation de l'univers , vous y relrouverez partout la même pensée, partout la même préoccupation plus ou moins inconsciente ou voilée.
Dans le principe elle s'accuse avec une parfaite naïveté. Les vieux chants des Juifs en portent l'empreinte ineffaçable. Les psaumes sont remplis de métaphores qui, toutes, dérivent de cette conception. La nuit qui enveloppe encore l'Hébreu au moment où il vient sur le tertre sacré implorer la protection du dieu de la lumière, est représentée comme un monstre qui l'engloutit, comme une fosse dans laquelle il est jeté, comme un filet dans lequel il est enlacé, comme une mer ou une inondation où il perd pied, et le plus sou-
vent comme une captivité où ii est tenu en esclavage par ses ennemis.
L'emploi répété de ces métaphores a produit, comme toujours, un nombre considérable de légendes, qui sont naturellement devenues des histoires miraculeuses : la baleine de Jonas, la fosse aux lions de Daniel, le déluge, le passage de la mer Rouge, les nombreuses captivités infligées aux Hébreux, etc.
Mais de tout cela ils sont délivrés et rachetés par le retour régulier du jour, considéré comme l'effet d'une alliance entre lahveh et son peuple. Si le matin, lahveh ramène la lumière, c'est pour arracher ses fidèles aux mains des Reschahim, des Goïm, des Tanim, les mauvais génies et les dragons des ténèbres ; c'est pour les sauver de la mort, pour les « racheter de la captivité », à laquelle la nuit les condamne. '
De là chez les Juifs cette confiance inébranlable en l'avenir, qui a suscité les prophètes. De là ce mythe consolant du règne messianique, qui, pendant les derniers siècles de l'existence du peuple juif, occupe et remplit tous les esprits, et qui se donne si large carrière dans les livres prophétiques, depuis loël jusqu'à Hénoch et au deutero- Esdras. Au milieu des tristesses du présent, les Juifs «e laissent bercer aux métaphores naturalistes de leurs vieux livres, dont ils ont perdu le sens, et se façonnent de leurs propres mains un avenir tout resplendissant de gloire et de puissance. Définitivement rachetés et purifiés de toute souillure, ils domineront le monde, et leur roi sera le Messie, ministre et représentant de lahveh .
Je ne puis indiquer ici qu'un très petit nombre des passages qui se rapportent à cette conception de la rédemption des ténèbres, transformée, à grand renfort de métaphores.
en une rédemption finale de toutes les misères, de toutes les infériorités. Les Psaumes nous montrent surtout la première, les prophètes développent la seconde.
Prosternez-vous vers lahveh dans la splendeur de sa sainteté; — tremblez devant sa face, toute la terre. — Dites : Sur les Goïm lahveh est roi. — Aussi le monde sera-t-il affermi de manière à n'être plus ébranlé. — Il jifgera tous les peuples dans la justice. — Les cieux se réjouiront et la terre tressaillira; — la mer frémira et tout ce qu'elle contient ; — les champs seront dans la joie et tout ce qui est en eux ; — alors chanteront tous les arbres de la forêt — à la face de lahveh, car il est venu pour juger la terre. — Il jugera le monde avec justice, etles peuples par sa vérité. (Ps. xcv.)
Le soleil en se montrant remet toutes choses à leur place et fait un juste départ entre les Juifs, ses fidèles, qui lui oflrent le sacrifice quotidien du matin, et ses ennemis, les démons nocturnes, qui ont cru pouvoir envahir impunément son domaine. Yoilà le fait naturaliste, facile à comprendre, qui inspire la plupart des Psaumes, et dont les prophètes ont transformé la signification en un triomphe définitif des Juifs sur tous les peuples, sans même attendre que le culte du dieu-lumière ait cessé d'être la religion d'Israël.
Voici quelques-uns des passages des prophéties où cette transformation se manifeste :
Le jour de lahveh sur toutes les nations approche... — La maison de lakob reprendra ses possessions — et la royauté sera à lahveh. (Obadiah, 15, 17, et 2i.)
Le reste de lakob sera parmi les nations, — aux milieu de peuples nombreux, — comme le lion parmi les animaux de la forêt, — comme le jeune lion dans les bergferies, — qui, lorsqu'il
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s'élance, foule et déchire, — et nul n'est préservé. Sa main s'élèvera contre ses ennemis — et tous ses ennemis seront retranchés. (Michah, v, 6-9.)
Je rassemblerai toutes les nations; — je les ferai descendre dans la vallée de Josaphat, — et là j'entrerai en jugement avec elles, — à cause de mon peuple et d'Israël, mon héritage, — qu'elles ont dispersé parmi les peuples, — et de mon pays qu'elles ont partagé... — Saississez la faux, car la moisson est mûre ; — venez, descendez, car la cuve est pleine, — le pressoir regorge, parce que leur malice est immense. — Une multitude innombrable sera dans la vallée du carnage, — car le
jour de lahveh approche, dans la vallée de la destruction
— Mais lahveh sera un refuge pour son peuple — et une protection pour les fils d'Israël... — Jérusalem sera sainte et les étrangers n'y passeront plus. (loël, iv, 2; v, 4, 13.)
Ma résolution est de rassembler les nations — pour répandre sur elles ma fureur, — toute l'ardeur de ma colère; — car par le feu de ma vengeance toute la terre sera dévorée... — Mais les restes d'Israël feront paître leurs troupeaux; — ils se reposeront et nul ne les troublera... — Voici, en ce tempslà, j'en finirai avec tous les oppresseurs. — Je rassemblerai ceux qui sont dispersés, — et je ferai d'eux une gloire — et une renommée sur toute la terre, — où ils souffraient l'ignominie. (Tsephaniah, m, 8 à 20.)
Voici que j'envoie mon messager, —préparer la voie devant moi. — Tout à coup il viendra dans sa demeure, — le Seigneur que vous cherchez, — et l'ange de l'alliance que vous désirez — voici qu'il vient, dit lahveh... (Malachie, m, 1.)
Voici mon serviteur; j'exécuterai par lui; — mon élu, mon âme s'est complu { en lui. — J'ai mis mon souffle sur lui ; — il fera sortir les jugements sur les Goïm... — Il ne se découragera pas et ne se lassera pas, — jusqu'à ce qu'il ait jugé sur la terre, — et les peuples attendront sa décision. — Ainsi a ordonné Elohim lahveh, — qui fait les cieux et les déploie — Moi lahveh je t*ai appelé pour le salut, — et je
deviendrai fort par 4a main et je te protégerai, — et je te doaiKîrai pour alliance aux peuples, — pour lumière aux nations, — pour ouvrir les yeux des aveugles, — pour tirer de prison le captif — et du cachot ceux qui sont dans Tobscurilé. (Isaïe, lxi, 1-40.)
Le messager de sa face les a délivrés.. .. —Oh! déchire lea cieux, et descends ! — Que par ta face les montagnes se fondent! (Isaïe, lxiti, 9.)
Qu'ils sont beaux sur les montagnes — les pas du messager qui annonce la paix! —Messager du bonheur, annonçant le salut, — qui dis à Tsion : « Ton Puissant est roi ! » — Entends la voix de tes veilleurs de nuit. — Ils élèvent ensemblela voix et sont en allégresse, — car de leurs propres yeux ils vont voir le retour de lahveh à Tsion!... — Voici mon serviteur qui donnera la lumière, — il grandira, il montera, il s'élèvera bien haut... — Les rois devant lui se tairont... ( Isaïe, m, 7 à 16.)
Tu te nourriras du lait des peuples — et de l'abondance des rois, — et tu sauras que je suis lahveh — ton libérateur et ton rédempteur. — A la place de l'airain je t'apporterai de l'or,
— et à la place du fer, de l'argent; — à la place du bois, de l'airain ; — et à la place des pierres, du fer. — J'établirai la paix pour autorité sur toi — et la justice pour te gouverner.
— On n'entendra plus parler de violence dans ton pays, — ni de dévastation, ni de ruines dans tes limites. — On appellera délivrance tes murailles — et gloire tes portes. — Le soleil ne te servira plus de lumière le jour, — la lune ne t'éclairera plus de sa clarté. — lahveh lui-môme te sera une lumière éternelle — et ton Puissant sera ta clarté. (Isaïe, lx, 16-23.)]
Avant cette période de félicité, dont l'illusion s'explique par les cris de joie qui, à la fin des hymnes, saluent le lever du jour, il y aura une période de terreur qui correspond aux lamentations qui, dans ces mêmes chants, exprimaient les douleurs de Tlsraëlite captif des ténèbres.
Daniel nous montre le peuple juif, sous la figure d'un « fils d'homme » qui vient, porté sur les nuées, pour régner sur les peuples et assurer la domination de Jérusalem*, (vn, 13-14.)
Dans les oracles sibyllins (1. III, v. 632 à 807) un Juif d'Alexandrie, postérieur de quelques années àDaniel, annonce qu'il viendra de l'Orient un roi suscité parlahveh, qui fera des Juifs les maîtres de la terre. Le livre d'Hénoch, qui paraît avoir été écrit pour la plus grande partie l'an cent dix avant Jésus-Christ sous Jean Hyrcan, promet également aux Juifs la victoire définitive. Les siècles qui ont précédé immédiatement l'ère chrétienne sont remplis de prédictions du même genre, de prophéties, dont le peuple Juif éprouve d'autant plus le besoin, qu'il est plus foulé, plus opprimé, plus misérable.
Les temps messianiques seront précédés du grand jugement rendu par lahveh en personne. Daniel est le premier qui affirme nettement que les morts ressusciteront pour venir entendre leur sentence. Ce n'est qu'après ce jugement que commencerai gouvernement messianique, représenté soit par des rois guerriers, soit par lahveh lui-
1 « Et à lui fut donné l'empire, la gloire et la royauté, afin que tous les peuples, nations et langues le servissent'; son empire est un empire éternel, qui ne passera pas, et sa royauté est indeslrucfible... Les saints du Très-Haut (^é/ionim, les Irès-hauts) obtiendront l'empire et le posséderont à tout jamaiset éternellement... La royauté et la domination et la puissance cle tous les royaumes sous le ciel seront donnés au peuple des saints du Très-Haut, son royaume sera un royaume éieroel et toutes les Dominations le serviront et lui obéiront. » (Daniel,