‹ Histoire naturelle des zoophytesChapitre 9 sur 179 · DU SARCODE · texte numérisé non relu

DU SARCODE

(B — h). Un autre phénomène de décomposition des Infusoires, c’est l’exsudation de la substance glutiueuse de l’intérieur à travers les mailles du tégument lâche qu’on aperçoit comme un réseau à la surface ; il s’observe en général chez les Infusoires , qui ne se décomposent pas par diffluence; chez les Paramécies, les Leucopbres , les Vorticelles , etc. , et chez d’autres espèces dont le tégument, quoique non réticulé , est cependant bien réel , telles que les Euglènes , les Disel-

lUSTOUili: NATUlllîLLE

mis , etc. (1). On voit cependant cfuelqueiois aussi des globules de cette substance glutineuse , que j’ai proposé de nommer Sarcode , se montrer sur le contour des Infusoires décomposables par diffluence , et, chez ceux qui se décomposent déjà, dans les parties qui sont moins exposées au mouvement vibralile des cils. Dans ce dernier cas ces globules, pouvant rester adhérents par un étranglement ou une sorte de pédicule à la partie déchirée de l’animalcule , ressembleront quelquefois aux prétendus estomacs de M. Ehrenberg; je crois même que cet auteur a représenté des globules sarcodiques , ainsi pédicellés, dans plusieurs figures de son ouvrage. Souvent aussi de tels globules , se détachant tout à fait , flottent dans le liquide et suivent les courants occasionnés par les cils. On pourrait alors, ainsi que M. Ehrenberg, les regarder comme des estomacs tout à fait isolés et maintenus fermés par la contraction spontanée de leur pédicule rompu , si l’on pouvait concilier cette supposition avec la largeur de ce même pédicule avant la séparation. On ne pourra d’ailleurs conserver le moindre doute à ce sujet, si l’on examine attentivement, pendant un temps suffisant, les exsudations globuleuses ou discoïdes des Infusoires, et surtout celles plus volumineuses de la Leucophva noduLata , qui vit dans l’intérieur des Lom-

(l) Quand on brise ou déchire les Navicules, les Bacillaires, les Euastrum , les Clostéries , etc. , que M. Ehrenberg classe parmi les Infusoires, la substance vivante qui en sort a beaucoup plus de rapport avec celle des Characées et des Conjugées qu'avec celle des Infusoires. Elle montre, dans ses dilférents lobes, une disposilioii .à se mettre en globules , qui semble bien annoncer un certain degré de contractilité; quelques lobules méiiie , dans les Bacillaires et les Navicnles sont diaphanes comme le sarcode des Infusoires, mais je n'y ai jamais pu distinguci’ ni moliiilc , ni formalion de vacuoles.

m;s iNKCsoiiîEs.

I)rics , et (jni ;i f;iit l’objet d’un des clinpitres de mes recherches sur les orgnnismes inférieurs ( Annales des Sciences naturelles , décembre 1835). On ne manquera pas, en effet, de voir quelques-unes de ces exsudations glutineuses se creuser de cavités sphériques ou de vacuoles^ qui iront en s’agrandissant jusqu’à l’entière destruction des masses glutineuses ou sarcodiques. Ce qu’on voit plus difficilement dans les Infusoires , on peut l’observer avec la plus grande facilité , au contraire , sur les vers intestinaux , et particulièrement sur la Douve du foie ( Distoma hepaticum) , qui laisse exsuder des globules sarcodiques de j millimètre environ , dans lesquels la production des vacuoles se voit admirablement (1).

Dans ces différents cas , cette substance se montre parfaitement homogène , élastique et contractile, diaphane , et réfractant la lumière un peu plus que l’eau , mais beaucoup moins que l’huile , de même que la substance gélatineuse ou albumineuse sécrétée par les vésicules séminales de plusieurs mammifères , et que celle qui accompagne les globules huileux dans le vi-

(i) Je ne puis qu’engager les naturalistes à répéter cette observation sur les Entozoaires , et particulièrement sur les Tænias et les Distomes , pour acquérir une notion claire tle la nature du sarcode et de la propriété qu'il a de se creuser spontanément de vacuoles. Tous les Entozoaires trématodes et cestoïdes m'ont fait voir de nombreux globules de sarcode , lorsque je les conservais vivants avec un peu d’eau entre des lames de verre ; mais le Distome hépatique , si commun dans les canaux biliaires du foie des moulons, où sa présence est dénotée par un gonflement bien visible, est celui qui m’a donné cette substance en globules plus gros. Quand on a appris à l’observer , on le trouve aisément malgré sa transparence sur le contour des plus petits Tænias, des Scolex habitant l’intestin des poissons, des Dislomes du poumon ou de la ves.sle des grenouilles , et de tous les autres Entozoaires qu’on laisse mourir entre les plaques de verre , ainsi que sur le bord des plaies de diverses .\nnelides et des jeunes l.erves verniil’oru.es d'insectes.

mSTr)IllE NATURELLE

ns

tellus (les ceuts d’oiseaux , de poissons , de mollusques et d’arlicidés. On n’y distingue absolument aucune trace d’organisation , ni fibres, ni membranes, ni apparence de cellulosité , non plus que dans la substance charnue de plusieurs Zoopby tes ou Vers , et dans celle qui, chez les jeunes larves d’insectes, est destinée à former plus tard les ovaires et les autres organes intérieurs. C’est Là ce qui m’avait déterminé à donner à cette substance le nom. de sarcode , indiquant ainsi qu’elle forme le passage à la chair proprement dite , ou qu’elle est destinée à le devenir elle-même. L’idée exprimée par cette dénomination univoque, a d’ailleurs commencé à s’introduire dans la physiologie; on a dû reconnaître en ellet que, dans les embryons et dans les animaux inférieurs , le tissu cellulaire ne peut avoir encore les mêmes caractères que dans les vertébrés adultes , et qu’il a dû être primitivement une sorte de gelée vivante. Qu’on l’appelle de ce dernier nom, ou qu’on tissu hjpoblasteux , comme

le propose M. Laurent ^ ce sera toujours la même substance dont on aura voulu parler : une substance qui , dans les animaux supérieurs, est susceptible de recevoir avec l’âge un degré d’organisation plus complexe ; mais qui , dans les animaux du bas de l’échelle , reste toujours une simple gelée vivante , contractile, extensible, et susceptible de se creuser spontanément de cavités sphériques ou de vacuoles occupées par le liquide environnant qui vient toujours , soit directement, soit par imbibition , occuper ces vacuoles. Telle paraît être la cause qui, dans les animaux plus élevés, détermine la transformation de cette substance homogène en une substance plus organisée.

Il est d’ailleurs toujours facile de distinguer les glo-

billes sarcocliques qui agissent sur la lumière comme des lentilles convexes faibles, comparativement aux globules huileux , et les vacuoles qui agissent au contraire comme des lentilles concaves, puisque ce sont des cavités sphériques remplies d’eau , au milieu d’une substance plus dense ou plus réfringente.

Cette substance, Lamarck la nommait, dans les Infusoires, tissu cellulaire, d’après l’usage qui voulait que ce fut là le tissu le plus élémentaire ; cependant il en parlait comme d’une-masse glutineuse homogène , et , s’il y supposait des cellulosités, c’étaient donc des cellulosités absolument invisibles.

Millier, qui avait vu Içs exsudations de sarcode autour des Infusoires ou dans leurs déchirures , les décrit comme des vésicules ou des bulles diaphanes ; il a même vu des vacuoles dans quelques-unes de ces exsudations, et les regarde comme des vésicules incluses (voy. I\o/poda nucléus, Anim. inf. , pag. 99); il les regarde en général comme des ovaires ou des ovules. En parlant du Kerona histrio, il les désigne simplement sous le jTom de molécules muqueuses [moleculæ mucidce). Gleichen et beaucoup d’autres observateurs les ont vues également , mais se sont mépris sur leur signification; il est présumable que le prétendu gaz intestinal , observé par M. Ehrenberg sur son Ophryoglena flavicans {hifusionsthierchen, p. 360, et pl. xl , t. IX d.) , n’était autre chose qu’une exsudation de la substance glutineuse.

Lorsque je décrivis pour la première fois celte substance sous le nom de sarcode, en 183.^, ses propriétés d’être insoluble , mais décomposahle jiar l’eau ; d’être coagulée par l’acide nitric[ue, par l’alcool et par la chaleur; de se dissoudre bien moins que l’albumine

UrSTOlRE NATURELLE

clans la poLasse, cjui paraît seulement hâter sa décomposition par l’eau; sa faible réfrinf^ence et son caractère de viscosité et d’élasticité, m’avaient paru suffire pour la distiuf^uer des autres produits de l’organisme , tels que l’albumine, le mucus et la gélatine. La singulière faculté de se creuser de cavités sphériques ou vacuoles remplies d’eau , m’avait paru tenir à un reste de vitalité qui l’aurait encore plus essentiellement distinguée des substances gue j’ai citées. Mais nous connaissons si peu ce qu’on a confondu sous le nom commun d’albumine, qu’il n’est peut-être pas impossible que diverses- substances , essentiellement différentes, aient les caractères que j’ai assignés au sarcode , et qu’il reste encore à trouver un caractère spécial pour distinguer la substance charnue des animaux inférieurs.

Malgré de légères variations dans la manière de se comporter avec l’eau , il me semble que cette substance est bien analogue à celle des embryons de mollusques , quand la vie commence à s’y mauifestef ; à celle de très-jeunes articulés, et même à la substance que dans les poissons on trouve entre la peau et la chair; et que , chez plusieurs vertébrés , on fait sortir par expression de l’épaisseur des membranes muqueuses

Le vitellus des œufs d’articulés et des poissons est en partie formé d’une sorte d’albumine peu soluble dans l’eau , et susceptible de se creuser de vacuoles comme la substance des Infusoires, mais bien moins consistante etmoins élastique; d’où résulte qu’au lieu de former des globules dans l’eau , elle forme des disques ou des gouttes aplaties sur la plaque de verre. La portion la plus consistante de la liqueur spermatique,

nts INI'IJSOTIIES.

celle qui est sécrétée par les vésicules séminales, ou par les vésicules accessoires , chez le cochon d’Inde , par exemple , a la propriété de former dans l’eau des gouttes aplaties ou des disques lenticulaires, et de se creuser aussi de vacuoles; mais ce phénomène dure très-peu et la dissolution est bientôt complète. La partie extérieure et demi fluide du cristallin , celle qui , immédiatement au-dessous de la capsule , se confond avec l’humeur de Morgagni, m’a présenté aussi des particularités très-analogues; ainsi elle forme des globules qui réfractent fort peu la lumière, paraissent assez élastiques, et se creusent ordinairement de vacuoles; mais ici cette propriété est absolument étrangère aux phénomènes vitaux , car on l’observe encore au bout de plusieurs jours, lorsque les humeurs de l’œil ont déjà subi un commencement de putréfaction.

Le fait de la formation spontanée (I) des vacuoles pourrait être un phénomène pliysique et non organique; pes derniers exemples tendent à le faire croire ; quoi qu’il en soit , cependant, on devra reconnaître que ce fait doit avoir une grande influence sur le passage de la substance glutineuse homogène à un degré d’organisation plus élevé.

La substànce glutineuse (|ui constitue la presque totalité ou la plus grande partie du corps des Infusoires étant dès lors considérée comme simple et bomo-

(i) Ou.nnd on a préparé une émulsion avec de riiuile et de l'eau gomnaee ou sucrée ou allnimineusc , et qu'on la soumet au microscope , on voit, dans les plus grosses gouttes d’huile, des gouttelelles d’eau emprisonnérs ou simplrmenl enchâssées à la sui l’ace , et qui sont de vérilahles vacuoles occupées par un liquide moins dense que le milieu environnant ; mais ce ne sont pas des vacuoles l’ormées spontanément.

gène , il devient sans doute fort difficile de s’expliquer son extensibilité et sa contractilité; niais, véritablement, on ne serait pas plus avancé en la considérant comme du tissu cellulaire à mailles invisibles, puisque le tissu cellulaire , tel que nous le connaissons dans les vertébrés , est tout à fait privé de ces propriétés.

Au lieu de dire dans ce cas , comme dans beaucoup d’autres, que nous ne savons pas comment se produisent, et le mouvement et les phénomènes de la vie, il peut paraître plus simple de supposer, comme M. Ehrenberg l’a fait pour les expansions des Amibes et des Arcelles, qu’il y a dans cette substance si diaphane et en apparence si homogène , des membranes , des muscles, des fibres et des nerfs imperceptibles; mais , encore une fois , à part les réflexions que fait naître cet abus étrange de l’argument analogique, ne voit-on pas que c’est seulement reculer la difficulté que de supposer des organes invisibles là où l’on ne peut rien apercevoir.

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