Glaucome vert, — Glaucoma viridis, PI. VIII, fig. g
Corps vert, ovale, court, avec une bouche grande , située plus près du milieu que du bord antérieur. — Long de 0,05 à 0,05.
J’ai indiqué et représenté dans les Annales des sciences naturelles (i838, t. lo , pl. i5, pag. 3i4) cette espèce, que je crois distincte de la précédente par sa couleur et par sà forme. Elle s’était développée abondamment au mois de juin 1887 dans un tonneau enduit de tartre de vin rouge, qui avait servi à recueillir de l’eau de pluie depuis un mois , et dans lequel l’eau s’était putréfiée. Ces Glaucomes contenaient beaucoup de grosses vacuoles; leur surface montrait douze à treize côtes noduleuses peu marquées.
4® Genre. KOLPODE. — Kolpoda.
An. à corps ovoïde sinueux ou échancré d’un côté , et quelquefois réniforme , à surface réticulée ou marquée de stries noduleuses, croisées obliquement; bouche latérale située au fond de l’échancrure et pourvue d’une lè\Te transverse saillante.
Le genre Kolpode établi par Millier fut caractérisé seulement d’abord par son contour sinueux ; aussi dut-il contenir chez cet auteur plusieurs Infusoires très-différents dont on a fait plus tard des Loxodes , des Chilodon , des Loxophyllum, etc. M. Bory adopta le genre Kolpode en lui attribuant un corps pai’faitement membraneux , f rès-variable , atténué vers l’une de ses extrémités, et le prit pour type de sa famille des Kolpodinées qui, dans le genre Amibe si mal composé, contient de vrais Kolpodes, tandis que de tous les Kolpodes de cet auteur aucun ne doit conseiuer ce nom. M. Ehrenberg a également pris le genre Kolpode pour type d’une famille des Kolpodeez répondant en partie à noti’e famille des Paraméciens ; mais il a trop chei'ché, dans une prétendue disposition des organes digestifs, les caractères de ses fa-
DES llffUSOIRES.
mil les, et s’est trouvé conduit à séparer des genres qui avaient entre eux les plus grands rapports. Parmi ses Kolpodes , qui doivent avoir une langue courte, et n’être ciliés que du côté ventral, leur dos étant nu, cet auteur n’inscrit qu’une seule espèce avec certitude, le Kolpoda cucullus^ et deux espèces douteuses, le K. ren et le K. cucullio, qu’il avait précédemment rapporté au genre Loxodes dans lequel nous-même nous le laissons encore. Mais cet auteur reporte avec les Paramecium sous le nom de P. Kolpoda, des individus plus gros et ciliés partout que nous croyons n’être que des Kolpoda cucullus plus développés. M. Ehrenberg d’ailleurs accorde à tous ses Kolpodes un anus latéral, un ovaire répandu sous forme d’un réseau blanchâtre très-fin dans tout le corps , une ou deux vésicules contractiles et un gros testicule rond ou ovale ; en déclarant que le rapprochement des ovaires et des estomacs n’a pas permis jusqu’à présent de découvrir d’autres détails ; cependant il dit avoir constaté la présence d’une peau qui avait été observée par Millier.
Pour nous, en étudiant avec soin les Kolpodes qui se rencontrent si souvent sous l’œil du micrographe, nous n’y avons rien vu d’autre que ce qui est mentionné dans nos observations générales sur l’organisation des Infusoires.
Les Kolpodes se montrent avec une abondance extrême dans les infusions et se multiplient par divisions pontanée.
I. Kolpode capuchon. — Kolpoda cucullus. — Pl. IV, fig. 29, et PI. XIV, fig. 5 (i).
Corps renflé , réniforme , un peu comprimé , cilié partout. — Long de 0,02 à 0,09.
Les Kolpodes pre'sentent une infinité de modifications et de
(l) Oval animais. Leeu-wenhoek , 1677, Phil. tranaact.
Cornemuses argentées , rognons argentés , cucurhite dorée , Joblot , Hier. t. I , part. 2, Pl. 2,3, 4-
Spallanzani, Oputc. phya. 1 , p. 217, Pl. a. ^
HISTOIBE NATURELLE
variations de grandeur qui pourraient faire croire à l’existence d’un plus grand nombre d’espèces ; mais quand on suit avec attention le développement de ces animaux dans des infusions , on acquiert bientôt la conviction que ce ne sont là que des différences transitoires ; on est même souvent conduit à penser que la distinction des Glaucomes et des Kolpodes pourrait tenir à quelques circonstances du développement de ces êtres. Quant à la différence queM. Ehrenberg a établie entre les individus ciliés partout , dont il fait son Paramecium Kolpoda , et ceux qui ne montrent des cils que d’un côté , nous croyons qu’elle tient au degré de développement de ces animaux ou au mode d’observation , car ces cils sont quelquefois d’une ténuité extrême ; c’est pourquoi nous réunissons tous ces Infusoires.
J’observai dans feau de Seine putréfiée, avec des Callitricbes , le lo novembre i838, des Kolpodes longs de 0,07 à 0,08, ciliés partout, ayant une lèvre transverse saillante , et de nombreuses vacuoles très-grandes qui contenaient avec de l’eau des particules avalées. Précédemment à la fin de décembre j’avais étudié , dans l’eau de marais pourrie, des Kolpodes semblables, mais dont je n’avais pu apercevoir les cils ; un autre Kolpode (pl. XIV, fig. 5 ) que j’observais dans l’eau qui baignait de la terre couverte d’Oscillaires, était entouré de cils rayonnants assez longs ; sa surface était fortement granuleuse.
Au commencement de février une infusion de cévadille, préparée le 24 décembre, était remplie de Kolpodes longs de o,o52 à 0,078 , à surface un peu granuleuse et réticulée ; ils étaient ciliés partout , mais les cils de la partie antérieure étaient ordinairement seuls visibles. Des vacuoles nombreuses se voyaient dans ces Kolpodes , et le centre de quelques-uns était occupé par un glo-
Paramccium secundum , Hill. Hist. nat. i^Sl. — Volvox torquilla , Ellis , Phil. trans. 1769.
Pandeloquenthiercheii, Gleichen , Inf, l’I. i5, Pl. 21, Cg. E, ïn , Pl. 27.
Kolpoda cncullus , Muller, Inf. Pl. XIV , fig. 7-l4<
Bursaria cncullus et Amiha cydonea , Bory , Encycl. 1824. Kolpoda cucullus , Ehr.Mém. i83o, et Kolpoda cucullus , Ehr. Inf. i838, Pl. XXXIX, fig. V.
Paramecium Kolpoda, Ehr. 3' mém. }833 , Pl. JU, fig- Ui- — Infus. i838 , Pl. XXXIX, fig. 9.
B£S INFUSOIAXS.
bule fongueux qui s’élargissait par la pression de manière à laisser autour de lui un anneau vide qui paraissait clair ou obscur, suivant l’incidence de la lumière. En faisant avaler du carmin à ces Kolpodes, je vis, au bout d’un certain ten^s^la couleur, qui d’abord occupait des vacuoles bien rondes , fjSrmer des amas oblongs ou même des masses fongueuses entouy'ées d’un anneau vide et plus clair au milieu des vacuoles. Ces Kolpodes qui , bien certainement appartenaient à une seule espèce, montraient toutes les modifications de formes ; les uns étant régulièrement ovales , d’autres cylindriques, droits ou courbés , ou réniformes ou en forme de cornemuses; d’autres enfin diversement contournés ou déformés par suite d’une décomposition partielle.
5® Genre. PARAMÉCIE. — Paramecium.
An. à corps oblong comprimé , ayant souvent un pli longitudinal oblique dirigé vers la bouche , qui est latérale et obliquement située vers le tiers antérieur de la longueur.
Les Paramécies étant les plus gros des animaux qui se produisent en foule dans les infusions , ont dû être vus de tous les micrographes , car il suffit d’une loupe un peu forte pour les distinguer , et souvent même on les voit à l’œil nu former des nuages comme une poussière blanche légère dans un liquide où des végétaux ont macéré pendant l’été dans l’eau non renouvelée d’un vase de fleurs , par exemple. Ce sont aussi de tous les Infusoires proprement dits ceux dont l'organisation ou la structure a pu être le mieux étudiée.
Hill leur donna le nom de Paramécie , formé de l’adjectif grec signifiant oblongs par opposition avec ceux dont la forme était plus arrondie ou plus vermiforme. Müller qui ne voyait point encore les cils de leur sui’face ni leur orifice buccal , les caractérisait simplement aussi par leur forme en indiquant le pli que présente leur corps ; M. Bory les caractérisa de même et leur associa quelques espèces appartenant à d’autres types. M. Ehrenberg, le premier, indiqua iHrusoiBïs. ;il
les vrais caractères des Paramécies, d’avoir une bouche latérale et d’être entièrement ciliées ; mais les autres détails que cet auteur a donnés à diverses reprises sur leur organisation nous paraissent au moins contestables. ï t’ailleurs nous avons dit précédemment , dans notre livre tout ce que nous savons de précis sur ce sujet. Nous ajouterons seulement ici que la forme des Paramécies est tellement altérable et variable , que l’on sera fréquemment exposé à méconnaître ces Infusoires , quand les circonstances de leur développement auront été modifiées , ou quand ils auront éprouvé quelque blessure.
Les Paramécies, les Rolpodes , les Glaucomes , les Panoplirys et même les Amphileptes , lorsqu’ils sont restés longtemps renfermés entre des lames de verre ou lorsque le milieu dans lequel ils vivent ne lem- convient plus autant , perdent lem* caractère distinctif , pour prendre une forme ovoïde plus ou moins déprimée , sans cesser d’êti'e flexibles et contractiles. On serait alors tenté de les considérer tous comme des modifications d’un même type dont le caractère commmi serait leur forme ovoïde , leur surface réticulée et régulièrement ciliée , et la position latérale de leur bouche.
I. Paramécie Aurélie. — Paramecium Aurélia. — Pl.VlII, fig.5-6(i).
Corps ovale oblong, arrondi ou obtus aux deux extrémités , plus large en arrière. — Long de 0,18 à 0,25.
Elle se trouve abondamment dans les infusions , dans l’eau des
(i) Leeuwenhoek, 1677, Phîl. Trans. — Chausson , Joblot, Micr.
Pl. X.fig. 23.
Paramecium , Hill. Uist. nat. 111 , Pl. l , f. 3.
Volvox terebella, Ellis , Philos. Trans. 1769 , p. l38 , fig. 5. Spallanzani , Opusc. phys. i , Pl. 2 , fig. 18.
Pantoffelthier , Gleîchen , Micr. entdeck. PI. 22. — Tnfus. Pl. a3 et 29.
Paramecium Aurélia , Millier , Infus. Pl. XII , fig. 1-14. Paramecium Aurélia. — Peritricha plcuronectes. — Bursaria calceolus , Bory , Encycl.
Paramecium Aurélia , Ehr. 3»mém. Pl, III, fig. Infus, i838,
Pl. XXXIX, fig. 6.
fossés , entre les herbes aquatiques, surtout lorsque cette eau a été conservée pendant plusieurs jours.
s. Paramécie A QUEUE.— caudatum, — PI. VllI, fig.y (i).
Corps fusiforme, obtus ou arrondi en avant, aminci en arrière. — Long de 0,22. — J’ai observé cette espèce , à Toulouse , pendant l’été de 1 840.
Des cinq espèces de Paramécies décrites par Millier, la P. Aurélia seule peut être rapportée avec certitude à ce genre; la P. ckrysalis, que M. Ehrenberg croit être synonyme, ainsi que la P. oviferum, de l’espèce dont nous faisons le genre Pleuronème, pourrait bien être autre chose , car Millier l’observait dans l’eau de mer, et il remarquait qu’en mêlant le liquide qui la contient à une infusion remplie de Paramécies Aurélies, celles-ci seules périssaient tout à coup.
M. Ehrenberg , avec les deux espèces que nous admettons et la P. chrj-salit, qu’il veut conserver, et la P. kolpoda dont nous faisons un Kolpode , admet encore quatre autres Paramécies , dont deux observées à la hâte et très-imparfaitement durant ses voyages , sont marquées par lui-même d’un point de doute ; une troisième, P. compressum, parasite des Lombrics , est pour nous le genre Plagiotoma , de la famille des Bursariens ; une dernière enfin , P. milium^ donnée par l’auteur comme synonyme du Ç^clidium milium de Millier, à corps petit, oblong, triquétre, long de 0,026 , nous paraît être une de nos Enchelys^ l’P. nodulosa ou \’E, iriqueira (voyez pag. 38g, 3go);
6' Genre. AMPHILEPTE. — Ampkileptus.
An. à corps allongé, fusiforme ou lancéolé, rétréci aux deux extrémités ou au moins à l’extrémité antérieure avec une bouche latérale oblique.
Les Ampliileptes qu’on pourrait nommer des Paramécies
(l) Paramecium caudatum , Hermann. — Schrank. — Ehr. 3* mém. PI. III, fig. 2. — Ehr. Infus. i838, PI. XXXIX, fig. 7.
HISTOIRE îfATURELLE
à cou , ont été distingués comme genre par M. Ehrenberg, mais cet auteur, tout en leur assignant pour caractère d’avoir une trompe et une queue , a compris sous le même nom diverses espèces sans queue , et renflées ou arrondies en arrière, et d’autre part , cherchant toujours un cai'actère distinctif pour ses diverses familles, dans la position d’un anus qu’il accorde à tous ses Infusoires entérodélés , il a laissé dal? genre Trachelius plusieurs espèces qui nous paraissent devoir être inscrites parmi les Amphileptes , et lui-même a plusieurs fois transporté, d’migenre dans l’autre, certaines espèces ; c’est qu’en effet la forme extérieure seule ne pourrait suffisamment distinguer ces deUx genres , et Schranck qui institua le ^ewreTrachelius put les confondre sous cette dénomination. Ne pouvant admetti e la distinction établie par M. Ehrenberg , nous en avons cherché une auti'e , qui nous paraît plus réelle et en même temps plus facile à constater. C’est la présence d’un tégument réticulé contractile dont les Amphileptes sont pourvus et qui manque aux Trachelius. Les cils de la surface, comme s’ils sortaient entre les mailles du tégument, doivent donc chez les Amphileptes former des séries régulières : cela précisément nous a conduit à sépai’er des Amphileptes de M. Ehrenberg , son anserpom-en faire le type de notre genre Dilep te (f^oyez pag. 404-409). Nous avons également dû en séparer notre Loxophyllum Meleagris, dont Millier avait fait un Kolpode. Millier a coimu plusieurs autres de ces Infusoires , et les a rangés parmi ses Vibrions et ses Trichodes. Leur forme est tellement variable qu’on sera exposé souvent à prendre pour des espèces différentes ou même à rapporter à des genres diff érents, des individus d’une même espèce , plus ou moins contractés ou déformés. Aussi M. Bory a-t-il cru devoir en placer quelques-uns avec ses Amibes. M. Ehrenberg a décrit chez un de ses Amphileptes une sorte de cordon noueux, en forme de rangée de perles, situé au milieu du corps et qu’il regarde comme un testicule, de même que les masses glanduleuses ovales qu’il indique chez plusieurs autres. 11 a signalé aussi
chez plusieurs Anipliileptes , des séries marginales de vésicules ou vacuoles remplies d’un liquide limpide qu il nomme suc digestif.
Les Ampliileptcs se trouvent ordinairement dans les eaux limpides des marais et des ruisseaux entre les herbes aquatiques; plusieurs sont colorés en vert, soit par eux-mêmes , soit par la noimâtuie dont ils s’emphssent.